Gestion des déchets radioactifs en France
La gestion des déchets radioactifs en France concerne un volume de déchets qui était en 2010 évalués à environ 1 320 000 m³ mais devrait passer à 2 700 000 m³3 d'ici 2030[1], sous l'égide d'une Agence nationale (l'ANDRA) et dans le respect de la loi (loi Bataille de 1991, modifiée en 2006 (loi n° 2006-739 du 28 juin 2006 de programme relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs). Les enjeux de cette gestion concerne le court, moyen et très long terme. La définition juridique du déchet radioactif est dans ce cadre celle de l'article L.542-1-1 du code de l’environnement. En France, le propriétaire des déchets en reste responsable et assure sa gestion, conformément à la loi[2].
Cette gestion est planifiée via un « Plan national de gestion des matières et des déchets nucléaires » (PNGMDR[3]), mis à jour tous les 3 ans. ; Ce plan prévoit une gestion différentiée des déchets, adaptée à leur dangerosité et durée de « vie radioactive », avec 5 catégories de déchets : haute activité (0,2 % du volume total en 2009), moyenne activité à vie longue (3,6 % en 2009), faible activité à vie longue (7,2 % en 2009), faible et moyenne activité à vie courte (68,8 % en 2009), très faible activité (20,1 % en 2009, avec une forte augmentation attendue en raison des futurs démantèlements d'installations[4], avec des projets d'intégrer dans la réglementation « la possibilité de libération[5] des matériaux faiblement radioactifs. Cela coïncide avec la publication par l’AIEA et la Commission Européenne de nouvelles normes de base en radioprotection (BSS) en 1996[6] [7], qui précisent cette notion »[4]). La seconde version du PNGMDR date de 2010.
Ce plan associe deux axes stratégiques : le traitement du combustible usé, et le stockage des « déchets ultimes ». La notion de déchet ultime et non revalorisables n'est pas spécifique à l'industrie nucléaire, mais courante dans le droit de la gestion des déchets en général. La « Loi Bataille » du 28 juin 2006 distingue les « déchets radioactifs » ultimes, des matières radioactives valorisables (uranium appauvri, combustible irradié, uranium dit "de traitement" (ou de retraitement), plutonium réutilisable dans un combustible MOX, MOX , etc.). Les rejets d'effluents radioactifs liquides et gazeux ne sont pas traités par ce plan, mais régis par des autorisations spécifiques, de même que les résidus miniers actuellement encadrés par des normes de radioprotection relevant du Code minier (en cours de révision).
Le dernier Plan PNGMDR a été adressé au Parlement par le Gouvernement le 28 décembre 2012, préparé depuis 2007 sous l’égide de l’Autorité de sûreté nucléaire et du Ministère en charge de l’énergie. Il a donné à un projet de décret (en consultation publique en 2013).
Histoire[modifier]
Les premiers déchets radioactifs proviennent de l'utilisation industrielle du radium, de la recherche et de la médecine, puis des usages militaires et énergétiques. La production et la dangerosité de ces déchets a fortement augmenté des années 1940 à nos jours.
On distingue souvent deux types de déchets
- en amont ; les déchets des mines et carrières d'uranium ou d'autres produits radioactifs (stériles minières, boues radioactives, radon) liés à l'extraction de l'uranium ou d'autres substances radioactives (cobalt, etc.). Ce sont souvent des produits peu radioactifs, mais accumulés en volumes importants et pour certains (uranium) à très longue durée de vie.
- en aval ; les déchets des filières nucléaires militaires et civiles ; souvent moins volumineux, mais parfois hautement radioactifs et chimiquement très toxiques.
La France ayant donné priorité au développement de l'arme nucléaire et de l'énergie nucléaire se trouve confrontée à d'importants tonnages de déchets à courte, moyenne et longue durée de demie-vie radioactive. S'y ajoute un nombre croissant de sources radioactives scellées usagées (problème devant être étudié à partir de 2013 par un groupe de travail dédié[8].
La gestion de ces déchets a d'abord relevé, d'une manière peu transparente, du CEA et d'organismes militaires. Puis face à une forte augmentation du volume et de la dangerosité de ces déchets, et en réponse à une demande de transparence formulée par la société civile, de nouveaux organismes ont été créés, dont l'ANDRA concernant les déchets. Des rapports publics ont été produits, dont celui de Pierre Desgraupes en 1991 sur les déchets, suivis de ceux du député Christian Bataille, à l'origine de la loi Bataille de 1991 sur le nucléaire, sur la gestion, le stockage (éventuellement souterrain), la surveillance ou la réutilisation de ces déchets, modifiée en 2006.
Déchets de haute et moyenne activité à vie longue[modifier]
Classification[modifier]
Elle se fait en croisant 2 paramètres : niveau de radioactivité, la demi-vie radioactive du déchet (liée à la période radioactive des divers radionucléides intégrés dans le déchet liquide, gazeux ou solide.
Un déchet est dit[8] :
- de très faible activité (si son niveau d'activité est inférieure à cent becquerels par gramme) ;
- de faible activité (si ce niveau est compris entre quelques dizaines de becquerels par gramme et quelques centaines de milliers de becquerels par gramme) ;
- de moyenne activité (si ce niveau est d'environ un million à un milliard de becquerels par gramme ;
- de haute activité (si ce niveau est de l'ordre de plusieurs milliards de becquerels par gramme ;
...et, sur la base de sa période radioactive :
- à vie très courte (si sa période est inférieure à 100 jours ;
- de à vie courte (si sa radioactivité provient essentiellement de radionucléides qui ont une période de moins de 31 ans) ;
- à vie longue (s'il contient une importante quantité de radionucléides dont la période dépasse à 31 ans).
Le gestionnaire des déchets doit en outre tenir compte de ses caractéristiques physiques (gaz, liquide, solide pulvérulent ou non, etc.) et de son éventuelle toxicité chimiques ainsi que de son âge et de sa réactivité[8].
Généralités[modifier]
Les déchets de haute activité sous forme chimique solide et stable (généralement des oxydes) doivent être stabilisés dans une « matrice » vitreuse. Ils dégagent de la chaleur et sont donc entreposés dans l'eau de Piscines de désactivation ou dans des installations ventilées. En France, l'usine de retraitement de la Hague et le site nucléaire de Marcoule accueillent ces déchets. Un processus de « séparation sélective » est effectué dans l'usine de la Hague. Puis la vitrification des déchets non réutilisables produit un volume de « colis de déchets hautement radioactifs » d'environ 100 m3 par an dans le cas français [réf. nécessaire], avec une réduction d'un facteur de 5 au moins par rapport aux concepts à l'étude dans le cas du stockage direct des combustibles usés[réf. nécessaire]. La vitrification de déchets de haute activité produits depuis plus de 10 ans est encore à l'étude : par exemple pour 228 m3 de solutions molybdiques de produits de fission (usine de la Hague), reliquat des solutions d'effluents HA des cuves (de Fontenay aux Roses), etc.[réf. nécessaire]
Gestion de long terme pour les déchets à haute activité et à vie longue. Les modalités de cette gestion n'ont pas encore été décidée. La loi Bataille (30 décembre 1991) a jusqu'en 2006, encadré trois axes de recherche :
- Transmutation et/ou séparation chimique; Cet axe de recherche a été confié par le législateur, via la loi Bataille au CEA
- Stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde (définitif ou réversible) ; L'option de stockage géologique profond est étudiée par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) conformément à la loi du 28 juin 2006 qui confie à l'ANDRA l'étude de la possibilité de mise en service industrielle d'un stockage « réversible » en couche géologique en 2025 (projet Cigéo).
- Entreposage nucléaire en surface ou subsurface ; Cet axe de recherche a été confié par le législateur, via la loi Bataille au CEA, puis la responsabilité des études sur l'entreposage nucléaire a ransféré à l'ANDRA en 2006 [9]
Le projet Cigéo[modifier]
Cigéo (Centre industriel de stockage géologique) est le projet français de centre de stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde. Il est conçu pour stocker les déchets radioactifs de haute activité et à durée de vie longue produits par l’ensemble des installations nucléaires actuelles, jusqu’à leur démantèlement, et par le traitement des combustibles usés utilisés dans les centrales nucléaires.
Déchets de faible et moyenne activité (FMA)[modifier]
Ils sont en France destinés à être stockés en surface après avoir été solidifiés pour éviter la dispersion de la radioactivité, puis enrobés de béton, de résine ou de bitume pour éviter toute possibilité de réaction chimique et bloquer le déchet dans son conteneur. Ils sont finalement placés dans des conteneurs métalliques ou en béton, de bonne résistance mécanique et manipulables sans dispositions particulières de radioprotection.
Ces conteneurs sont principalement stockés en surface dans deux sites de l'Andra, aménagés pour cela :
- le centre de stockage de la Manche situé sur la commune de Beaumont-Hague, qui a accueilli les colis de déchets à partir de 1969, et est rempli depuis 1994. Il est aujourd’hui en phase de surveillance ;
- le centre de stockage de l'Aube situé sur la commune de Soulaines-Dhuys, qui accueille depuis 1992 les déchets français pour environ 40 ans. Sa capacité de stockage est d'un million de mètres cubes, les fûts étant écrasés pour diminuer les volumes. Il est aujourd'hui en phase d'exploitation.
D'autres sites nucléaires français contiennent des déchets radioactifs de cette catégorie : Cadarache, Pierrelatte, etc.
Déchets de très faible activité[modifier]
Dans le cas des installations nucléaires, les notions de déchets à très faible activité (TFA) et de zonage déchets sont issues de l'arrêté interministériel du 31 décembre 1999[10].
Les déchets TFA, principalement issus du démantèlement, sont compactés et conditionnés en big-bags ou en caissons métalliques. Ils sont rangés dans des alvéoles creusés dans l'argile, dont le fond est aménagé pour recueillir d'éventuelles eaux infiltrées pendant toute la durée du stockage.
Depuis octobre 2003, certains colis de déchets TFA sont stockés en surface dans le centre de stockage de Morvilliers.
D'autres sites nucléaires détiennent ces déchets, notamment les centrales arrêtées de Brennilis et Superphénix. Ces différents sites de stockage TFA ne sont pas des installations nucléaires de base, mais des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) [11].
Déchets faiblement radioactifs et à vie longue[modifier]
Ce sont notamment des déchets radifères et déchets de graphites, ou encore des « effluents bitumés, des substances contenant du radium, de l’uranium et du thorium de faible activité massique, ainsi que certaines sources radioactives scellées usagées à vie longue de faible activité » [12].
Les déchets graphites : Ils sont essentiellement des déchets (non produits à l'heure présente) qui proviendront du démantèlement des premières centrales CEA et EDF (filière uranium naturel-graphite-gaz dite UNGG). Ces déchets sont faiblement radioactifs mais à vie longue.
Les déchets radifères : ils sont émetteurs de radon. Ceci implique des contraintes d'exploitation (ventilation notamment) au cours de leur traitement.
L'étude du conditionnement des déchets radifères et graphites est en cours par l'ANDRA qui devrait produire en 2015 des scenarii (sockage en site sous couverture intacte ou remaniée) à ce sujet[12]. Il est envisagé de les stocker en subsurface (quelques mètres de profondeur sous le niveau naturel, implanté dans une formation argileuse de très faible perméabilité) ou en profondeur (ancien puits de mine par exemple).
En attendant, ils sont entreposés sur place, notamment dans les réacteurs arrêtés de type Uranium Naturel Graphite Gaz de Chinon, Marcoule, Saint-Laurent et Bugey.
Exportation d’uranium appauvri[modifier]
La France exporte 13 % de son uranium de retraitement en Russie (soit 108 tonnes par an), dans le site de Tomsk (Sibérie) [13],[14]. Un débat oppose les écologistes à l'industrie nucléaire sur la nature exacte de ces produits (déchets ou matière énergétique), EDF affirmant qu'il s'agit d'« uranium appauvri » « recyclable » [15] ce qui est contesté par Greenpeace[15] et Les Verts qui parlent de déchets ultimes[16]. « "Nous n'avons pas la technologie pour réenrichir et chimiquement retransformer l'uranium de retraitement" actuellement en France, a fait valoir un porte-parole d'Areva, ce qui oblige à envoyer cet uranium appauvri en Russie[15]. » Selon un documentaire d’Éric Guéret et de la journaliste de Libération Laure Noualhat, intitulé « Déchets, le cauchemar du nucléaire», l'uranium de retraitement est effectivement réenrichi en Russie, « ce qui produit 10 % de matières réutilisables par EDF, et 90 % d’uranium très appauvri - que l’on appelle les queues d'uranium - qui deviennent la propriété de l’entreprise russe Tenex. C’est cet uranium qui est stocké sur de grands parkings à ciel ouvert[13] ». EDF affirme que cet uranium appauvri sera exploitable lorsque les réacteurs de quatrième génération seront mis au point, vers 2040[13].
La diffusion de ce documentaire avait suscité une question du député vert Yves Cochet au gouvernement[17], et, en retour, la saisine du Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire par le ministre Jean-Louis Borloo ainsi que par l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, qui a interrogé les principaux acteurs industriels concernés sur le déroulement de ces exportations[18].
Production et gestion des déchets radioactifs en France[modifier]
Producteurs et détenteurs de déchets radioactifs en France[modifier]
La production de déchets radioactifs est majoritairement le fait de l'industrie électro-nucléaire, devant la recherche, l'armée et les industries non nucléaires : irradiation médicale, extraction minière, centrales à charbon, production et diffusion d'engrais phosphatés (laissant des phosphogypses) etc. Les déchets de haute activité à vie longue sont essentiellement produits par l'industrie électro-nucléaire.
En France : plus de 1000 sites sont répertoriés détenteurs de déchets radioactifs (incluant toutes les catégories décrites ci-avant). Ces déchets sont répartis sur les sites suivants :
- Les dépôts : centres de stockage ANDRA, entreposages de l'industrie nucléaire ou de l'armée ;
- les installations nucléaires en exploitation : centres d'études, centrales nucléaires, usines du cycle du combustible ;
- les installations nucléaires qui ne sont plus en activité ;
- les établissements de la Défense nationale : centres d'études, de production ou d'expérimentation de la force de dissuasion ;
- les établissements utilisant des radionucléides : domaines médical, industriel et recherche ;
- les établissements industriels manipulants ou ayant manipulé des matières radioactives.
Voir également Liste des sites de gestion des déchets radioactifs en France
Principe de gestion des déchets radioactifs en France[modifier]
La France n'a pas encore défini de mode de gestion pour tous les déchets. La loi Bataille du 30 décembre 1991 organisait les recherches jusqu'en 2006, année au cours de laquelle une nouvelle loi (28 juin) affirme la complémentarité de l'entreposage et du stockage en couche géologique profonde.
En application du principe pollueur-payeur, la gestion des déchets est de la responsabilité du producteur. En application de la circulaire DGS/SD 7 D/DHOS/E 4 no 2001-323 du 9 juillet 2001, les déchets radioactifs font l'objet d'une demande d'enlèvement à l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire). Pour permettre leur prise en charge, les demandes des producteurs de déchets sont accompagnées d'une description détaillée des caractéristiques du déchet lui-même et de son conditionnement.
L’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) conçoit et exploite les filières de stockage adaptées à chaque catégorie de déchets radioactifs. Cela se traduit par la collecte, le conditionnement, le stockage et la surveillance des déchets. Depuis la loi du 28 juin 2006, l'Andra a également en charge l'entreposage de longue durée. La gestion des déchets et des matières radioactives fait l'objet d'un plan national revu tous les trois ans : le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR).
Aspects économiques de la gestion des déchets radioactifs en France[modifier]
Le rapport de la Cour des comptes de janvier 2005 sur « le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des déchets radioactifs » indique qu'EDF ne dispose à la date de remise du rapport que d'un « embryon d'actifs dédiés par rapport à la masse à financer ». Les financements du CEA montrent des lacunes, tandis qu'Areva semble anticiper correctement les charges futures.
En France, les déchets TFA et FMA-VC sont pris en charge par l’Andra dans des centres de stockage de surface. Les coûts de construction, d’exploitation et de fermeture de ces centres sont évalués par l’Andra, puis rapportés à la quantité de déchets stockés. Ces coûts sont ré-évalués périodiquement. Pour les déchets de très faible activité stockés dans le centre de stockage de Morvilliers, le coût s’élève à 270 euros par tonne[19]. Selon la Cour des Comptes, ce tarif pourrait s’élever dans le cas de la prise en charge de déchets de nature plus complexe. Les déchets de faible et moyenne activité à vie courte sont pris en charge dans les centres de la Manche jusqu’en 1994 et de l’Aube depuis. Les coûts de stockage sont en 2002 de 2 529 euros par mètre cube; les charges fixes représentent environ 80 % du coût total.
Le financement de la gestion de ces déchets est réalisé par un paiement du producteur de déchets à l’Andra au moment de la livraison du colis. Cependant, en vertu du principe pollueur-payeur, l’Andra ne devient pas propriétaire du déchet. Au terme du contrat pluri-annuel, la ré-évaluation du coût du stockage conduit à une révision du coût au colis et si nécessaire à des paiements complémentaires pour les colis déjà transférés.
Le financement de la gestion des déchets à vie longue est réalisé à travers la constitution de provisions dédiées au sein des comptes des producteurs de déchets. Ce mode de financement permet de respecter pleinement le principe pollueur-payeur, mais fait reposer la garantie du financement sur les producteurs de déchets. Jusqu'en 2006, la vérification de l’adéquation entre le montant et la nature des provisions et le coût du stockage était réalisée par la Cour des Comptes. Son rapport de 2005 concluait que :
- les sociétés du groupe Areva disposent d’un niveau d’actifs dédiés, que l’on peut estimer suffisant ;
- EDF, du fait de son endettement, ne dispose que d’un embryon d’actifs dédiés par rapport à la masse à financer et tout repose sur sa capacité à disposer d’actifs suffisants ;
- au CEA, deux fonds spécifiques ont été créés : un fonds pour les installations civiles par affectation d’une partie des dividendes et du capital d’Areva et un fonds pour les installations défense : le premier devra être ajusté aux besoins, tandis que le second est toujours en gestation.
La loi du 28 juin 2006 sur la gestion durable des matières et déchets radioactifs précise les modalités d'évaluation du coût du stockage, du montant des provisions à constituer par les producteurs de déchets ainsi que les moyens de contrôle. La réévaluation des provisions est réalisée tous les trois ans, avec une mise à jour annuelle si nécessaire. Le coût du stockage est évalué par l'Andra qui fournit une estimation au Ministre. La conversion de ce coût en provisions à passer au bilan des producteurs de déchets est réalisée par leurs commissaires aux comptes. Une Commission nationale d’évaluation du financement des charges de démantèlement des installations nucléaires de base et de gestion des combustibles usés et des déchets radioactifs est instituée par la loi du 28 juin 2006 avec la responsabilité d'assurer le contrôle des provisions des producteurs de déchets. La constitution du panel d'actifs affecté à la couverture des charges de démantèlement et de gestion des déchets radioactifs devra être réalisée dans un délai de 5 ans après la promulgation de la loi.
Déchets radioactifs produits par la production d'électricité d'origine nucléaire en France[modifier]
Liminaire important : On ne parle dans la suite de ce paragraphe que des déchets nés de la production d'électricité à partir de la fission de l'uranium ; ils représentent grossièrement 90 % de l'ensemble des déchets radioactifs produits en France.
Pour s'en tenir au cas de la France (la situation diffère assez peu d'un pays à l'autre lorsque l'énergie nucléaire sert à produire de l'électricité) on distingue trois grands groupes de déchets générés par la production d'électricité d'origine nucléaire :
- Les déchets résultants directement du procédé de fission de l'atome proprement dit (dits aussi déchets de type C) ;
- les déchets technologiques liés au procédé de fission de l'atome (dits aussi déchets de type B) ;
- les autres déchets d'origine diverses (dits aussi déchets de type A).
Déchets résultants directement de la fission d'atomes fissiles[modifier]
On appelle aussi ces déchets déchets de type C.
La réaction nucléaire de fission de l'atome d'uranium 235 en chaîne génère :
- d'une part, et principalement, les produits de fission (PF) qui constituent à la fois la partie principale et la plus dangereuse des déchets du procédés ;
- d'autre part, et en quantité nettement moindre, un certain nombre de « gros atomes » non fissionnés (formés dans les réacteurs par capture de neutrons par les « gros atomes » qui s'y trouvent - les fissions « ratées » en quelque sorte) qu'on appelle les actinides mineurs. On les dits mineurs car :
- d'une part, ils existent en quantité nettement moindre que l'uranium et le plutonium (les actinides majeurs) ;
- d'autre part, on ne sait pas qu'en faire en l'état actuel des techniques.
En France, la quantité des déchets radioactifs « de procédé » - pour la production d'électricité - est la suivante :
- produits de fission (PF) : quantité nette = 63 tonnes/an (1,0 g/an/habitant) ;
- actinides mineurs (AMin) : quantité nette = 1,85 tonne/an (0,035 g/an/habitant).
Un fois conditionnés dans du verre et emballés la masse nette produite est grossièrement cinq fois supérieure, soit :
- PF = 340 tonnes/an (5,5 g/an/habitant) ;
- AMin = 9,3 tonnes/an (0,15 g/an/habitant).
Les volumes de PF et d'actinides varient entre 100 et 240 m³/an, selon les performances du procédé de vitrification et la taille des emballages, soit un maximum de 4 cm³/an/habitant.
Pour une même quantité d'énergie électrique produite, même si des progrès technologiques (augmentation du rendement thermodynamique des réacteurs ; transmutation des déchets en corps stables ; optimisation du conditionnement) sont possibles pour réduire un peu les quantités ci-dessus, les quantités de déchets du procédé strictement dit ne peuvent être significativement réduites ; les quantités «conditionnées emballées» peuvent sans doute l'être davantage mais sans doute pas au-delà d'un facteur deux ou trois par rapport aux quantités actuellement produites.
Déchets « technologiques » directement liés au procédé de fission[modifier]
Ces déchets, appelés aussi déchets de type B, sont généralement assez fortement radioactifs.
Il s'agit d'une façon générale de structures métalliques très fortement activées par le fait qu'elles se trouve à l'intérieur du cœur du réacteur ou à son voisinage direct, donc dans un flux neutronique très intense lors du fonctionnement. Le volume total de ces déchets dans la situation finale de conditionnement (emballage définitif compris) est de l'ordre de 4500 m³/an (75 cm³/an/habitant) ; la masse, calculée avec une densité estimée de 2,5, est de 1800 tonnes/an (30 g/an/habitant). Bien que des efforts soient faits et faisables, il semble exclu qu'on puisse diviser par plus de trois à cinq ces quantités.
Les exemples types de ces déchets sont les tubes en zirconium, dans lesquels se trouve le combustible des centrales lorsqu'il est en réacteur, et les pieds et tête des éléments combustibles des centrales, réalisés typiquement en acier inoxydable.
Dans le cas de la France, l'acide nitrique utilisé à l'usine de La Hague dissout le combustible et la majorité des PF après passage des éléments combustible dans la cisaille de tête de l'usine (qui n'est rien d'autre qu'un gros «hache paille»). Le zirconium des « coques » — morceaux des tubes de zirconium cisaillés, dont l'allure typique est celle d'un macaroni mal coupé — et l'acier inoxydable des embouts se trouvent ainsi séparés des PF et des atomes non fissionnés restant.
Actuellement, les coques sont mises en vrac dans des fûts et les embouts sont assez massifs, de sorte que le volume des coques et embouts est certainement du même ordre de grandeur, voire légèrement inférieur (un facteur 1,7 semble un maximum), que le volume des éléments combustibles avant cisaillage. Compte tenu de l'emballage, le volume total du déchet conditionné est sans doute légèrement supérieur au volume de l'assemblage combustible avant retraitement.
À plus long terme, on peut imaginer compacter par pressage, voire fusionner le zirconium, de façon à gagner fortement en volume. La question posée par le zirconum est compliquée par le fait que le zirconium 93, produit en faible quantité par activation des gaines mais également un peu par fission, est un produit radioactif à très longue durée de vie (1,53 million d'années).
Autres déchets technologiques divers liés à l'exploitation des centrales et usines[modifier]
Ces déchets, appelés également déchets de type A, sont constitués des produits chimiques, tenues de travail, outils, bétons ferrailles, etc. Très divers, certains sont très faiblement radioactifs mais se trouvent classées comme déchets parce qu'ils proviennent d'un site, d'un bâtiment ou d’un local réputé contenir de la radioactivité (on appelle cela le « zonage déchet » sur les sites nucléaires).
En France, le volume est actuellement de 15 000 m³/an (250 cm³/an/habitant), alors qu'il était du double il y a quelques années. La masse avoisine 56 400 tonnes/an, soit 940 g/an/habitant. Ces réductions de production ont été possibles en raison des gros efforts faits par EDF pour réduire le volume et la masse de ces déchets, mais il est difficile de fixer un seuil minimal. En outre, des ennuis d'exploitation peuvent augmenter transitoirement les quantités de déchets.
Les produits de fission (PF) et actinides mineurs (AMin) générés dans les réacteurs nucléaires[modifier]
Quantités de produits de fission générés dans les réacteurs nucléaires électrogènes français (masses et volumes)[modifier]
La quantité de PF produite par la totalité des 58 réacteurs électrogènes français est très voisine de 60 tonnes par an En effet:
- 1,06 gramme d'atomes lourds fissionnés (majoritairement de l'uranium 235)représente en gros 1 MWjour de chaleur produite
- soit pour 58 (tranches) x 1000 (MWélectrique en moyenne par tranche) * 3 (rendement = 0,33) * 340 (jours/an de fonctionnement) x 1,06 = 62 710 000 MWj soit donc 62 710 000 grammes d'atomes lourds fissionnés, ce qui fait 63 tonnes de produits de fission par an (soit donc une valeur voisine de 1 g/an/habitant).
Une fois conditionnés dans du verre et emballés en conteneur étanche en acier inoxydable en vue du stockage géologique, la masse totale produite est grossièrement cinq à six fois supérieure, soit 340 tonnes/an (5,5 g /an/habitant). Cette estimation est majorante et d’autres évaluations plus précises donnent plutôt 4,5 g/an/habitant, conditionnement et emballage compris. Toutefois, l’ordre de grandeur est correct.
Sur la base d'une densité moyenne de trois, le volume correspondant est de 120 m³/an, soit 0,002 dm³/an/habitant = 0,2 centilitre / an / habitant.
Durant sa vie (85 ans en moyenne) un habitant de la France produit sensiblement 0,2 litre de déchets radioactifs (PF + Actinides mineurs; l'équivalent d'une cannette de bière
Quantités d'actinides mineurs (AMin) produites dans les réacteurs nucléaires électrogènes français (masses et volumes)[modifier]
Les actinides mineurs représentent grossièrement
- en masse environ 2,8 % de l’ensemble PF + AMin
- en nombre d’atomes formés environ 1,4 % du total PF + AMin
Soit donc quantité nette = 0,028 * 68 = 1,85 tonne/an = 0,031 g/an/habitant
Un fois conditionnés dans du verre et emballés, la masse totale produite est grossièrement 6à7 fois supérieure soit donc :
Actinides mineurs conditionnés en vue du stockage géologique = 12,1 tonnes / an = 0,2 g/an/habitant
Le volume produit est confondu avec celui correspondant aux PF évoqué ci-dessus
Inventaire, et volume de déchets[modifier]
En France, le scénario privilégié en 2006 par EDF est le retraitement de l’ensemble des matières valorisables, à court terme sous la forme de MOX et d’URE (Uranium de REtraitement), à plus long terme dans des réacteurs nucléaires avancés soumis à R&D. Dans ce cadre, l’Andra produit l’inventaire des déchets à fin 2010.
| Type de déchet | Volume |
| HA-VL | 2700 |
|---|---|
| MA-VL | 40 000 |
| FA-VL | 87 000 |
| FMA-VC | 830 000 |
| TFA | 360 000 |
| Sans catégorie | 3 600 |
| Total | 1 320 000 |
En France, l’inventaire de l’Andra évalue ces stocks (à fin 2004).
| Type de matière | Volume |
| Stock d’uranium appauvri issu des usines d’enrichissement | 240 000 t |
|---|---|
| En-cours d’hexafluorure d’uranium dans les usines d’enrichissement | 3 100 t |
| Combustible en utilisation dans les centrales EDF (tous types), en tonnes de métal lourd | 4 955 t |
| Combustibles usés à l’oxyde d’uranium EDF en attente de traitement, en tonnes de métal lourd | 10 700 t |
| Uranium de traitement enrichi (URE) | 200 t |
| Mixtes Uranium - Plutonium (MOX) | 700 t |
| Uranium de retraitement (part française EDF, AREVA, CEA) | 18 000 t |
| Combustible du réacteur Superphénix (part française) | 75 t |
| Combustible du réacteur EL4 de Brennilis (propriété CEA et EDF) | 49 t |
| Plutonium non irradié, d’origine électronucléaire ou recherche (part française) | 48,8 t |
| Combustibles de recherche du CEA civil | 63 t |
| Combustibles de la Défense | 35 t |
| Thorium (stocks du CEA et de RHODIA) | 33 300 t |
| Matières en suspension (stock de RHODIA) | 19 585 t |
Les matières utilisées pour la fabrication des armes ou au titre de stocks stratégiques sont couvertes par le secret-défense. Elles ne sont donc pas recensés dans l’inventaire français réalisé par l’Andra.
D'ici à 2030, le volume global des déchets radioactifs devrait atteindre 2 700 000 m3[20].
Ces estimations ne prennent pas en compte les stériles et résidus de traitement des mines d'uranium françaises, principalement situées autour du Massif central, et particulièrement dans le Limousin[22].
En 2010, la France comptait 1.320.000 m3 de déchets radioactifs. Ce volume devrait s'élever à 2.700.000 m3 d'ici 2030 d'après l'ANDRA[20]. Selon l'industrie nucléaire française, la production française de déchets radioactifs est d'environ 2 kg par an et par habitant[23]. . Selon le Réseau Sortir du Nucléaire, il faudrait multiplier par 50, 100 ou plus la quantité annoncée pour approcher de l'ordre de grandeur réel. Cette estimation s'appuie sur une autre définition du déchet radioactif, incluant des matières qui ne sont pas classées comme déchet au regard de la loi française : matières nucléaires "valorisables", rejets radioactifs liquides et gazeux et résidus des mines d'uranium. Selon l'ex-ministre de l'Environnement Corinne Lepage, « EDF retraite 850 tonnes de combustible, et pas la totalité des 1 200 tonnes que ses centrales produisent chaque année[24]. »
L'art. 7 du projet de décret du 3ème plan de gestion (PNGMDR) reconnait « l'existence de stockages historiques de déchets qui n'auraient pas été mentionnés lors des déclarations à l’Andra pour l’Inventaire des matières et déchets radioactifs, en prescrivant une étude à remettre par les exploitants nucléaires afin de présenter un bilan de leurs investigations et de présenter leurs stratégies de gestion »[8]. Le recensement des lieux de réutilisation des stériles miniers doit se poursuivre, et il pourrait être demandé à AREVA en 2013 d’en étudier l’impact[8].
Notion de sous-produit valorisable. Elle est relative et peut évoluer. Si la filière MOX disparait ou si la production d'électricité par fission nucléaire était remplacée par la fusion ou par des énergies renouvelables disponibles, certains déchets aujourdh'ui recyclables par la filière (plutonium intégré dans la Mox par exemple) changeraient de statut : En 2013, les industriels concernés devront probablement « remettre un bilan des études sur les procédés de valorisation, et des études sur les filières possibles de gestion dans le cas où ces matières seraient à l’avenir qualifiées de déchets »[8].
Références[modifier]
- ANDRA, Les volumes de déchets (site andra.fr consulté 2012-10-12
- Cf. Orientations du point II du L. 542-1-2 du Code de l’Environnement
- Cf. Article 6 de la loi Bataille ; codifié à l’article L. 542-1-2 du Code de l'Environnement
- C. Badajoz, F. Drouet, L. Vaillant, T. Schneider (2009), RAPPORT N°307 Réglementation et pratiques en matière de gestion des déchets radioactifs de très faible activité ; Centre d'étude sur l'évaluation de la protection dans le domaine nucléaire, novembre 2009 (N° de commande AREVA : 40024715)
- Outre des « seuils d’exemption, exprimés en activité (Bq) et en concentration d’activité (Bq/g) », il pourrait bientôt y avoir en France une libération inconditionnelle : « la sortie automatique, sans autorisation particulière ni contrôle ultérieur, de substances radioactives provenant d’une activité humaine elle - même sous contrôle, dès lors que le niveau de radioactivité de ces substances est inférieur à un seuil » et/ou une libération conditionnelle qui « diffère de la libération inconditionnelle par le fait qu’un contrôle sur la destination finale du matériau et sur son utilisation ultérieure est exercé »
- AIEA, International Basic Safety Standards for Protection against Ionizing Radiation and for the Safety of Radiation Sources, Safety Series No. 115, 1996
- AIEA, Clearance levels for rad ionuclides in solid materials - Appli cation of exemption principles - Interim report for comment , IAEA - TECDOC - 855, 1996
- Ministère de l'écologie (2013), Projet de [décret sur le http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/uploads/tinyMCE/les-consultations-publiques-du-ministere-du-developpement-durable/projet-de-decret-pngmdr-vconsultpublic.pdf Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs] (résumé), consulté 2013-05-12, voir notamment art 15
- loi du 28 juin 2006
- Arrêté interministériel du 31 décembre 1999 fixant la réglementation technique générale destinée à prévenir et limiter les nuisances et les risques externes résultant de l'exploitation des installations nucléaires de base.
- Autorité de sûreté nucléaire, La transparence associée au cycle du combustible nucléaire : Le point de vue de l’ASN, Présentation au HCTISN, 20 novembre 2009.
- Ministère de l'écologie (2013), Projet de [décret sur le http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/uploads/tinyMCE/les-consultations-publiques-du-ministere-du-developpement-durable/projet-de-decret-pngmdr-vconsultpublic.pdf Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs] (résumé), consulté 2013-05-12, voir Article 16
- Laure Noualhat, « Nos déchets nucléaires sont cachés en Sibérie », Libération, 12 octobre 2009 [lire en ligne]
- Sophie Verney-Caillat, « Déchets, le cauchemar du nucléaire » jusqu'en Sibérie, Rue89, 13 octobre 2009
- EDF se défend de transporter des déchets nucléaires en Russie, Le Monde-AFP, 12 octobre 2009
- Plutonium à Cadarache, déchets nucléaires stockés en Russie : jusqu’à quand va-t-on continuer à nous mentir !, communiqué des Verts, 15 octobre 2009
- Question de Yves Cochet au gouvernement lors de la séance du 13 octobre 2009 (à environ 4 min. du début de la vidéo) [lire en ligne]
- HCTISN, Réponse du Haut comité à la saisine du ministre d’État sur l’information et la transparence associées à la gestion des matières et des déchets nucléaires produits à tous les stades du cycle du combustible et à la saisine de l’OPECST sur la transparence dans les échanges internationaux liés au retraitement de l'uranium, 20 novembre 2009
- Le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des déchets radioactifs - Rapport de la Cour des comptes, janvier 2005
- http://www.andra.fr/pages/fr/menu1/les-dechets-radioactifs/les-volumes-de-dechets-11.html
- [PDF]Rapport de synthèse relatif à l’inventaire réalisé par l’Andra
- Les impacts toujours présents des anciennes mines d'uranium, novethic du 24 septembre 2010
- http://www.liberation.fr/terre/2012/07/11/la-france-comptait-en-2010-13-million-de-metres-cubes-de-dechets-nucleaires_832669
- « Un risque que personne n'assume. «Comme ministre, je ne savais pas» », entretien avec Corinne Lepage dans Libération, 12 octobre 2009 [lire en ligne]
Voir aussi[modifier]
- La gestion des déchets radioactifs sur le site de l’Autorité de sûreté nucléaire
- Andra Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.
- Déchet-radioactif.com Site d'information sur la radioactivité, les déchets radioactifs et leur gestion.
Articles connexes[modifier]
Bibliographie[modifier]
- Rapport Desgraupes