Émeutes de Stonewall

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40° 44′ 02″ N 74° 00′ 08″ O / 40.7338, -74.0021

Le Stonewall Inn de New York en 1969.

Les émeutes de Stonewall sont une série de manifestations spontanées et violentes contre un raid de la police qui a eu lieu dans la nuit du 28 juin 1969 à New York, au Stonewall Inn (dans le quartier de Greenwich Village). Ces événements sont souvent considérés comme le premier exemple de lutte des gays et lesbiennes contre un système soutenu par les autorités et persécutant les homosexuels. Ces émeutes représentent le moment symbolique marquant le début du mouvement des droits civiques pour les homosexuels, aux États-Unis et partout dans le monde.

Dans les années 1950 et 1960, les homosexuels américains font face à un système juridique très homophobe. Plus tôt, déjà, des groupes homophiles américains cherchaient à prouver que les homosexuels pouvaient être assimilés dans la société et ils ont favorisé la cohabitation entre les homosexuels et les hétérosexuels (Mattachine Society et Daughters of Bilitis). Cependant, la fin des années 1960 fut très conflictuelle : de nombreux mouvements sociaux étaient actifs dont le mouvement des droits civiques contre la ségrégation raciale (Black Panther), la contreculture des années 1960 et les manifestations pacifistes contre la guerre du Vietnam. Ces influences combinées à l'environnement libéral de Greenwich Village furent les catalyseurs des émeutes de Stonewall.

Très peu d'établissements accueillaient ouvertement les homosexuels dans les années 1950 et 1960. Ceux qui le faisaient étaient souvent des bars dont les gestionnaires étaient rarement homosexuels eux-mêmes. Le Stonewall Inn était la propriété de la mafia. Il s’adressait à tous types de clients mais était célèbre pour sa popularité auprès des plus marginalisés dans la communauté gay : les transsexuelles, les transgenres, les travestis, les jeunes hommes efféminés, les prostitués et les jeunes sans-abri. Les descentes de police étaient monnaie courante à l’époque mais les policiers ont rapidement perdu le contrôle de la situation au Stonewall Inn en raison d’une foule révoltée que les raids policiers attirèrent. Les tensions entre police de New York et résidents gays de Greenwich Village prirent encore plus d’ampleur le lendemain soir et de nouveau plusieurs jours plus tard. En quelques semaines, les résidents du quartier se sont organisés en groupes d'activistes mettant en place des lieux où les gays et les lesbiennes pourraient se retrouver sans crainte d'être arrêtés.

Après les émeutes de Stonewall, les gays et lesbiennes de New York ont franchi les fossés de genre, de générations et de classe pour former une communauté unifiée. En l'espace de six mois, deux organisations homosexuelles furent créées à New York pour organiser des actions militantes et trois journaux furent fondés dans le but de promouvoir les droits des gays et des lesbiennes. En quelques années, des organisations de défense des droits des homosexuels ont fait leur apparition aux États-Unis et dans le monde. Le 28 juin 1970, les premières Gay Prides ont eu lieu à Los Angeles et à New York pour commémorer l'anniversaire des émeutes de Stonewall. Des marches similaires ont été organisées dans d'autres villes et, aujourd'hui, des Gay Prides sont organisées chaque année, partout dans le monde, vers la fin du mois de juin, pour commémorer ces émeutes.

Le contexte[modifier | modifier le code]

Contexte politique et répression[modifier | modifier le code]

À New York, dans les années 1960, il est interdit de servir des boissons alcoolisées aux homosexuels, de danser entre hommes ou de se travestir. Les descentes de police dans les bars suspectés d'être fréquentés par les homosexuels étaient monnaie courante aux États-Unis. Il était banal pour la police, avant 1965, de relever les identités des personnes présentes dans ces bars. Les forces de l'ordre justifiaient ces mesures par l'attentat à la pudeur en cas de baiser, le port de vêtements traditionnellement réservés au sexe opposé, ou simplement la vente prohibée d'alcool aux homosexuels.

Activisme homophile[modifier | modifier le code]

L'un des rares mouvements homophiles du moment est la Mattachine Society, qui œuvre discrètement pour donner plus de droits aux homosexuels. Après l'élection en 1965 de John Lindsay comme maire de New York, un républicain qui présentait un programme de réformes, et celle de Dick Leitsch comme président de la Mattachine Society à New York, la police évita de multiplier ses descentes entre 1965 à 1969.

Cependant, le ton se durcit en 1969 durant les élections municipales. John Lindsay venait de perdre les primaires de son parti et souhaitait « faire le ménage » dans les bars illégaux.

Greenwich Village[modifier | modifier le code]

Les quartiers New Yorkais de Greenwich Village et de Harlem ont accueilli une importante population homosexuelle lorsque, après la Première Guerre mondiale, de nombreux hommes ayant servi dans l'armée ont profité de la possibilité de s'installer dans les grandes villes. Les quartiers de gays et de lesbiennes ont développé une sous-culture lors des deux décennies suivantes. La prohibition des années 1920 a involontairement profité aux établissements gays dans la mesure où la consommation d’alcool se trouvait marginalisée au même titre que d’autres comportements jugés immoraux. La ville de New York avait adopté des lois contre l'homosexualité dans les entreprises publiques et privées mais les autorités ne pouvaient pas contrôler tous les établissements, en raison de la hausse de la demande d’alcool et des nombreux débits de boissons illégaux qui proliféraient.

La répression sociale des années 1950 a entraîné une révolution culturelle dans Greenwich Village. Une cohorte de poètes (baptisés ensuite les « Beat poets ») écrivait sur l'anarchie, les drogues et les plaisirs hédonistes. Parmi eux, Allen Ginsberg et William S. Burroughs (tous deux résidents de Greenwich Village) ont également écrit sur l'homosexualité. Leurs écrits ont attiré à la fois des libéraux ouverts d’esprit et des homosexuels à la recherche d'une communauté.

Au début des années 1960, une campagne visant à débarrasser la ville des bars gays a débouché sur un arrêté du maire Robert F. Wagner Jr. qui était préoccupé par l'image de la ville à l’approche de l’exposition universelle de 1964. La ville a interdit l'alcool dans tous les bars et des policiers en civil se sont employés à piéger le plus grand nombre d'homosexuels possible. L’incitation policière consistait à ce qu’un agent infiltré engage une conversation avec un homme dans un bar ou un parc public : s’il ressortait de la conversation que les deux hommes auraient pu sortir ensemble ou que le policier aurait pu se faire payer un verre, l’homme était arrêté pour sollicitation. Une histoire publiée dans le New York Post parle d’un agent qui, dans les vestiaires d’une salle de gym, s’est touché l’entrejambe en gémissant et a arrêté un homme parce qu’il lui demandait si tout allait bien. Peu d'avocats acceptaient de défendre des cas aussi indésirables.

Le Stonewall Inn[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Stonewall Inn.
Stonewall Inn

Au 53 Christopher Street, au cœur de Greenwich Village, le Stonewall Inn est l'un des seuls bars où les gays peuvent se retrouver, malgré les fréquentes descentes de police. Tenu par la mafia (son patron Tony “Fat Tony” Lauria reverse les recettes du soir à Matty the Horse), le Stonewall cible volontairement la clientèle gay, car elle rapporte gros[1].

Le bar, qui accueille plusieurs centaines de personnes chaque week-end, ne possède néanmoins pas de licence et le patron est obligé de graisser la patte des officiers de police du 6e district pour ne pas voir son établissement fermer. Ainsi, bien que plusieurs descentes aient déjà eu lieu auparavant, le bar accueille toujours des homosexuels le soir des émeutes.

Les émeutes[modifier | modifier le code]

Le raid policier[modifier | modifier le code]

Le raid qui eut lieu le 28 juin était différent des interventions précédentes. Habituellement, les propriétaires du « Stonewall Inn » étaient prévenus à l’avance par une taupe de l'arrivée de la police, et ces descentes avaient souvent lieu assez tôt dans la soirée pour permettre une réouverture rapide du bar. Aux alentours de 1 heure 30 du matin, plus tard que d’habitude, huit policiers en civil pénétrèrent dans le bar. La plupart des clients purent partir sans être inquiétés, puisque les seules personnes interpelées étaient celles sans carte d’identité ou portant des vêtements habituellement réservés aux personnes du sexe opposé, ainsi que les employés du bar.

On ne sait pas très bien comment l’émeute débuta, mais la foule présente sur les lieux commença à lutter contre les forces de police. L'histoire veut qu'une transgenre, Sylvia Rivera, ait jeté la première bouteille sur les policiers. Étonnés et en sous-effectif, ceux-ci se réfugièrent dans le bar. Le chanteur de folk hétérosexuel Dave Van Ronk, qui passait par là, fut emmené de force par les policiers dans le bar et battu. La foule continuait ses attaques. Certains essayèrent, sans succès, de mettre le feu au bar. D’autres se saisirent d’un parcmètre et bloquèrent les policiers à l’intérieur. Les résidents du quartier et les clients des bars alentour commencèrent à affluer.

Pendant la nuit, de nombreuses transgenres et des hommes jugés trop « efféminés » furent pris à parti par les forces de police et battus. La première nuit, treize personnes furent arrêtées et quatre policiers ainsi qu’un nombre inconnu de manifestants blessés. La foule, estimée à 2 000 personnes, lançait des bouteilles et des pierres aux 400 policiers arrivés sur place.

La police finit par envoyer la Tactical Patrol Force, une unité de police anti-émeutes, alors habituée à lutter contre les opposants à la guerre du Viêt Nam. Cependant, ces hommes ne parvinrent pas à disperser la foule qui continuait à leur jeter des pierres et toutes sortes de projectiles.

Craig Rodwell, qui avait créé en 1967 dans la Christopher Street la première librairie d'auteurs gays au monde, la Oscar Wilde Memorial Bookshop, ameuta la presse. Les journalistes assistent à plusieurs jours de combats, qui se poursuivent dans la rue. En effet, le 28 juin, l’émeute se calma, mais la foule revint les jours suivants. Les échauffourées durèrent cinq jours, toutes les brimades dont les homosexuels avaient été victimes précédemment refaisant surface.

Les suites des émeutes[modifier | modifier le code]

Le Front de Libération Gay[modifier | modifier le code]

Le 4 juillet, après une nuit très agitée, Craig Rodwell participe devant le Capitole à Washington au traditionnel défilé de l’Independance Day organisé depuis quelques années par la Mattachine Society. Constatant qu’au cours de cette manifestation les leaders du Mattachine séparent les couples de femmes ou d’homosexuels trop voyants, Craig Rodwell décide qu’il organisera dès l’année suivante une manifestation en l’honneur des événements de la Christopher Street.

Il participe avec Brenda Howard à New York à la création du Gay Liberation Front (GLF), puis en décembre 1969 de la Gay Activist Alliance (GAA), et fonde le comité d'organisation du Christopher Street Liberation Day.

La Gay Pride[modifier | modifier le code]

Après une bataille juridique pour obtenir le droit de manifester, la première manifestation de quelques centaines de gays et de lesbiennes a lieu sous les slogans « Come Out », « Gay Pride », « Gay is Good » et en chantant le « Gay Power ».

Les émeutes de Stonewall et la manifestation déclenchée par Craig Rodwell marquent une étape importante de l'émancipation des homosexuels. Elles sont les précurseurs de ce qui deviendra la gay pride (fierté gay).

C’est en hommage à cette émeute de Stonewall que de nombreuses marches des fiertés dans le monde ont lieu le dernier week-end de juin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lire à ce sujet l'article de l'inspecteur de police alors chargé d'intervenir au Stonewall Inn [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]