Résistance allemande au nazisme

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La résistance allemande au nazisme (1933-1945), longtemps méconnue hors d'Allemagne, s'est manifestée sous diverses formes, en provenance de tous les milieux politiques, sociaux et confessionnels, quoique les communistes aient organisé les groupes de résistance active les plus importants[1].

On distingue plusieurs formes de résistance au nazisme à l'intérieur de l'Allemagne même et des territoires annexés. Ses éléments les plus connus, bien que d'importance numérique très différentes, sont l'organisation communiste Orchestre rouge, le groupe d'étudiants chrétiens de La Rose blanche et l'attentat contre Hitler du 20 juillet 1944 réalisé par le comte Claus Schenk von Stauffenberg.

Hermann Goering, Martin Bormann et Bruno Loerzer dans les décombres de la salle de conférence de la Wolfsschanze, à la suite de l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler (Source de la photo : Bundesarchiv).

Sommaire

La résistance allemande, un phénomène de masse[modifier | modifier le code]

Les statistiques de l'appareil répressif nazi, en particulier de la Gestapo et des divers tribunaux, donnent une idée de l'ampleur de la résistance allemande au nazisme :

  • De 1933 à 1939, 225 000 personnes sont condamnées pour motifs politiques à des peines de prison plus ou moins longues et 1 000 000 d'Allemands et d'Allemandes sont envoyés dans les camps de concentration pour les mêmes raisons[2].
  • Pour la seule année 1933, le journaliste Curt Bley compte 100 000 personnes ayant exercé une activité antinazie réelle[3].
  • Au cours de l'année 1941, 11 405 opposants de gauche sont arrêtés par la Gestapo[4].
  • En 1944, environ 500 000 personnes sont arrêtées, dont une forte proportion d'étrangers[5].
  • De 1933 à 1945, 32 500 personnes sont condamnées à mort et exécutées, la plupart du temps pour motifs politiques.[réf. nécessaire]
  • Pour la seule période allant du 30 janvier 1933 au printemps 1936, 1 359 personnes sont assassinées par des agents du régime nazi[6].
  • Vers 1935-1936, la Gestapo estime qu'il existe 5 708 centres clandestins diffusant des tracts, affiches et brochures[7].
  • En 1936, elle saisit 1 643 200 tracts du Parti socialiste (SPD) et du Parti communiste (KPD), et encore 927 430 l'année suivante[3].

Cependant, jamais la résistance allemande n'a pu avoir un impact suffisant pour déstabiliser à elle seule le régime nazi.

Elle a en revanche réussi à influencer l'opinion, à assister les troupes alliées (en particulier les troupes soviétiques), à affaiblir l'appareil de la Gestapo et du NSDAP, à organiser des grèves dures, à assassiner des cadres militaires et politiques nazis et à assurer la survie de plusieurs centaines de milliers de militants du mouvement ouvrier allemand.[réf. nécessaire]

Résistance sociale-démocrate (SPD)[modifier | modifier le code]

La chasse aux sociaux-démocrates dès le début du régime nazi a d'emblée réduit la résistance sociale-démocrate qui mettra donc du temps à s'affirmer. La répression s'abat constamment. Par exemple, en 1936, 1 687 militants sociaux-démocrates sont arrêtés, et 8 058 en 1937[4]. Plusieurs milliers de procès sont intentés pendant toute la période nazie, et sont souvent collectifs, comme celui de l'organisation Spengemann, en octobre 1938, où comparaissent 240 accusés[8]. Soixante-deux députés SPD sont assassinés, cinquante-quatre partent en exil[9]. Quelques mouvements de résistance sociale-démocrate :

Résistance socialiste indépendante du SPD[modifier | modifier le code]

Résistance communiste (KPD)[modifier | modifier le code]

Les communistes sont une cible prioritaire de la répression nazie. Ainsi, cinquante-sept députés de la KPD sont assassinés, vingt prennent le chemin de l'exil pour échapper à ce sort[9]. Pour autant, la KPD clandestine reste forte, puisque 70 % des tracts et brochures saisis par la Gestapo en 1937 sont imprimés par des militants communistes[10].

L'entrée en guerre contre l'URSS en juin 1941 va relancer la résistance communiste, réanimée par des agents soviétiques (surtout des Allemands exilés).

L'Orchestre rouge[modifier | modifier le code]

En 1942, deux groupes communistes séparés se créent, connus sous le nom commun de Rote Kapelle (Orchestre rouge) qui reste le nom le plus connu de la résistance communiste contre le nazisme.

  • Le premier Orchestre rouge était un réseau d'espionnage basé à Berlin et coordonné par Leopold Trepper (agent du NKVD envoyé en Allemagne en octobre 1941). Ce groupe agit en France en coordination avec le PCF clandestin. Ils purent écouter les lignes téléphoniques de l'Abwehr à Paris. Trepper fut arrêté et le groupe éclata au printemps 1943.
  • Le second et principal Orchestre rouge était un groupe de résistance d'origine allemande, pas contrôlé par le NKVD, et d'obédience communiste (mais tous n'étaient pas communistes).

Membres de groupe :

Ce groupe rassemblait des informations sur les crimes nazis et distribuait des tracts antinazis. À partir de la fin de l'année 1941, l'organisation Harnack/Schulze-Boysen coopéra avec les bureaux des renseignements soviétiques de Paris et Bruxelles. Il transmettait aussi des informations à l'étranger à travers l'ambassade américaine et indirectement à l'URSS. Le groupe a été arrêté par la Gestapo en août 1942.

Résistance communiste issue du KPD[modifier | modifier le code]

Les groupes les plus connus sont :

L'Aide Rouge (Die Rote Hilfe) (Paris)

  • Fondé[Quand ?] à Paris par le résistant communiste Wilhelm Beuttel (ancien député communiste au parlement de Hesse).
  • Activité : soutient les persécutés du régime national-socialiste.
  • Issue : Wilhelm Beuttel retourne en 1942 en Allemagne et résiste au sein du groupe de Wilhelm Knöchel. Il est arrêté par la Gestapo en 1943 et exécuté en 1944.

Le groupe de Wilhelm Knöchel (Ruhr) (1941-1943)

  • Fondé en 1941 par Wilhelm Knöchel (qui dirige depuis 1935 le comité exilé du KPD à Amsterdam et rentre en 1941 en Allemagne pour réorganiser la résistance dans la Ruhr).
  • Activité : diffusion du journal antinazi Le Combattant de la Paix (Der Friedenskämpfer).
  • Issue : Wilhelm Knöchel est arrêté par la Gestapo en 1943 et exécuté en 1944, et son groupe démantelé. Une cinquantaine de résistants du groupe sont arrêtés et tués.

Le groupe de Josef (Beppo) Römer (1940-1942)

  • Fondé par Josef Römer (qui avait publié à la fin des années 1920 un journal communiste, Aufbruch, et est déporté de 1933 à 1939).
  • Activité : Josef Römer tente d'organiser un attentat contre Hitler et contacte les cercles de résistance d'Adam von Trott zu Solz et Robert Uhrig. En 1940, Römer diffuse le journal clandestin Informationsdiens.
  • Issue : Josef Römer est arrêté en 1942 et exécuté en 1944.

Le groupe de Robert Uhrig (Berlin) (1938-1942)

  • Fondé en 1938 à Berlin par Robert Uhrig (déjà arrêté en 1934 pour activité clandestine). Groupe de 100 membres en 1940 et 200 en 1942.
  • Activité : formation des groupes de résistants communistes au sein des entreprises, tentative de créer un service de renseignements avec d'autres mouvements, notamment Harnack/Schulze-Boysen.
  • Issue : organisation démantelée par la Gestapo en 1942. Une centaine de résistants (dont Robert Uhrig, Werner Seelenbinder) sont arrêtés, déportés en camp de concentration, et exécutés en 1944. Les survivants rejoignent le groupe d'Anton Saefkow.

Le groupe de Walter Budeus (Berlin) (1936-1942)

  • Fondé en 1936 par Walter Budeus dans l'entreprise où il travaille (Berlin). Groupe d’une cinquantaine de résistants.
  • Activité : collecte d’informations sur l'industrie de guerre, diffusion de tracts. Contact à la fin des années 1930 avec les groupes de Robert Uhrig et Beppo Römer.
  • Issue : Walter Budeus est arrêté en 1942 et condamné à mort en 1944.

Le groupe de Bernhard Bästlein, Oskar Reincke et Franz Jacob (Hambourg) (1941-1944)

  • Fondé en 1941-1942 par Bernhard Bästlein, Oskar Reincke et Franz Jacob au sein des chantiers navals de Hambourg.
  • Activité : diffusion de tracts, envoi des lettres aux soldats stationnés au front de l'Est pour les inciter à refuser de combattre. En contact avec d'autres mouvements de résistance, notamment l'organisation Harnack/Schulze-Boysen.
  • Issue : arrêtés par la Gestapo en 1943 puis 1944. Une soixantaine de résistants exécutés en 1944-1945.

Le groupe d'Anton Saefkow et Franz Jacob (Berlin) (1943-1944)

  • Fondé en 1943.
  • Activité : diffusion de tracts, en contact en 1944 avec Julius Leber et Adolf Reichwein, résistants sociaux-démocrates membres du complot du 20 juillet 1944.
  • Issue : la Gestapo arrête en juin 1944 Anton Saefkow, Franz Jacob, Julius Leber et Adolf Reichwein. Des centaines de résistants de ce groupe sont arrêtés et assassinés.

Le groupe de Theodor Neubauer et Magnus Poser (Thuringe) (1942-1944)

  • Fondé en 1942 par Theodor Neubauer (qui était déjà passé par des camps de concentration).
  • Activité : en contact avec d'autres groupes de résistance, par exemple avec un groupe de l'université d'Iéna, ainsi qu'avec un groupe du camp de concentration de Buchenwald, envoi de nourriture, de tracts et d’armes aux prisonniers.
  • Issue : Theodor Neubauer est arrêté en 1944 et exécuté en 1945.

Le groupe de Georg Schumann et Otto Engert (Leipzig) (1943)

  • Fondé vers 1943.
  • Activité : ambition d’unifier les divers mouvements de résistance communistes, donc en contact avec les groupes de Harro Schulze-Boysen, de Theodor Neubauer et Magnus Poser, d’Anton Saefkow, mais aussi avec des prisonniers de guerre russes et des travailleurs de force étrangers.
  • Issue : ?

L'organisation Allemagne libre (Freies Deutschland) (1943)

  • Fondé à Cologne en 1943 par un réseau de résistants communistes. Groupe de plus de 200 membres de toutes idéologies.
  • Activité : diffusion de tracts incitant à des sabotages et des désertions, aide aux travailleurs de force étrangers prisonniers en Allemagne.
  • Issue : la Gestapo arrête de nombreux membres du groupe, qui se disloque.

Comité national de l'Allemagne libre (Nationalkomitee Freies Deutschland, NKFD) (1943)

  • Fondé à Moscou 12 juillet 1943, à Krasnogorsk (à proximité de Moscou), par le comité central du KPD exilé en URSS et des militaires faits prisonniers de guerre après la capitulation de la 6e armée à Stalingrad. Le poète Erich Weinert présidait le comité, composé également de membres influents du parti comme Wilhelm Pieck et Walter Ulbricht, futurs dirigeants de la RDA. Président du comité : Erich Weinert, écrivain allemand.
  • Activité : détourner les prisonniers de guerre allemands du nazisme et encourager les soldats allemands (de toutes idéologies) à déserter ou à se rendre à l'Armée rouge. Le Comité prétendait lutter pour la chute d'Hitler et du national-socialisme, censés mener l'Allemagne à sa destruction, et militer pour une Allemagne libre et indépendante dans les frontières de 1937. En RFA, l'historiographie a souvent décrit le mouvement comme une trahison de l'Allemagne plus ou moins forcée par les Soviétiques[11]. En RDA au contraire, le mouvement était célébré comme la véritable résistance au nazisme avec le KPD comme avant-garde. D'autres mouvements comme « Allemagne Libre » (« Freies Deutschland ») sont fondés sur le modèle du NKFD en août et septembre 1943 en France, Belgique et Suisse par des exilés communistes allemands, souvent résistants et vivant dans la clandestinité dans les deux premiers pays et souvent internés en camps pour réfugiés et agissant clandestinement pour le troisième.

Résistance communiste indépendante du KPD[modifier | modifier le code]

Les groupes les plus connus sont :

Parti communiste d'Allemagne oppositionnel (Kommunistische Partei Deutschlands (Opposition), KPO)

  • Fondé en 1928 par exclusion de militants du KPD critiques. Après 1933 : fonde en France un comité exilé (Auslandskomitee, AK) en contact, grâce à un réseau de messagers, avec les résistants du KPO en Allemagne.
  • Activités : information sur le régime hitlérien, former avec les résistants exilés une union des travailleurs contre le nazisme, diffusion de tracts, création des cellules syndicales clandestines.
  • Issue : bien organisé, semble avoir échappé à la Gestapo.

L'Orchestre rouge (die Rote Kapelle) : lire plus haut.

Le groupe de Herbert et Marianne Baum (Berlin) (1938-1942)

  • Fondé en 1938-1939 par Herbert Baum (électricien juif) et sa femme Marianne (qui luttaient depuis 1933 au sein des jeunesses communistes) avec des adolescents juifs proches du communisme. Jusqu'à 100 membres.
  • Activité : jusqu'en 1941, c'est un groupe d'études. À partir de 1941, il entre dans la résistance active : diffusion de tracts antifascistes et, en mai 1942, attaque (désordonnée) contre le centre de propagande antisoviétique (Das Sowjetparadies) de Lustgarten (Berlin).
  • Issue : arrestations en 1942. Donc de très nombreux morts par exécution (une vingtaine), suicide (Herbert Baum) et en camp de concentration. Mais aussi déportation en camp de concentration de 500 juifs berlinois à titre de représailles.

Les RKD (Communistes révolutionnaires d'Allemagne).

Les groupes communistes de conseils issus du Parti communiste ouvrier d'Allemagne (KAPD, créé en 1920) : Kommunistische Räte-Union et Rote Kämpfer.

Résistance protestante[modifier | modifier le code]

Le régime nazi tenta d'embrigader les protestants à travers le mouvement des Chrétiens allemands qui prend le pouvoir au sein de l'Église protestante du Reich constituée en 1933. Des initiatives de résistance voient le jour en opposition à cette mainmise.

La Ligue d'urgence des pasteurs de Martin Niemöller[modifier | modifier le code]

La Ligue d'urgence des pasteurs (Pfarrernotbund) du pasteur Martin Niemöller, créée en 1933, est l'organisation de résistance protestante la plus importante. Localement, il s'agira de « conseils de frères » (Bruderräte), rassemblées en un Conseil de frères du Reich (Reichsbruderrat), qui s'unit aux synodes libres.

Lors du deuxième synode libre national (1934), les opposants créent une Église confessante (Bekennende Kirche). Ses personnalités sont Friedrich Weißler (juriste, mort déporté en 1937), le pasteur Paul Schneider (mort déporté en 1939). Theophil Wurm (évêque du Wurtemberg), prend la succession de Niemöller à la tête de l'Église confessante. Il entre en contact avec Friedrich Bonhoeffer, avec le groupe de Carl Goerdeler et avec le Cercle de Kreisau.

Autres organisations protestantes[modifier | modifier le code]

  • Bureau Grüber (1938) : soutient les protestants d'origine juive. Chef : pasteur Heinrich Grüber (déporté), Werner Sylten (protestant d'origine juive, mort déporté)

Autres personnalités protestantes[modifier | modifier le code]

Résistance catholique[modifier | modifier le code]

Hitler tente de se concilier les catholiques avec le concordat signé avec le Pape en 1933. Mais, en tant que minorité, les catholiques furent souvent portés à la résistance antinazie. Avant même 1933, les bastions électoraux du parti catholique Zentrum étaient les moins perméables à la propagande nazie.

Autorités officielles de l'Église catholique[modifier | modifier le code]

  • Encyclique Mit brennender Sorge du pape Pie XI (14 mars 1937), lue en chaire dans toutes les églises d'Allemagne le 21 mars 1937, dimanche des Rameaux. Cette encyclique a été publiée par le Vatican en allemand. Elle est distribuée dans les églises et diffusée dans la presse le 22 mars 1937. Les nazis déportent 306 prêtres au camp de concentration de Dachau.
  • Konrad von Preysing (évêque de Berlin) : un des rares évêques ouvertement antinazi.
  • Erich Klausener (directeur de l'action catholique de l'évêché de Berlin) organise une énorme messe en plein air, puis est assassiné le 30 juin 1934.
  • Michael von Faulhaber (archevêque) proteste en 1940 auprès du ministre de la Justice au sujet de l'assassinat des invalides et des malades mentaux.
  • Clemens August von Galen (évêque de Münster) proteste officiellement en 1934 contre Alfred Rosenberg (théoricien du nazisme païen). En 1941, il condamne en chaire l'assassinat des malades mentaux et des invalides. Il a été béatifié par le pape Benoît XVI le 9 octobre 2005.
  • Mühler (ancien dirigeant de l'action catholique de Munich) est arrêté en 1933 pour avoir parlé du camp de concentration de Dachau.
  • Bernhard Lichtenberg (prieur de la cathédrale de Berlin) appelle au lendemain de la Nuit de cristal (novembre 1938) à prier pour les Juifs et les prisonniers des camps de concentration (il est mort déporté en 1943). Il a été béatifié par Jean-Paul II le 23 juin 1996 dans le stade olympique de Berlin en même temps que Karl Leisner.
  • Karl Leisner, diacre ordonné le 25 mars 1939 en vue du sacerdoce arrêté par la Gestapo le 8 novembre 1939. Le 17 décembre 1944, dans le bloc 26 du camp de concentration de Dachau, Mgr Gabriel Piguet, évêque de Clermont-Ferrand, détenu lui aussi, ordonne Karl Leisner prêtre. Celui-ci est presque mourant. Il est libéré par l'armée américaine le 4 mai 1945 et part au sanatorium de Planegg (près de Munich) où il meurt le 12 août 1945. Il été béatifié par Jean-Paul II à Berlin en 1996 avec Bernhard Lichtenberg.

Organisations et groupes catholiques[modifier | modifier le code]

L'opposition catholique put relever la tête début 1944, alors que le soutien au régime nazi s'effondrait dans la population. Le parti catholique centriste Zentrum s'étant volontairement sabordé en 1933 (et non pas détruit par les nazis comme le SPD et le KPD), il avait pu se poursuivre à travers des groupes informels et put donc renaître. Ses chefs, Jakob Kaiser et Max Habermann décident de passer à l'action début 1944. Ils réactivent les réseaux du Zentrum dans l'attente du coup d’État du 20 juillet 1944 contre Hitler.

Initiatives individuelles catholiques[modifier | modifier le code]

  • Le père Eckert protesta alors au nom de l'éthique chrétienne contre la persécution des Juifs.
  • Père Rupert Mayer (jésuite) : sermons critiques.
  • Père August Froehlich proteste et de la dignité des ouvriers polonais maltraités (mort déporté en 1942).
  • Père Joseph Lenzel assassiné par les nazis pour sa protection des lois et de la dignité des ouvriers polonais maltraités (mort déporté en 1942).
  • Père Albert Willimsky proteste et de la dignité des ouvriers polonais maltraités (mort déporté en 1940).
  • Père Muckermann, exilé aux Pays-Bas, diffuse des tracts condamnant le nazisme et la politique d'Hitler.
  • Margarete Sommer (universitaire) aide des catholiques d'origine juive.
  • Gertrud Luckner (qui travaillait pour l'organisation de bienfaisance catholique Caritas) aide des prisonniers de guerre et des Juifs. Elle sera déportée.
  • Prêtres catholiques de Stettin condamnés : Carl Lamprecht, Friedrich Lorenz, Herbert Simoleit, Alfons Maria Wachsmann, etc.
  • Franz Reinisch (prêtre) est exécuté en 1941 après avoir refusé de prêter serment à Hitler.
  • Max Josef Metzger (prêtre) est exécuté en 1943 pour pacifisme.
  • Nikolaus Gross laïc, syndicaliste, exécuté en 1945, béatifié par Jean-Paul II.
  • Hermann Josef Wehrle
  • Gereon Goldmann aurait agi en solo puis aurait été contacté par un réseau.

Résistance militaire[modifier | modifier le code]

L'armée allemande et les services secrets étaient très loin d'être unanimement derrière Hitler. Par réalisme ou par conviction (particulièrement animée par une morale religieuse), de nombreux soldats et officiers supérieurs, y compris le chef d'état-major de la Reichswehr, Kurt von Hammerstein[13], s'opposaient aux vues d'Hitler.
Cependant, le bilan de la résistance militaire est décevant. Même les plus antinazis des militaires avaient du mal à outrepasser leur devoir d'obéissance, leur devoir vis-à-vis de leur patrie et le fameux serment à Hitler. Les hésitations des deux chefs militaires (Halder et Brauchitsch), antinazis et partisans du putsch en parole mais incapables d'agir vraiment en ce sens ont également joué défavorablement.
L'indépendance de l'Armée a été fortement réduite en 1938 lorsque le ministre de la Défense, le général Werner von Blomberg, et le chef de l'armée, le général Werner von Fritsch, ont tous deux été révoqués par le régime nazi. Cependant, les éléments résistants se maintinrent au sein de l'armée. En particulier, certains militaires ont œuvré contre le régime nazi, d'abord en faisant de l'espionnage en faveur des Anglais et Américains, puis en tentant d'assassiner Hitler. Ce groupe, nommé par la Gestapo la « Schwarze Kapelle (en) » (l'« orchestre noir » en allemand) comprend notamment des membres des services secrets, des officiers actifs et d'autres qui ne l'étaient pas ou plus (comme Ludwig Beck, qui avait démissionné, ou Erwin von Witzleben, confronté à des soucis de santé).
Plus que les craintes sur l'indépendance de l'armée, le principal moteur de la résistance militaire a été l'analyse froide et professionnelle des rapports de forces et de la situation militaire globale dans laquelle se trouve l'Allemagne à partir de l'été 1943[14].

Composition[modifier | modifier le code]

La résistance militaire est constituée d'un entrelacs de réseaux familiaux et mondains hérités de la période précédente et de militaires ayant analysé de manière professionnelle les évolutions du conflit à partir de 1942. Soudés par l'opposition à la fois à la République et la formulation de réserves envers le IIIe Reich, ces militaires peuvent néanmoins être classés en deux groupes définis par l'âge et le grade:

  • les généraux et maréchaux, qui ont connu l'empire, la Grande Guerre, qui ont perdu leur influence après 1938 et qui ont des idées conservatrices;
  • les officiers qui les entourent, plus jeunes, plutôt révolutionnaires conservateurs, plus ouverts quant à l'opportunité de nouer des contacts avec la résistance social-démocrate[15].

La résistance au sein des services secrets[modifier | modifier le code]

Les services secrets formaient le principal centre d'opposition au régime. Par nature, ils pouvaient mener toutes sortes d'opérations incontrôlables par le régime. Les principaux résistants au sein des services secrets furent :

Le coup d’État avorté de 1938[modifier | modifier le code]

En mai 1938, les chefs de l'armée apprennent l'intention d'Hitler d'envahir la Tchécoslovaquie, risquant ainsi une guerre générale en Europe. Le chef d'état-major de l'Armée, le général Ludwig Beck, jugeait une telle guerre immorale et mauvaise pour l'Allemagne. Fait surprenant, Oster (chef des renseignements militaires allemands) et le général Beck (chef de l'armée allemande) envoient alors des émissaires à Paris et Londres pour conseiller aux démocraties occidentales de résister aux demandes d'Hitler. Von Weizsäcker (aux Affaires étrangères) envoie aussi des messages privés pour inciter le gouvernement britannique à la fermeté. Britanniques et Français ne sauront pas comment utiliser ces informations.

En août 1938, le général Beck exprima ouvertement son opposition à une guerre contre les Occidentaux au sujet de la Tchécoslovaquie. Hitler renvoya alors Beck, ce qui choqua le corps des officiers. Son successeur comme chef d'état-major de l'Armée, le général Franz Halder, resta en contact avec les opposants Beck et Oster, et disait en privé que Hitler était « l'incarnation du mal ».

En septembre 1938, un coup d'État militaire contre Hitler fut préparé avec la complicité du Generalfeldmarschall Erwin von Witzleben, chef de la région militaire de Berlin. Le complot comprenait Oster, Gisevius, Schacht, Weizsäcker, Canaris et Halder. Le coup d'État devait intervenir dès qu'Hitler ferait un pas vers la guerre. Le chef de l'armée, le général Walther von Brauchitsch, fut au courant du complot, prévint qu'il ne le soutiendrait pas, mais ne dit rien à Hitler. Exemple du code du silence entre officiers.

Les conjurés espéraient lancer leur coup d'État à l'occasion de la crise des Sudètes entre l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France. Cependant, ces derniers acceptèrent un accord (les Accords de Munich) avec Hitler. La paix était sauvée. Hitler ne passait plus pour un fauteur de guerre. Les officiers avaient perdu leur prétexte pour le renverser. Il faudra attendre le 20 juillet 1944 pour retrouver un complot aussi avancé.

Les projets de putsch de 1939[modifier | modifier le code]

Avec la remontée du risque de guerre mi-1939, Oster, toujours en contact avec Halder, Witzleben (qui n'est plus à Berlin, ce qui complique les choses), Goerdeler, tente de relancer le projet de putsch. Mais il apparaît que les officiers sont beaucoup moins prêts à suivre. En particulier, les officiers prussiens sont séduits par le projet d'Hitler de reprendre Dantzig et la Haute-Silésie à la Pologne.

Georg Elser est l'auteur autonome d'une tentative d'attentat contre Hitler qui faillit aboutir. Restes du Bürgerbräukeller de Munich ; photo prise le 9 novembre 1939, lendemain de l'explosion. Son initiative est complètement indépendante du projet de putsch auquel il est fait allusion dans le texte ci-joint. Source : Bundesarchiv.

Fait toujours extraordinaire, les chefs de l'armée continuent cependant de vouloir éviter la guerre et pressent la France et la Grande-Bretagne de montrer leur fermeté face à Hitler : Halder rencontre secrètement l'ambassadeur britannique Sir Nevile Henderson pour l'inciter à la résistance. L'objectif était toujours de lancer un coup d’État quand Hitler déclarerait la guerre. Mais Schacht, Gisevius et Canaris n'arrivent pas à obtenir une décision ferme de coup d'État de la part de Brauchitsch et Halder. Quand Hitler attaqua la Pologne le 1er septembre, les conspirateurs furent incapables d'agir.

Le déclenchement de la guerre, avec le réflexe patriotique, la dispersion de l'armée, etc. rendit un projet de putsch plus difficile.

  • Halder tenta d'empêcher une attaque de la France durant l'hiver 1939-1940 et resta en contact avec l'opposition via le général Carl-Heinrich von Stülpnagel (un opposant actif).
  • Les résistants les plus déterminés veulent tuer Hitler par bombe : Oster et Erich Kordt, qui se dit prêt à mourir lui-même dans l'opération.
  • Au quartier général de Zossen (sud de Berlin), un groupe d'officiers appelé Groupe d´action Zossen préparait aussi un coup d’État.

En novembre 1939 quand Hitler paraissait sur le point d'ordonner l'attaque de la Belgique, les conspirateurs persuadèrent le général Wilhelm Ritter von Leeb, commandant le groupe d'armées C à la frontière belge, de soutenir le putsch. En même temps, Oster prévint Néerlandais et Belges qu'Hitler allait attaquer. Mais Hitler remit son attaque à plus tard.

L'offensive victorieuse de mai-juin 1940 va détourner l'attention des officiers antinazis et affaiblir l'opposition au sein de l'armée.

Les attentats du groupe de Tresckow (1942-1943)[modifier | modifier le code]

En mars 1941, Hitler dévoile à des officiers réunis à Posen (Poznań) son projet de guerre d'extermination contre l'URSS. Parmi ces officiers, le colonel Henning von Tresckow, jusque-là antinazi passif, qui décide de passer à la résistance plus active. Nommé à l'état-major de son oncle le Feldmarschall Fedor von Bock, chef du Groupe d'armée centre pour l'opération Barbarossa (invasion de la Russie). Tresckow recrute systématiquement des opposants antinazis dans son équipe, en faisant le nouveau centre nerveux de la résistance militaire. Les victoires allemandes de 1941-1942 les empêchent d'agir.

La résistance est également affaiblie par la révocation par Hitler de Brauchitsch et de Bock après l'échec devant Moscou de décembre 1941. En 1942, Oster parvient à remonter un réseau de résistance au sein de l'armée. Sa plus belle recrue est le général Friedrich Olbricht, chef du bureau général de l'armée à l'état-major du Bendlerblock (Berlin) qui disposait d'un système de communications indépendant entre toutes les unités militaires en Allemagne.

Le nouveau réseau Oster associé au groupe de Tresckow dans le Groupe centre constitue un véritable réseau fiable. Tresckow parvient à enrôler partiellement le successeur de Bock : le général Hans von Kluge. Fin 1942 Tresckow et Olbricht préparent un nouveau coup mais ils ne peuvent tuer en même temps Hermann Göring et Heinrich Himmler. En mars 1943, une tentative d'assassinat d'Hitler, lors de sa visite au quartier général du Groupe d'armée centre à Smolensk en Russie (les explosifs cachés dans des bouteilles de Cointreau dans l'avion d'Hitler n'explosent pas, le détonateur étant gelé par le froid). Les auteurs directs de la tentative sont Tresckow, le lieutenant Fabian von Schlabrendorff. Si l'attentat avait réussi, Olbricht aurait pris la tête du coup d’État.

Une seconde tentative de la part des hommes du Groupe d'armée centre échoua quelques jours plus tard lorsque Hitler visita une exposition de matériel de guerre à Berlin. Un ami de Tresckow, le colonel comte Rudolph-Christoph von Gersdorff, devait se faire sauter avec Hitler. Mais Hitler passa trop rapidement et Gersdorff dut filer aux toilettes pour arrêter le compte à rebours.

À partir de 1943, le réseau des Affaires étrangères tenta de prendre contact avec les Alliés via des diplomates dans des pays neutres.

  • Theo Kordt, à l'ambassade allemande de Berne, communiqua à la demande des résistants du ministère des Affaires étrangères avec les Britanniques par l'intermédiaire d'intermédiaires tels que Willem Visser 't Hooft, secrétaire général du Conseil mondial des Églises à Genève.
  • Le Cercle de Kreisau envoya Dietrich Bonhoeffer et Helmut von Moltke rencontrer George Bell, évêque de Chichester, à une conférence religieuse à Stockholm (Suède). Bell transmit leur message et leurs plans au secrétaire au Foreign Office Anthony Eden.
  • Un journaliste américain, Louis P. Lochner, sortit des messages codés d'Allemagne et les transmit à Roosevelt.
  • D'autres messages furent envoyés à travers les réseaux catholiques du Vatican, ou via des diplomates à Lisbonne.

Mais les Alliés ne crurent pas ou rejetèrent ces messages, refusant de traiter avec la résistance antinazie.

En août 1943, Tresckow rencontre un jeune officier, le colonel Claus Schenk Graf von Stauffenberg, grand blessé de guerre, catholique, assez mystique, d'opinion nationaliste et conservatrice. Olbricht présente à Tresckow et Stauffenberg un nouveau plan : l'armée de réserve avait un plan appelé opération Valkyrie, destinée à ramener l'ordre en Allemagne en cas de désordres civils. Olbricht suggéra que ce plan soit détourné pour prendre le contrôle de l'Allemagne, désarmer la SS et arrêter les dirigeants nazis après la mort d'Hitler. Il s'agissait de convaincre le commandant en chef de l'armée de réserve, le général Friedrich Fromm. Il s'agissait aussi de parvenir à tuer Hitler. Pour cela, durant l'hiver 1943-1944, les conspirateurs s'attachent à avoir un de leurs hommes proches d'Hitler qui apparaissait toutefois de moins en moins en public, ce qui rendait toute éventuelle tentative d'attentat plus compliquée. Il semble que plusieurs tentatives aient alors échoué de peu.

L'étau se resserre cependant autour des résistants :

  • en janvier et février 1944, Moltke puis Canaris sont arrêtés.
  • Le 4 juillet 1944, Julius Leber, qui tentait de relier son parti SPD clandestin avec le KPD, est arrêté.

L'attentat du 20 juillet 1944[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Attentat du 20 juillet 1944.

Le 20 juillet 1944, dans l'après-midi, Stauffenberg fait exploser sa bombe à quelques mètres d'Hitler. La répression qui suit cette tentative brise complètement la résistance conservatrice, présentée à la population comme un groupe de Junkers coupés du peuple[16].

Autres[modifier | modifier le code]

Le général Johannes Blaskowitz, adjoint d'Halder, proteste auprès d'Adolf Hitler au sujet du traitement des Polonais et des Juifs. Ces protestations sont relayées par un nombre important d'officiers cantonnés en Pologne, qui s'indignent du traitement réservé aux Polonais de Posnanie, contraire aux traditions prussiennes[17].
À la toute fin du conflit, quelques jours avant la prise de Munich par les Américains, un groupe d'officiers et de soldats tente un coup d'état dans la ville, prend le contrôle de la mairie et de la radio, lance un appel à la chasse aux faisans (du nom des fonctionnaires du NSDAP) et expose un programme politique proche de celui des conjurés du 20 juillet 1944. Les SS, appuyés par quelques membres du parti, répriment cette tentative devant une population qui attend l'arrivée des Américains[18]

Résistance conservatrice[modifier | modifier le code]

Le gros de la résistance conservatrice est constitué de la résistance au sein de l'armée.

Des personnalités ont également cherché à renverser le nazisme comme le complot de Claus Schenk von Stauffenberg ou le Cercle de Kreisau.

Le Cercle de Kreisau[modifier | modifier le code]

Le Cercle de Kreisau est l'un des mouvements de la résistance allemande les plus connus. Il n'était pas composé que de membres conservateurs, mais ses membres venaient essentiellement de cette mouvance (officiers et hauts fonctionnaires de l'aristocratie). De 1938 à l'attentat du 20 juillet 1944, il comptait vingt membres actifs et environ vingt sympathisants. Le domaine de Kreisau (Silésie), appartenant à la famille von Moltke Page d'aide sur l'homonymie, a abrité de 1940 à 1943 des rencontres de fonctionnaires et d'officiers, d'ecclésiastiques catholiques et protestants, d'hommes politiques conservateurs mais aussi sociaux-démocrates. Leurs réflexions devaient préparer une Allemagne postnazie, démocratique, humaniste, sociale et européenne. Le cercle a été créé par un avocat, le comte Helmuth James von Moltke. D'éducation partiellement britannique (par sa mère), il aurait été surnommé le « comte rouge » en raison de ses prises de position sociales découlant de l'éthique chrétienne. Von Moltke fut arrêté début 1944 par les nazis et tué le 23 janvier 1945. En 1940, le Cercle de Kreisau est rejoint par le haut fonctionnaire, le comte Peter Yorck von Wartenburg qui avait fondé un autre groupe de résistance en 1938. Arrêté le 21 juillet 1944, il fut exécuté le 8 août 1944. Le Cercle de Kreisau était en liaison avec d'autres groupes de résistance, tels :

  • le groupe de Franz Sperr au sud de l'Allemagne (en contact avec de hauts officiers).
  • Un groupe de dirigeants travaillistes catholiques de Cologne.
  • Le cercle de Fribourg.
  • Des communistes modérés non staliniens.

À partir de 1943, certains membres du Cercle de Kreisau décidèrent de passer à l'action contre le régime et prirent contact avec Ludwig Beck, Carl Friedrich Goerdeler, Ulrich von Hassel et Claus Schenk von Stauffenberg. La plupart des membres du Cercle de Kreisau furent inculpés de haute trahison après le putsch du 20 juillet 1944 et furent condamnés à mort.

Les principaux membres du Cercle de Kreisau sont :

  • le comte Helmuth James von Moltke (avocat).
  • le comte Peter Yorck von Wartenburg (haut fonctionnaire).
  • Adam von Trott zu Solz (juriste ouvert sur l'international, fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères). Exécuté le 26 août 1944.
  • Hans-Bernd von Haeften (juriste, très haut fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères). Exécuté le 15 août 1944.
  • Julius Leber (ancien député social-démocrate). Exécuté le 5 janvier 1945.
  • Theodor Haubach (philosophe socialiste ?). Exécuté le 23 janvier 1945.
  • Carlo Mierendorff (ancien député social-démocrate SPD). Mort en décembre 1943 lors d'un bombardement allié à Leipzig.
  • Adolf Reichwein (professeur d'histoire social-démocrate). Exécuté le 20 octobre 1944.
  • Otto Heinrich von der Gablentz. Proche du socialisme religieux. En contact avec la résistance norvégienne. La Gestapo ignore sa participation au putsch du 20 juillet 1944. Il a survécu à la guerre.
  • Carl Dietrich von Trotha (haut fonctionnaire au ministère de l'Économie). Il a échappé à la Gestapo et survécu au régime nazi.
  • Horst von Einsiedel (membre du SPD). Destin terrible : s'il échappa à la Gestapo, il sera arrêté en 1945 par les Soviétiques et mourra en 1948 dans l'ex-camp de concentration nazi de Sachsenhausen, alors utilisé par les Soviétiques.
  • Theodor Steltzer (haut fonctionnaire de la république de Weimar). En 1940, ayant un haut poste militaire dans la Norvège occupée, où entra en contact avec la résistance norvégienne. Il survécut à la guerre.
  • Harald Poelchau (aumônier de prison influencé par le socialisme religieux). Il ne fut pas démasqué par la Gestapo après le 20 juillet 1944.
  • Hans Peters (professeur de droit et politique à Berlin). Son appartenance au Cercle de Kreisau ne fut pas découverte par la Gestapo et il survécut.
  • Alfred Delp (jésuite, prêtre à Munich, fut rédacteur de la revue catholique Stimmen der Zeit jusqu'à son interdiction en 1941). Arrêté en juillet 1944 et exécuté le 2 février 1945.
  • Lothar König (jésuite). Après le 20 juillet 1944, se cacha dans la cave à charbon du collège de jésuites Berchman jusqu'à la fin de la guerre.
  • Augustin Rösch (provincial des jésuites responsable du sud de l'Allemagne). Arrêté par les nazis le 11 janvier 1945, mais pas tué.
  • Paulus van Husen (juriste et important homme politique du parti centriste en Silésie). Arrêté en août 1944, mais libéré par les troupes soviétiques.
  • Hans Lukaschek (important politicien centriste de Silésie, était le membre le plus âgé du cercle de Kreisau). Arrêté le 20 juillet 1944, il est libéré peu avant la fin de la guerre.
  • Eugen Gerstenmaier (membre du bureau des relations ecclésiastiques internationales). Arrêté par les nazis en 1944 mais libéré par les troupes américaines.
  • le comte Gottfried von Bismarck-Schönhausen, pourtant membre du parti nazi au Reichstag et officier SS.

Le groupe de Carl Goerdeler[modifier | modifier le code]

  • Carl Goerdeler, ancien maire de Leipzig, sera la figure principale de l'opposition au nazisme dans les années 1940-1941, alors que les officiers ont l'attention détournée par les succès militaires.

Son groupe comptait :

Les résistants des Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Le conservateur (sans parti) Konstantin von Neurath resta ministre des Affaires étrangères du Reich de 1933 à 1938. Durant cette période, il laissa se développer un cercle actif de résistants sous le patronage discret du sous-secrétaire d'État Ernst von Weizsäcker. Les principaux membres de ce cercle étaient :

Ce cercle survécut même lorsque le nazi Joachim von Ribbentrop remplaça Konstantin von Neurath comme ministre des Affaires étrangères, en 1938.

Résistance en Alsace-Moselle[modifier | modifier le code]

Il faut mentionner la résistance aux forces allemandes dans ces trois départements français qui sont annexés de facto[19] le 18 octobre 1940 au territoire allemand, par un décret d'Hitler dont la publication fut interdite[20], pour former le Reichsgau Westmark (Marche de l'Ouest : Moselle, Sarre et Palatinat) et le Reichsgau Oberrhein (Haut-Rhin : Alsace et Bade). Du fait de l'annexion, la résistance dans ces trois départements n'a presque aucune relation avec la Résistance intérieure française, ni ne reçoit de soutien matériel des forces alliées.

En Alsace, la résistance est animée par une base syndicalo-communiste, notamment le réseau Wodli, ou par des conservateurs comme Paul Dungler.

Enfin, il faut signaler que peu avant l'annexion, des dizaines de milliers de personnes ont quitté cette région pour s'installer dans d'autres régions françaises, où ils s'inséreront dans les groupes locaux de la Résistance.

En Moselle[modifier | modifier le code]

Méconnue dans l'historiographie française, la Résistance dans ce département a été particulièrement forte et populaire. Plus qu'ailleurs, la population vit mal une occupation brutale qui nie la culture locale, avec notamment l'interdiction de parler français, de porter un béret, signe de francophilie, germanise les noms de familles, les prénoms, les noms de communes, interdit de donner aux nouveau-nés des prénoms à consonance française.

Ainsi dès le 15 août 1940, le rassemblement traditionnel autour de la statue de la Vierge de la place Saint-Jacques à Metz est la première protestation présidée par l'évêque de la ville Mgr Heintz qui sera expulsé dès le lendemain comme 60 % du clergé mosellan.

Sensible au fait que le général de Gaulle ait choisi la croix de Lorraine comme emblème de la Résistance, la population apporte un grand soutien notamment aux prisonniers de guerre évadés pour lesquels le département est point de passage presque obligé (par exemple le futur président de la République François Mitterrand à Säargemünd (Sarreguemines) ). Le premier sabotage recensé date du 12 août 1940[21]. Le commandant Scharff fonde le groupe « Mission Lorraine » qui s'intègre à l'Organisation de résistance de l'armée (ORA) en octobre 1943. Les deux groupes les plus actifs sont le groupe Mario, autour de Jean Burger et à un degré moindre le groupe Derhan.

Plus de 1 000 Mosellans ont été arrêtés pour faits de résistance et des familles entières (environ 10 000 personnes) ont été déportées en Silésie pour « opposition à la germanisation de la Lorraine ». Il s'agit, en presque totalité, de famille d'ouvriers ou d'employés.

Résistance en Autriche[modifier | modifier le code]

Voir aussi :

Autres engagements individuels[modifier | modifier le code]

Attentat[modifier | modifier le code]

Malgré les projets de coup d'État contre Hitler montés au sein de l'armée, c'est un charpentier, autrefois proche du Parti communiste, qui réalisera en 1939 le seul véritable attentat avant la Seconde Guerre mondiale : Johann Georg Elser, qui sera déporté et exécuté. L'attentat fit huit morts, mais Hitler avait quitté la salle plus tôt que prévu.

Participation à la Résistance en France[modifier | modifier le code]

Trois mille allemands ont participé par anti-nazisme à la Résistance intérieure française, notamment au sein de l'O.S. / Bataillons de la Jeunesse, groupes de jeunes lançant la lutte armée dont fit partie par exemple Karl Schönhaar, du Comité Allemagne libre pour l’Ouest, de différents maquis, et des FFI[22].

Reconnaissance et historiographie[modifier | modifier le code]

Mémorial de la résistance allemande contre le nazisme[modifier | modifier le code]

Plaque apposée dans la cour du Bendlerblock en mémoire des morts du complot du 20 juillet 1944 contre Adolf Hitler.

Le musée est situé dans le Bendlerblock, un complexe construit entre 1911 et 1914 pour abriter l’État-major de la marine. Après la Première Guerre mondiale, la direction militaire du Reich déménagea dans le bâtiment. Sous le national-socialisme, le Bendlerblock abritait aussi le bureau des affaires étrangères/du renseignement et le commandement suprême de l'armée de terre. Son commandant, le général Friedrich Olbricht, planifia le complot contre Hitler. Après l'échec du complot, le comte Claus Schenk Graf von Stauffenberg, Friedrich Olbricht, Albrecht Ritter Mertz von Quirnheim et Werner von Haeften furent fusillés dans la cour d'honneur actuelle du Bendlerblock. C'est donc à cet endroit qu'on posa la première pierre d'un mémorial de résistance allemande, le 20 juillet 1952. Le maire de Berlin, Ernst Reuter, inaugura le musée un an plus tard. Le 20 juillet 1968, un centre mémorial et didactique fut ouvert, présentant une exposition permanente sur la résistance au national-socialisme. Le centre du mémorial est la cour d'honneur dans laquelle furent fusillés les résistants, le 20 juillet 1944[23].

Le 28 juin 2014, la chancelière allemande Angela Merkel a rendu hommage aux auteurs de l'attentat contre Hitler, qui ont su prendre une "décision conforme à leur conscience", dans "une situation extrêmement difficile", avant d'inaugurer le 1er juillet 2014 une nouvelle exposition permanente du Mémorial de la résistance allemande notamment consacrée à la tentative d'attentat contre Hitler[24].

Monuments en France[modifier | modifier le code]

Monument à la mémoire du maquis de Bonnecombe au col de Bonnecombe dans les monts de l'Aubrac en Lozère.

Un monument simple (une pierre plantée) rend hommage au maquis formés en France par des antifascistes allemands en Haute Lozère et dans les Cévennes (maquis de Bonnecombe et de Marvejols, puis maquis Montaigne), aux côtés de la Résistance française, à partir du printemps 1943.

Débats historiographiques[modifier | modifier le code]

Efficacité de la Résistance[modifier | modifier le code]

Les recherches historiques à propos de la Résistance allemande au nazisme ont souvent conduit à de vifs débats sur la nature, la dimension et l’efficacité de cette résistance[25]. En particulier, la question de la définition exacte de ce que contient le mot résistance ("Widerstand") [26]. Tant en République fédérale d’Allemagne qu’en République démocratique allemande, la mémoire des faits de résistance fut mise au service de la légitimation de chacun des deux États allemands rivaux[27].

  • République démocratique allemande

En Allemagne de l’est, tout le travail de mémoire était consacré à la célébration sans nuance de l’action du Parti communiste d'Allemagne, qui était présenté comme la seule force antinazie en Allemagne[28]. Dans cette vision politisée de l’histoire, seuls les membres du KPD étaient présentés comme des héros de la résistance. La tonalité générale des travaux allemands de l’est est bien résumée dans l’introduction d’un livre paru en 1974 et intitulé "le mouvement de résistance antifasciste allemand", qui disait : "le mouvement de résistance antifasciste allemand, particulièrement le parti communiste allemand (KPD) et ses alliés, personnifiaient la ligne progressiste en Allemagne. La plus conséquente de ces forces, le parti communiste allemand, conduisit dès le premier jour de la dictature fasciste une lutte organisée et dirigée de manière centralisée contre l'impérialisme. La traduction de la victoire de ces antifascistes résolus est, suite à l’écrasement du fascisme par l’Union soviétique et les autres états membres de la coalition contre Hitler et à la défaite de l’impérialisme allemand, est l’existence de la RDA, dans laquelle se trouve concrétisé l’héritage des meilleurs parmi les Allemands qui donnèrent leur vie pour cette lutte antifasciste[28]"

  • République fédérale d’Allemagne

En Allemagne de l’ouest, les premiers travaux à paraître sur le sujet, par exemple les livres de Hans Rothfels et Gerhard Ritter, avaient pour intention de repousser les accusations de “faute collective” portées contre le peuple allemand en mettant en évidence l’existence d'une “autre Allemagne”, et d’empêcher l’émergence d’une autre légende du “coup de poignard dans le dos” en dépeignant cette résistance allemande sous un jour aussi héroïque que possible[29]. Dans le contexte de la Guerre froide, dès la fin des années 1940 et pendant toutes les années 1950, les travaux historiques ouest-allemands sur la résistance allemande ont graduellement exclu le Parti communiste d'Allemagne (KPD) et accordé un rôle mineur au Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD). Dans sa biographie de Goerdeler, Ritter établit une distinction entre ceux des Allemands qui travaillaient pour une défaite de l’Allemagne et ceux qui travaillaient à renverser le régime nazi tout en restant loyaux envers l’Allemagne. Donc, pour Ritter, Goerdeler était un patriote tandis que ceux qui étaient impliqués dans l’Orchestre rouge étaient des traîtres qui méritaient le peloton d’exécution[30]. Les historiens ouest-allemands des années 1950 en vinrent à réduire la résistance aux seuls nationaux-conservateurs impliqués dans le complot contre Hitler du 20 juillet 1944. Il se produisit une héroïsation et une sacralisation de la résistance, et ceux qui en étaient furent crédités des plus hauts mobiles éthiques et moraux[31]. Dans les années 1950, la résistance étaient décrite comme issue des classes moyennes et du Christianisme avec une insistance sur l’héroïsme des individus se rebellant seuls contre la tyrannie[31].

  • Nouvelle génération d’historiens allemands

À partir des années 1960, une nouvelle génération d’historiens ouest-allemands tels que Hans Mommsen commencèrent à développer une évaluation plus critique de la résistance au sein des élites allemandes, et à critiquer la sacralisation des années 1950[32]. Dans deux articles publiés en 1966, Mommsen démontra que l’idée souvent avancée que les idées qui animaient les instigateurs de l’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944 étaient les mêmes que celles qui sous-tendaient la loi fondamentale de 1949 était une idée fausse[33]. Pour Mommsen, les idées des organisateurs du complot provenaient des idées de la Droite anti-républicaine de Weimar des années 1920, leur idéal institutionnel n’était pas une démocratie et ils souhaitaient l’émergence d’une "grande Allemagne" qui dominerait sur une bonne partie de l’Europe centrale[34]. Dans cette évaluation critique, signalons le livre de l’historien allemand Christof Dipper, paru en 1983 et intitulé "La Résistance allemande et les juifs" ("Der Deutsche Widerstand und die Juden"), qui affirme que la majorité des nationaux-conservateurs antinazis étaient antisémites[35]. Il écrit que pour la majorité des nationalistes-conservateurs, "la répression antijuive d'avant 1938, mi-bureaucratique, mi-pseudo-légale, était encore considérée comme acceptable."[35] Tout en notant cependant qu’aucun des conjurés ne soutenait l’holocauste, Dipper observait que les conjurés n’avaient pas particulièrement l’intention de restaurer les droits civils des juifs après la chute de Hitler[35]. En réponse aux accusations de Dipper, l'historien canadien Peter Hoffmann écrivit un essai en 2004, la Résistance allemande et l'Holocauste" ("The German Resistance and the Holocaust"). Il y soutenait que la majorité des conjurés du 20 juillet 1944 était surtout motivée par le rejet de l'Holocauste[36]. En particulier, Hoffmann utilisait les exemples de l'indignation de Claus von Stauffenberg devant le massacre des juifs russes en 1942, du conseil donné par Carl Friedrich Goerdeler en 1938–1939 à son contact des services de renseignement britanniques, l’industriel A.P. Young, suggérant que le gouvernement britannique prenne une position dure contre la politique antisémite du gouvernement allemand[37]. L'historien israélien Danny Orbach, dans un livre paru en 2010[38], prit également la défense des résistants allemands, notant en particulier le fait que Goerdeler était particulièrement favorable au sionisme, l’importance du rejet de l'Holocauste dans la motivation de la résistance nationaliste-conservatrice et les nombreuses tentatives des résistants pour protéger des juifs persécutés[39] Dans un article récent, Orbach fit également état du fait que les accusations de Dipper étaient basées sur une mauvaise interprétation voire une distorsion des sources primaires, tout particulièrement les mémorandums de Goerdeler sur la question juive[40].

Résistance ou résilience ? Le débat autour de l'idée d'une "résistance sans peuple"[modifier | modifier le code]

  • Reconnaissance de la Résistance au sein des classes populaires

Dans les années 1960 et 1970, les historiens ouest-allemands ont de plus en plus étudié la résistance au sein des classes populaires, remettant en cause l’idée d’une “résistance sans peuple”[41]. Par exemple, pendant les années 70, les mouvements de résistance populaires en lien avec le SPD et le KPD furent mis en lumière par toute une série d’études locales de qualité variable[42]. Le type d'étude historique qualifié d'"histoire du quotidien" (Alltagsgeschichte) connut une vogue importante au cours des années 1970 et 1980 et permit de documenter la résistance au quotidien en dehors de toute forme d’organisation[43], citons par exemple le "Bavaria Project" mené par l'Institut d’Histoire contemporaine (de)[44]. Le premier directeur du "Bavaria Project", Peter Hüttenberger, définit la Résistance (Widerstand) comme "toute forme de rébellion contre un pouvoir potentiellement totalitaire dans le cadre d’une relation asymétrique au pouvoir"[44]. Selon lui, une relation "symétrique" au pouvoir est caractérisée par une “négociation” plus ou moins équilibrée entre les intérêts divergents des gouvernants et des gouvernés, et une relation asymétrique quand il n’y a aucune négociation et que l’État recherche une domination totale sur les gouvernés[45]. De ce fait, Hüttenberger s’opposait aux positions des Allemands de l’est visant à inclure l’action du KPD pendant la République de Weimar dans le périmètre de la Résistance, au motif que la démocratie est un système de pouvoir « symétrique » et que le simple fait d’être dans l’opposition sous un régime démocratique ne saurait constituer un acte de résistance[45].

  • Résistance au quotidien

Sur la base de la définition de Hüttenberger, tout acte contraire au projet de domination totale du pouvoir nazi, même minime, constituait une forme de résistance[46]. Ainsi, les six volumes du "Bavaria Project" publiés par le second directeur du projet, Martin Broszat, décrivent des actes tels que le refus du salut hitlérien ou la fréquentation régulière d’une église. Cet accent mis sur les actes au quotidien montrait que ceux qui pratiquaient la résistance au quotidien pouvaient aussi à d’autres moments se conformer aux exigences du pouvoir nazi. Par exemple, les paysans bavarois qui continuaient à avoir recours à des marchands de bétail juifs malgré les efforts du régime nazi pour mettre fin à ces transactions exprimaient souvent par ailleurs leur approbation pour les lois anti-juives[46]. L’équipe de Broszat en vint à définir la « résistance » par ses effets contraires au projet totalitaire du nazisme plutôt que par ses intentions politiques[47].

  • Le concept de résilience ("Resistenz")

Ayant compris qu’il n’était pas possible de considérer chaque acte minorant l’autorité du pouvoir nazi comme un véritable acte de résistance, Broszat définit le concept controversé de "résilience" (Resistenz)[47], s’appliquant à certaines sections de la société allemande qui furent capables de maintenir l’essentiel de leur système de valeurs sans réellement chercher à remettre en cause le régime nazi[47]. Ce concept fut vivement critiqué[48]. L’un des principaux critiques de Broszat, l’historien suisse Walter Hofer, livra ce commentaire: "Le concept de résilience conduit à niveler par le bas toute la résistance antinazie active au niveau d’actes superficiels plus ou moins aléatoires : le tyrannicide est ramené au niveau de l’abattage illégal du bétail."[48] Qui plus est, Hofer faisait remarquer que les actes répertoriés par Broszat sous le terme de "résilience" n’eurent guère d’effet sur la capacité du régime nazi à atteindre ses objectifs en Allemagne[48]. Un autre critique de Broszat, l’historien allemand Klaus-Jürgen Müller soutint que le terme résistance ("Widerstand") ne devrait être appliqué qu’à ceux qui avainet la volonté de "défaire le système"[48]. Une évaluation plus positive du concept de résilience vint des historiens Manfred Messerschmidt et Heinz Boberach qui argumentèrent que le terme de résistance ("Widerstand") devait être defini du point de vue de l’État nazi et que toute activité contraire aux exigences de l'État nazi, comme écouter du jazz, devrait être considéré comme une forme de résistance."[49] Hans Mommsen écrivit à propos du concept de résilience (Resistenz):

"Cela soulève, bien entendu, la question de savoir comment distinguer entre la Résistance qui visait à renverser le régime, la "résilience" active (bien que du point de vue des convictions individuelles, cela représente une distinction artificielle). Ceux qui ont risqué leur vie pour cacher des concitoyens juifs et ont acheté des faux papiers pour eux, ceux qui ont tenté d’aider des prisonniers de guerre russes, ceux qui, depuis leurs postes de travail, ont lutté pour les droits des travailleurs en refusant l’endoctrinement du « Front des Travailleurs Allemands », ceux qui ont protesté contre le traitement réservé aux juifs ou ont dénoncé publiquement les programmes d’euthanasie, ceux qui refusé d’obéir à des ordres criminels, ceux qui, dénués de tout moyen de lutte, ont inscrit des slogans antinazis sur les murs pendant les nuits, ceux qui ont protégé les proscrits et partagés leurs cartes de rationnement avec eux – tous ceux-là ont appartenu à la résistance au sens large. »[50]

  • Plusieurs "pratiques de résistance"

Mommsen fit valoir un autre point de vue dans ce débat, mettant en garde contre l’utilisation d’une terminologie trop rigide et parlant d’une large palette de "pratiques de résistance", et que la « résistance » devait être vue comme un « processus » au travers duquel des individus furent graduellement amenés à rejeter la totalité du système nazi[51]. Mommsen citait en exemple de ce "processus" le cas de Carl Friedrich Goerdeler, initialement favorable au nazisme, qui se mit à douter de plus en plus des théories économiques nazies pendant sa période de responsable du Commissariat aux prix pendant les années trente, et qui, à la fin de la décennie, était résolu à renverser Hitler[51]. Mommsen considérait la résistance des milieu nationalistes et conservateurs comme "la résistance de serviteurs de l’État", qui, au fil du temps, en vinrent à se détourner graduellement de leur soutien initial au régime, et à accepter progressivement l’idée que la seule manière de changer le cours des choses était de provoquer la chute du régime[52]. En référence à la notion de "resistance comme processus", plusieurs historiens ont proposé des typologies. L’Allemand Detlev Peukert a par exemple proposé quatre catégories : la "non-conformité" (la plupart du temps pratiquée en privé et n’impliquant pas une rejet total du nazisme), le "refus de coopération" (Verweigerung), la "protestation", et enfin la "résistance" (caractérisant ceux qui s’engageaient pour renverser le régime)[53]. L’Autrichien Gerhard Botz défendit une typologie comprenant le "comportement déviant" (actes non-conformistes mineurs), "la protestation sociale", et la "résistance politique"[53].

  • Beaucoup de dissidents mais peu de résistants

L’historien britannique Sir Ian Kershaw a soutenu qu’il y a eu deux approches de la résistance, l’une qu’il appelle "fondamentale" (dédiée au renversement régime nazi) et l’autre "sociétale" (dans le cadre de la dissidence dans la vie quotidienne)[54]. Selon lui, le concept de résilience fonctionne bien pour la dissidence de la vie quotidienne, mais moins bien dans le champ de la haute politique, d’autant plus qu’en se concentrant exclusivement sur les effets des actions, ce concept oublie de prendre en compte l’élément essentiel d’intention[55]. Ian Kershaw estime donc que le terme Résistance ne doit être utilisé que pour la première catégorie, tandis que les mots "opposition" ou "dissidence" doivent être utilisés pour caractériser les deux composantes de la deuxième[56] ; il voit par exemple dans les Pirates Edelweiss un groupe qui commence dans la dissidence, puis évolue vers l’opposition avant d’aller vraiement vers la Résistance[57]. De même, l’historienne américaine Claudia Koonz, dans son article de 1992 intitulé "Dilemmes éthiques et eugénisme nazi" ("Ethical Dilemmas and Nazi Eugenics"), soutient que ceux qui ont protesté contre le programme dit "Aktion T4 ", le plus souvnet en raison de leurs convictions religieuses tout en gardant le silence à propos de l’Holocauste ne peuvent pas être considérés comme des résistants, mais seulement comme des dissidents[58]. Selon Kershaw, il y eut donc certes beaucoup de "dissidence" ou d’"opposition" au sein de la société allemande, mais finalement assez peu de résistance proprement dite en dehors des classes populaires[59]. Bien qu’il reconnaisse beaucoup de mérite au concept de resilience (Resistenz), il conclut que le régime nazi avait au final un très large soutien dans la population et qu’il est donc correct de parler d’une "résistance sans peuple"[60].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir notamment : Pierre Ayçobery, La société allemande sous le IIIe Reich, 1933-1945, Points, 1998
  2. Günther Weisenborn, Une Allemagne contre Hitler, éd. du Félin, 2007, p. 48-49.
  3. a et b Günther Weisenborn, op. cit., p. 52.
  4. a et b Günther Weisenborn, op. cit., p. 50.
  5. Günther Weisenborn, op. cit., p. 181-182.
  6. Günther Weisenborn, op. cit., p. 27.
  7. Günther Weisenborn, op. cit., p. 51.
  8. Günther Weisenborn, op. cit., p. 178-179.
  9. a et b Günther Weisenborn, op. cit., p. 295-296.
  10. Günther Weisenborn, op. cit., p. 182.
  11. voir notamment Karl-Heinz Frieser, Nationalkomitee „Freies Deutschland“ : der „Krieg hinter Stacheldraht“ in sowjetischen Gefangenenlagern, Mainz, Hase & Koehler, 1981.
  12. Résistance et soumission (Lettres et notes de captivité), Labor et Fides, ISBN 978-2-8309-1198-5
  13. Hans Magnus Enzensberger, Hammerstein ou l'intransigeance. Une histoire allemande, Paris, Gallimard, 2010, traduction de Bernard Lortholary.
  14. Pierre Ayçoberry, la société allemande sous le IIIe Reich, p. 363.
  15. P. Ayçoberry, la Société allemande..., p. 364-365.
  16. P. Ayçoberry, la société allemande sous le IIIe Reich, p. 364.
  17. Pierre Ayçoberry, la société allemande..., p. 364.
  18. Pierre Ayçoberry, la société allemande..., p. 369.
  19. Eberhard Jäckel, Frankreich in Hitlers Europa – Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, Deutsche Verlag-Anstalg GmbH, Stuttgart, 1966 ; traduction : La France dans l'Europe d'Hitler (préface de Alfred Grosser, traduction de Denise Meunier), éd. Fayard, coll. « Les grandes études contemporaines », 1968, 554 p., chap. « L'annexion déguisée », p. 124
  20. Eberhard Jäckel, La France dans l'Europe d'Hitler, op. cit., p. 123
  21. Marcel Neigert, Cahiers du Cercle Jean Macé no 10, Metz
  22. Frank Guternuth et Wolfgang Schön, Les Allemands dans la Résistance. Héros en terre étrangère, documentaire, Arte - SWR, 2006.
  23. Site du mémorial [1]
  24. Article du Point du 28 juin 2014, source AFP [2].
  25. Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 pages 183–184.
  26. Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 page 184.
  27. Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 page 185.
  28. a et b Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 pages 185–186.
  29. Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 page 186.
  30. Iggers, Georg The German Conception of History, Middletown: Connecticut; Wesleyan University Press, 1968 pages 258–259.
  31. a et b Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 page 187.
  32. Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 pages 187–188.
  33. Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 page 188.
  34. Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 pages 188–189.
  35. a, b et c Marrus, Michael The Holocaust In History, Toronto: Key Porter 2000 page 92.
  36. Hoffmann, Peter "The German Resistance and the Holocaust" pages 105–126 from Confront! edited by John J. Michalczyk, New York: Peter Lang Publishers, 2004 pages 115–118.
  37. Hoffmann, Peter "The German Resistance and the Holocaust" pages 105–126 from Confront! edited by John J. Michalczyk, New York: Peter Lang Publishers, 2004 pages 109–110 & 115
  38. Valkyrie: Hahitnagdut Hagermanit Lehitler
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  47. a, b et c Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 page 194.
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  50. Mommsen, Hans "German Society and Resistance Against Hitler" pages 253-274 from The Third Reich The Essential Readings edited by Christian Leitz, Blackwell: London 1999 page 267
  51. a et b Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 page 196.
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  58. Koonz, Claudia "Ethical Dilemmas and Nazi Eugenics: Single-Issue Dissent in Religious Contexts" pages S8–S31 from Journal of Modern History, Volume 64, 1992.
  59. Kershaw, Ian The Nazi Dictatorship Problems and Perspectives of Interpretation, London: Arnold Press, 2000 pages 207–216.
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Témoignages directs[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Ayçoberry, La société allemande sous le IIIe Reich, 1933-1945, Éditions du Seuil, Coll. L'Univers Historique, Paris, 1998, ISBN 2-02-033642-1.
  • Gilbert Badia, Ces Allemands qui ont affronté Hitler, éd. de l’Atelier, 2000.
  • Collectif, Des Allemands contre le nazisme, opposition et résistances 1933-1945, actes du colloque franco-allemand tenu à Paris, mai 1996, éd. A. Michel, Paris, 1997.
  • Henri Coulonges, Les rives de l'Irrawaddy, roman dont l'intrigue se déroule dans le milieu de la résistance étudiante allemande.
  • Didier Chauvet, Georg Elser et l'attentat du 8 novembre 1939 contre Hitler, L'Harmattan, Paris, 2009, ISBN 978-2-296-09194-8
  • Didier Chauvet, Sophie Scholl, une résistante allemande face au nazisme, L'Harmattan, Paris, 2004.
  • Hans Magnus Enzensberger, Hammerstein ou l'intransigeance. Une histoire allemande, Paris, Gallimard, 2010, traduction de Bernard Lortholary.
  • Peter Hoffmann, La Résistance allemande contre Hitler, éd. Balland, 1979, rééd. 1984.
  • Barbara Koehn, La Résistance allemande contre Hitler : 1933-1945, Presses universitaires de France, 2003.
  • Barbara Leisner, Ich würde es genauso wieder machen, List Taschenbuch Verlag, 2000 (biographie de Sophie Scholl).
  • Gilbert Merlio, Les résistances allemandes à Hitler, Tallandier, Paris, 2001 (réédition 2003).
  • Roland Pfefferkorn (dir), La résistance allemande contre le nazisme, Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance - Comité Régional Alsace, Strasbourg, 1998, 210 p. .
  • François Roux, Auriez-vous crié « Heil Hitler » ?, soumission et résistances au nazisme, M. Milo, 2011, 893 p.
  • Gérard Sandoz, Ces Allemands qui ont défié Hitler 1933-1945, Paris, Pygmallion, 1981 et 1997.
  • Inge Scholl, La Rose blanche. Six Allemands contre le nazisme, éd. de Minuit, 1953, rééd. 1998.
  • Günther Weisenborn, Der lautlose Aufstand, éd. Rowohlt, 1953, rééd. 1962. Traduction française : Une Allemagne contre Hitler, éd. du Félin, 1998, rééd. 2004 et 2007.
  • Andrea Tam, Entre résistance solidaire et résistance solitaire, l’opposition de Dietrich Bonhoeffer au régime nazi : fondements théologiques, formes pratiques et fonction charnière de la question juive, in Allemagne d’Aujourd’hui, numéro 180, avril-juin 2007, p. 132–153. (ISBN 978-2-85939-988-7)
  • Wilhelm Gegenbach, Face au Fascisme allemand (1929-1933), 1re partie d'« Une vie contre le capitalisme », Éditions Acratie, 2006.
  • Anthony Cave Brown, Bodyguard of Lies, Harper & Row, 1975
  • Collectif (préf. Martine-Lina Rieselfeld), La Résistance anarcho-syndicaliste allemande au nazisme, éd. Alternative Libertaire et Monde libertaire, 2001, ISSN 1159-3482

Filmographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]