Otto Strasser

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Otto Strasser
Otto Strasser, discours à la Deutsch-Soziale Union, en 1957.
Otto Strasser, discours à la Deutsch-Soziale Union, en 1957.
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Windsheim,Moyenne-Franconnie
Date de décès
Lieu de décès Munich
Nationalité Allemagne
Parti politique SPD old.JPG Parti social-démocrate d'Allemagne de 1917 à 1920 puis

NSDAP-Logo.svg Parti national-socialiste des travailleurs allemands de novembre 1925 à juil. 1930

Otto Johann Maximilian Strasser ( - ) est un homme politique allemand membre de l'aile gauche du parti nazi.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1897 à Windsheim en Bavière de Peter Strasser, fonctionnaire de justice de l’État bavarois, socialiste, et chrétien, Otto Strasser fut initié très tôt à la politique par le biais de soirées consacrées à des discussions politiques.

À dix-sept ans, il fut volontaire comme simple soldat en 1914. Il fut blessé deux fois et finit la guerre avec le grade d’officier, lieutenant d'artillerie dans l'armée bavaroise. Il fut proposé à l'ordre de Max Joseph, un distinction qui conférait la noblesse mais que l'armistice lui empêcha de recevoir[1]. Son engagement au front nourrira ses expériences de la guerre et constitua ses premiers cheminement de sa carrière politique, en particulier à cause de l’ampleur de la défaite. En 1919, alors que son frère Gregor s’engageait dans l’action nationaliste et militait avec Adolf Hitler, Otto Strasser, lui, partit pour Berlin où, étudiant en sciences politiques, il adhéra au Parti social-démocrate. Collaborateur du Vorwärts, le quotidien du SPD, et fondateur de l’Association universitaire des anciens combattants socialistes, il combattit le putsch réactionnaire de Kapp à la tête d’un groupe paramilitaire "Centurie rouge". Il participera à la répression de la révolution communiste à Munich (République des conseils de Bavière) au sein du corps franc du général Ritter von Epp, ce qui manifeste une certain méfiance du bolchevisme. En avril 1920, il quitta le SPD sur sa gauche et participa aux travaux du Parti social-démocrate indépendant, important parti de gauche. Dans le cadre de ce parti, selon son biographe Günter Bartsch, il rencontra Zinoviev, avec qui il se lia et qui sut le convaincre de la validité de l’expérience révolutionnaire bolchevique en tant que telle et comme modèle d’action pour l'Allemagne, ainsi que du nécessaire rapprochement de l’Allemagne et de la Russie. Parallèlement, Strasser passa un doctorat en Sciences politiques à l'Université de Berlin, tout en étudiant la pensée d'Oswald Spengler et de Moeller van den Bruck dont il fait sienne l'idée völkisch d'un Reich englobant l'Europe centrale. Il fréquente également les cercles jeunes-conservateurs et nationalistes.

Gregor Strasser, de son côté, s’était installé dans l’Allemagne du Nord comme organisateur régional du NSDAP. Il y avait pris conscience de la difficulté d’y développer un mouvement essentiellement raciste et nationaliste dans les conditions économiques et sociales de cette partie de l’Allemagne et du fait de l’importante implantation dans les masses du SPD et du Parti communiste d'Allemagne (KPD). Pour lui, les 25 points du programme du NSDAP étaient inadaptés, et il demanda à son frère de l’aider dans un travail d’élaboration d’une idéologie nationale-socialiste transformée et rénovée. Otto Strasser accepta avec enthousiasme. Les deux frères se répartirent alors les tâches en fonction de leurs talents : Otto devint l’idéologue et Gregor l’organisateur et le propagandiste.

En septembre 1925, ils convoquèrent un congrès à Hagen, en Westphalie, afin d’acquérir une certaine autonomie vis-à-vis de la direction de Munich. Cela se concrétisa par la création de la Communauté de travail des Gau Nord et Ouest-Allemands du NSDAP, dirigée par les Strasser, le futur chef de la SA Lutze et Goebbels, qui était de loin le plus pro-bolchevique du groupe. Cette équipe se dota d’une revue théorique, les Nationalsozialistische Briefe.

Lors du congrès national du NSDAP de 1926, les Strasser présentèrent un programme social-révolutionnaire alternatif à celui d’Adolf Hitler qui insistait sur la nationalisation des moyens de production, sur une réduction de la propriété privée et sur une alliance avec l’URSS malgré leur anti-marxisme. Le 1er mars 1926, les deux frères fondent les éditions Kamf-Verlag, qui deviendront la tribune publique de l'aile gauche du NSDAP.

Hitler, gêné par ces opposants dans sa propre stratégie (notamment : alliance avec l'industrie, prise du pouvoir par voie légale), entreprit alors de disloquer leur bloc dirigeant. Il réussit, à la fin de 1926, à obtenir le ralliement de Joseph Goebbels, puis neutralisa Gregor Strasser en janvier 1928 en le nommant chef de l’organisation du NSDAP pour le Reich. Parallèlement, tous les cadres supérieurs du NSDAP favorables à la « gauche » du parti comme les Gauleiter de Silésie, de Poméranie et de Saxe furent exclus. Otto Strasser se retrouva donc seul avec une poignée de cadres à défendre son programme dans un Gau berlinois de surcroît dirigé par Goebbels.

La crise économique de 1929 radicalisa les positions. Hitler donna comme axes stratégiques au NSDAP le respect de la légalité institutionnelle et du principe électif, la fin de la propagande « anti-capitaliste », un rapprochement avec les conservateurs et l’Église catholique romaine et une intensification de la lutte anti-marxiste et antisémite. Otto Strasser, lui, affirmait que la fondation du III° Reich passait nécessairement par une révolution nationale faite aux côtés des communistes. Hitler tente de racheter aux frères Strasser leur maison d'édition pour 120 000 Marks mais Otto refuse. La rupture était inévitable, et le , Strasser quitta le NSDAP pour fonder la Communauté de combat Nationale-Socialiste ou NSKD et l’hebdomadaire Die Deutsche Revolution. Il fut rejoint par 6 000 membres du parti nazi - dont les Gauleiter de Brandebourg et de Dantzig - , de la SA et de la Hitler Jugend.
Sa capacité d'action reste cependant très limitée car son frère Gregor est resté dans le parti. Il publie pourtant un manifeste de combat Les Socialistes, quitte le NSDAP dans lequel il demande aux nationaux socialistes de soutenir la lutte du Mahatma Gandhi et rejette totalement la politique menée par la direction munichoise. Ses éditions deviennent la tribune du front noir la dite Communauté de combat révolutionnaire des nationaux-socialistes (Kampfgemeinschaft Revolutionärer Nationalsozialisten). Parallèlement il cherche à se rallier les adhérents et sympathisants du KDP (Parti communiste allemand) et entame des discussion en ce sens. Celles-ci se révèlent totalement contreproductives puisqu'au lieu de se gagner les communistes sensibles aux idées nationalistes, il perd plus de la moitié de ses sympathisants au profit du KDP.

Du fait de la perte de poids de ses publications, Otto Strasser est contraint de fermer sa maison d'édition le 1er octobre 1930. Il cherche alors à publier diverses feuilles de choux (Der Nationale Sozialist, Die Deutsche Revolution, Die Schwarze Front) sans grand succès. Malgré le soutien d'autres groupes de droite il ne dépassera jamais 10 000 exemplaires.

La SA manifeste de plus en plus son opposition au légalisme et le non-paiement des soldes en mars-avril 1931, entraînant une crise grave dans la SA du nord de l’Allemagne. Leur chef régional, Stennes, son état-major suivis par 10 000 de ses membres, rompirent avec le NSDAP. En mai, ils fusionnèrent avec les partisans de Strasser au sein de la nouvelle Communauté de combat nationale-socialiste d’Allemagne. Parallèlement à cela, le chef de Corps-francs Ehrahrt agissant en secret pour le gouvernement tente de regrouper de son coté tous les opposants à Hitler ; la tentative échoue du fait de la difficulté à combattre les communistes sur le plan idéologique et les Nazis sur le plan militaire de la violence[2]. La communauté se disloqua dès l’automne et connut une importante hémorragie de ses membres, qui rejoignirent directement le Parti communiste d’Allemagne. Strasser reconstitua alors la Communauté de combat révolutionnaire des nationaux-socialistes et lança en parallèle un front : le Front noir. Celui-ci regroupait, outre les strasseriens, des membres du Mouvement paysan, le corps franc « Les Loups Garous », la Ligue Oberland et les cercles de lecteurs de la revue Die Tat. Au niveau international, les strasseriens se lièrent, en France et en Grande-Bretagne, aux « non-conformistes des années 30 » (Ordre nouveau et la revue Plan de Philippe Lamour en France, le mouvement New Britain en Grande-Bretagne), en Espagne à Lesdesma Ramos et à ses JONS. Dans la plupart des autres pays européens, ils prirent contacts avec les mouvements indépendantistes ethniques.

Dès la prise du pouvoir par Hitler, le Front noir subit une violente répression et ses membres furent envoyés dans les camps de concentration nouvellement ouverts. Son frère Gregor fut assassiné lors de la nuit des Longs Couteaux en 1934, alors qu'il s'était retiré de la politique. Cependant, de 1934 à 1938, Otto put maintenir une activité clandestine qui allait de la distribution de tracts et de journaux à la mise en place d’une radio pirate et à une tentative d’assassinat contre Hitler. Strasser, qui avait émigré dès 1933 en Autriche, puis en Tchécoslovaquie, fut victime de plusieurs tentatives d’enlèvement et d’assassinat de la part de la Gestapo. Il dut s’enfuir au Portugal, puis aux États-Unis et enfin au Canada en 1943.

Dès 1933, la centrale pragoise fut le théâtre d'affrontements internes et d'attaques extérieures. Le commandant de l'organisation Friedrich Beer-Grunow voit la raison principale dans l'attitude très infatuée d'Otto Strasser. En 1938, il se sépare de Strasser et est assassiné par la Gestapo peu après. Cela sonne le glas de l'organisation.

En 1938, Otto Strasser publie avec Kurt Hiller « l'explication de Prague », un manifeste national-révolutionnaire, qui exprime leurs vues sur l'État hitlérien et sur une nouvelle Allemagne. En 1939 Otto Strasser est accusé à tort par les nationaux-socialistes d'avoir fomenté de concert avec les services secrets britanniques l'attentat de Georg Elser contre Adolf Hitler[3].

Dans son exil québécois, lorsqu’éclata la Seconde Guerre mondiale, il fut assigné à résidence dans une petite ville, et cette assignation dura jusqu’en 1954, malgré une intervention en sa faveur du président du conseil français Robert Schuman. Durant ses années de guerre, il n'a de cesse, dans des journaux, des livres, des feuilles volantes, d'attaquer la domination du NSDAP sur l'Allemagne. Il entreprend une double stratégie. D'un côté il tente d'éclairer l'étranger sur la véritable personnalité de Hitler, sa pratique de la domination et ses buts politiques (il aidera par exemple les services secrets américains à dresser un profil psychologique de Hitler) ; d'un autre coté il tente de faire passer en Allemagne du matériel subversif. En outre, il continue de soutenir l'idée d'un socialisme à base nationale (cf. Aufbau des deutschen Sozialismus) et reproche à Adolf Hitler d'avoir trahi l'idéal proprement national-socialiste et d'avoir fomenté des meurtres.

De plus, Strasser fut inscrit sur la liste noire des Alliés au même titre que Martin Bormann ou Adolf Eichmann et déclaré déchu de sa nationalité.

En 1940, à la veille de l'offensive allemande à l’ouest, il fit paraître les souvenirs de son combat au sein du parti jusqu'à la déclaration de guerre des Alliés, d'abord en français chez Grasset sous le titre Hitler et moi, puis en allemand. Cependant, dès 1948, d’anciens membres du Front noir créèrent en Allemagne la Ligue pour le renouveau de l’Allemagne. Pourtant, ce n'est qu'en 1955 qu'une décision du Tribunal administratif fédéral l'autorisa à revenir en Allemagne. Il chercha alors à renouer avec la politique par exemple sous la forme d'un parti ; c'est ainsi que la Ligue se transforma en Union sociale allemande le , mais sans succès. En 1962 il résuma ses activités politiques dans un livre, Le Fascisme, histoire et danger. Dans cet ouvrage il cite les conceptions de Mussolini et d'Hitler pour faire ressortir ses propres vues.

Dans cette partie de sa vie et jusqu'à son décès, le 27 août 1974, Strasser insista beaucoup sur l’unification de la Nation européenne et sur la construction d’un parti européen, reprenant l'idée lancée par le Front européen de libération de 1948. À ce titre, il fut membre fondateur du Mouvement populaire européen (groupement d'extrême droite), qui préfigura Jeune Europe, et un proche de Jean Thiriart, sur lequel il eut une profonde influence.

Idéologiquement, Strasser prônait le retour à la terre, la dislocation de la société industrielle, le démantèlement des usines et la réduction des populations urbaines, ce qui a fait comparer ses thèses à celles des Khmers rouges ou de la Révolution culturelle chinoise[2]. Strasser proposait une démocratie basiste et la nationalisation des moyens de production. Partisan d’une Europe aux cent drapeaux, il fut l’un des premiers à s’intéresser à la coordination des nationalismes ethniques dans lesquels il voyait un outil de la réorganisation de l’Europe sur des bases ethnico-linguistiques. L’historien Louis Dupeux a écrit que Strasser « n’a rien à voir avec les valeurs de la gauche »[4].

Les principaux livres d'Otto Strasser ont été traduits en français et sont disponibles aux Éditions Ars magna.

Le nationalisme est pour lui un outil de la réorganisation de l'Europe sur des bases ethno linguistiques, son racisme ou plus exactement son ethnocentrisme n'est que culturel de manière à renforcer le fait linguistique et endogamique. Les juifs constituent pour lui un exemple d'abord parce que le repli sur eux-mêmes et leur endogamie les maintient totalement étrangers, ce qui est une bonne chose et elle prouve que l'isolement n'est pas nuisible ni culturellement ni biologiquement à la communauté ce qui importe c'est de les isoler du point de vue politique au même titre que n'importe quel étranger sur le sol allemand. Il va même évoluer jusqu'à un prosémitisme[2].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Livres écrits par Otto Strasser[modifier | modifier le code]

  • 1940 : Hitler et moi.
  • 1941 : L'Aigle prussien sur l'Allemagne.
  • 1941 : History in My Time.
  • 1968 : Le Front noir contre Hitler, avec V. Alexandrov.
  • 1969 : Mein Kampf[5].

Article sur Otto Strasser[modifier | modifier le code]

  • Patrick Moreau, « « Socialisme » national contre hitlérisme : Le cas Otto Strasser », dans Revue d’Allemagne, vol. 16, no 3, juillet-septembre 1984.

cf. également ibid in La révolution conservatrice dans l'Allemagne de Weimar, Collectif (dir. Louis Dupreux), Ed. Kimé.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Frédéric Kisters, « Otto Strasser et le Front noir », dans Devenir, no 21, été 2002, p. 6.
  2. a, b et c Patrick Moreau, « « Socialisme » national contre hitlérisme : Le Cas Otto Strasser », dans la Revue d’Allemagne, vol. 16, no 3, juillet-septembre 1984, pp. 485-498. Également ibid in La révolution conservatrice dans l'Allemagne de Weimar, p. 377-389, Collectif (dir. Louis Dupreux), éd. Kimé.
  3. Peter Koblank: Waren Secret Service und Otto Strasser die Geldgeber von Georg Elser?, Online-Edition Mythos Elser 2005
  4. Cité dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine, no 40-4, 1993, p. 679.
  5. N'est pas lié avec l'autre livre du même nom.