Bi (jade)

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Disque bi de jade provenant de la culture de Liangzhu (3300-2000 AEC). Cet objet de néphrite reste aujourd'hui très énigmatique pour les archéologues traitant de cette culture, le terme bi lui est de beaucoup postérieur. Mais il a fait l'objet de nombreuses interprétations au cours de ces derniers millénaires. Musée national de Chine, Pékin

Un bi (chinois 璧) est un disque, généralement fait de jade et percé d'un trou. La fabrication de bi remonte au moins à la culture de Liangzhu (3300-2000 AEC) et s'est poursuivie sur plusieurs millénaires, jusqu'à la dynastie Han. Mais des variantes, plus ou moins ornées ont été réalisées bien après: le Musée national du Palais en expose un exemplaire orné de dragons sur une face, et de grains ronds sur l'autre, datant de la dynastie Ming [1]. Le bi semble avoir eu une fonction rituelle, mais les détails sont mal connus et semblent avoir varié au cours du temps. Le jade est un mineral fait de nephrite. Mais il a existé de nombreux substituts en verre d'une couleur plus ou moins verdâdre dès les Royaumes combattants.

Historique[modifier | modifier le code]

Le disque « bi » (appelé aussi disque « pi ») est une sorte d’artefact circulaire en jade, remontant à la Chine Néolithique. Ce sont les premiers objets cérémoniels apparus et ceux qui ont eu l'usage le plus long [2]. Cependant des objets de jade , dès la culture Xinglongwa (6200 - 5200 avant l'ère commune) semblent figurer des objets fonctionnels, comme une dague de pierre polie, sous une forme ornementale. Les premiers disques bi ont été produits durant la période néolithique, particulièrement par la culture de Liangzhu (3400-2000 AEC). Des échantillons plus tardifs datent de la période des dynasties Shang, Zhou et Han et sont, à ces époques plus ou moins gravés et ornés de motifs répétitifs en relief. Certains de ces disques ont également été fabriqués en verre.

Mais le plus souvent, le bi se présente sous la forme d’un disque plat en jade avec un trou circulaire au centre. Les disques bi du néolithique ne sont pas décorés, tandis que ceux des périodes ultérieures, tels que ceux de la dynastie des Zhou, ont leur surface nettement plus ornée par des sculptures en relief, dont les motifs représentent des divinités associées au ciel, ainsi que certaines qualités et pouvoirs que le porteur du disque voudrait invoquer ou incarner. En tant qu’objets laborieusement conçus, ces disques témoignaient de la concentration du pouvoir et des ressources dans les mains d’une petite élite.

Plus tard, les traditions ont associé le « bi » au ciel et le « cong » (de forme tubulaire) à la terre. On a de plus en plus trouvé des disques bi portant des imageries en rapport avec le ciel[3] et la terre, ce qui suggèrerait que la forme circulaire du disque pourrait aussi avoir une signification symbolique ou ésotérique, liée aux connaissances astronomiques d’alors. Ces objets étaient généralement manipulés par les chamans qui étaient les chefs religieux de la société Liangzhu et les transmetteurs du savoir cosmologique.

En réalité, la fonction et la signification originelles du bi sont inconnues, étant donné que les civilisations du néolithique n’ont laissé aucune histoire écrite. Dès ces temps reculés, ce disque bi était enterré avec le mort, en tant que symbole que les générations bien postérieures ont qualifiées de « céleste », accompagnant le défunt dans l’au-delà ou le « ciel », ainsi qu’un cong « reliant le corps à la terre ». Ces objets étaient posés de façon cérémonieuse, à l’intérieur de la tombe, sur le corps des personnes qui avaient un statut social élevé. Cela dit, le jade a été utilisé à travers l’histoire chinoise pour indiquer les qualités morales d’une personne, ainsi que son rang.

  • Dans le plus ancien dictionnaire rédigé ou compilé vers l'an 100 de notre ère (le Shuowen Jiezi) qualifie ainsi le jade : « Le jade est la bonne parmi les pierres. Il possède cinq vertus : sa douceur lisse et son éclat discret en font le modèle de la bienveillance ; ses veines profondes se montrent en surface, c’est le principe de la rectitude ; le son généreux qu’il rend porte loin, c’est la norme de la prudence ; excluant de plier, il cassera plutôt, incarnant la bravoure ; ni sa pointe ni son tranchant ne blessent, c’est le parangon de l’intégrité. [...] » [4]
  • Suite à la diffusion de la technologie du verre depuis le monde antique méditerranéen et le moyen Orient, des disques bi ont été produits dès l'époque des Royaumes combattants[5]. Le dos est alors mat et sans aucun décor.
  • Aujourd’hui, les disques bi en jade se portent en amulette, en bijou ou servent de décoration.

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. Gu Fang and Li Hongjuan, 2009, p. 88
  2. Gu Fang and Li Hongjuan, 2009, p. 85
  3. On trouve ainsi, pendant la Période des Royaumes combattants, la dynastie Han et ensuite, de nombreux disques ornés de motifs réguliers ronds en relief, « comme des étoiles », parfois associés à des « dragons » et des « nuages » en dehors de la forme du disque.
  4. Cité dans : Page du site de cette Action concertée incitative, consacrée au jade néolithique en Chine page sur : Les jades néolithiques chinois, contributions de Christophe Comentale, Laurent Long, Tong Peihua, Zhang Jingguo ; France, Ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche (2004-2007). Action concertée incitative Du chopper au brillant, Paris : Museum national d'histoire naturelle, cop. 2008, 1 vol. (81 p.) : ill., couv. ill. ; 30 cm.
  5. Chine antique. Voyage de l'âme., p. 74 « De tels substituts (aux IVe-IIIe s av. l'ère commune) confirme l'existence d'un artisanat du verre à l'époque des Royaumes combattants ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Gu Fang and Li Hongjuan (trad. Tony Blishen), Chinese Jade : The Spiritual and Cultural Significance of Jade in China, New York, Better Link Press,‎ 2013, 160 p. (ISBN 978-1-60220-129-3).
    Première édition (chinois), 2009, Cultural Relics Press. Édition anglaise, 2013, Shanghai Press and Publishing Development Company.
  • Jean-Yves Cozan, Jin Zegong, Annie Roger, Xiong Chuanxin, Alain Thote, Gao Zhixi, Fu Ju You, Michelle Pirazzoli-T'Serstevens, Serge Franzini et Krishna Riboud, Chine antique. Voyage de l'âme. Trésors archéologiques de la province du Hunan, XIIIe siècle avant J.C.-IIe siècle après J.C., Daoulas, Centre culturel Abbaye de Daoulas,‎ 1992, 160 p. (ISBN 2-9501437-8-4)

Liens externes[modifier | modifier le code]