Mythologie chinoise

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Cet article traite des origines de la mythologie chinoise ; pour les éléments ultérieurs, voir : Catégorie:Mythologie chinoise

Nuwa et Fuxi

La mythologie chinoise est connue grâce à des textes datant essentiellement de la dynastie Han. La plus importante source est le Shanhaijing « Livre des Monts et des Mers ». N’ayant guère plus de 2000 ans d’âge, ces écrits peuvent être considérés comme récents. De plus, ils ont été rédigés par des lettrés qui ont parfois réinterprété la mythologie conformément à leurs conceptions philosophiques. Ils ont ainsi transformé les plus importants dieux en des souverains vertueux ou mauvais ayant régné à une époque très ancienne. Il n'y avait pas en Chine Ancienne d'écrivain qui s'est consacré à transcrire les mythes ayant émergé de la tradition orale (à l'instar de Homère ou d'Ovide pour la mythologie grecque). Il existe ainsi de nombreuses versions dont le contenu général est semblable, mais où il y a des différences significatives dans les détails.

On peut cependant avoir une idée assez précise de ce qu’était la mythologie chinoise « originelle » en la comparant avec celles des autres peuples de l’Extrême-Orient. En étendant la comparaison à toute l’Eurasie, on s’aperçoit qu’une grande partie de cette mythologie est d’origine indo-européenne. Elle possède donc des ressemblances tout à fait frappantes avec la mythologie germanique, grecque ou celle des peuples slaves et scandinaves. Cela est dû à l'arrivée aux abords de la Chine d'un peuple indo-européen, les Tokhariens, il y a plus de 3000 ans. Les Chinois de l’Antiquité les appelaient les Rong-Chiens (Quan-Rong), le terme « Rong » étant appliqué à tous les barbares occidentaux. Mais si les thèmes des mythes ressemblent fortement à ceux des autres mythologies, ils s'en éloignent cependant à travers leurs particularités culturelles. Certains mythes de la création dans la tradition chinoise contrastent par exemple avec les récits bibliques par leur absence de créateur ou de cause divine. (De plus, le thème de l'amour est rare et la sexualité peu évoquée de manière explicite.) Les mythes chinois sur les héros sont également différents de ceux des autres mythologies, à travers l'importance accordée aux vertus morales des héros guerriers. Les divinités chinoises sont généralement des figures masculines, en effet, le rôle des divinités féminines a été négligé dans les contes mythiques, bien qu'elles apparaissaient souvent dans les mythes cosmologiques. Un exemple majeur est l'image de la grande déesse du Soleil, Souffle Mêlé (Xi He), dont le rôle fut d'abord minimisé et qui fut remplacée par deux figures masculines (Souffle (Xi) et Mêlé (He)).


Mythes exclusivement chinois[modifier | modifier le code]

Dans tout l’Extrême-Orient et l’Océanie, il existait un dualisme cosmologique opposant deux principes, d’une part la lumière, le soleil et le feu, d’autre part l’obscurité, la lune et l’eau. Le premier principe était généralement représenté par un oiseau. En Chine, il s’agissait d’un corbeau. L’oiseau solaire est l’un des thèmes privilégiés de la dynastie Shang, la première dynastie chinoise dont l’existence est attestée par l’archéologie. Le second principe était représenté par un serpent ou un animal aquatique. La mère de Shun, l’un des souverains mythiques de la Chine, était du clan du serpent, et son père était du clan de l’oiseau. Shun était donc issu de l’union des deux principes. Ce mythe illustre également le totémisme de l’ancienne société chinoise, selon lequel chaque clan avait un animal ancêtre, ainsi que l’exogamie, qui exigeait que les époux soient issus de clans différents.

Xie était l’ancêtre des Shang et sa mère s’appelait Jiandi. Un jour, elle alla se baigner avec ses sœurs dans la rivière de la colline Obscure. Un oiseau noir (hirondelle ou corbeau) passa en tenant un œuf multicolore dans son bec. Il le laissa tomber. Jiandi le prit et le mit dans sa bouche, mais elle l’avala par mégarde. À la suite de cela, elle conçut Xie. Il s’agit d’une forme particulière d’union des deux principes cosmiques, puisque ce mythe fait intervenir d’une part l’eau et l’obscurité, d’autre part un oiseau.

Le soleil résidait sur un arbre, appelé Fusang ou Kongsang. Il se levait également de cet arbre, au matin, pour se coucher sur un autre arbre situé à l’ouest. Autrefois, il y avait dix soleils. Un jour, ils se levèrent tous en même temps, infligeant aux hommes une chaleur intolérable. Yao en abattit neuf avec des flèches, si bien qu’il n’en resta plus qu’un seul. Selon la plupart des textes, Yao demanda à l'archer Yi d’abattre les soleils au lieu de le faire lui-même, mais c’est le résultat du croisement des mythologies chinoise et indo-européenne, car Yi est un héros indo-européen. Ce mythe des soleils surnuméraires existe chez d’autres peuples de l’Extrême-Orient, de la Sibérie et même chez certains Amérindiens, preuve de son ancienneté.

Il importe de signaler qu'aucun de ces mythes ne possède le moindre équivalent dans la mythologie indo-européenne.

Mythes partagés avec le monde indo-européen[modifier | modifier le code]

La création du monde[modifier | modifier le code]

La tradition des mythes chinois concernant la création possède six récits indépendants comportant chacun des figures aux fonctions importantes. La création du monde résulte de la mort d’un géant, Pangu, qui sortit d'un oeuf qui était alors le monde. Son souffle devint le vent et les nuages, son œil gauche le soleil, son œil droit la lune, ses quatre membres les quatre « extrémités » du monde, son sang et ses humeurs le fleuve Jaune et le Yangzi Jiangetc.[1]. Pangu est de toute évidence apparenté au géant Ymir de la mythologie nordique ou au Purusha de la mythologie indienne. Ce mythe serait tardivement arrivé en Chine, venu de l'Inde à travers le monde tibétain, qui était lui-même en contact avec le monde tokharien. La création du genre humain a également son importance dans la mythologie chinoise. Les mythes la concernant sont racontées en trois histoires. La plus ancienne appartient aux mythes de la création de Yin et Yang. Ces derniers auraient produit tous les êtres vivants à partir de la vapeur primordiale. La deuxième est l'histoire de la mort d'Antiquité Enroulée, racontant que les insectes se trouvant sur son corps se transformèrent en êtres humains. La dernière est centrée sur la déesse créatrice Femme Gua, et raconte comment cette dernière fabriqua des images d'êtres humains à partir d'argile jaune.

Le ciel[modifier | modifier le code]

Parmi différentes conceptions du ciel, on en trouve une qui possède une analogie chez les Serbes[réf. nécessaire] : il y a neuf cieux séparés l’un de l’autre par une porte que gardent des tigres et des panthères et qui est commandée par l’un des portiers du Seigneur d’En-Haut, Shangdi. La conception serbe du ciel est connue sous une forme christianisée : Dieu a pourvu chacun des sept cieux d’une porte et placé devant elle un ange gardien.

Les Trois Augustes[modifier | modifier le code]

Au début de leur histoire, les Chinois placent les Trois Augustes (voir Sanhuangwudi) : Fuxi, Nüwa et Shennong. Fuxi est encore appelé Taihao, le Suprême Éclat. Il passe pour avoir enseigné la chasse et la pêche aux hommes, et il élevait des animaux pour la cuisine. Il avait également un rôle d’entremetteur. Sa sœur et épouse, Nüwa, était une déesse de la fécondité : elle présidait aux mariages, comme Fuxi, et elle donnait des enfants. Shennong était un dieu agriculteur qui jouait également un rôle dans le commerce. Il a inventé la première charrue et il a créé les marchés. On lui attribue aussi la découverte des plantes médicinales.

Les plus belles illustrations de Fuxi et Nüwa proviennent de tombes de la région de Tourfan, à l’ouest de la Chine. Elles sont datées du quatrième au huitième siècle de l'ère chrétienne, époque où cette région était tokharienne. Ces deux divinités ont des queues de serpent. Fuxi tient une équerre, symbole du ciel carré et masculin, et Nüwa tient un compas, symbole de la terre ronde et féminine. Chez les anciens Indo-Européens, le ciel était carré et la terre était ronde, alors que pour les Chinois, le ciel rond était posé sur la terre carrée. En outre, Fuxi et Nüwa sont accompagnés par deux soleils. Dans des tombes des Hittites datant d’il y a environ 4000 ans, on trouve des représentations similaires de deux jumeaux, garçon et fille, accompagnés par deux soleils. Ces jumeaux seraient ce que les textes hittites appellent le dieu Soleil du Ciel et la déesse Soleil de la Terre.

Une comparaison approfondie des déesses Nüwa et Athéna montrent qu'elles sont presque identiques. Ainsi, on leur attribue l'invention d'instruments de musique à vent. Une légende peu connue fait d'Athéna une donneuse d'enfants et lui attribue l'épithète de "Mère". Elle était donc une déesse de la fécondité comme Nüwa. Cette dernière était qualifiée "d'impératrice divine" et, selon certains commentateurs chinois, elle était l'épouse de Yu le Grand, fondateur de la dynastie Xia. Athéna était étroitement liée à la royauté, ce qui explique sa complicité avec des souverains tels que Cadmos, fondateur de la cité de Thèbes, ou Ulysse. Nüwa était aussi qualifiée de "grand sage" alors qu'Athéna était connue pour sa sagesse. Nüwa aurait créé les hommes avec de la vase au bord d'un étang. Athéna n'aurait rien fait de tel, mais un mythe semblable existe tout de même dans la mythologie grecque: la création des hommes avec de l'argile par Prométhée.

Selon un célèbre mythe chinois, une fille de Shennong du nom de Nüwa (où la syllabe wa est écrite avec un caractère différent) se noya dans la mer Orientale alors qu'elle se promenait au bord du rivage. Elle se changea en un oiseau, le jingwei, qui ressemblait à un corbeau. D'après le Shuyi ji, ouvrage de la dynastie Tang, elle se serait plutôt noyée dans une rivière, or on connaît une certaine Fufei, dont le nom signifie "Épouse de Fuxi" et qui est donc identifiable à Nüwa, qui s'est noyée dans une rivière. On peut donc considérer que ces deux Nüwa sont identiques. Or selon une légende grecque racontée par Ovide, une fille de roi se promenait sur un rivage quand le dieu de la Mer essaya de la violer. Elle se changea en une corneille, oiseau voisin des corbeaux. Cette fille de roi était associée à Athéna, laquelle a été victime d'une tentative de viol commise par Héphaïstos, dieu à caractère maritime. On voit de la sorte la parenté des mythes chinois et grec.

On pourrait objecter qu'Athéna n'est nullement la sœur-épouse d'un dieu semblable à Fuxi, lequel ne possède aucun équivalent dans la mythologie grecque. Cela s'explique par le fait qu'il avait un caractère sacerdotal (les textes chinois lui attribuent l'invention de la méthode de divination exposée dans le Yi King) et que chez les Grecs, il n'existait plus de classe de prêtres.

Huangdi[modifier | modifier le code]

Les lettrés de la Chine ancienne se souvenaient que Huangdi, l’Empereur Jaune, était l’ancêtre mythique des Rong-Chiens. Les Chinois l’ont adopté et ont fait de lui le successeur des Trois Augustes. Ils le considèrent comme le fondateur de leur civilisation. Maître du Tonnerre, il avait une résidence au sommet du Kunlun, une montagne censée se situer au centre du monde où quatre fleuves prenaient leur source. On lui attribue parfois quatre têtes, avec lesquelles il pouvait surveiller les quatre points cardinaux en même temps. Il se déplaçait en char et son véritable nom, Xuanyuan, signifiait « brancard ». D’une très grande intelligence, il sut parler quelques jours après sa naissance, et il était magicien et devin. L’un de ses ministres aurait inventé l’écriture. Il était un guerrier, qui apprit « le maniement du bouclier et de la lance », d’après l’historien Sima Qian. Il savait aussi dompter les bêtes fauves. Les Chinois lui ont associé deux frères, Shentu et Yulei, qui tuaient les démons.

Huangdi mena une lutte très dure contre Chiyou, présenté comme un fils, un petit-fils ou un ministre de Shennong. C’était un forgeron et un expert dans la fabrication des armes, qu’il aurait d’ailleurs inventées. Il a été vénéré comme un dieu de la Guerre. Huangdi utilisa contre Chiyou une armée de bêtes fauves. L’épisode le plus célèbre de la bataille est celui durant lequel Chiyou créa un brouillard épais. Le Prince du Vent, souvent associé à Huangdi, fabriqua une statue montée sur un char qui indiquait toujours le sud avec son bras droit ; elle permit aux troupes de Huangdi de s’orienter dans ce brouillard. Ensuite, Chiyou suscita un ouragan, avec des vents violents et des pluies torrentielles. Huangdi fit venir sa fille Ba, qui apportait la sécheresse. L’ouragan fut annihilé, mais Ba ne pouvant pas remonter au ciel, son père l’exila sur les territoires du Nord, qu’elle transforma en un désert. Les textes chinois situent fréquemment cette bataille en un lieu appelé Panquan, la "Source du Talus".

Selon le Guizang, un ouvrage de la haute Antiquité connu seulement par des citations, Chiyou s’attaqua au Kongsang afin d’empêcher le soleil de se lever et de plonger la terre dans une obscurité éternelle. Le mythe du combat entre Huangdi et Chiyou trouve ainsi son équivalent chez les Slaves des Balkans. Ces derniers racontaient que le dieu du Tonnerre devait affronter chaque matin une créature en forme de dragon ou de serpent, qui voulait capturer le soleil et plonger le monde dans les ténèbres. Cette créature créait des brouillards épais et des intempéries destructrices. Il s’agit sûrement du mythe le plus important des Tokhariens, qui était lié à leur vénération du soleil levant. La mention du Kongsang s’explique par une sinisation de ce mythe, car pour les Indo-Européens, le soleil se levait à partir de la mer qui entourait la terre, et non à partir d’un arbre. Dans la mythologie indienne, Indra est le vainqueur d'un dragon qui cherche à retenir les eaux ou le soleil et qui crée du vent ou un épais brouillard.

Comme le combat entre Huangdi et Chiyou est souvent situé près d'une source, il peut être rapproché du meurtre par Apollon du serpent Python, qui gardait une source sur le site de Delphes. Justement, une analyse approfondie des caractéristiques de Huangdi et d'Apollon montre que ces deux divinités étaient semblables. On peut également comparer Huangdi au dieu Lug des Celtes ou au dieu Wotan des Allemands. Lug s'est battu contre Balor et son armée de Fomoire, des créatures ne possédant qu'un œil, un bras et une unique jambe tordue. Chiyou était le chef des chimei, des démons des marais de montagne. Parmi ces derniers, se trouvaient des chui, des créatures à bras et jambe uniques. Dans le Shanhaijing, il est question de créatures à un œil ou à un bras et une jambe tordue. Lug, Apollon, Wotan ou Indra sont les héritiers d'une unique divinité proto-indo-européenne.

Xiwangmu[modifier | modifier le code]

Une autre divinité, Xiwangmu, la Reine-Mère d’Occident, a toujours été associée aux territoires occidentaux, où vivaient les Tokhariens. C’était une déesse de la fécondité, à l’activité sexuelle intense. Elle était la gardienne des pêches d’immortalité. Elle régnait également sur les destinées humaines et sur l’ouest, qui était la terre des morts, et elle pouvait déclencher des épidémies. On peut la comparer à la déesse allemande Frija ou à la déesse scandinave Freyja. Toutes étaient probablement des hypostases de la Terre. Il semble également qu'elle ait été une forme de Nüwa, autre déesse de la fécondité, qui correspondait à la déesse Soleil de la Terre des Hittites. Toutes les deux avaient des liens avec les serpents; Xiwangmu comme Nüwa avait un rapport avec les instruments de musique à vent.

L'archer Yi[modifier | modifier le code]

Voir article détaillé Houyi.

La ressemblance de l’archer Yi et du héros grec Héraclès a été remarquée depuis longtemps. Ils sont tous les deux des héros solitaires et tueurs de monstres. Comme Héraclès, Yi a exécuté un certain nombre de « travaux ». Mais par contre Yi était un archer. Il serait descendu du ciel et aurait tué neuf des 10 soleil qui brulaient la terre et se serait marié avec Chang E. Cette dernière devait attendre son mari qui était parti et a mangé - pour la sauver - la pilule d'immortalité qu'elle devait partager avec Yi. Celui-ci se retrouva seul sur terre et son épouse se retrouva reine de la lune.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christopher W. Blackwell :"La mythologie pour les Nuls" page 340

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Rémi Mathieu a effectué des traductions commentées de récits mythologiques chinois :
    • Le Mu Tianzi Zhuan. Traduction annotée, étude critique, Paris, Institut des Hautes Études Chinoises, 1978.
    • Anthologie des mythes et légendes de la Chine ancienne, Paris, Gallimard, Col. Connaissance de l’Orient, 1989.
    • Jacques Pimpaneau, Chine. Mythes et dieux, Éditions Kwok On, 1995, rééd. Philippe Picquier, 1999.
  • Pour la démonstration de l’origine tokharienne de certains mythes chinois, on peut lire un article et un livre de Serge Papillon:
  • Birrell Anne, Mythes chinois, Paris : éditions du Seuil, 2005.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Huit immortels

Paul Pelliot

Liens externes[modifier | modifier le code]