Navire ravitailleur

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Un navire ravitailleur (souvent appelé ravitailleur) est un type de navire cargo servant à ravitailler un autre navire, une plate-forme pétrolière ou une base navale, en carburant principalement, mais aussi en vivres ou autres fournitures. Avec l'accentuation des normes antipollution, il repart de plus en plus souvent en évacuant les déchets. Les plus sophistiqués de ces bâtiments sont ceux employés par les grandes marines de guerre pour le ravitaillement en haute mer des unités combattantes.

Dans le domaine civil[modifier | modifier le code]

Le Marion Dufresne, navire ravitailleur des bases de l'Antarctique français.

Les navires ravitailleurs sont principalement liés à l'exploitation pétrolière utilisant des plateformes offshore[1]. Ils sont polyvalents et capables de livrer tout ce dont peut avoir besoin la plateforme, mais aussi, pour certains d'entre eux, d'aider à son ancrage ou son déplacement. Les plus gros peuvent recevoir un hélicoptère.

D'autres ont pour vocation de ravitailler des bases scientifiques isolées. C'est le cas par exemple du Marion Dufresne qui désert les stations des Terres australes et antarctiques françaises. En profitant du court été austral, il fait la rotation des différentes îles et va jusqu'en Antarctique (base Dumont d'Urville) où il assure la rotation du personnel, la livraison du carburant, du matériel technique et scientifique, le retour du courrier et l'évacuation des déchets, impossibles à recycler dans ces zones d’extrême éloignement[2].

Article principal : Navire de ravitaillement offshore.

Dans le domaine militaire[modifier | modifier le code]

Historique général[modifier | modifier le code]

C’est la marine allemande, avant 1939, qui met au point le ravitaillement à la mer[3]. Elle est suivie peu après par la marine britannique afin de trouver une solution au faible rayon d’action des bâtiments anti-sous-marins[3]. Les autres marines suivent le mouvement, à commencer par la marine américaine dont les lignes de ravitaillement sont extrêmement étirées dans l’océan Pacifique, mais aussi pour répondre aux nécessités de l'escorte des convois.

Auparavant, il s'agissait principalement de navires charbonniers chargés de fournir aux flottes leur combustible. Un navire de ligne de l'époque consommait ses réserves en quelques jours et devait donc fréquemment remplir ses soutes auprès de ces ravitailleurs, s'il ne trouvait pas sur sa route une base navale disposant de dépôts. Les charbonniers étaient des cargos civils affrétés, non des navires militaires spécialisés.

Les marines de guerre actuelles utilisent beaucoup les navires ravitailleurs. Cela permet d'éliminer l'emploi d'un réseau de bases navales tel que pratiqué jusqu'au milieu du XXe siècle. La disponibilité des flottes se trouve ainsi augmentée afin de maintenir sur zone leurs navires de guerre sans que ceux-ci ne doivent retourner au port et permettant à celle-ci d'être des flottes de haute-mer. Certains de ces navires sont des pétroliers convertis, d'autres sont conçus spécifiquement dans ce but et disposent d'un armement léger.

Les opérations de ravitaillement à la mer (RAM) sont complexes et assez peu de marine de guerre maîtrisent cette manœuvre nécessitant plusieurs heures de travail dans la plus grande vigilance, en raison des risques de collision ou de rupture des liens (câbles, tuyaux)[4]. C'est l'US Navy, première marine de guerre du monde, qui dispose du plus grand nombre de bâtiments ravitailleurs au sein du Military Sealift Command. La marine chinoise, en plein développement, en lance chaque année de nouveaux. La Marine française aligne quatre bâtiments ravitailleurs. Les autres marines européennes en ont aussi. À titre d'exemple, la Royal Navy, la mieux pourvue d'Europe, dispose en 2013 de huit bâtiments de tonnage différents. On peut citer par le pétrolier-ravitailleur RFA Black Rover ou le ravitailleur polyvalent RFA Fort George. Pour la marine italienne, trois navires dont l’Etna, pour la marine espagnole, deux unités dont le Cantabria ; pour la marine allemande, un ravitailleur polyvalent : le FGS Frankfurt-am-Main[5].

Historique des pétroliers ravitailleurs français[modifier | modifier le code]

Le Rhône, l'un des premiers pétroliers ravitailleurs de la Marine nationale. Acquis en 1911, il est coulé en 1940.
Le porte-avions Foch ravitaillé en mazout à couple par le pétrolier ravitailleur Meuse, l'un des quatre bâtiments de ce type que possède la France.

La marine française fait l’acquisition de son premier pétrolier ravitailleur en 1911[3]. Jusqu’en 1939, elle en utilise vingt-deux, essentiellement pour importer du pétrole de la mer Noire et du Moyen-Orient afin d’approvisionner les parcs à combustible des ports et bases de la marine en métropole et outre-mer[3]. Le tonnage de ces navires est très divers et leur histoire assez mouvementée.

L’un des premiers modèles livrés, le Rhône, de 4 000 tpl[6], (en 1911), sert jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il est coulé le 20 décembre 1940 au cap Juby par le sous-marin allemand U-37[3]. Quatre pétroliers du type Aube sont construits en 1919. Ils sont d’un tonnage de 1 055 tpl[3]. Suivent en 1928 les quatre du type Mékong, de 9 600 tpl. L’un d’eux, le Niger, est incendié et coulé lors d’un bombardement aérien devant Gravelines le 21 mai 1940[3]. En 1937 sont lancés les six bâtiments du type Adour, de 7 500 tpl[3]. Parmi eux, le Lot, est coulé le 22 juin 1943 en Atlantique par le sous-marin UB-572[3].

Le cas du Nivôse, 14 000 tpl, seul navire de sa classe lancé en 1934, mérite d’être examiné à part[3]. En 1942, il réussit l’exploit de rallier Saïgon (d’où il part le 1er juin) à Dakar (où il arrive le 5 août), par une route passant par l’ouest de l’Australie, le sud de la Nouvelle-Zélande et un point du détroit de Drake, à 150 nautiques au sud du cap Horn, en 67 jours de mer, dont 60 hors de vue de toute terre, sans rencontrer le moindre bâtiment d’aucune nation, neutre, belligérante ou amie[7]. Le 11 novembre 1943, il est détruit en Méditerranée au cours d’une attaque menée par quarante-huit avions allemands sur un convoi auquel il a été incorporé la veille[7]. Encadré par trois torpilles, mitraillé puis atteint par une torpille, il coule en moins de 30 minutes, mais son équipage est sauvé[7].

Après 1945, la marine française dispose encore d’une dizaine de pétroliers caboteurs ravitailleurs de régions[7]. Trois sont du type Lac Noir, de 1 400 tpl, et trois du type Lac Tchad, de 1 000 tpl, construits aux États-Unis, ces derniers assurant avec les Lac Chambon le ravitaillement du Centre d’expérimentation du Pacifique de 1963 à 1965 puis de 1972 à 1974[7].

L’expérience du ravitaillement à la mer, acquise pendant le second conflit mondial, décide la marine française à se doter de « vrais » pétroliers ravitailleurs d’escadre, c'est-à-dire capable de ravitailler à la mer deux, voire trois bâtiments d’escadre à la fois : deux en « couple » et un en « flèche »[3]. Ainsi naissent la Charente et la Baïse de 16 000 tpl[3]. Les deux suivants, à partir de 1961, la Seine et la Saône, de 16 000 tpl, sont des coques anciennes puisqu’il s’agit de deux unités de la classe Adour lancés en 1937 (!) et refondues pour l’occasion[3]. La Charente fait deux tours du monde en 1966 et 1968 avec le groupe ALFA constitué pour les premières campagnes atomiques du Centre d’expérimentation du Pacifique[3]. En 1964, une autre Charente et l’Isère, de 19 000 tpl, sont lancés. La Charente sert longtemps de bâtiment amiral dans l’océan Indien[3]. De 1973 à 1984, la marine lance la classe des cinq Durance de 10 000 tpl[3], l’un d’eux étant vendu en 1998 à l’Argentine.

En 2013, la Marine nationale française arme toujours quatre pétroliers ravitailleurs d'escadre de classe Durance[8]. Ces bâtiments sont basés à Toulon[9]. La Meuse est le plus ancien mais les trois plus récents, la Marne, le Var et la Somme disposent d'installations qui leur permettent d'embarquer un état major, c'est pourquoi ils sont appelés bâtiments de commandement et de ravitaillement (BCR)[3]. Ces navires peu médiatisés jouent un rôle crucial dans les interventions extérieures de la France. L'un d'eux sert régulièrement depuis 2008 de navire amiral dans l'océan Indien pour la lutte contre la piraterie (opération Atalante). Tous ont été très sollicités en 2011 pour permettre à la Marine nationale de mener à bien, pendant sept mois, ses missions sur les côtes libyennes (opération Harmattan)[10]. Ces navires commençant à vieillir, le ministère de la Défense réfléchit à leur remplacement. En attendant l'appel d'offre officiel, la DCNS s'est mise sur les rangs en dévoilant le projet BRAVE (Bâtiment RAVitailleur d'Escadre)[11]. Malgré les restrictions budgétaires, les marins estiment vital de remplacer nombre pour nombre les quatre unités de type Durance afin que les capacités de déploiement de la Marine nationale sur des théâtres d'opération éloignés restent crédibles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est-à-dire, installées en pleine-mer
  2. Le Marion-Dufresne ramène 500 tonnes de déchets, Le Quotidien de La Réunion, 13 mai 2009.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Jean-Noël Turcat, dans Vergé-Franceschi 2002, p. 1126-1127.
  4. Voir par exemple ces images brutes, sans commentaires, montrant le ravitaillement du BPC Tonnerre et de plusieurs frégates, par la Somme et la Meuse en 2011, pendant l'opération Harmattan.
  5. Cf. Marines & Forces navales, no 109, juin-juillet 2007
  6. tpl : tonnage de port en lourd.
  7. a, b, c, d et e Jean-Noël Turcat, dans Vergé-Franceschi 2002, p. 1048.
  8. Meuse (A607), Var (A608), Marne (A630), Somme (A631)
  9. cf. Flottes de combat 2006
  10. Liste complète des ravitaillements à la mer donnée par le Magazine Cols Bleus no 2981, Harmattan, mission accomplie, 19 novembre 2011. Consultable en ligne sur calameo
  11. Site Zone militaire, 14 septembre 2012.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d’Histoire maritime, Paris, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 2002, 1508 p. (ISBN 2-221-08751-8 et 2-221-09744-0)
  • Jean Meyer et Martine Acerra, Histoire de la marine française : des origines à nos jours, Rennes, éditions Ouest-France,‎ 1994, 427 p. (ISBN 2-7373-1129-2)
  • Bernard Prézelin, Flottes de combat 2012, éditions Ouest-France, 2012, 1054 pages.

Voir aussi[modifier | modifier le code]