Phérécyde de Syros

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Phérécyde de Syros (en grec ancien Φερεκύδης / Pherekýdês) est un philosophe grec présocratique, qui était actif vers 540 av. J.-C. Il est né à Syros, l'une des Cyclades, dans la 45e olympiade (600 av. J.-C.). Oncle maternel de Pythagore, il lui dispensa ses enseignements.

Il aurait été le premier penseur grec à parler de l'immortalité de l'âme. Avec Anaximandre, il serait parmi les premiers penseurs grecs à avoir écrit en prose : la Souda le tient pour « le premier prosateur ». Diogène Laërce : « Phérécyde fut le premier à écrire sur la nature et l'origine des dieux[1]. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Babys[2], Phérécyde vécut au VIe siècle av. J.-C., peut-être de 585 à 499 av. J.-C. Diogène Laërce place son acmé « pendant la 59° olympiade 544 av. J.-C.[2] »

Il se serait rendu en Égypte pour y apprendre la théologie et une science de la nature plus exacte. Les influences de l'orphisme semblent évidentes.

Il dispensait son enseignement dans une grotte[3].

Selon les biographes de Pythagore, celui-ci fréquenta Phérécyde comme maître vers 550 av. J.-C.

Douris de Samos (Sanctuaires, II) rapporte son épitaphe — dont la rédaction contredit le fait que Pythagore l'ait enterré :

« Toute la sagesse est résumée en moi. Qui veut me louer
Doit louer plutôt Pythagore, car il est le premier
Sur la terre grecque. Ce disant, je dis la vérité. »

Sa mort est aussi légendaire : soit il mourut après avoir sauvé Éphèse par son pouvoir de prédiction, soit il se suicida à Delphes, soit il mourut d'une maladie ou mangé par des poux : la phtiriasis ou pédiculose), contamination par les poux, occasionnant des lésions de la peau[4]. Il fut enterré par Pythagore à Délos en 499 av. J.-C. « Aristoxène, dans son livre Sur Pythagore et ses amis, dit que Phérécyde, après une maladie, fut enterré par Pythagore dans l'île de Délos[5]. »

Il fait partie des sept sages cités par Diogène Laërce.

La dimension chamanique relie Phérécyde à d'autres penseurs « hyperboréens » ou « apolliniens ». Ainsi pour Apollonios Dyscole, « À Épiménide, Aristée, Hermotime, Abaris et Phérécyde a succédé Pythagore (...) qui ne voulut jamais renoncer à l'art de faiseur de miracles[6]. » Le premier à noter cet aspect fut Meuli[7].

Phérécyde possède sans doute ce don chamanique qu'il attribue à Éthalide : "que son âme fût tantôt dans l'Hadès et tantôt, au contraire, dans les lieux au-dessus de la terre."[8]

Il était considéré comme un grand mage : « Voyant un navire avancer à vive allure, poussé par un vent favorable, il affirma que sous peu il sombrerait, et le navire coula devant ses yeux[9]. » Il recevait des songes d'Héraclès[10].

Philosophie[modifier | modifier le code]

La conception de l'âme que se fait Phérécyde de Syros est capitale dans l'histoire de la pensée. Théorie de l'autonomie et de l'individualité de l'âme, de l'âme comme identité de l'homme : "Même étant mort, il mène une vie joyeuse pour son âme." Théorie de l'immortalité de l'âme : "À ce qu'attestent les documents écrits, Phérécyde de Syros a été le premier à avoir dit que les âmes des hommes sont éternelles."[11] Il est aussi le premier, en Occident, à soutenir que l'âme retourne successivement s'incarner sur Terre :

« Phérécyde, parlant de repaires, de tanières et d'antres, de portes et d'entrées, exprimant par là, énigmatiquement, les naissances des âmes et leur départ de la vie. »
(Porphyre, Sur l'antre des nymphes, 31.)

À l'origine se placent deux dieux, un mâle, Zas (dialecte ionien pour « Zeus »), l'autre femelle, Chthonie (« Terre »), unis dans un mariage sacré, en présence du Temps : « Zas, donc, et Temps [Chronos], furent toujours, ainsi que Chthonie, mais Chthonie reçut le nom de Terre [Gè], après que Zas l'eut honorée en lui faisant don de la terre[12]. »

D'après Sextus Empiricus dans ses Esquisses pyrrhoniennes (III, 6), « Phérécyde de Syros a dit que la terre était principe de tout » ; il place ainsi Phérécyde sur le même plan que Thalès pour l'eau, Anaximène pour l'air et Hippase de Métaponte pour le feu (étrangement, aucune référence à Héraclite n'est ici faite), et Pythagore pour les nombres, chacun voyant dans le concept associé le premier principe de l'univers.

Œuvres[modifier | modifier le code]

En raison de son œuvre originale, il est passé dans la légende. Il est l'auteur de l'Heptamychia, l'une des premières œuvres en prose attestée de la littérature grecque, qui constitue un pont majeur entre la pensée mythique et présocratique. Phérécyde y développe sa pensée philosophique à travers les représentations mythiques. Bien qu'elle soit perdue dans son intégralité, il est possible de se faire une idée générale de l'œuvre grâce aux fragments restants. Aristote dans sa Métaphysique[13] ne la qualifie-t-il pas comme un mélange de mythes et de philosophie?

Phérécyde nous livre une histoire du monde qui procède d'une rationalisation du panthéon grec. Le Dieu des dieux n'est plus Zeus mais Zas, « celui qui vit ». Son père est moins Chronos le titan géniteur que sa représentation, à savoir le temps, de qui dépendent l'eau, la terre, l'air et le feu. La querelle entre le père et le fils semble avoir été passée sous silence. Chronos et Zas s'engagent dans une guerre contre Ophionée, l'homme-serpent ; et Zas célèbre sa victoire en tissant une robe pour Chthonie, qui est transformée en Ge, c'est-à-dire la surface de la terre.

Quelle est la part de Phérécyde à la formation de la pensée présocratique ?

  1. le refus d'une création ex nihilo
  2. une auto-création du cosmos
  3. la nature éternelle des premiers principes

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Diogène Laërce, I, 116-119. [1]
  • Aristote, Métaphysique, 1091 b 8-10.
  • Aristote, Sur les Pythagoriciens, fragment 1, trad. an. : The Complete Works of Aristotle, J. Barnes édi., Princeton University Press, 1984, p. 2441-2446.
  • Cicéron, Tusculanes, I, 16, 38.

Fragments[modifier | modifier le code]

  • Giorgi Colli, La sagesse grecque (1977-1978), t. 2 : Épiménide, Phérécyde, Thalès, Anaximandre, Onomacrite (1978), trad., Éditions de l'Éclat, 1991, p. 78-103 (fragments : texte grec et trad.).

Études[modifier | modifier le code]

(par ordre alphabétique)

  • Giorgi Colli, La sagesse grecque (1977-1978), trad., Éditions de l'Éclat, t. 2 : Épiménide, Phérécyde, Thalès, Anaximandre, Onomacrite, 1991, p. 19-23 (introduction), 78-103 (fragments : texte grec et trad.), p. 273-279 (commentaire).
  • Michaël Martin, "Les chamans grecs", 2004. [2]
  • Erwin Rohde, Psyché. Le culte de l'âme chez les Grecs et leur croyance à l'immortalité (1890-1894), trad. (1928), Bibliothèque des introuvables, 1999.
  • H. S. Schibli, Pherekydes of Syros, Oxford, 1990. Avec une collection de fragments.
  • M. L. West, Early Greek Philosophy, Oxford University Press, 1971, p. 1-75.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne], I, 116.
  2. a et b Diogène Laërce, I, 121.
  3. Celle-ci peut être visitée à Ano Meria sur l'île de Syros.
  4. Aristote, Recherche sur les animaux, 557 a.
  5. Diogène Laërce, I, 118. De même Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], X, 3, 4.
  6. Apollonios Dyscole, Histoires merveilleuses, 6.
  7. K. Meuli, « Scythica », dans Hermès no 70 (1935), p. 137 sq. : Gesammelte Schriften, Bâle, Schwabe, 1975, t. II, p. 163 et suiv.
  8. Phérécyde de Syros, fragment B 22, trad. G. Colli, La sagesse grecque, t. 2, p. 103 : scolies d'Apollonios de Rhodes, I, 643-648.
  9. Diogène Laërce, I, 116.
  10. Diogène Laërce, I, 117.
  11. Cicéron, Tusculanes, I, 16, 38.
  12. Diogère Laërce, I, 119.
  13. Aristote, Métaphysique, 1091b8.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]