Colette Guillaumin

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Colette Guillaumin

Naissance 1934
Nationalité Drapeau de la France France
Profession sociologue

Colette Guillaumin, née en 1934, est une sociologue au CNRS et une féministe française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle fait d'abord des recherches qui font date sur le racisme : à la suite de Frantz Fanon, elle souligne l'infériorisation des non-blancs, et la hiérarchisation des personnes suivant leurs caractéristiques biologiques. Elle est l'une des premières en sociologie à rappeler que la notion de « race » n'a aucune valeur scientifique (c'est un mode de classement arbitraire). Elle démonte les discours naturalisants, essentialistes, qui légitiment les discriminations.

Dès la fin des années 1960, elle s'intéresse au féminisme. Elle intègre l'équipe de rédaction de la revue Questions féministes fondée en 1977 par Simone de Beauvoir, qui est la source et l'organe de publication du féminisme matérialiste. Elle y côtoie Christine Delphy, Monique Wittig, Nicole-Claude Mathieu, Monique Plaza, Emmanuelle de Lesseps... En 1978, elle y fait paraître un important article, « Pratique du pouvoir et idée de nature », qui théorise l'appropriation des femmes[1] à travers l'idéologie naturaliste [2] et propose une analyse en termes de construction sociale du genre. Ses analyses recoupent celles des féministes radicales et posent les jalons de la critique du genre.

« Les intellectuels et anthropologues divers opèrent une projection classique, attribuant aux sociétés archaïques la réalité de la réduction des femmes à l'état d'objet approprié et devenu pièce d'échange. Car il n'y a que pour ces sociétés que l'on parle stricto sensu d'échange de femmes, c'est-à-dire du degré absolu de l'appropriation, celui où l'objet est non seulement « pris en mains », mais devient équivalent de n'importe quel objet. Le stade où l'objet passe du statut de bétail (pecus, sens premier) au stade de monnaie (pecus, sens dérivé). « Échange de femmes », « appropriation de femmes », etc. Qu'en savent-ils, disons-nous ? Ils en savent bien quelque chose quelque part, mais il ne s'agit peut-être pas des sociétés archaïques ou exotiques, quoiqu'ils en disent. Sociétés où on échange biens et femmes sur un même pied, bien que, disent-ils aussi, on puisse s'interroger sur le statut d'objet des femmes, car enfin, elles parlent... En effet, nous parlons ; et voyons si sous couvert de l'ailleurs, de l'autrefois, ils ne sont pas en train de parler d'ici et d'aujourd'hui. »[1]

Elle enseigne au Canada.

En 1992, un recueil reprend cet article ainsi que plusieurs autres publiés dans les revues Sociologie et sociétés (Université de Montréal) ou Le Genre humain dont elle est la cofondatrice en 1981. Elle écrit également dans la revue Sexe et race (Université de Paris 7). Le terme « sexage » qu'elle crée pour désigner la réduction d'une personne à son sexe est repris par Michèle Causse. Un hommage est rendu à Colette Guillaumin en mai 2005 lors de journées d'études d'EFiGiES à l'IRESCO (« Le genre au croisement d'autres rapports de pouvoir »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Colette Guillaumin, « Pratique du pouvoir et idée de Nature (1) L'appropriation des femmes ». Questions Féministes No. 2, les corps appropriés (février 1978), pp. 5-30.
  2. Colette Guillaumin, « Pratique du pouvoir et idée de Nature (2) Le discours de la Nature ». Questions Féministes (février 1978).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Idéologie raciste, genèse et langage actuel, Paris/La Haye, Mouton, 1972. Nouvelle édition : Gallimard, Coll. Folio essais (no 410), 2002, 384 p. (ISBN 2070422305).
  • Sexe, Race et Pratique du pouvoir. L’idée de Nature, Paris, Côté-femmes, 1992, 239 p. ASIN 2907883399.
  • Racism, Sexism, Power and Ideology, Londres, Routledge, 1995, 300 p., (ISBN 0415093856).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]