Antoinisme

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Antoinisme
Repères historiques
Fondation 1910
Fondateur(s) Louis Antoine
Lieu de fondation Jemeppe-sur-Meuse Drapeau de la Belgique Belgique
Fiche d'identité
Église guérisseuse, chrétienne
Vocation cultuelle
Dirigeant Collège de desservants
Membres 10 000 à 200 000 (2011)
Localisation Belgique, France, Monaco, Réunion, Guadeloupe, Australie, Brésil, Italie, Congo, Luxembourg

L'antoinisme est un nouveau mouvement religieux guérisseur[1] et d'inspiration chrétienne[2] fondé en 1910 par le Wallon Louis-Joseph Antoine (1846-1912) à Jemeppe-sur-Meuse, Seraing[3]. Avec un total de 64 temples, plus de quarante salles de lecture à travers le monde et des milliers de membres, il reste la seule religion née en Belgique dont la renommée et le succès ont dépassé les frontières du pays[4],[5]. Principalement actif en France, le mouvement religieux se caractérise par une structure décentralisée, des rites simples, une discrétion et une tolérance vis-à-vis des autres croyances, autant d'éléments qui ont amené le sociologue Régis Dericquebourg à estimer que, tant dans sa forme que dans son style, l'antoinisme apparaît « très original »[6].

Élevé dans la foi catholique, Antoine, le fondateur, travailla comme mineur dans sa jeunesse, puis comme métallurgiste. Profondément impressionné par les écrits d'Allan Kardec, il organise un groupe spirite dans les années 1890. En 1893, la mort de son fils marque sa rupture avec le catholicisme. En 1896, il explique ses opinions spirites dans un ouvrage, puis découvre les dons de guérison et rassemble alors de nombreux disciples. En 1906, il rompt avec le spiritisme et lance une religion, puis publie trois livres expliquant sa doctrine et dédicace le premier temple antoiniste. Après sa mort en 1912, sa femme Catherine établit un culte centralisé autour de la personne de son mari et de nouvelles règles au niveau de l'organisation. Lorsque Catherine meurt à son tour, en 1940, quelques différences apparaissent entre les temples français et belges.

Les croyances antoinistes combinent des éléments de catholicisme, de réincarnation, et de guérison. Dans la théologie antoiniste, l'homme doit atteindre la conscience en se débarrassant de l'illusion de la matière produite par son intelligence. Le but de la vie est de se libérer du cycle des réincarnations grâce à une progression morale aidée par des « fluides ». La liberté de conscience étant considérée comme essentielle dans la croyance antoiniste, cette religion ne pratique pas de prosélytisme et n'est pas exclusive. Elle ne porte pas de jugement sur les questions sociales et, bien que centrée sur la guérison, n'interfère pas avec le domaine médical et ne décourage pas le recours à la médecine traditionnelle.

Simples et brefs, les services religieux sont pratiqués dans les temples et se composent de deux formes de culte : « L'Opération générale » et « La Lecture ». Les membres qui pratiquent ces services portent un costume noir et ne reçoivent aucun salaire. Les temples sont aussi les lieux des consultations d'un guérisseur par les personnes qui désirent obtenir une requête, souvent liée à des questions de santé. Les célébrations incluent les fêtes chrétiennes et trois autres jours spéciaux dédiés respectivement à Antoine, à Catherine et à la consécration du premier temple. Reconnue fondation d'utilité publique en Belgique et association cultuelle en France, la religion est dirigée par un collège composé des membres appelés « desservants » et est financée par des dons anonymes. En France, la classification comme secte de l'antoinisme dans le rapport parlementaire de 1995 fut critiquée par les sociologues qui ont étudié le groupe religieux, et plusieurs acteurs de la lutte contre les sectes ont déclaré ne pas avoir relevé de dérives sectaires.

Histoire[modifier | modifier le code]

1846-1912 : Le fondateur Louis Antoine[modifier | modifier le code]

Jeunesse et parcours professionnel[modifier | modifier le code]

Louis-Joseph Antoine naît le 7 juin 1846 à Mons-Crotteux au lieu-dit « À la Chapelle »[7], le cadet d'une famille nombreuse[8] catholique[9] et pauvre[10]. Sa mère, Catherine Castille, était née en 1797. La famille habite rue Priesse ; Antoine fréquente l'école primaire de Mons[11] et, ayant soif d'apprendre, emprunte souvent des ouvrages de science pour les lire[12]. À l'âge de douze ans, il fait sa communion solennelle[6] et devient employé à la mine, suivant ainsi les traces de son père[13]. Un jour, sa lampe de mineur s'éteint sans raison apparente, ce qu'il interprète comme un signe divin lui commandant de changer de travail[14]. Il travaille donc pendant deux ans à la mine[15], puis devient alors métallurgiste à la chaudronnerie Cockerill à Seraing[16]. En 1866, il est enrôlé dans la milice belge et s'acquitte de ses obligations militaires à Bruges[11]. Durant la Guerre franco-prussienne, il tue accidentellement un camarade ; il n'y a aucune suite judiciaire, bien qu'il soit condamné à huit jours de cachot pour négligence dans l'entretien de son arme[12], mais cet événement l'amène à se poser des questions sur le sens de la vie[17]. Après avoir épousé Jeanne Catherine Collon le 15 avril 1873[18] tandis qu'il exerce alors la profession de marteleur[15], il a un fils, Louis Martin Joseph, né à Hamborn, en Prusse, le 23 septembre 1873, et baptisé cinq jours plus tard[19] à l’Église catholique de Saint-Jean[20],[21]. À ce moment, Antoine est encaisseur et s'occupe d'assurances, étant représentant de l'Union de Paris[15]. Puis la famille revient en Belgique en août 1876[11]; Antoine achète alors un cheval[20] et devient marchand de légumes[22]. En 1878, il commence à souffrir de maux d'estomac récurrents[23]. Le 20 février 1879, il retourne en Pologne, où il est engagé comme chef-marteleur par M. Pastor pour les aciéries de Pragua[24], et sa femme dirige une cantine scolaire[11]. Cinq ans plus tard[25], la famille rentre en Belgique et emménage finalement à Jemeppe-sur-Meuse (Belgique)[26]; là, Antoine fait construire environ vingt maisons de travailleurs[27]. Devenu portier et encaisseur à la fabrique de Lexhy, et ce jusqu'en 1900, Antoine est condamné le 5 février 1886 à deux francs d'amende pour coups donnés à Denis Collon le 10 octobre 1885[28].

Influence par le spiritisme[modifier | modifier le code]

Dans sa jeunesse, Antoine fait preuve de grande ferveur religieuse[29] que l'historien Pierre Debouxhtay qualifia de « dévotion d'un formalisme assez scrupuleux »[30]. Malgré sa foi, il n'est pas satisfait de sa religion, s'interroge sur le but de l'existence, et les réponses du vicaire auprès duquel il se confie à ce sujet le déçoivent[31]. Il commence à être influencé par les écrits d'Allan Kardec et, par l'intermédiaire de son ami Gustave Gon, s'initie dès 1884 au spiritisme en fréquentant des réunions spirites à Tilleur[32] en compagnie de sa femme et de son neveu Pierre Dor[33]. Rapidement, il fonde à Jemeppe-sur-Meuse, avec des amis, un mouvement spirite appelé « Les Vignerons du Seigneur »[26],[34] et embrasse les croyances kardécistes[10]. Le groupe se dote d'un emblème et de la devise « Nous sommes les ouvriers de la dernière heure », croyant ainsi parachever l'œuvre du Christ[35]. Souvent malade, le fils d'Antoine fréquente l'école du soir de Jemeppe, puis travaille à la Société des Chemins de Fer du Nord Belge[36]. À la mort de celui-ci, survenue le 23 avril 1893[37] à cause d'une phlébite[36], Antoine et son groupe rompent définitivement avec le christianisme ; de plus, lors des séances de spiritisme, les parents croient que leur défunt fils est devenu pharmacien à Paris[36]. En 1896, Antoine publie un Petit catéchisme spirite pour expliquer ses nouvelles opinions doctrinales ; cet écrit, calqué sur le catéchisme de l'Église catholique, obtient du succès et est traduit en espagnol. Antoine organise des séances publiques de spiritisme le premier dimanche de chaque mois à son domicile, et les deuxième et quatrième dimanches chez Pierre Debroux[38], les gens étant conviés à ces réunions par le biais de circulaires[39]. Puis il se découvre des dons de guérisseur et, vers 1900, il reçoit de nombreux malades, ce qui lui vaut rapidement d'être connu comme le « guérisseur de Jemeppe ». Il distribue des remèdes inspirés par ses croyances spirites et promeut le végétarisme, aussi bien que la modération et le rejet des aliments gras[40]. Le 8 novembre 1900, le procureur de Liège, qui avait reçu une lettre anonyme, demande à deux médecins, Louis Lenger et Gabriel Corin, d'enquêter sur les activités guérisseuses d'Antoine. Le 14 décembre, le Commissaire fait une descente chez le pharmacien Nizet, installé à Jemeppe, qui réceptionne les commandes faites par Antoine pour guérir les malades. Trois jours plus tard, le Parquet et les deux médecins interrogent Antoine sur ses activités de guérisseur et assistent à plusieurs consultations. Dans son rapport, le Parquet constate qu'Antoine a été coopératif, que ses traitements sont « simples », et dit être sûr qu'il a obtenu de nombreuses guérisons mais relevant uniquement de la suggestion ; toutefois, bien qu'il remarque son « absolue sincérité », il affirme aussi que ce genre d'activités peut représenter un « danger pour la santé publique »[41],[42]. Antoine comparaît devant le tribunal correctionnel le 19 février 1901 ; le docteur Corin, et trois patients déclarant avoir été guéris, se succèdent à la barre[43]. Finalement, il est condamné à une amende de 60 francs avec sursis[27], ce qui ne l'empêche pas de bénéficier d'un très grand succès[44]. Entre temps, le 25 décembre 1900, environ 180 personnes assistent à l'inauguration d'un nouveau local situé au coin des rues des Tomballes et du Bois-du-Mont, qu'Antoine avait acheté la même année, et alors décoré de portraits d'Allan Kardec, du curé d'Ars et du Dr. Demeure[45].

En 1901, Antoine fait publier dans le journal spirite Le Messager une annonce disant qu'il recherche des docteurs qui voudraient s'associer avec lui, mais cette initiative ne rencontre pas de succès[46]. À la même époque, il est fortement influencé par le livre de Léon Denis, Dans l'Invisible[47]. Il commence à abandonner ses remèdes notamment à cause de son récent procès[48], et plus tard les antoinistes eux-mêmes reconnaîtront l'influence de cette condamnation dans le passage d'Antoine du statut de guérisseur à celui de fondateur d'une religion[49]. De plus, il se met à se détacher progressivement du spiritisme, étant parfois trompé par de faux médiums[50]. En effet, en 1902, bien que sollicité, son groupe, les Vignerons du Seigneur, ne participe pas à la création d'une fédération spirite ; en 1905, les membres n'assistent pas à la réunion préparatoire du Congrès à Liège, refusant la cotisation s'élevant alors à 0,25 F[51]. En 1905, il reçoit en consultation jusqu'à quatre cents patients par jour[52]. Vers la même époque, il lance un prospectus de quatre pages qui commente des passages des Évangiles, mais ne fait aucune référence au spiritisme[53], ainsi qu'un ouvrage intitulé L'Enseignement[54].

Fondation d'une nouvelle religion[modifier | modifier le code]

Le premier temple antoiniste, celui de Jemeppe-sur-Meuse, fut consacré par Antoine en 1910.

En 1906, Antoine découvre une spiritualité qu'il qualifie de « nouveau spiritualisme », ce qui l'amène à abandonner le spiritisme traditionnel, à décider de guérir par la foi seule et à effectuer uniquement des séances collectives de guérison dans un temple, posant ainsi les fondations d'un mouvement religieux structuré[55]. Cette année-là, les fidèles des Vignerons du Seigneur assistent pour la dernière fois au congrès national des spirites à Charleroi, ce qui marque officiellement la rupture, tandis que l'année suivante, Antoine abjure publiquement toute pratique du spiritisme[56]. De plus, la dimension morale devient plus présente dans la doctrine[57] tandis que la partie expérimentale disparaît[58], et Antoine décide de faire brûler son ouvrage L'Enseignement, qu'il ne juge désormais plus conforme à ses croyances[54]. Compte tenu de cet abandon de la doctrine spirite, l'antoinisme naissant est alors l'objet de critiques dans des revues appartenant au milieu spirite[59].

À cette époque, Antoine a un élève, Martin Jeanfils[60], un employé au charbonnage du Corbeau[61]. Quelques années auparavant, celui-ci s'était découvert un don de guérison en soignant des foulures au genou et au pied de sa femme et de lui-même, et est désormais consulté par des patients à Jemeppe. Mis en examen, tout comme Antoine, le 16 janvier 1907, pour exercice illégal de l'art de guérir, Jeanfils explique qu'il veut simplement faire disparaître la douleur, et qu'il envoie ses patients chez les médecins[62]. De son côté, Antoine dit au juge d'instruction qu'il se contente d'apposer la main sur le front des patients, sans leur prescrire de médicaments[60] ; il nie l'accusation, et tous les témoins affirment le désintéressement d'Antoine qui distribue l'argent aux pauvres. Les deux hommes comparaissent devant le tribunal correctionnel le 15 juin 1907, la salle étant comble[63]. Le docteur Delville et les parents d'un enfant guéri par Antoine se succèdent à la barre, puis M. Dupret prononce le réquisitoire[61]. Ajourné, le jugement est finalement rendu le 21 juin 1907 par le président Hamoir, qui acquitte les deux hommes, alors absents au tribunal. À la suite d'un pourvoi en appel du substitut du procureur, Antoine et Jeanfils comparaissent à nouveau le 16 octobre 1907[64]. L'avocat général Meyers fait le réquisitoire, analysant le texte de loi de 1918 sur l'art illégal de guérir, affirmant que ce n'est pas ce que fait Antoine. Rendu le 22 octobre de la même année, le verdict d'acquittement est confirmé, et Meyers est l'objet de vifs remerciements de la part de plusieurs fidèles[65].

Madame Desart, une sténographe, retranscrit les enseignements d'Antoine dans une revue, L'Auréole de la conscience[66], qui paraît de mai 1907 à avril 1909[67], tandis que trois ouvrages sont publiés successivement, ouvrages dans lesquels est développée sa nouvelle doctrine et où figure le crédo antoiniste, « Les Dix Principes du Père »[55],[68]. À cette époque, le temple se remplit chaque jour très rapidement et Antoine reçoit quotidiennement environ 250 lettres ou télégrammes[69]. Contrairement à aujourd'hui, une certaine propagande est alors effectuée par 70 colporteurs vêtus de cabans et de casquettes, et munis de mallettes[70]. De mai 1909 à Pâques 1910, Antoine cesse d'apparaître en public, et vit en solitaire pour pratiquer le jeûne et la prière ; durant cette période, le culte est assuré par l'un de ses disciples[71], Florian Deregnaucourt, qui publie également les écrits du mouvement[72]. Le 15 août 1910, Antoine annonce qu'il ne fera plus de consultations individuelles[73], et consacre le temple de Jemeppe-sur-Meuse, situé rue Alfred Smeets, et dont le coût s'élève à environ 100 000 francs. Finalement, Antoine présente sa femme comme son successeur et nomme un conseil composé d'adeptes afin de gérer les questions financières de la religion. Lors de la réunion du 11 juin 1911 de ce conseil est proposée l'édition d'un journal de 16 pages intitulé L'Unitif qui voit le jour en septembre de la même année, avec un tirage de 400 000 exemplaires pour le premier numéro, et compte 6 000 abonnés[74]. Dans le cadre de démarches pour l'enregistrement légal du culte, Deregnaucourt, en tant que secrétaire du comité antoiniste, écrit au Ministre de l'Intérieur le 29 mars 1910, puis au Ministre la Justice et des Cultes le 19 avril 1910[75]. Une pétition de 160 000 signatures recueillies pour demander la reconnaissance officielle de la religion antoiniste[76] est envoyée à la Chambre des députés le 2 décembre 1910, et transmise au Ministre de la Justice le 27 janvier 1911[77].

Bien que ses prédictions soient parfois inexactes, Antoine est alors considéré comme un prophète par ses fidèles, et certains d'entre eux affirment qu'il est capable de faire des apparitions surnaturelles ; de son côté, l'intéressé ne dit rien sur l'éventuelle véracité de ces phénomènes[78]. Nommé « Le Père » par ses disciples, Antoine meurt – se « désincarne »[79] – le 25 juin 1912 des suites d'une attaque d'apoplexie[80]. Il y a alors des rumeurs comme quoi il va ressusciter le troisième jour, mais Debouxhtay estime que celles-ci n'étaient rien d'autre que l'œuvre de « farceurs », et que les antoinistes dans leur ensemble n'y croyaient pas[81]. La procession qui a lieu lors de son enterrement le 30 juin est un événement hors du commun à Jemeppe[82], et à cette occasion, 100 000 personnes viennent prier sur sa dépouille[83]. Ultérieurement, les antoinistes obtiennent que le corps, initialement déposé à la fosse commune, soit transporté au cimetière de la ville. En 1920, la veuve d'Antoine émet le souhait que la Reine du pays l'autorise à transférer le corps dans le jardin du temple de Jemeppe où une chapelle serait érigée, mais cette demande reste sans suite[84].

Schismes[modifier | modifier le code]

Du vivant d'Antoine, un petit schisme sera dirigé à Verviers par un homme nommé Jousselin[85]. Un groupe plus important qui se détachera est initié par Pierre Dor (Mons-Crotteux, 15 mai 1862 – Uccle, 5 mars 1947), le neveu de Louis Antoine ; ce mouvement est connu sous le nom de « dorisme ». Dor participe d'abord au groupe spirite de son oncle, « Les Vignerons du Seigneur », mais décide de le quitter, croyant lui-même posséder des dons de guérison. Il accompagne l'un de ses patients en Russie, où il finit par recevoir environ 7 000 personnes par semaine[86]. Des plaintes de médecins le contraignent à revenir en Belgique. Il fait alors construire à Roux-Wilbeauroux une salle appelée « L'École morale », où il guérit les malades et dispense à peu près les mêmes enseignements que ceux de son oncle[87]. Dor expliquera ses théories dans deux livres, respectivement publiés en 1912 et 1913 et intitulés Catéchisme de la restauration de l'âme et Le Christ parle à nouveau, car il identifiait Antoine à Jean le Baptiste et s'identifiait lui-même à Jésus-Christ – ce que Debouxhtay considère comme un plagiat des écrits d'Antoine[88]. Dor encourage une diète de légumes cuits dans l'eau et la chasteté avant le mariage. En 1916, il sera reconnu coupable de pratiquer illégalement l'art de la guérison. Par la suite, il déménage à Uccle, et son mouvement disparaît peu après sa mort[87]. Tout comme l'antoinisme, le dorisme sera critiqué par certains membres du clergé catholique[89].

1912-1940 : Catherine comme successeur[modifier | modifier le code]

La femme d'Antoine, Catherine (Jemeppe-sur-Meuse, 26 mai 1850 – id., 3 novembre 1940)[90], qui est analphabète et appelée « La Mère » par les adeptes, lorsqu'elle est désignée par Antoine comme son successeur, ne reçoit aucun conseil de sa part sur la façon d'administrer la religion[91]. En décembre 1918, puis en septembre 1919, elle envoya une lettre respectivement au Roi de Belgique puis au Ministre de la Justice afin de faire reconnaître le culte antoiniste[92]; au cours du mois de mars des deux années suivantes, c'est le secrétaire du culte, Ferdinand Delcroix, qui envoie deux lettres dans le même but[93], ce qui aboutit en 1922 avec une reconnaissance d'utilité publique du culte[94].

Afin d'éviter toute tentative d'appropriation du charisme d'Antoine à l'intérieur du mouvement après sa mort, le journal antoiniste L'Unitif publie des articles présentant Catherine comme le successeur légitime et redéfinissant précisément les limites du rôle du guérisseur[95]. Pour éviter une crise de succession et assurer la continuité de la religion, Catherine décide de promouvoir un culte centralisé autour de la personne de son mari et, dans ce but, établit différentes règles entre 1925 et 1930. Elle fait placer, dans le temple, devant la tribune supérieure, le portrait de son mari surmonté de la mention « Le Père fait l'Opération », auquel elle ajoutera par la suite sa propre photographie. Elle autorise les desservants – les membres les plus impliqués dans la religion – à effectuer l'Opération générale depuis la tribune supérieure, mais veut que la cérémonie soit précédée d'une déclaration affirmant que c'est le Père qui pratique l'Opération et que la foi doit être placée en lui afin d'obtenir satisfaction. Elle insiste pour que le desservant installé à la tribune soit assis durant la lecture des ouvrages d'Antoine. Elle établit le Jour du Père, le 25 juin, et des rituels tels que le baptême, la communion et le mariage, ce qui transforme le groupe en religion institutionnalisée[96]. Elle ordonne que rien ne soit changé dans les écrits de son mari et, en 1932, fait fermer les salles de lecture dans lesquelles des adeptes enseignaient des points de vue personnels[97]. Contrairement aux ouvrages de son mari qui peuvent être achetés par n'importe qui, les changements et les règles ajoutés par Catherine sont consignés dans des tomes accessibles uniquement aux desservants, restant ainsi davantage confidentiels[98]. À partir du 17 juin 1930, un fidèle, Narcisse Nihoul, la remplaça à la tribune pour effectuer l'Opération générale[99].

En 1931, à la suite d'une décision du Parti libéral de Spa, une rue de cette ville est baptisée « rue du Père Antoine »[100].

Depuis 1940 : Continuité du culte[modifier | modifier le code]

Temple antoiniste à l'angle de la rue Wurtz et de la rue Vergniaud à Paris.

L'histoire ultérieure de l'antoinisme est très calme. En Belgique, Nihoul, le Président du Conseil antoiniste, puis ses successeurs, dirigent la religion jusqu'à leur mort, aux côtés des membres composant ce conseil[101].

L'autorité de Catherine sera cependant remise en question juste après sa mort par la branche belge du mouvement, qui enlève alors les changements qu'elle avait apportés : suppression des photographies dans les temples, du baptême, du mariage et de la communion, opposition à la traduction des œuvres d'Antoine, etc. Néanmoins, un groupe de fidèles belges, affirmant suivre la véritable tradition antoiniste, ouvrent le 1er avril 1943 à Angleur un temple dans lequel ils préfèrent conserver les portraits des époux Antoine[102]. En France, les antoinistes voulurent rester fidèles à toutes les exigences apportées par le couple fondateur. Malgré ces différences, les deux branches se montrent mutuellement de l'aide et de la tolérance. Ainsi, après la mort de Catherine, deux formes d'antoinisme sont apparus, et qui restent légèrement différents jusqu'à aujourd'hui : l'une en Belgique, l'autre en France[103].

En Belgique, la croissance de la religion a commencé rapidement à stagner, voire à décliner, preuve en est le fait que plus aucun temple n'y a été construit depuis 1968 et que plusieurs parmi les édifices existants sont actuellement inusités à cause d'un manque d'argent et/ou de membres costumés. En France, la construction de temples s'est en revanche poursuivie jusqu'en 1993[104].

Croyances[modifier | modifier le code]

Théologie[modifier | modifier le code]

« Un seul remède peut guérir l'humanité : LA FOI ; c'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu Lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de Le servir ; c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer parce qu'il est pur et de vérité. » — Source : « L'Auréole de la Conscience », écrit sur le mur du fond de chaque temple

L'antoinisme est un culte optimiste[105] à visées universalistes[106]. Selon Debouxhtay, il ne propose pas de doctrines clairement définies, mais plutôt des aspirations morales et mystiques, avec l'idée que la source et la norme de la religion se trouvent dans chaque individu et que c'est la conscience, semblable au sentiment, qui est au-dessus de tout[107]. Le mouvement croit en un univers dualiste composé d'un monde spirituel gouverné par la loi de Dieu, la conscience, et un monde corporel, gouverné par les lois naturelles, dans lesquelles la matière est une illusion perçue par l'imagination générée par l'intelligence. L'homme combine en lui-même les deux mondes, puisqu'il a un corps physique et une conscience[108]. Dans la doctrine antoiniste, l'importance des lois humaines est amoindrie, car celles-ci ne sont pas fondées sur la conscience, mais sur l'intelligence[90]. La vue de la matière n'est toutefois pas considérée comme un péché, mais comme une erreur qui cause de la souffrance[109].

Le mouvement religieux croit en une progression morale grâce à la réincarnation après la mort : la transmigration de l'esprit (dans un corps humain uniquement) est censée refléter le degré d'élévation spirituelle. La personne réincarnée ne se souvient pas de ses vies passées, et peut encore effectuer des progrès dans son parcours spirituel qui lui permet, en finalité, d'atteindre l'état divin qui, selon la doctrine, finira par le délivrer du cycle des réincarnations[90]. La souffrance causée par la maladie et par les gens est donc perçue comme bénéfique, puisque les difficultés peuvent augmenter les progrès spirituels de quelqu'un et ainsi contribuer à son salut. La prière silencieuse est également considérée comme un moyen de relier l'esprit à la conscience[110]. Antoine, qui a souffert de maladie, a fait preuve d'ascétisme et de consécration pendant toute sa vie, est regardé par les disciples comme un modèle pour atteindre le salut[111].

La doctrine antoiniste donne une autre interprétation du péché originel mentionné dans le livre de la Genèse : Adam commença à suivre Ève, qui avait placé sa confiance dans un serpent, symbole de la matière. En imaginant la matérialité du monde physique, il abandonna la conscience divine dans laquelle il vivait et produisit les idées de bien et de mal. L'arbre de la connaissance du bien et du mal dans la Bible est redéfini comme étant l'arbre de la science de la vue du mal[90]. L'antoinisme affirme ne pas être une religion athée, mais a une conception particulière de Dieu : celui-ci n'existe pas en dehors des humains, et ces derniers n'existent pas en dehors de Dieu, car il réside dans tous les humains[112]. Dieu est principalement vu comme étant amour, et lorsque l'individu se libère des réincarnations, il forme « l'unité absolue de l'ensemble, Dieu »[113]. Il est donc grandement recommandé d'aimer ses ennemis puisque chacun d'eux est censé renfermer en lui une partie de Dieu et constitue un moyen de progresser moralement[114]. Par ailleurs, la doctrine de la Trinité[115], le créationnisme, le rôle providentiel de Dieu[116], le péché[117] et la rédemption chrétienne sont ignorés ou rejetés[118]. De ce fait, l'enseignement antoiniste a été perçu comme proposant un « panthéisme composite »[116] et un « nihilisme moral »[117].

Flexibles et très peu contraignantes, les croyances antoinistes sont très proches du « croire contemporain », car les fidèles peuvent choisir les doctrines auxquelles ils souhaitent croire et interpréter les événements de la vie comme ils le souhaitent. La religion attache une grande importance à la liberté de conscience et au libre arbitre, ce qui rend le mouvement attractif et promeut une diversité de croyances parmi les fidèles qui peuvent se référer simultanément à d'autres traditions religieuses[119]. Certains antoinistes voient Antoine comme une incarnation de Dieu ; d'autres, qui continuent de pratiquer le catholicisme, le considèrent comme un prophète égal à Jésus-Christ ; d'autres, qui adhèrent aux idées du New Age, le perçoivent comme une figure spirituelle[120]. Le mouvement rejette l'endoctrinement des enfants[121] ainsi que toute forme de prosélytisme, y compris vis-à-vis des visiteurs du temple[115], et tolère les autres religions, étant donné qu'elles enseignent l'importance de la foi et de la prière et ainsi encouragent, par la spiritualité, le détachement des gens du monde matériel[90]. En effet, selon Antoine, « ce n'est pas qu'une religion soit meilleure que l'autre, puisque toutes n'ont qu'une seule et même base, la foi. Elles diffèrent uniquement par la forme, le côté extérieur » ; de ce fait, il n'est pas demandé au fidèle de renoncer à ses croyances et sa religion[54], car le culte enseigne que la tolérance constitue la plus grande vertu à manifester[115] et ignore la notion d'hérésie[105]. L'antoinisme ne prend aucune position sur des questions sociales comme le divorce, l'avortement et la sexualité[122], est totalement étranger à toute préoccupation politique, et n'utilise pas de titres honorifiques, considérant tous les gens comme égaux[123]. Un périodique dirigé par l'auteur Louis Pauwels résuma les principaux buts de la religion antoiniste comme étant « entraide, solidarité spirituelle et humaine, disponibilité et accueil »[124].

Fluides[modifier | modifier le code]

Principe fondamental du cosmos, le fluide est une thème récurrent dans l'antoinisme. Les pensées, les paroles, les actions humaines et les rapports sociaux sont considérés comme étant des fluides. Étant donné que leur qualité dépend de l'avancement moral de la personne, il y a des fluides « spirituels » et d'autres « lourds ». Ceux-ci peuvent être transmis, perçus par l'intelligence et purifiés par la méditation. Un bon fluide est supposé s'acquérir par l'amour et la prière, et peut avoir différent usages : agir comme une force divine qui peut régénérer la personne, détruire le mal et guérir. Les fidèles pensent qu'Antoine peut transmettre de bons fluides[125].

Puisque les bons fluides peuvent se transmettre, la robe antoiniste utilisée durant le culte est parfois placée sur le lit d'une personne souffrante pour l'aider dans sa maladie ; de façon similaire, certains fidèles mettent une requête sur un papier qu'ils déposent dans une boîte sous la tribune afin qu'elle se réalise, d'autres achètent une photographie d'Antoine lors d'une cérémonie afin d'être protégés[126]. Afin d'éviter aux fluides lourds d'entrer dans le temple, plusieurs règles ont été mises en place : par exemple, celles ou ceux qui dirigent le culte ne sont pas autorisés à porter des bijoux ou du maquillage dans le temple[127].

Guérison[modifier | modifier le code]

Bien que focalisé sur la guérison, l'antoinisme ne donne aucune prescription médicale ni aucun diagnostique, et ne pratique pas l'imposition des mains[128] ; les fidèles peuvent librement recourir à la médecine traditionnelle. Dans les ouvrages du temple, il est explicitement dit que les desservants n'ont pas le droit de les décourager à consulter un docteur et qu'ils doivent prier pour qu'ils en trouvent un qui soit « inspiré ». Généralement, la consultation d'un guérisseur antoiniste est simplement un supplément à la médecine allopathique[129],[130]. À cause de sa doctrine guérisseuse, le groupe est souvent comparé à la Science chrétienne[131] ; toutefois, malgré un certain nombre de similitudes avec cette religion aussi bien qu'avec les œuvres de Friedrich Hegel, Debouxhtay rejeta l'idée qu'ils aient pu servir de sources aux doctrines antoinistes[132]. En revanche, selon lui, il est possible qu'Antoine ait été influencé par les Doukhobors[24].

Du vivant d'Antoine, de nombreux observateurs estimèrent que les guérisons obtenues par celui-ci étaient de l'ordre de la suggestion[133], et le docteur Schuind, qui rédigea deux articles dans La Meuse sur le sujet à cette époque, reprocha le manque de contrôle et le diagnostique vague entourant ces guérisons[134]. Debouxhtay distingue trois phases dans la thérapeutique d'Antoine : d'abord, il utilisa les méthodes des guérisseurs et de la liqueur Koene, puis il eut recours uniquement aux prières et aux bonnes paroles en touchant les malades, et enfin, il procéda à l'Opération générale depuis la tribune[135]. La sociologue Anne-Cécile Bégot considère que la guérison antoiniste, telle qu'elle était pratiquée dans les premières décennies du mouvement, était une forme de protestation contre : premièrement l'efficacité de la médecine[136], deuxièmement la représentation traditionnelle de la maladie[137] – la vraie guérison ne pouvant être obtenue qu'au travers d'une nouvelle approche de la maladie, celle-ci n'étant pas considérée dans l'antoinisme comme une malchance particulière ni réduite à sa dimension biologique – et, troisièmement, le traitement de la maladie[138] – les malades étant toujours responsables de leur propre maladie. Toutefois, elle conclut que cette protestation a évolué au fil du temps car, d'une part la maladie est maintenant présentée sur un modèle étiologique endogène, ce qui indique un processus d'individualisation de la religion[139] et, d'autre part, l'expérience personnelle est davantage présentée comme la cause de la maladie plutôt que la relation à la société globale[140].

Pratiques[modifier | modifier le code]

Culte[modifier | modifier le code]

Le culte antoiniste prend place dans les temples. Un membre costumé souhaite la bienvenue à toute personne qui entre dans le temple en l'appelant « frère » ou « sœur », même s'il s'agit d'un simple visiteur. Le service est fort peu cérémoniel et très informel, car il ne comporte pas de liturgie, ni de chant, ni de prières toute faites[141], et dure entre 15 et 30 minutes[79]. Généralement, les temples sont peu fréquentés, le taux de pratique étant relativement faible[142], et comme l'assistance au culte n'est pas requise, de nombreuses personnes ne viennent que de façon sporadique. Selon Dericquebourg, « le culte antoiniste est un rituel d'intercession. [...] C'est un moment de grande intensité émotionnelle avec un aspect intime »[143].

Le culte est composé de deux pratiques :

Jour Pays
Belgique France
Dimanche
  • 10 h : Lecture
  • 10 h : Opération générale + Lecture
  • 19 h : Lecture
de
Lundi
à
Jeudi
  • 10 h : Opération générale
  • 19 h : Lecture
  • 10 h : Opération générale + Lecture1
  • 19 h : Lecture
Vendredi
  • 19 h : Lecture
1 « La charité morale » ou « Les dix principes du Père »
  • « l'Opération générale » : établie par Antoine en 1910[90], elle commence et se termine par trois sons de cloches, et est brièvement annoncée par un membre costumé. Après avoir médité dans une pièce située au fond du temple, un desservant monte à la plus haute tribune, et l'adepte costumé (s'il y en a un) se rend à la tribune inférieure. Tous deux restent debout et prient silencieusement pendant quelques minutes afin de transmettre le fluide à l'assistance. Puis, si la lecture des textes sacrés est prévue juste après, comme c'est le cas en France, le desservant chuchote au membre costumé de procéder à la lecture[144]. À l'origine, Antoine pratiquait cette forme de culte seulement les jours fériés (à l'exception des dimanches) et les 1er et 15e jours de chaque mois[145], avant que celle-ci ne soit étendue aux quatre premiers jours de la semaine[146]. C'est en 1932 que l'Opération générale fut pratiquée dans tous les temples antoinistes, et non plus exclusivement dans celui de Jemeppe[147] ; par ailleurs, c'est le 3 décembre 1933 que Catherine décida de la programmer également le dimanche[148].
  • « la Lecture » : d'une durée maximale de vingt minutes, cette forme de culte consiste en une lecture d'un livre d'Antoine par le membre costumé. Cette lecture se termine quand il remercie l'assistance par une formule consacrée[144].

Il y a quelques différences entre les horaires et la pratique du culte en Belgique et en France (voir le tableau ci-contre).

Consultations par un guérisseur[modifier | modifier le code]

Une plaque sur la porte d'un temple indique que les personnes souffrantes peuvent être reçues gratuitement toute la journée.

Après le service, certaines personnes – des fidèles réguliers ou des visiteurs – peuvent demander à consulter un guérisseur, ce qui se fait dans l'une des petites pièces du temple – bien que le desservant qui vit dans l'appartement adjacent du temple soit constamment disponible pour recevoir des personnes souffrantes. Durant ces consultations, tous deux se tiennent debout devant l'image d'Antoine : le patient exprime pendant quelques minutes la requête qu'il veut obtenir, et le guérisseur prie, parfois en touchant l'épaule ou la main du consultant, peut-être pour lui transmettre le fluide[149],[150]. La tâche du guérisseur est, selon la doctrine, de remettre le consultant dans l'amour de Dieu qui lui permettra de trouver lui-même le chemin spirituel qui l'amènera à la guérison. Dans ce but, le guérisseur doit découvrir l'origine du problème du consultant, qui est, dans l'antoinisme, toujours en lien avec l'histoire personnelle de quelqu'un, et lui faire comprendre qu'il lui faut supporter les conséquences de ce qu'il a pu faire dans une existence antérieure[151].

Le processus de guérison antoiniste n'inclut pas l'apprentissage d'une doctrine ni de manipulation psychologique. Il ne garantit pas la fin du problème ou de la maladie, et peut se diviser en trois phases : le soulagement apporté par le guérisseur à travers son écoute et son intercession, puis l'acceptation du problème qui implique la reconnaissance de ses propres responsabilités, et enfin la paix intérieure qui peut en résulter. Qu'elle soit immédiate ou graduelle, les guérisons antoinistes ne sont jamais considérées comme des miracles, car elles sont censées se produire sans faute chaque fois que toutes les conditions favorables, notamment la foi du patient, sont réunies. Même après plusieurs consultations, le patient ne devient pas forcément un fidèle régulier. Plusieurs sociologues estiment que la guérison antoiniste est à la fois « exorciste » aussi bien qu'« adorciste »[152].

Selon une enquête de 2001 rapportée par le docteur Axel Hoffman, un guérisseur antoiniste avait reçu 216 patients sur une période de vingt jours, les problèmes motivant les demandes étant, dans l'ordre décroissant, d'ordre physique (47 %), psychologique (19 %), sentimental (13 %) et professionnel (13 %) ; la plupart de ces personnes consultaient aussi un médecin[153]. Ainsi, la dimension guérisseuse n'est plus aussi prédominante qu'auparavant[154].

Mariage, communion, baptême et funérailles[modifier | modifier le code]

Catherine établit des rituels tels que le baptême des enfants, la bénédiction des couples et la communion des jeunes gens. Ces cérémonies très courtes, totalement « décharné[e]s » selon Debouxhtay car dépourvues de tout aspect rituel[155], consistent simplement en une « élévation de pensée » qui prend place après le culte dans une pièce de consultation du temple. Dans l'antoinisme, ces rituels n'ont pas de signification particulière et ne sont pas considérés comme des sacrements[156] ; ils ne sont pratiqués qu'à la demande des fidèles, même des jeunes personnes, qui souhaitent donner une dimension religieuse aux moments importants de leur vie[157]. Les sacrements pratiqués par l'Église catholique sont reconnus comme étant valides et il est donc inutile de les reproduire[158]. Les funérailles sont également pratiquées sur demande de la personne concernée, à moins que la famille ne préfère des funérailles d'une autre religion[159]. Porté par des adeptes costumés, le cercueil est tapissé à l'intérieur d'une étoffe de couleur mauve ou verte[158]. La procession prend toujours place au cimetière ou au lieu de crémation, et le corps de la personne décédée n'est jamais amené au temple. Les desservants lisent les « Dix Principes du Père », puis un texte antoiniste sur la réincarnation, afin d'aider l'âme à quitter le corps pour être réincarnée. Des sociologues notent que de nombreuses personnes qui n'assistent jamais au culte antoiniste demandent des rites funéraires de cette religion[159].

Fêtes[modifier | modifier le code]

Antoine décida de calquer les fêtes antoinistes sur celles du catholicisme, d'une part parce que les premiers membres étaient principalement issus de cette religion, et d'autre part parce cela offrait une plus grande solidarité dans la prière[160]. Ainsi, les fidèles célèbrent toutes les fêtes chrétiennes, notamment la Toussaint, Noël, Pâques, le lundi de Pâques et l'Ascension. Ces jours-là, des passages appropriés des œuvres d'Antoine sont lus durant le culte. Il y a également trois jours spéciaux dans l'antoinisme, et l'assistance au culte est généralement plus élevée à ces occasions[161]. Le 25 juin, jour de la mort de Louis Antoine, a été institué Fête du Père par sa femme peu après la mort de son époux. Au début, à partir de 1913, tous les temples, excepté celui de Jemeppe, étaient fermés ce jour-là pour que les adeptes viennent assister à la cérémonie dans cette ville[162]. Les antoinistes effectuaient ce jour-là un pèlerinage à Jemeppe pour participer à une procession à travers la ville durant laquelle étaient soulignés les principaux événements de la vie d'Antoine. La procession fut abandonnée en 1937 et le pèlerinage ne semble plus être organisé ; actuellement, les fidèles se contentent de rendre hommage au fondateur dans les temples[163]. Le 15 août commémore la Consécration du premier Temple, celui de Jemeppe. En 1911, ce jour-anniversaire, l'Opération générale eut lieu au temple, puis se poursuivit dans une salle des fêtes, ce qui choqua des adeptes ; aussi, dès l'année suivante, toute la cérémonie se déroula exclusivement dans le temple[164]. Enfin, le 3 novembre, Fête de la Mère, correspond à l'anniversaire de la mort de Catherine[90].

Vêtements religieux et symboles[modifier | modifier le code]

Le fait de porter le vêtement religieux antoiniste est le signe d'une grande implication dans la religion de la part de la personne qui fait ce choix. Bien que non obligatoire, il est réservé aux fidèles qui effectuent le culte, les célébrations et les autres tâches dans le temple – celles-ci étant appelées « travail moral » puisqu'elles sont censées participer à l'élévation morale des fidèles[165]. C'est en 1906 qu'Antoine décida de porter un habit spécial pour la première fois, et ce fut au tour des fidèles à partir de 1910[166]. Entièrement noir, le vêtement pour les hommes a été créé par Antoine, et celui pour les femmes par Catherine, qui définirent précisément leurs dimensions dans leurs écrits. Des habits pour les jeunes enfants des deux sexes existent également, mais ne sont dans les faits jamais utilisés. Historiquement, le port du vêtement fut l'objet d'un débat parmi les premiers antoinistes, certains d'entre eux ayant refusé de le porter[167] et créèrent un scandale tant est si bien qu'Antoine dut se justifier sur ce sujet, affirmant qu'il avait été révélé par inspiration[168]. Dans le passé, le vêtement était également porté dans la rue, et c'était ainsi que les fidèles étaient immédiatement identifiés par les passants[169]. Actuellement, il est généralement porté uniquement lors du culte, étant mis et enlevé dans le vestiaire du temple. L'habit pour les hommes est composé d'une robe semblable à celle portée par le clergé catholique vivant dans les monastères, et fermé par treize boutons, plus un chapeau haut-de-forme en cachemire. L'habit pour les femmes est composé d'une robe large accompagnée d'une cape et d'un bonnet avec un voile. Dans la doctrine antoiniste, le col est important car c'est ici que le fluide est censé résider[170].

Le seule emblème de l'antoinisme est l'arbre de la science de la vue du mal qui figure sur la façade de la plus haute tribune dans le temple. Il a sept branches qui représente les sept péchés mortels (bien que le péché soit nié), deux yeux qui symbolisent la vue des péchés, et des racines de l'arbre qui sont le symbole de l'intelligence reliant l'homme à la matière. Dans les branches, la mention « Culte antoiniste » est généralement écrite[171].

Organisation[modifier | modifier le code]

Statut[modifier | modifier le code]

En Belgique, l'antoinisme fut organisé en association sans but lucratif (absl) en 1922 et fut immédiatement enregistré comme fondation d'utilité publique[172]. Il n'est pas reconnu comme un culte public, étant donné qu'aucune divinité n'est adorée durant le culte[173]. Actuellement dirigée par un collège de desservants[174], la religion est légalement reconnue comme association cultuelle en France[175]. Elle fut publiée dans le Journal officiel de la République française du 9 février 1924, et la dernière modification des statuts apparut dans le JO du 3 août 1988. Le culte antoiniste est exempté de taxes foncières sur la partie publique de ses bâtiments depuis 1925 en Belgique et depuis 1934 en France[176].

Lieux de cultes[modifier | modifier le code]

Les temples sont les seuls lieux de culte de l'antoinisme. Ils sont financés par des dons anonymes et des mécènes et, souvent, les membres participent à leur construction. Tous sont consacrés avant leur utilisation pour le culte, c'est-à-dire que, lors d'une cérémonie, ils ont reçu un « bon fluide » par l'un des fondateurs (pour les temples construits du vivant de ceux-ci) ou par un membre dûment autorisé à le faire[177].

Historiquement, la plupart des temples antoinistes de Belgique ont été construits avant la Seconde Guerre mondiale, quand au moins l'un des fondateurs était encore en vie. Le premier temple, celui de Jemeppe-sur-Meuse, a été consacré deux ans avant la mort de Louis Antoine. D'autres temples ont été construits par la suite, souvent dans les villes thermales ou dans la campagne, et sont principalement rassemblés dans la région de langue française – il y a seulement trois temples situés dans la région flamande –, en particulier en province de Liège, où on en compte vingt et un. Cependant, le développement de l'antoinisme est maintenant sur le déclin dans le pays, et aucun temple n'a été construit depuis 1968. Le temple de Tournai a, par ailleurs, été vendu en 2001[178]. Dans ce pays, les temples ont souvent été construits à la demande d'adeptes et donc se situent souvent dans les quartiers ouvriers où ils travaillaient[54].

En France, la construction de temples s'est poursuivie jusqu'en 1993. Le premier lieu de culte a été consacré en 1913 dans le 13e arrondissement de Paris. À l'heure actuelle, il y a un temple antoiniste dans la majorité des principales villes de France, bien que la plupart d'entre eux soient situés au nord de Paris, en particulier dans le département du Nord où cinq temples sont en fonction[178].

Photographies des temples antoinistes affichées dans le porche de chaque temple

La façade extérieure présente une architecture variable suivant les temples, mais inclut toujours les mots « Culte antoiniste » et l'année de consécration. Une fois passée l'entrée, il y a un porche où différents écrits du mouvement religieux, le règlement intérieur (en France uniquement), la liste des lieux de culte et les fêtes, ainsi que les photos du couple Antoine et des temples sont exposés derrière des vitrines[179].

À l'intérieur, les murs sont peints en vert, comme symbole de la réincarnation. Il n'y a pas de décoration, juste une horloge et de petits papiers accrochés aux murs indiquant aux visiteurs qu'ils ne doivent pas parler dans le temple. Plusieurs rangées de bancs séparées par une allée centrale sont réservées aux fidèles et aux visiteurs. Ils font face à une tribune à deux niveaux d'où le culte est pratiqué, et un texte appelé « L'Auréole de la Conscience » est écrit en majuscules sur le mur du fond. La tribune supérieure est décorée, de gauche à droite, avec une représentation de l'arbre de la science de la vue du mal, le symbole antoiniste, puis (en France uniquement) d'une photo d'Antoine et une autre de Catherine ; la photo du « Père » est un peu plus haute que les deux autres[180]. Concernant cette photo, l'auteur Françoise d'Eaubonne, qui trouvait le physique d'Antoine attirant, considérait qu'il savait tirer profit de son apparence[181]. À gauche et à droite, de petites pièces d'environ 15 m² sont utilisées par les guérisseurs comme lieux de consultation dont les murs sont ornés de cinq tableaux ; le plus massif est celui d'Antoine[182]. Il y a également un vestiaire et, adjacent au temple, un petit appartement constamment occupé par un guérisseur antoiniste[183].

Certains temples antoinistes, dont ceux de Vervins[184] et d'Aix-les-Bains[185], sont répertoriés dans l'inventaire général du patrimoine culturel.

Le mouvement est également propriétaire de salles de lecture, mais aucun culte n'est célébré dans ces bâtiments. En date de 2011, l'antoinisme compte 64 temples : 32 en Belgique, 31 en France et 1 dans la Principauté de Monaco. Il a aussi ouvert des salles de lecture en Belgique, en France métropolitaine, sur l'île de La Réunion, en Guadeloupe, en Australie, au Brésil, en Italie, au Congo et au Luxembourg[186]. Une salle de lecture en Égypte eut une courte existence et ferma en novembre 1913[187].

Publications[modifier | modifier le code]

Trois brochures antoinistes qui contiennent quelques extraits des livres d'Antoine

La littérature antoiniste est principalement composée des écrits d'Antoine, considérés comme sacrés par les fidèles et ne devant pas être modifiés[188]. Ils incluent trois livres doctrinaux groupés en deux volumes qui peuvent être achetés dans les temples et qui sont lus durant le culte : La Révélation par le Père, Le Couronnement de l'Œuvre révélée et Le Développement de l'Enseignement du Père. Les deux premiers livres marquent une évolution dans la pensée d'Antoine, ce qui explique certaines contradictions entre les textes[189]. Selon Debouxhtay, « les écrits d'Antoine ne brillent point par les qualités du style », avis partagé par d'autres observateurs[190], et même les publications du culte ont reconnu que le sens des écrits du fondateur était « difficile à saisir »[189]. De nombreuses déclarations du couple Antoine sont regroupées dans quatorze livres appelés Tomes, qui sont accessibles uniquement aux membres costumés. De mai 1907 à avril 1909, le mouvement publia le journal L'Auréole de la conscience[67], puis de septembre 1911 à août 1914, L'Unitif[191]. En 1936, l'écrivain belge Robert Vivier publia une biographie hagiographique – bien que s'appuyant sur des faits réels – de Louis Antoine, qui est également utilisée par les antoinistes pour renforcer leur foi[192],[193], et est aussi vendue dans les temples[194].

Hiérarchie et finances[modifier | modifier le code]

L'organisation, qui est la plus réduite possible, diffère légèrement en France et en Belgique.

En Belgique, un Conseil général fut organisé en 1911 par Antoine afin qu'il s'occupe de toutes les questions financières. Il est actuellement composé de neuf membres incluant un président, un trésorier et un secrétaire. La fonction de Premier représentant du Père a été supprimée, et il n'y a pas de règlement intérieur dans les temples[195]. En France, le mouvement est dirigé par une association religieuse appelée « Culte antoiniste ». Tous les desservants font partie de ce Collège de desservants qui gère les questions matérielles, dont les décisions sont mises en œuvre par un Comité administratif. À l'intérieur du collège, un Secrétaire moral est élu et sert comme représentant légal de la religion; en 2013, cette fonction était assurée par Norbert Madeleine[196]. Localement, les desservants nomment des auxiliaires parmi les membres costumés afin qu'ils pratiquent la lecture durant le culte et/ou servent comme guérisseurs. Un Conseil intérieur local composé de sept membres incluant les desservants est utilisé pour les questions relatives aux temples desquels ils dépendent[197]. Les femmes aussi bien que les hommes peuvent être choisis à ces fonctions[198], étant donné que Catherine promut l'égalité des sexes dans le culte[199]. Dans tous les cas, Antoine, bien que décédé, reste le leader de la religion, ce qui amène Debouxhtay à le comparer au Pape dans la religion catholique[106].

Les guérisseurs antoinistes sont toujours des membres costumés, et ne sont pas payés. Ils ne suivent pas de formation spécifique ni ne participent à un quelconque rite d'initiation. Ceux qui veulent accéder à cette fonction doivent se sentir spirituellement « inspirés » et obtenir l'approbation du desservant. Ils doivent également promettre de respecter quelques règles dont la non-divulgation des confessions des consultants et ne pas décourager la médecine traditionnelle. Avant de recevoir les consultants, aucune sorte d'ascétisme n'est requise, sinon une préparation mentale incluant la prière et la méditation. Perçus comme de simples intercesseurs, les guérisseurs ont un « charisme de fonction » car ils reproduisent celui d'Antoine, ce qui n'empêche pas certains d'entre eux de devenir très populaires auprès des consultants[151],[200],[201].

Comme cela est indiqué par des panneaux, le culte est pratiqué volontairement, les desservants et les membres costumés n'étant pas payés, ni pour le culte, ni pour les consultations ; par ailleurs, rien n'est vendu, hormis les livres sacrés[202]. Le culte refuse toute forme de cotisation ainsi que tout testament établi par une personne ayant encore de la famille[123]; quand le couple Antoine était vivant, les dons étaient refusés quand la religion avait assez d'argent dans sa trésorerie. Seuls les dons anonymes et les legs sont acceptés, et ceux-ci vont dans la trésorerie du « Culte antoiniste »[203]. En Belgique, les finances, publiées dans Le Moniteur Belge chaque année après la réunion du Conseil[204], sont peu élevées et témoignent d'une activité minimale de la religion[172].

Effectifs[modifier | modifier le code]

Il y a quatre catégories d'antoinistes : les desservants qui pratiquent le culte, les membres qui portent le costume religieux, les fidèles réguliers qui assistent au culte chaque semaine, et les membres occasionnels ou visiteurs[205]. Comme son but est de guérir et de réconforter grâce à la prière, l'antoinisme ne cherche pas à convertir de nouvelles personnes[206]. Le nombre de fidèles est difficile à estimer car il n'y a pas de signe d'engagement formel[207] (sauf pour les membres costumés et les desservants) et donc pas de statistiques établies par la religion[208]. Après une période de croissance rapide en Belgique, le nombre de fidèles est actuellement sur le déclin dans le pays et certains temples ont été obligés de fermer à cause d'un manque d'argent ou de fidèles ; par exemple, en 2003, l'organisation Human Rights Without Frontiers International dénombrait moins de 150 fidèles dans le pays[209]. En France, toutefois, la religion reste active et compte environ 2 500 membres réguliers[122]. Les estimations de l'effectif mondial varient de quelques milliers à 200 000[210]. Toutefois, la croissance future du nombre de fidèles pourra être affectée par une certain nombre de règles du groupe. Comme il ne pratique pas de prosélytisme, l'antoinisme souffre d'un manque de visibilité sociale et de nombreuses personnes ne connaissent même pas l'existence d'un temple antoiniste dans leur voisinage[211]. De plus, à cause de la disponibilité requise pour le culte et de l'absence de revenus dans la religion, les membres costumés et les desservants sont souvent des retraités[165].

Il n'existe pas de communauté antoiniste à strictement parler car les fidèles ordinaires ne sont pas liés à une profession de foi ni à un quelconque engagement et les desservants ne constituent pas un clergé[212]. Principalement des personnes de quarante à cinquante ans et en majorité de femmes[205], les fidèles des temples antoinistes présentent un profil sensiblement similaire à ceux qui ont été attirés par le spiritisme en Belgique au XIXe siècle, ont surtout un statut social modeste, tel que mineurs et artisans[213], et sont généralement intéressés par la spiritualité, mais en rupture avec l'Église catholique ou sceptiques face à la médecine traditionnelle[214]. Les antoinistes sont parfois juifs[215], musulmans[216], bouddhistes[217], adeptes du reiki, du yoga, ou du tai chi chuan[218], ou d'anciens catholiques[104]. Une description réaliste des antoinistes du Nord de la France a été faite par l'écrivain André Thérive dans son roman de 1928, Sans âme[219]. En 1945, Debouxhtay décrivit les adeptes comme étant « de fort braves gens, très charitables et très serviables »[220].

Perception à l'extérieur[modifier | modifier le code]

Accueil[modifier | modifier le code]

René Guénon critiqua les doctrines antoinistes dans son livre de 1923, L'Erreur Spirite.

Quand Antoine décéda en 1912, il y avait un millier d'adeptes et des milliers de sympathisants[90] ; dans les années 1920, ce nombre s'élevait à 700 000[221], dont 300 000 rien qu'en Belgique[122]. Durant ses premières décennies, l'antoinisme se répandit si rapidement que même des journaux américains publièrent des articles sur cette religion[222],[223], l'un d'entre eux déclarant qu'il « attir[ait] une attention considérable en Europe »[224]. Selon Bégot, le succès de l'antoinisme au début du XXe siècle peut être expliqué par le fait qu'« il offrait une alternative aux institutions légitimes de contrôle du corps et de l'âme », c'est-à-dire l'Église catholique et la médecine, ajoutant : « Porteur d'une protestation sociale, il est néanmoins une voie d'intégration socio-économique »[225]. L'historien et sociologue français Émile Poulat écrivit que cette religion est « toujours apparue calme et bénéfique »[226]. En 1945, Debouxhtay considérait l'antoinisme comme « un phénomène social unique en Wallonie »[106].

Ayant mal supporté que le groupe d'Antoine se détourne du spiritisme, les revues spirites critiquèrent l'antoinisme à ses débuts[59], tandis que le président de la Fédération spirite de Belgique, le Chevalier Le Clément de Saint-Marcq, considéra cette religion comme l'une des « tiges parasitaires venues sur l'arbre sain et fort du spiritisme »[227]. D'un point de vue philosophique, l'antoinisme a été critiqué par René Guénon dans un chapitre entier de son livre de 1923 L'Erreur spirite, notant, à son point de vue, « la nullité de ses « enseignements » [ceux d'Antoine] qui ne sont qu'un vague mélange de théorie spirites et de « moralisme » protestant »[228]. De même, dans l'Encyclopædia Universalis, l'historien de l'ésotérisme Antoine Faivre écrivit qu'Antoine faisait partie des spirites qui étaient « tombés dans le ridicule » et évoque lui aussi « la médiocrité de son enseignement »[229]. En revanche, les théosophes ont affiché un fort sentiment de sympathie à l'égard de l'antoinisme dans leurs journaux[230].

L'antoinisme reçut peu d'opposition de la part de l'Église catholique, qui l'a parfois critiqué, mais seulement sur des questions doctrinales, le considérant comme hérétique[231]; de son coté, le mouvement religieux, peu enclin à la polémique, n'a pas réagi aux critiques[232]. Par exemple, en 1918, le prêtre de Liège Hubert Bourguet publia une brochure de cinquante pages dans laquelle il exprima ses préoccupations en rapport avec les doctrines, qualifia les textes sacrés de l'antoinisme de « charabia » et conclut qu'Antoine avait dû souffrir de paraphrénie[233]. En 1925, le Père Lucien Roure considéra l'antoinisme comme « une doctrine d'anarchie et d'amoralité », avec des « enseignements négatifs », des écrits confus et incohérents, et des fidèles « crédules et dociles »[234]. En 1949, l'auteur Jacques Michel blâma Antoine pour s'être substitué à Jésus-Christ et considéra l'antoinisme comme étant une foi « démoniaque »[235]. Plus tard, en 1953, Maurice Colinon, puis en 1954, le Père Henri-Charles Chéry publièrent des livres qui analysaient les groupes non-conformistes, incluant l'antoinisme[236],[237]. Selon Debouxhtay, les Protestants furent préoccupés par l'expansion de l'antoinisme dans les années 1930, et plusieurs pasteurs publièrent des écrits sur le sujet (Giron-Galzin, 1910 ; Rumpf, 1917 ; Wyss, v. 1924)[238]. Plus récemment, la religion a été étudiée à partir d'une perspective protestante par le pasteur Gérard Dagon[239],[240]. Plusieurs similitudes ont été relevées entre l'antoinisme et le protestantisme pour expliquer son expansion[54]. D'une manière générale, une critique récurrente à l'encontre du mouvement a été celle de constituer une religion « sentimentale » ou « émotionnelle »[54].

Classement[modifier | modifier le code]

En France, le culte antoiniste fut classé comme secte dans le rapport parlementaire de 1995 qui le considéra comme l'un des plus vieux groupes guérisseurs[210]. Des livres publiés par des associations et des activistes anti-sectes français et belges incluent parfois l'antoinisme dans leurs listes de sectes, dont Les Sectes, État d'urgence — Mieux les connaître, mieux s'en défendre en France et dans le monde, publié par le Centre Roger Ikor[241], et d'autres[242],[243],[244]. Toutefois, le 27 mai 2005, la liste de sectes dans laquelle le culte antoiniste était listé fut officiellement abandonnée et invalidée par une circulaire de Jean-Pierre Raffarin[245]. De plus, une lettre antérieure du Ministère de l'Intérieur français rappela que le mouvement religieux était considéré, d'un point de vue administratif, comme une association cultuelle, donc en conformité avec les dispositions prévues par les articles 18 et 19 de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et l'État (exercice exclusif d'un culte, pas de troubles à l'ordre public) ; elle ajouta que l'antoinisme avait systématiquement reçu l'autorisation de recevoir des legs ou des donations, ce qui signifiait que son caractère cultuel n'avait jamais été contesté[246]. Au début des années 2000, la fréquentation d'un temple antoiniste à Valenciennes par une mère fut utilisée par son ex-mari pour tenter de lui enlever la garde de leur fils ; cette affaire reçut de l'attention de la part des médias et fut critiquée par le sociologue français Régis Dericquebourg comme étant injustifiée[247],[248],[249].

De nombreux acteurs de la lutte contre les dérives sectaires dirent ne pas avoir constaté de dérives sectaires en rapport avec l'antoinisme. Éric Brasseur, directeur de Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN) déclara : « C'est un culte belge pour lequel nous n'avons jamais eu de plaintes en 12 ans, un cas assez rare pour le signaler »[250]. De même, en 2013, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) fit ce commentaire : « Nous n'avons jamais reçu de signalements par rapport aux Antoinistes. Ils font de la guérison par la prière, mais tant qu'ils n'empêchent pas les gens de se soigner correctement par des moyens légaux... » ; par ailleurs, les Renseignements Généraux ont cessé de surveiller le mouvement religieux, celui-ci ne posant aucun problème[251]. Dans une fiche de présentation datant de 2002 à destination des agents pastoraux du diocèse de Lyon, le service national « Pastorale, sectes et nouvelles croyances » de l'Église catholique déclarait au sujet de l'antoinisme : « Bien qu'il soit répertorié parmi les sectes par le Rapport Parlementaire de 1995, il n'en présente aucune caractéristique »[252]. Lorsqu'il fut auditionné par la commission belge sur les sectes, le philosophe Luc Nefontaine déclara que « l'établissement d'un répertoire des mouvements sectaires [...] lui parai[ssai]t dangereux, parce que cela donnerait également une mauvaise image d'organisations tout à fait honorables (par exemple [...] l'antoinisme) »[253].

De façon similaire, les sociologues ayant étudié en profondeur le groupe religieux ont conclu que celui-ci n'était pas une secte, ni au sens moderne, ni au sens sociologique. Par exemple, Régis Dericquebourg, auteur d'un ouvrage et d'articles sur ce culte, écrivit que ce dernier ne possédait pas les caractéristiques fondamentales d'une secte[212] et qu'il n'avait jamais correspondu à ce profil durant toute son histoire[6], précisant : il « n'exerce pas d'influence totalitaire sur ses membres, ne leur dicte pas leur comportement à tenir dans le monde ; il n'est pas exclusif [et] ne montre aucune hostilité envers les systèmes sociaux »[254]. De même Anne-Cécile Bégot, qui a publié plusieurs articles sociologiques sur l'antoinisme, affirma avoir été « surprise par le fait que le groupe ait été qualifié de secte » dans le rapport parlementaire de 1995, estimant que les aspects « ésotérique » et « suranné » du culte ont pu contribuer à ce classement[154]. Selon les deux sociologues, le groupe présente tous les traits d'un « cult » au sens sociologique (à ne pas confondre avec le mot péjoratif « cult » correspondant à « secte » en français), caractérisé notamment par une expérience mystique, une rupture avec la tradition religieuse dominante, la primauté des individus sur les questions sociales, et une dimension à la fois magique et éthique[255],[256].

Bien qu'il ne fasse pas directement référence à l'Évangile, l'antoinisme est parfois considéré comme un nouveau mouvement religieux à tendance chrétienne[2],[257],[258]. Certains ministres protestants des premières décennies de l'antoinisme considéraient celui-ci comme étant un « renouveau du gnosticisme »[54]. En 1970, le sociologue britannique Bryan Wilson classa l'antoinisme dans la catégorie des groupes « thaumaturgiques »[259]. Plus tard, Dericquebourg présenta le mouvement comme proposant un syncrétisme[105], tandis que le secrétaire de l'Épiscopat français pour l'étude des sectes et des nouveaux mouvements religieux Jean Vernette le considéra comme étant une « église guérisseuse » et « une nouvelle religion de spiritisme, de théosophie et d'éléments de christianisme »[260],[261]. En 2011, Le Protestant Liégeois, un périodique protestant belge, déclara que le groupe, bien qu'ayant été listé comme secte dans le rapport parlementaire de 1995, était plutôt « un mouvement d'ordre philosophico-religieux »[32]. Dans une encyclopédie sur les sectes, le journaliste Xavier Pasquini qualifia l'antoinisme de « véritable religion théosophique », et précisa qu'il « ne demande pas d'argent à ses fidèles, et ne pratique pas d'endoctrinement »[262].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article Plusieurs ouvrages listés ci-dessous ont été utilisés comme sources pour l'article.

  • Perspective anti-sectes
    • Centre Roger Ikor, Les Sectes, État d'urgence — Mieux les connaître, mieux s'en défendre en France et dans le monde, Paris, Albin Michel,‎ 1995 (ISBN 978-2-226-07711-0), « Antoinisme »
    • Alain Lallemand, Les sectes en Belgique et au Luxembourg, Brussel, EPO,‎ 1994 (ISBN 978-2-87262-089-0, lire en ligne), « Du spiritisme à l'antoinisme »
  • Perspective historique
    • Jean-Marc Boffy, Historique du Culte antoiniste. Louis Antoine et l'antoinisme, Jemeppe-sur-Meuse, Culte antoiniste,‎ 1997
    • Pierre Debouxhtay, Antoine le guérisseur et l'antoinisme — Les Faits d'après des documents inédits, Liège, Fernand Gothier,‎ 1934
    • Pierre Debouxhtay, L'antoinisme, La Pensée catholique,‎ 1945
    • Philippe Delorme, Les Aventuriers de Dieu, Paris, Jean Picollec,‎ 2002 (ISBN 978-2-86477-190-6), « 6 : Louis Antoine (1846-1912) », p. 193-226
    • Robert Vivier, Délivrez-nous du mal — Antoine le guérisseur, Brussel, Labor,‎ 2006 (1re éd. 1936) (ISBN 978-2-246-02082-0)
  • Perspective philosophique
    • Jacques Cécius, Une religion de guérison : l'antoinisme,‎ 2009
    • René Guénon, L'Erreur spirite, Paris, Éditions traditionnelles,‎ 1977 (ISBN 978-2-7138-0059-7), « L'antoinisme »
    • Paul Lesourd, Solutions religieuses autres que les grandes religions pour les âmes à la recherche de Dieu — Les religions minoritaires et les mouvements philosophico-spiritualistes, Presses de la Cité,‎ 1973, « Chapitre 3 : Les antoinistes »
  • Perspective religieuse
    • Hubert Bourguet, Antoine de Jemeppe et l'antoinisme, Liège, Vaillant-Carmanne,‎ 1918
    • Henri-Charles Chéry, L'Offensive des sectes, Paris, Cerf,‎ 1954
    • Maurice Colinon, Faux prophètes et sectes d'aujourd'hui, Paris, Plon,‎ 1953, « Le « Père Antoine » et l'antoinisme »
    • René Giltay, « Sectes d'hier et d'aujourd'hui (13) - Le culte antoiniste », Le Protestant Liégeois, Liège, Église Protestante Unie de Belgique,‎ février 2011, p. 6—9 (lire en ligne [PDF])
    • Jacques Michel, Antoine, l'antoinisme, les antoinistes, Évreux, Librairie Saint-Paul,‎ 1949
    • Lucien Roure, Au pays de l'occultisme ou par delà le catholicisme, Paris, Gabriel Beauchesne,‎ 1925 (lire en ligne), « Un Prophète contemporain, Antoine le Guérisseur »
    • (en) Albert Van der Naillen, Most Sacred Revelations Given to the World by Antoine the Wonderful Belgian Healer, The Park Printing Co,‎ 1927
  • Perpective sociologique
    • Anne-Cécile Bégot, « Science chrétienne et antoinisme : Deux groupes religieux minoritaires », Socio-anthropologie, vol. 2,‎ 1997 (lire en ligne)
    • Anne-Cécile Bégot, « Les Mutations de la représentation du divin au sein d'un groupe à vocation thérapeutique, Le cas de l'antoinisme », Archives de sciences sociales des religions, vol. 111,‎ 2000, p. 41—55 (lire en ligne)
    • Anne-Cécile Bégot, « La construction sociale de l'efficacité thérapeutique au sein de groupes religieux », Ethnographiques, no 15,‎ février 2008 (lire en ligne [PDF])
    • Richard Bergeron et Bertrand Ouellet, Croyances et sociétés : communications présentées au dixième colloque international sur les nouveaux mouvements religieux, Montreal, Fides,‎ 1998 (ISBN 978-2-7621-1990-9, lire en ligne), « La guérison spirituelle : son évolution face aux changements sociaux et culturels — Étude comparée de la Science chrétienne et de l'antoinisme », p. 187—98
    • Régis Dericquebourg, Les antoinistes, Belgium, Brepols,‎ 1993 (ISBN 978-2-503-50325-7)
    • Régis Dericquebourg, « La thérapie spirituelle antoiniste », Syzygy, Center for Academic Publication, Standford University Branch, Lewis, vol. 2, n°1—2,‎ 1993 (lire en ligne)
    • Régis Dericquebourg, Religions de guérison, Paris, Cerf,‎ 1988 (ISBN 978-2-2040-2984-1), « L'antoinisme ».
    • Régis Dericquebourg, Croire et guérir — Quatre religions de guérison, Paris, Dervy,‎ 2001 (ISBN 978-2-84454-076-8), « L'antoinisme ».
    • Régis Dericquebourg, Dictionnaire des miracles et de l'extraordinaire, Paris, Fayard,‎ 2002 (ISBN 978-2-213-61394-9, lire en ligne), « L'antoinisme », p. 42—44
    • Raymond Massé et Jean Benoist, Convocations thérapeutiques du sacré, Paris, Karthala,‎ 2002 (ISBN 978-2-84586-266-1, lire en ligne), « Formes organisationnelles et pratiques thérapeutiques au sein de la Science chrétienne et de l'antoinisme », p. 61—78

Références[modifier | modifier le code]

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  131. Voir la très grande majorité des sources de l'article
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