Centrale nucléaire de Flamanville

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Centrale nucléaire de Flamanville
Image illustrative de l'article Centrale nucléaire de Flamanville
Travaux de construction vers 1980
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Basse-Normandie
Département Manche
Commune Flamanville
Coordonnées 49° 32′ 11″ N 1° 52′ 54″ O / 49.53639, -1.88167 ()49° 32′ 11″ Nord 1° 52′ 54″ Ouest / 49.53639, -1.88167 ()  
Opérateur Électricité de France
Année de construction 1979
Date de mise en service 1986 (Flamanville 1) ;
1987 (Flamanville 2)
Statut En fonction
Direction Alain Morvan
Réacteurs
Fournisseurs Areva NP, Alstom
Type REP
Réacteurs actifs 2 × 1 300 MW
Puissance nominale 2 600 MW
Production d’électricité
Production annuelle d'électricité 17,090 TWh (2012)[1]
Production moyenne 17,829 TWh (5 dernières années)
Production totale 332 TWh (à début 2007)
Divers
Source froide Manche
Site web EDF : Flamanville

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Centrale nucléaire de Flamanville

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Centrale nucléaire de Flamanville

La centrale nucléaire de Flamanville est située sur la commune de Flamanville (Manche), sur la côte Ouest de la péninsule du Cotentin, au pied d'une falaise granitique haute de 70 mètres, à 25 km à l'ouest de Cherbourg et à 20 km au sud de l'usine de retraitement de la Hague.

Flamanville 1 et 2[modifier | modifier le code]

1978, des explosifs détruisent la falaise et l'ancienne mine de fer sous-marine

La centrale nucléaire, également appelé Centre Nucléaire de Production d’Électricité (CNPE) de Flamanville, est située sur la commune de Flamanville (Manche), près des Pieux, sur la côte ouest de la péninsule du Cotentin. Construite au pied d'une falaise granitique haute de 70 mètres, à 25 km au sud-ouest de Cherbourg, la centrale de Flamanville se trouve à l’emplacement d’une ancienne mine de fer qui a fonctionné plus de 100 ans de façon discontinue, de 1860 à 1962.

Flamanville figure parmi les lieux d’implantation du programme de développement nucléaire des années 1970. En 1975, une consultation publique est organisée à Flamanville. 63,7% des Flamanvillais se prononcent en faveur de l’implantation de la centrale nucléaire. À la suite de l’enquête publique menée en décembre 1977, la Déclaration d’Utilité Publique paraît au Journal Officiel le 24 décembre 1977. Les premiers terrassements sont effectués en janvier 1978 sur le site de l'ancienne mine de fer. Après 6 ans de travaux, les premières épreuves hydrauliques des réacteurs sont effectuées en octobre 1984 pour le réacteur no 1 et en septembre 1985 pour le réacteur no 2. L’unité de production no 1 est mise en service le 4 décembre 1985, pour atteindre sa puissance nominale le 18 mars 1986. L’unité de production no 2 est mise en service le 18 juillet 1986, pour atteindre sa puissance nominale le 6 novembre 1986.

Le site s’étend sur 120 hectares dont la moitié a été gagnée sur le domaine maritime. Une digue de 950 mètres de long et une jetée de 300 mètres protègent les installations. La plateforme du site de Flamanville est située à 12,4 m de hauteur. EDF décide en 2004, d’augmenter la capacité de la centrale de Flamanville et propose l’implantation d’un réacteur EPR. Après les premiers travaux de préparation en 2006, la construction de l'EPR a débuté en décembre 2007 et se poursuit aujourd'hui. Il constitue le premier exemplaire d'une nouvelle génération de réacteurs nucléaires.

Production et maintenance[modifier | modifier le code]

La centrale participe à l'alimentation en électricité de la Basse-Normandie, de la Bretagne et des îles Anglo-Normandes. Le raccordement au réseau national de transport d’électricité de 400 000 volts (400 kV) s’effectue au poste de Menuel, près de Bricquebec, où l’électricité est redistribuée prioritairement vers le Nord-Cotentin, Caen et Rennes. En 2005, elle produisait 18,9 térawatt-heures (TWh)[1], en croissance de 4 % par rapport à 2004, correspondant à 4 % de la production française, record de production pour Flamanville. Le 15 avril 1993 le CNPE de Flamanville a atteint une production nette cumulée de 100 milliards de KWh. Pour atteindre ce résultat, le réacteur no 1 a fonctionné pendant 43 698 heures et le réacteur no 2 39 890 heures. Les 200 milliards de KWh produits par Flamanville ont été atteints en 2011.

Tous les 12 à 18 mois les réacteurs sont arrêtés pour maintenance et rechargement partiel en combustible neuf. Il y a 3 types d’arrêts :

  • arrêt pour simple rechargement du combustible ;
  • visite partielle, consacrée au rechargement du combustible et à un important programme périodique de maintenance ;
  • visite décennale qui inclut des contrôles approfondis et réglementaires des principaux composants que sont la cuve du réacteur, le circuit primaire et l’enceinte du bâtiment réacteur.

La centrale nucléaire de Flamanville a été conçue pour une durée d’exploitation de 40 ans, validée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Pour atteindre cet objectif de durée de fonctionnement, une réévaluation et un réexamen de sûreté ont lieu tous les 10 ans lors des visites décennales, pour prendre en compte les progrès technologiques et le retour d’expérience de l’ensemble des installations nucléaires dans le monde, puis effectuer les modifications nécessaires en augmentant toujours le niveau de sûreté de l’installation. Les prochaines visites décennales, déterminantes pour la poursuite de l’exploitation des deux réacteurs de Flamanville, auront lieu en 2017 et 2018.

Emploi[modifier | modifier le code]

Fin 2012, 731 salariés EDF et 331 salariés prestataires travaillent en permanence à la centrale. En période d’arrêt pour maintenance, entre 500 et 1500 personnes viennent de toute la France pour renforcer les équipes déjà sur place et intervenir sur les installations.

Surveillance de l'environnement[modifier | modifier le code]

Par arrêté interministériel de 2004, EDF a l’obligation de surveiller l’environnement autour de ses installations. Divers moyens de mesures sont répartis autour de la centrale de Flamanville. Des échantillons sont également prélevés par les techniciens Environnement et analysés par le laboratoire de mesures de la centrale. Depuis 2009, le laboratoire EDF de la centrale de Flamanville est accrédité par le Comité Français d’Accréditation (COFRAC), norme qualité ISO 17025, ce qui lui permet de d’effectuer lui-même les mesures Bêta Aérosol (mesure de la radioactivité des poussières atmosphériques dans l’air ambiant à proximité de la centrale). L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) assure en permanence la surveillance réglementaire radiologique de l’environnement. Des organismes indépendants, comme l’Institut Français pour la Recherche et l’Exploitation de la Mer (IFREMER), réalisent des contrôles hydrobiologiques du milieu marin, tandis que l’IRSN effectue des études radio-écologiques de la chaîne alimentaire en milieux terrestre et marin. Ces contrôles n’ont relevé aucune modification significative de l’écosystème depuis le début de l’exploitation de la centrale. Plus de 12 000 mesures et contrôles sont réalisés chaque année. Depuis 2003, la centrale est certifiée ISO 14001, norme relative au management environnemental. En 2012, les rejets émis par l’exploitation de la centrale sont toujours restés inférieurs aux limites autorisées et plus de 81% des déchets ont été recyclés ou valorisés.

Incidents[modifier | modifier le code]

Le 23 octobre 2012, un incident - classé au niveau 1 sur l'échelle INES - s'est produit à la centrale de Flamanville. Pendant près de six heures, une fuite radioactive est survenue sur le circuit primaire du réacteur no 1, alors à l'arrêt pour maintenance[2],[3]. L’eau qui s’est écoulée par la fuite (environ 22 m3) est restée en permanence confinée dans le bâtiment réacteur puis récupérée et traitée par les dispositifs habituels de traitement des effluents. Elle ne présentait pas de contamination significative. L’incident, déclaré à l’autorité de sûreté nucléaire, n’a eu aucune conséquence, ni sur les salariés, ni sur les populations, ni sur l’environnement.

Le 23 juin 2013 un dégagement de vapeur d'eau sur un transformateur de vapeur qui alimente la turbine de l'unité de production no 2, située dans la partie non nucléaire des installations a causé un fort sifflement pendant environ un quart d'heure et un important panache de vapeur d'eau visible au-dessus du site et les riverains ont entendu des bruits qu'ils ont jugés comparables à des passages d'avion à réaction, puis un sifflement qui a duré un quart d'heure[4].

L’analyse de l’incident par les équipes d’EDF a permis d’identifier la cause de ce dégagement de vapeur au lendemain des faits. Il était dû à un défaut de la régulation automatique de la pression, qui a entraîné l'ouverture d'une soupape permettant d'évacuer le surplus de vapeur vers l'atmosphère, à l'extérieur de la salle des machines. Cet incident n’a eu aucune conséquence sur l’environnement

Caractéristiques des réacteurs[modifier | modifier le code]

Les réacteurs 1 et 2 de Flamanville sont des réacteurs à eau pressurisée (REP) du palier 4 (P4), de même que les réacteurs des centrales nucléaires de Paluel et Saint-Alban.

Les deux chaudières nucléaires ont été construites par Framatome. Les groupes turbo-alternateurs à vapeur ainsi que l'essentiel de leurs auxiliaires mécaniques et électriques ont été installés par Alstom [5]

Chacun des réacteurs nucléaires 1 et 2 de Flamanville peut fournir une puissance thermique maximale de 3 817 MégaWatts à l'alternateur, qui génère une puissance électrique de 1 382 MégaWatts, ce qui permet à l'unité de délivrer 1 330 MégaWatts sur le réseau électrique.

Les caractéristiques des réacteurs en service sont les suivantes[6].

Nom du réacteur Début de la construction Raccordement au réseau Mise en service comm. 1re Visite décennale 2e Visite décennale
Flamanville-1[7] décembre 1979 décembre 1985 décembre 1986 ? du 23 fév.
au 11 juillet 2008[8].
Flamanville-2[9] mai 1980 juillet 1986 mars 1987 ? du 26 juil.
au 15 décembre 2008[10]

Flamanville 3[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : énergie en France.

En France, EDF l’exploitant du parc nucléaire anticipe un éventuel renouvellement des centrales à l’horizon 2020, en remplacement des tranches REP qui arriveront en fin de vie. Afin de bénéficier d’un retour d’expérience de conception et d’exploitation pour la construction de réacteurs à partir de 2020, EDF a décidé (avec l'accord des autorités gouvernementales) de construire la (seconde tête) de série du EPR sur le site de la centrale de Flamanville (Manche) pour une mise en service initialement prévue en 2012[11], mais aujourd'hui repoussée à 2016[12]. La centrale nucléaire de Flamanville avait été prévue pour accueillir quatre tranches (deux sont en activité en 2007), il y a donc la possibilité de construire un nouveau réacteur avec des travaux de terrassement réduits. La localisation en bord de mer est plus favorable que le bord de rivière du point de vue thermodynamique (source froide plus importante et minimisation de l’impact d’une éventuelle nouvelle canicule). Les opposants à l’EPR affirment qu’il existe une surcapacité en France et que la construction de l’EPR de Flamanville ne serait donc pas nécessaire.

Processus décisionnel[modifier | modifier le code]

Un premier débat a lieu en 2002/2003 sous l’égide de Nicole Fontaine, alors ministre à l’industrie. EDF fournit un dossier de maître d’ouvrage en 2004 en vue d’un débat public. La loi d’orientation sur l’énergie du 13 juillet 2005 fournit le cadre législatif pour le projet EPR. Ce projet est soumis au débat public au niveau national[13] entre octobre 2005 et février 2006. Le 15 avril 2006, des dizaines de milliers de manifestants (près de 30 000 personnes selon les organisateurs, 12 500 selon la police et plus de 20 000 selon les renseignements généraux locaux[14],[15]) se sont rassemblés à l’appel du Collectif Stop EPR à Cherbourg, près de Flamanville pour s’opposer au projet. L’association Greenpeace France a lancé une campagne intitulée « EDF, demain j’arrête », qui vise à s’opposer au projet EPR en faisant pression sur EDF[16].

L’enquête publique, préalable à l’avis du préfet, est menée du 15 juin au 30 juillet 2006 (la tenue en période estivale de l’enquête publique est mise en cause par les opposants au projet).

Le samedi 17 mars 2007, des manifestations réunissent dans 5 villes de France entre 20 000 personnes selon la police et 62 000 personnes selon les organisateurs du Collectif Stop EPR.

Le 11 avril 2007, après avis du préfet et de l’Autorité de sûreté nucléaire, EDF est autorisé par décret à construire un réacteur EPR à Flamanville[17]. Des associations et partis politiques protestent contre la publication de ce décret avant l’élection présidentielle.

Chantier de construction[modifier | modifier le code]

Le chantier de Flamanville, vu de Siouville-Hague (avril 2008)

Initialement prévue en 2012[11], la tranche devrait être mise en service en 2016[12]. L’EPR est une construction inédite en France, plusieurs étapes ont jalonné sa progression.

Le 3 janvier 2007, un tir de mine a projeté des roches sur les installations de la tranche no 2. Les tirs de mines ont alors été suspendus bien que, selon un communiqué d’EDF, « cet évènement n’a pas eu de conséquences ni pour le personnel travaillant sur le chantier et la centrale, ni sur le fonctionnement des installations ».

Il faut donc attendre le 3 décembre 2007 pour que commence vraiment la construction de l’unité de production Flamanville 3. On assiste alors à la coulée du premier béton de l’îlot nucléaire, pour laquelle 10 000 tonnes ont été nécessaires afin de réaliser un cylindre de plus de 55 mètres de diamètre, sur 1,75 mètre de hauteur[18].

Parallèlement, deux rapports de l'ASN sont publiés le 6 novembre et le 28 avril 2008, qui nous apprennent que « des fissures » sont apparues « à la coulée d'un bloc de béton composant la plate-forme (le radier) de l'îlot nucléaire de l'EPR ». C’est pourquoi, en mai 2008 l'Autorité de sûreté nucléaire ordonne la suspension des travaux de bétonnage à Flamanville 3, pendant un mois. Cette décision – une première dans l'histoire des centrales nucléaires en France – a contraint EDF à arrêter les travaux[19]. En sus de la sanction de suspension, une lettre d'injonction de Thomas Oudré, chef de division, est envoyée. Il y exige qu'EDF mette enfin au point des procédures de contrôle satisfaisantes avant toutes reprises des travaux[20].

L'Autorité de sûreté nucléaire a finalement autorisé le 20 juin 2008 la reprise des activités de coulage du béton suspendues le 21 mai[21].

Le 20 octobre 2008, les six tuyauteries du système de sauvegarde sont installées dans le bâtiment réacteur. Les tuyauteries RIS-EVU mesurent 80 cm de diamètre sur environ 16 mètres de long ; elles participent notamment au refroidissement du réacteur et de l’enceinte. La pose de ces « composants particulièrement sensibles pour la sûreté » a été effectuée par Bouygues et Areva. Sur cette opération, les inspecteurs de l’Autorité de Sûreté Nucléaire « ont conclu à l’existence de mesures adaptées, qui répondent aux exigences fixées par l’arrêté qualité »[22].

Le 7 mai 2009 le pôle nucléaire du groupe CTI creuse les sept piscines de la centrale, dont 3 dans le bâtiment combustible et quatre dans le bâtiment réacteur. Au sujet de ces travaux, Jean-Mathieu Rambach, ingénieur en génie civil à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, précise que « les parois en béton de la piscine du réacteur seront recouvertes d’une peau métallique, qui constituera le cuvelage et donc assurera l’étanchéité »[23].

Le 8 décembre 2010, débute le montage du groupe turbo alternateur sur le site. Une partie stratégique de la centrale puisque c’est elle qui « assure la production d’électricité »[24] avec « sa ligne d'arbre de 70 mètres de long ».

Le 23 mai 2011, la salle de commande de l’EPR est installée au sein de la centrale. Après la création d’une réplique de la salle en novembre 2010, où les deux opérateurs et le chef d’exploitation ont été formés à la conduite informatisée des installations, le poste de pilotage et de contrôle du fonctionnement est construit à proximité du réacteur[25].

2013 : l’année charnière[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 2012, 93,5 % du génie civil et 41,2% des montages électro-mécaniques sont finalisés. Ensuite, l’année 2013 aura été marquée par plusieurs étapes cruciales de la construction de la centrale, en particulier pour les éléments électriques[26].

En mars 2013, la mise sous tension des transformateurs de soutirage a été effectuée, permettant à l’EPR de bénéficier d’une alimentation électrique entièrement indépendante de l’alimentation actuelle issue de la centrale numéro 2 de Flamanville. Pour préparer ce raccordement, les équipes d’EDF et d’Ineo avaient tiré, fin janvier, 3 câbles de 600 mètres, sur la plateforme électrique. Début février, des essais d’aspersion avaient été réalisés sous le contrôle d’EDF[27].

Au début du mois d’avril, les premières armoires de contrôle commande ont été installées dans la partie nucléaire des installations. La pose et le raccordement de ces armoires ont été confiés à l’entreprise Snef. Avec cette étape, le site entre dans sa configuration définitive d’alimentation électrique.

Le 16 juillet 2013, l’installation du dôme du bâtiment réacteur a été réussie par Big Benny. Construit par la société belge Sarens, Big Benny fait partie des trois plus grandes grues au monde et mesure 200 mètres de hauteur. Il a ainsi pu soulever sur 44 mètres la structure pesant près de 300 tonnes avec une précision de pose à 5 millimètres[28].

Fin janvier 2014, la cuve du réacteur nucléaire EPR, d’un poids de 425 tonnes, pour 11 mètres de hauteur et 5,5 mètres de diamètre, a été posée avec succès dans le puits de cuve situé au centre du bâtiment réacteur[29]. Le directeur du chantier, Antoine Ménager, a annoncé les premiers essais pour 2015[30].

Social et emploi[modifier | modifier le code]

Le chantier de Flamanville 3 de nuit

Économie du projet[modifier | modifier le code]

Le réacteur sera dimensionné pour une puissance thermique de 4 500 MW destinée à la production d’électricité (1 650 MW). Son coût, initialement estimé à 3,4 milliards d’euros, est successivement réévalué par EDF à 4 milliards en décembre 2008, à 5 milliards d'euros en juillet 2010[31], à 6 milliards d'euros en juillet 2011[12], puis à 8,5 milliards d'euros en décembre 2012[32],[33].

En décembre 2012, toujours à la suite de cette annonce, le groupe italien Enel a préféré annoncer son retrait du projet[34]. En mai 2005, Enel et EDF avaient signé une lettre d’intention pour qu’Enel participe à hauteur de 12,5 % au projet Flamanville 3. L’administrateur délégué de Enel, Fulvio Conti, déclarait alors que, par sa participation à l’EPR, Enel retrouverait les capacités nucléaires perdues après le référendum de 1987 en Italie[35]. Mais le 13 juin 2011, 25 millions d’Italiens (94 % des votants) ont dit "non" à la relance du nucléaire, voulue par Silvio Berlusconi. Ce vote souverain, qui marque un adieu sans doute définitif à l’atome dans la Péninsule, a également contribué au retrait d'Enel du projet EPR[36].

La facture de l'EPR finlandais, de même puissance et qui en est à une phase plus avancée des travaux, s’élevait initialement à 3 milliards d'euros[37], puis a été réévaluée en 2011 à 6,6 milliards d'euros[38],[39]. Finalement, le PDG d’Areva, Luc Oursel a spécifié en décembre 2012 que la facture d’Olkiluoto 3 devrait être du même ordre que celle de l’EPR de Flamanville[40] .

Social[modifier | modifier le code]

Le 11 janvier 2011, le journal France-Soir révèle que sur le chantier un salarié de Bouygues sur trois vient des « pays de l’Est » et se fait le relais du syndicat CGT qui dénonce leurs mauvaises conditions de travail, en particulier pour les horaires (10 à 15 heures par jour)[41]. Le code du travail prévoit, en son article R 8111-11, que les missions d'inspection du travail sont exercées par des ingénieurs et techniciens de l'ASN, sous l'autorité du ministre chargé du travail.

À la suite du rapport fourni par l’Autorité de sûreté nucléaire faisant état de situations salariales abusives, des centaines de travailleurs européens, parmi lesquels plusieurs dizaines semblent avoir été rapatriées d’urgence en Pologne[42], ainsi qu'une délégation du groupe socialiste et démocrate au Parlement européen, accompagnée par des représentants des syndicats européens, se sont rendus, le 1er juillet 2011, sur le chantier de l’EPR à Flamanville pour évaluer les conditions de travail et de logement des ouvriers. La délégation socialiste est emmenée par la présidente de la commission emploi du Parlement européen, Pervenche Berès (France), l’eurodéputée de la circonscription, Estelle Grelier (France) et la députée membre de la commission Emploi, Jutta Steinruck (Allemagne)[43].

Après la visite du chantier et une table ronde avec des représentants d’EDF, maître d’ouvrage et d’œuvre, et des syndicats sur le site, Pervenche Bérès, tout en dénonçant « un exemple d’esclavage moderne »[44], prévoit d’« exiger, dans le cadre des marchés publics, des mesures pour clarifier les responsabilités sociales dans la chaîne des sous-traitants du maître d’ouvrage »[42].

Après le scandale Atlanco touchant l'emploi d'ouvriers polonais sans couverture sociale, EDF signe en 2012 avec la CGT, la CFDT, la CFE, la CFTC, et FO, un engagement en faveur du dialogue social pour une meilleure information des ouvriers et un renforcement des instances de concertation dont le Comité de suivi créé en 2008[45]. Cet accord est par la suite cité en exemple par les syndicats[46]

Les sociétés Bouygues TP, Atlanco, Elco et Welbond comparaîtront du 21 au 23 octobre 2014 en correctionnelle, à Cherbourg, dans une affaire de travail dissimulé. Celle-ci concerne 470 travailleurs polonais et roumains, 163 ouvriers de la société Atlanco et 297 d'Elco [47].

Emplois sur le chantier[modifier | modifier le code]

À la fin de l’année 2013, on dénombrait 2850 travailleurs sur le chantier, pour 57% d’emploi local (Basse-Normandie) et 19% de salariés d’origines étrangères[48]. Pour obtenir cette répartition, et faire appel au maximum à la main d’œuvre de proximité, les industriels ont notamment été aidés par la Chambre de commerce et d'industrie de Cherbourg-Cotentin. La chambre consulaire a en effet publié un guide à destination des entrepreneurs de la région dans le but d’obtenir une « meilleure anticipation et une bonne coordination des acteurs de notre territoire »[49].

De plus, la Direction Général de la Compétitivité de l’Industrie et des Services (DGCIS) rappelle que dans le volet condition de recours aux entreprises prestataires » des Évaluations Complémentaires de Sûreté, « la filière a mis au point, avec les représentants des salariés, un cahier des charges social applicable aux prestations de services et de travaux réalisées sur une Installation Nucléaire de Base en France » [50]. Par ailleurs le site de Flamanville s’est vu attribué le « label grand chantier » par le Premier Ministre en 2008. Au total, un budget de 110 millions d’euros a pu être déployé notamment dans le cadre de l’Engagement de Développement des Emplois et des Compétences (EDEC) qui consacre la formation et la reconversion des salariés comme deux priorités. Concrètement cela s’est traduit par 540 000 heures de formation dispensées, dont 55 000 en 2013.

Sécurité et Sûreté nucléaire[modifier | modifier le code]

Kernkraftwerk Flamanville.jpg

Sécurité nucléaire[modifier | modifier le code]

D’après le site du Ministère de la Défense, « la sécurité nucléaire comprend la sûreté nucléaire, la radioprotection, la prévention et la lutte contre les actes de malveillance, ainsi que les actions de sécurité civile en cas d'accident »[51]. Dans une vidéo en images de synthèse projetée par Areva en février 2014, on constate que les installations sont désormais prévues pour résister « aux catastrophes naturelles, humaines et industrielles les plus extrêmes »[52].

Sûreté nucléaire et Radioprotection[modifier | modifier le code]

Selon le site du Ministère du Développement Durable, « la sûreté nucléaire est l’ensemble des dispositions techniques et des mesures d’organisation relatives à la conception, à la construction, au fonctionnement, à l’arrêt et au démantèlement des installations nucléaires de base, ainsi qu’au transport des substances radioactives, prises en vue de prévenir les accidents ou d’en limiter les effets »[53]. Comme l’explique l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, « l’EPR (European Pressurized Reactor) est un réacteur « évolutionnaire », il ne présente pas de grande rupture technologique par rapport aux installations en exploitation », avant de préciser, « néanmoins, ce réacteur de troisième génération offre des améliorations des systèmes de sûreté »[54]. Parmi les améliorations apportées sur ce plan, on peut citer les quatre voies pour les circuits d’eau, le récupérateur de corium permettant de refroidir le cœur fondu en cas d’accident, ou encore la réduction de la quantité de stellites afin d’accroitre la radioprotection des travailleurs. Cependant, dans un rapport du 24 juin 2011, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) relève « treize constats » d'infraction dans le chantier EPR, dont du matériel et des équipements de secours de mauvaise qualité[55]. Ces équipements sont les « filtres de la piscine de réserve d'alimentation en eau borée en cas de situation accidentelle, sur des limitateurs de débit du système d'alimentation des générateurs de vapeur et sur des accumulateurs du système d'injection de sécurité en cas de perte du système de refroidissement »[56]. La validation des matériels par l'ASN est légalement indispensable à la poursuite du chantier et bien sûr au lancement de la centrale. Pour autant, les rapports de l’Inspecteur Général pour la Sûreté Nucléaire et la Radioprotection (IGSNR) de 2012 et 2013, montrent que de nombreuses améliorations ont été apportées depuis lors. Ainsi, si Jean Tandonnet (IGSNR) explique que les pistes évoquées dans le rapport Letalon n’ont pas encore été totalement réalisées, la priorité accordée à la recherche sur le conditionnement chimique des équipements devrait permettre d’atteindre les meilleurs standards de sûreté internationaux[57]. Dans son dernier rapport en date de janvier 2014, l’IGSNR soulignait notamment le rôle clef qu’avait pu jouer le Pole de Conseil et Compétence (PCC) pour adapter les emplois aux évolutions des équipements et des méthodes d’exploitation. Il mentionne également l’intérêt du projet COLIMO qui « vise à définir, dans la perspective du Grand carénage, de nouvelles pratiques de consignation et de lignage plus simples et plus efficaces » et « à recentrer la consignation sur les objectifs de sécurité, en faisant évoluer le référentiel et les outils »[58].

Prévention et lutte contre les actes de malveillance[modifier | modifier le code]

Les normes de sûreté de l’EPR sont à l’origine du différentiel de coûts avec ces principaux concurrents de troisième génération. En effet, dès sa conception la volonté de prévenir contre les menaces extérieures avait prévalue. Entre autres, la coque de béton « constitue une protection très efficace contre les agressions externes, notamment en cas de chute d'avions militaires ou commerciaux »[59]. Toutefois, le directeur exécutif d’EDF, Hervé Machenaud, exposait devant l’Assemblée Nationale [60] la possibilité d’optimiser la conception de l’EPR dont « la redondance de barrières de protection excessivement coûteuses sans rapport avec les faibles gains de sûreté obtenus » pouvait freiner ses exportations. Des protections qui peuvent se révéler rassurantes, notamment lorsque les sites nucléaires font l’objet d’intrusion par des « militants pacifistes » comme ce fut récemment le cas avec les opérations de Greenpeace. Malgré la volonté du gouvernement d’empêcher ces manifestations à risques, l’avocat Jean-Pierre Mignard rappelle que l’octroi du statut militaire pour les 58 réacteurs n’est pas à l’ordre du jour ; car comme le précise le directeur de la production nucléaire d’EDF, Philippe Sasseigne, il faut parvenir à « durcissement de la loi qui ne change pas les conditions de travail pour les salariés d'EDF et les sous-traitants »[61].

Enjeux politiques[modifier | modifier le code]

Ce réacteur est l'objet de tractations politiques importantes. Il devient l'un des symboles de l'énergie nucléaire française.

Lors de l'élection présidentielle française de 2007, le lancement du chantier fait l'objet d'un débat entre les candidats Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

En 2012, les deux principaux candidats à la présidentielle, François Hollande et Nicolas Sarkozy se sont déclarés favorables à la poursuite de sa construction; en revanche, les candidats Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon y sont opposés.

Flamanville 4[modifier | modifier le code]

Flamanville était un des sites possibles d'implantation d'un second réacteur EPR français. Penly a aussi été retenu puis abandonné.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Données 2012 pour la centrale nucléaire de Flamanville
  2. « Incident de niveau 1 à la centrale de Flamanville », Romandie News avec l'AFP du 25 octobre 2012
  3. Incident à la centrale nucléaire de Flamanville, Le Monde du 25 octobre 2012
  4. Incident à la centrale nucléaire de Flamanville dans la Manche - France Bleue, 23 juin 2013
  5. (en) [PDF] Arabelle steam turbine for nuclear power plant - Alstom, 2012 - (page 10)
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