Jin (État)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Idéogrammes chinois Cette page contient des caractères chinois. En cas de problème, consultez Aide:Unicode ou testez votre navigateur.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Jin.

Jin
晋 (zh)

XIe siècle av. J.-C.-403

Informations générales
Capitale Successivement Yi, Quwo, Jiang et Xintian
Histoire et événements
XIe siècle av. J.-C. Naissance de l'État
-632 Bataille de Chengpu : Jin Wen Gong victorieux du Chu
223 av. J.-C. Le Qin se rend maître du Chu
-403 Trois familles (Han, Zhao et Wei)se partagent le royaume

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le Jin (晋 Jìn[1], XIe siècle av. J.-C.453/403 av. J.-C.), situé dans l'actuel Shanxi, fut l’un des plus puissants États de Chine pendant la période des Printemps et des Automnes. Son cœur était situé dans la vallée de la rivière Fen, région agricole prospère traversée par des axes de communication importants. Il atteint son apogée sous l'égide du duc Wen, victorieux du Chu à la bataille de Chengpu (632 av. J.-C.), à la suite de laquelle il fut nommé hégémon.

À la fin de cette période, le Jin fut divisé en trois États, le Han, le Wei et le Zhao. La division de Jin est parfois considérée comme l’événement initial de la période des Royaumes combattants, ces trois nouveaux États devenant des acteurs majeurs de cette période. Jin est resté l’appellation traditionnelle de la région du Shanxi.

À la fin du IIIe siècle ap. J.-C., au début de la dynastie homonyme Jin, furent découvertes les Annales de bambou, une chronique relatant, entre autres, l’histoire du Jin depuis le début des Zhou orientaux (vers 771) jusqu’à son démembrement.

Fondation sous les Zhou occidentaux[modifier | modifier le code]

Localisation de Jin et des principales principautés de l'époque des Zhou occidentaux.

Selon les Mémoires historiques de Sima Qian, la naissance de Jin remonte au règne du roi Cheng des Zhou (1110-1078 av. J.-C.) qui attribua le fief de Tang (唐) au Shanxi à son frère cadet Shu Yu (叔虞). C'est un fief situé à un emplacement stratégique, contrôlant la route conduisant au cœur du royaume Zhou situé à l'ouest dans la vallée de la Wei. C’est le fils de ce Shu Yu qui change le nom du fief en Jin. Branche de la famille royale Zhou, les souverains de Jin portent le même nom de famille qu’eux, Ji (姬). Ils sont « marquis » (hou 侯) jusqu’en 679 av. J.-C., puis à cette date « ducs » (gong 公).

La relative prospérité de Jin durant la période des Zhou de l'Ouest (1046-771 av. J.-C.) est attestée par les découvertes archéologiques des sites de Tianma et de Qucun, explorés à partir des années 1980. Y ont été dégagées 19 tombes appartenant à au moins 9 marquis de Jin et leurs épouses, entourées de fosses sacrificielles comportant notamment des chars. On y a également mis au jour des vases et cloches en bronze portant des inscriptions, comme les cloches zhong de la tombe du marquis Su, commémorant une expédition qu'il a conduite aux côtés de l'armée royale Zhou contre un peuple appelé Suyi, sans doute localisé dans l'actuel Shandong.

Essor politique[modifier | modifier le code]

En 771 av. J.-C., le marquis Wen soutient le roi Ping, premier des Zhou orientaux, dans son départ pour la nouvelle capitale Luoyi et en est récompensé. S'ouvre alors la période des Printemps et des Automnes (771-453 av. J.-C.), qui voit le pouvoir des Zhou devenir de moins en moins influent, laissant la place aux ambitions des principautés les plus puissantes, dont Jin.

En 745 av. J.-C., le marquis Zhao attribue le fief de Quwo à son oncle Chengshi. Cette branche prend de l’importance et devient une menace pour les marquis de Jin, qui font appel sans succès à la cour royale. Cheng, troisième héritier du fief de Quwo, parvient finalement en 678 à vaincre et à assassiner le marquis Min de Jin. Dans la foulée, il envoie ses hommages et le trésor du vaincu au roi des Zhou qui reconnaît son nouveau statut, et le nomme duc Wu de Jin.

Le duc Xian (676-651) doit faire face à ses vassaux issus de branches cousines du lignage ducal, qui avaient pris l'habitude de disposer d'une autonomie importante durant les décennies de conflits entre Jin et Quwo. Ils sont progressivement exilés ou éliminés, en particulier après la purge de 669 voyant les plus récalcitrants être mis à mort après une révolte. Xian juge tout de même bon de fonder une nouvelle capitale à Jiang. Une fois la paix rétablie dans son territoire, il put s'étendre sur ses voisins, vassaux comme lui du roi Zhou, mais étant donné que ce dernier était affaibli depuis plus d'un siècle il n'était plus en mesure de régler efficacement les conflits entre les princes rivaux. Il rallia à son compte Zhao, s'empara de Wei, de Geng, de Han, de Guo puis de Yu, soumettant ainsi un vaste territoire couvrant la vallée de la Fen et le coude du fleuve Jaune.

Un des hégémons de la période des Printemps et des Automnes[modifier | modifier le code]

États principaux à la fin de la période des Printemps et Automnes, avant la chute de Wu et l'éclatement de Jin. Le tracé des frontières est discuté et approximatif.

Les successeurs de Xian héritent donc d'un État puissant, rivalisant avec les autres grandes principautés qui s'étaient formées en profitant du déclin des Zhou et luttaient désormais pour exercer l'hégémonie sur la Chine. Mais la stabilité interne de leur duché n'est toujours pas assurée, car les troubles à la cour avaient repris dès les dernières années de Xian, et devaient se prolonger bien après lui, empêchant Jin de disposer de tous ses moyens pour faire face à ses rivaux. L'un d'eux, le duc Mu de Qin, qui avait placé une grande partie de la vallée de la Wei sous sa coupe, profita de la situation pour tenter d'influencer les affaires de son voisin, appuyant le duc Hui (650-636) pour l'aider à reprendre le pouvoir, mais aussitôt cela fait les deux entrèrent en guerre en 645. Hui fut vaincu et fait prisonnier. Il revint à la cour peu après mais ne put rétablir la situation de son État.

À la mort de Hui en 636, son fils Huai lui succède, mais il est vite renversé par son oncle Wen, frère de Hui exilé depuis plusieurs années à la suite des troubles successoraux ayant suivi la mort de Xian, et appuyé par Mu de Qin, dont il était le gendre. Se présenta alors à lui une opportunité qui devait assurer son succès : le roi Xiang de Zhou avait été chassé de ses terres par son propre frère, et demandait l'aide de Wen pour rétablir son pouvoir. Après quelques hésitations, ce dernier lui apporta son soutien, et défit le rebelle. Le roi gratifia alors le duc de Jin de plusieurs territoires pris sur le domaine du vaincu. Wen en profita pour renforcer l'appareil militaire de son pays. Il disposait alors de trois armées composées d'environ 200 chars et 15 000 fantassins chacune, ce qui lui permettait de rivaliser avec les plus grandes principautés de l'époque, comme Qin, Qi et Chu. Le commandement de ces corps d'armée était assuré par les grands lignages vassaux de Jin qui restaient très influents et voyaient leur autorité renforcée par l'octroi de ces postes : Zhao, Wei, Han, Fan, Zhi, Yuan, Hou, etc.

Jin apparaît alors aux yeux de plusieurs principautés de la plaine Centrale comme le rival le plus à même de faire face à Chu, la grande puissance du Sud qui s'étendait en direction du Nord. Le duc de Son fit appel à Wen, qui intervint d'abord avec prudence, se contentant de soumettre des vassaux de Chu, Cao et Wei, puis se retire face à l'avancée des troupes de Chu conduites par le général Ziyu. Ce dernier choisit d'engager le combat en dépit de l'avis de son souverain qui préfère éviter l'affrontement direct. C'est la bataille de Chengpu (632), qui se conclut par la victoire des troupes de Jin. Fort de cet éclatant succès, Wen rallie à son compte de nombreuses principautés de la plaine Centrale. Il convoque une conférence réunissant celles-ci, qui le proclament hégémon, position politique et militaire la plus importante à l'époque des Printemps et Automnes.

Après la mort de Wen en 628, son successeur Xiang (628-621) fait face à la reprise des hostilités avec Qin, qui l'occupèrent durant les années suivantes, tandis que le Chu restait toujours prompt à le menacer malgré ses déboires passés. À la mort de Xiang, son fils était encore un enfant, et une faction d'aristocrates tenta d'introniser son oncle Yong à sa place, avec l'aide de Qin. Il parvint cependant à prendre le pouvoir, sous le nom de Ling (620-607), grâce à l'appui de Dun de Zhao, l'un des plus puissants de ses feudataires, qui défit ses adversaires sur le champ de bataille puis devint régent de la cour. Qin restait une menace pressante qui occupa les attention de Dun pendant les années suivantes, ce dont profitèrent Chu et Qi pour enlever plusieurs vassaux de Jin. Cela aboutit de fait à la désagrégation de la ligue que dirigeait Jin en tant qu'hégémon. Les relations entre Dun et Ling se dégradèrent, et le premier fit assassiner le second en 607, pour le remplacer par son oncle Zheng avec lequel il ne s'entendit pas, et dut quitter la cour en 603.

La position de Jin dans la Chine connut de nouveaux revers, notamment après une lourde défaite face à Chu en 597, qui entraîna la soumission par ce dernier de l’État de Song, qui était l'un des plus importants alliés de Jin. Elle fut néanmoins rétablie en 589 quand les troupes du nouveau duc, Jing, battirent celles de Qi à la suite d'une intervention motivée par les troubles internes à la principauté de Lu. Jing avait alors rétabli solidement l'hégémonie et reçut à nouveau les hommages des États de la plaine centrale, au point que le duc de Qi lui proposa de se parer du titre de roi, qui en ferait l'égal des Zhou, mais il refusa. Jing est également à l'origine de la fondation d'une nouvelle capitale pour la principauté de Jin, la ville de Xintian (à Houma, dans l'actuel Shanxi). Afin d'affaiblir Chu qui restait un rival menaçant, Jing fit appel à un ancien ministre de son adversaire qui s'était réfugié à sa cour, Wuzhen, qu'il envoya au pays de Wu dans la région du Bas Yangzi, à la frontière orientale du Chu, afin qu'il apporte son expertise au souverain de ce pays. Wu et Jin conclurent une alliance contre Chu, qui fut alors assailli par ses deux adversaires sur deux fronts. Jin parvint à soustraire les pays de Cai et de Chen à l'hégémonie de Chu, qui fut amené à demander la paix. En 582, Jing conclut une alliance avec Qin qui mit fin aux longues hostilités entre les deux. Fort de ses succès, il exerçait l'hégémonie sur une grande partie des États chinois.

Le triomphe des grands lignages[modifier | modifier le code]

La paix entre Jin et Chu fut rompue en 577 quand le second parvint à rallier à son camp le duc de Zheng, jusqu'alors vassal de Jin, qui engagea les hostilités contre Song. Le duc Li de Jin réagit alors, et ses troupes infligèrent à celles de Chu une nouvelle défaite à Yanling en 575. Malgré ces succès extérieurs, la stabilité interne de sa principauté restait menacée par les grandes familles. Li réagit d'abord vigoureusement, éliminant un de ces lignages turbulents, mais ces troubles l'emportèrent, renversé par l'alliance de plusieurs aristocrates.

À la fin du VIe siècle av. J.-C. sept familles (shi 氏) dominent : Fan (范氏), Zhongxing (中行氏), Zhi (智氏), Han (韓氏), Zhao (趙氏) et Wei (魏氏). Vers -453, les trois dernières ont éliminé les autres. Leurs chefs Han Qian (韓虔), Zhao Ji (趙籍) et Wei Si (魏斯) sont nommés marquis par le roi de Zhou en -403. Le dernier duc de Jin est tué en -349 par les clans Han et Zhao.

Capitales[modifier | modifier le code]

La capitale de Jin fut tout d’abord Yi (翼) dans l’actuel comté de Yicheng (翼城縣) ou Jin (晉), à Linfen (臨汾). En -746 une capitale secondaire apparut à Quwo (曲沃) dans l’actuel comté de Wenxi (聞喜縣). Un siècle plus tard, le duc Xian se fixa à Jiang (絳) à l’est de Yi. La dernière capitale fut Xintian (新田) à Houma (侯馬) à partir du règne du duc Jing (-599~-581).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sinogrammes traditionnels 晉, sinogrammes simplifiés 晋, hanyu pinyin Jìn.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Maspero, La Chine antique, Paris, PUF, coll. « Dito »,‎ 1985 (1re éd. 1927)
  • (en) Michael Loewe et Edward L. Shaughnessy (dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1999

Lien interne[modifier | modifier le code]