Jean-Marie Brohm

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Jean-Marie Brohm est un sociologue, anthropologue et philosophe français, né le 14 décembre 1940 à Mulhouse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Élève à l'école normale supérieure d'éducation physique de 1960 à 1963, il est reçu au CAPEPS et exerce au lycée Condorcet le métier de professeur d'éducation physique et sportive[1].

Après avoir passé une thèse d'état en 1977, il quitte le lycée en 1988 pour devenir professeur à l'université des sciences de l'homme de Caen dans le département des sciences de l'éducation[1], puis plus tard, professeur de sociologie à l'Université Montpellier III.

Il a été le fondateur et l'animateur du groupe Quel Corps ? (1975-1997)[2], membre du comité de rédaction du mensuel Répertoire et est actuellement directeur de publication de la revue Prétentaine. Il est l'auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages, notamment sur la sociologie critique du sport.

La théorie critique du sport[modifier | modifier le code]

Pour Brohm la « […] théorie critique du sport est fondée sur trois axes principaux :

1) Le sport n'est pas simplement du sport, c'est un moyen de gouvernement, un moyen de pression vis-à-vis de l'opinion publique et une manière d'encadrement idéologique des populations et d'une partie de la jeunesse, et ceci dans tous les pays du monde, dans les pays totalitaires comme dans les pays dits démocratiques. On a pu s'en apercevoir au cours de ces grands évènements politiques qu'ont constitué les jeux olympiques de Moscou, les championnats du monde de football en Argentine et, plus récemment, en France ;

2) Le sport est devenu un secteur d'accumulation de richesse, d'argent, et donc de capital. Le sport draine des sommes considérables, je dirais même, qu'aujourd'hui, c'est la vitrine la plus spectaculaire de la société marchande mondialisée. Le sport est devenu une marchandise-clé de cette société ;

3) Dernier point, l'aspect proprement idéologique. Le sport constitue un corps politique, un lieu d'investissement idéologique sur les gestes, les mouvements. On le voit par exemple pour les sports de combat. C'est aussi une valorisation idéologique de l'effort à travers l'ascèse, l'entraînement, le renoncement, le sportif étant présenté comme un modèle idéologique. Par ailleurs, le sport institue un ordre corporel fondé sur la gestion des pulsions sexuelles, des pulsions agressives, dans la mesure où, paraît-il, le sport serait un apaiseur social, un intégrateur social, réduirait la violence, permettrait la fraternité, tout ce discours qui me semble un fatras invraisemblable d'illusions et de mystifications. Nous avons donc radiographié le sport à partir de ses trois angles : politique, économique, idéologique. »[3]

Cette théorie sur le sport comme spectacle et aliénation est proche de la critique de celle de la société du spectacle abordée par Guy Debord. Elle se poursuit tout au long de la réflexion de Jean-Marie Brohm. En 2013, il précise encore : « La saturation de l’espace public par le spectacle sportif atteint aujourd’hui des proportions démesurées. Contenu idéologique dominant, souvent exclusif même, des grands médias, des commentaires politiques, des ragots journalistiques, des conversations quotidiennes (y compris chez les intellectuels dits de gauche), le spectacle sportif apparaît comme une propagande ininterrompue pour la brutalité, l’abrutissement, la vulgarité, la régression intellectuelle et pour finir l’infantilisation des « foules solitaires » pour paraphraser l’ouvrage classique de David Riesman »[4].

Les débuts de la critique radicale du sport[modifier | modifier le code]

Malgré quelques remarques des avant-coureurs[5] et deux articles antérieurs de Brohm[6], c’est en 1968 avec le numéro 43 (« Sport, culture et répression ») de la revue Partisans que débute vraiment la critique radicale du sport.

« Il fallait se décider à présenter un jour une étude critique, révolutionnaire du sport, des loisirs physiques et de la culture du corps en régime capitaliste. Les événements révolutionnaires de Mai nous en ont donné la possibilité et l’occasion […]. »[7]

Dans son texte « La civilisation du corps : sublimation et désublimation » Brohm analyse la civilisation capitaliste du corps. Celle-ci, après une longue hostilité, semble enfin affirmer le corps; mais selon Brohm il s’agit là d’un leurre. La désublimation serait aussi répressive que la sublimation: « Il n’y a pas de frontières entre la sublimation et la désublimation. Elles passent l’une dans l’autre et se conditionnent réciproquement. »[8] Le capitalisme, en vendant « la consommation du bonheur physique » ne change rien à la misère réelle du corps de la majorité des gens. « Loin de satisfaire ses besoins, l’individu en consommant satisfait les besoins du système. C’est cette conjonction entre les nécessités capitalistes de la consommation manipulée (impulsée par la publicité) et le processus de contrôle et de manipulation des pulsions et des besoins qui explique à notre avis la profondeur et l’intensité de la consommation désublimante répressive. Si le corps est omniprésent dans la culture de masse, c’est parce que celle-ci permet de canaliser socialement, au profit de l’appareil, le retour des pulsions refoulées. »[9]

Les textes de Brohm et ses camarades analysaient le sport et l’éducation sportive et leur instrumentalisation politique par les régimes gaulliste et stalinien. Ils rencontrèrent une forte opposition comme l'avait pronostiqué leurs auteurs :

« […] les textes parus dans ce numéro […] font l’effet d’une bombe dans les milieux sportifs et les milieux EPS. Le sport et l’EPS qui jusque-là, n’étaient perçus qu’en termes de valeurs positives, brutalement, vont être contestés dans leurs fondements et dans leur rôle même. En retour, les résistances des deux champs seront toutes aussi violentes. »[10]

La critique militante et théorique du sport restera inséparable d’une réflexion politique, sociologique et anthropologique sur le corps et c’est ainsi que se définit aussi le programme de la revue Quel corps ? (1975-1997) à laquelle collabore (entre autres) Louis-Vincent Thomas.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean Zorro, Images de 150 ans d'EPS, édition AFRAPS, 2002, p. 94.
  2. voir l'anthologie L'opium sportif : la critique radicale du Sport. De l'extrême gauche à Quel Corps, éd. par Jean-Pierre Escriva et Henri Vaugrand, Paris, L’Harmattan, 1996.
  3. Compétition : La vraie toxicomanie.
  4. Le spectacle sportif, une aliénation de masse, mediapart.fr, 30 mars 2013
  5. voir notamment Jacques Ellul, La technique ou l’enjeu du siècle.
  6. « Forger des âmes en forgeant des corps » (Partisans no 15, mai 1966) et « Sociologie politique du sport » (Partisans, no 28, juin 1967).
  7. Joh. Knief, Pierre Languillaumie, Jean-Marie Brohm, « sport, culture et répression » [éditorial], Partisans, no 43, p. 5-10, citation p. 5.
  8. Partisans, no 43, p. 46-65, citation p. 57.
  9. l.c., p. 64.
  10. Jacques Gleyse, Archéologie de l'éducation physique au XXème siècle en France : le corps occulté, Paris 2006, p. 225.

Bibliographie non exhaustive[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Sociologie du sport[modifier | modifier le code]

  • Sociologie politique du sport, 1976, réédition : Nancy, P.U.N., 1992, 398 p. (ISBN 978-2864805618)
  • Le mythe olympique, Paris : Bourgois, 1981 (ISBN 978-2267002485)
  • Les dessous de l'olympisme, avec Michel Caillat, Paris, La Découverte, Collection : Cahiers libres, 1984. (ISBN 2707114642)
  • Les meutes sportives : Critique de la domination, Paris, L'Harmattan, 1993.
  • Le corps analyseur : essai de sociologie critique, Paris, Anthropos, 2001. (ISBN 2-7178-4224-1)
  • La machinerie sportive, essai d'analyse institutionnelle, Paris, Anthropos/Economica, 2002.
  • Le football, une peste émotionnelle : La barbarie des stades, avec Marc Perelman, Paris, Éditions Gallimard, 2006. (ISBN 2070319512)
  • La tyrannie sportive. Théorie critique d’un opium du peuple, Paris, Beauchesne, 2006. (ISBN 2701014956)
  • 1936, Les Jeux olympiques à Berlin, André Versaille éditeur, 2008. (ISBN 9782874950100)

Philosophie[modifier | modifier le code]

  • Les principes de la dialectique, Editions de La Passion, 254p., 2003. (ISBN 978-2906229570)
  • Heidegger, le berger du néant, Homnisphères, avec Roger Dadoun et Fabien Ollier, 2007. (ISBN 2915129282)
  • Les figures de la mort : perspectives critiques, Paris, Beauchesne, coll. "Prétentaine", 2008. (ISBN 9782701015231)
  • Anthropologie de l'étrange : Énigmes, mystères, réalités insolites, Éditions Sulliver, 2010. (ISBN 9782351220634)

Articles[modifier | modifier le code]

  • « Philosophie du corps ? quel corps ? » In : Encyclopédie Philosophique Universelle, t. 1, L'Univers Philosophique, Paris : P.U.F, 1989
  • « Critique des fondements de l'éducation physique et sportive. Les STAPS, une imposture majeure » In : Les Sciences de l'éducation pour l'ère nouvelle, no 1/2, Université de Caen, 1991
  • « Tranche de vie et analyse institutionnelle impliquée. L'affaire Brohm » In : Traité d'éducation physique et sportive à l'usage de toutes les générations, Montpellier : Éditions Quel Corps, 1994
  • « Apparitions des Énigmes. Complémentarisme de l'ethnopsychanalyse et de la phénoménologie » In : Prétentaine, no 11, janvier 1999
  • Louis Althusser et la dialectique matérialiste, in Contre Althusser, Paris, 10/18, 1974, pages 15–92 ; et in Contre Althusser. Pour Marx (nouvelle édition modifiée), Paris, Les Éditions de la Passion, 1999, pages 15–79
  • La réception d'Althusser : histoire politique d'une imposture, in Contre Althusser. Pour Marx, Paris, Les Éditions de la Passion, 1999, pages 265-301
  • La violence de la compétition sportive, in Quel Sport ?, no 12/13, mai 2010, notice
  • Le football-opium du peuple. Une école du crime, in Quel Sport ?, no 18/19, juin 2012, notice

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]