Cycle de vie (commerce)

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Le cycle de vie du produit est la succession d'étapes de commercialisation que traverse un produit dans le temps. En effet, les conditions de vente d'un produit (ou d'un service) changent en permanence.

Analogie avec la biologie[modifier | modifier le code]

Dans la culture populaire comme dans le langage des économistes, l'entreprise est volontiers comparée à un organisme ou une espèce[1]. Dans la théorie cognitive, le phénomène a été qualifié de projection ou métaphore[2]. Comme l'organisme, l' « entreprise a un cycle de vie, comportant des stades de développement, dont la conception, la gestation, la naissance, la croissance, le déclin et la mort[2] ». Dans le cycle de vie décrit par les économistes, la naissance correspond au lancement du produit sur le marché, la croissance et l'adolescence correspondent à des périodes d'expansion et de turbulence de marché, la période adulte et la vieillesse, correspondent à une maturité de marché, suivie d'un déclin.

Certains économistes revisitent les théories de Darwin, et poussent la métaphore plus loin en décrivant le ballet hallucinant de poissons qui s'entretuent:

« Des petits requins affamés entrent à l'occasion d'une grande marée dans un étang. Ils y mangent les petits poissons puis se mangent entre eux. Les plus forts survivent, engraissent, vieillissent, se ramolissent. À la grande marée suivante, de jeunes requins arrivent, les dévorent à leur tour[3] »

Le cycle de vie employé en commerce, qui décrit une trajectoire en forme de cloche, n'a pas grand-chose à voir avec le cycle de vie décrit en biologie. Ce dernier ignore que l'individu dépérit et meurt, pour se concentrer sur la reproduction. Le cycle de vie décrit en biologie est, lui, cyclique.

Les étapes du cycle de vie[modifier | modifier le code]

Cycle de vie

Les produits passent généralement par cinq stades différents, à condition de ne pas "avorter" lors des premières phases (taux d'échec généralement important) :

  1. Développement d'un nouveau produit : " Entreprise d'ORLANDO "
  2. Stade de lancement: Introduction du produit sur le marché
    • coûts élevés de production et de développement
    • faible volume de vente
    • pertes pour l'entreprise
    • prix élevés
  3. Stade de croissance
    • coûts réduits par les économies d'échelles
    • croissance importante des volumes de vente
    • profits croissants pour l'entreprise et marges élevées
    • prix assurant une large part de marché
    • début de simplification du marché: les grandes entreprises achètent les PME innovantes
  4. Stade de maturité
    • marges réduites, disparition des compétiteurs incapables d'économies d'échelle (absorption, retrait, faillite, oligopoles, stabilisation des parts de marché)
    • coûts de production faibles, mais coûts de promotion commerciale et de services à la clientèle élevés
    • maximum des volumes de vente
    • forte sensibilité à la conjoncture
    • profits encore très importants mais stagnants
    • fortes segmentations: les gammes de produits se sont diversifiées pour répondre à une demande exigeante
    • tendance à la baisse des prix en raison de la concurrence
    • anticipation de produits de remplacement par la recherche et le développement
  5. Stade de déclin
    • diminution des ventes
    • diminution des profits
    • diminution des prix
    • apparition de produits de remplacement

Gestion du cycle de vie[modifier | modifier le code]

L'évolution d'un produit à travers de ces cinq stades n'est pas toujours assurée. Certain produits semblent rester au stade mature de façon permanente (par exemple le lait). On constate toutefois que ces types de produits sont en constante évolution. Exemple pour le lait: évolution du packaging, adaptation du produit à des demandes diversifiées (enfants en croissance, régimes amaigrissants ou thérapeutiques, aromatisations diverses...). Le marketing utilise différentes techniques pour éviter ou retarder le stade du déclin. Cependant, il est généralement possible d'estimer l'espérance de vie d'une catégorie de produit. Les cycles de vie se présentant en décalage sur les différents marchés géographiques, une stratégie bien conduite de diffusion internationale permet au produit de durer.

Il est important pour une entreprise de faire coexister la commercialisation de produits parvenus à des stades différents de leur cycle de vie, et de préparer par l'innovation le relais des produits approchant de la phase de déclin.

Les stratégies de communication marketing changent au cours du cycle de vie. Par exemple, elles peuvent être informatives et pédagogiques en phase d'introduction, persuasives et imaginatives en phase de croissance ou de maturité puis supportés par des clichés cognitifs dans le dernier stade (notoriété de marque, répétitivité des logos, slogans, couleurs, s'appuyant sur des représentations acquises et inscrites dans l'inconscient des consommateurs).

Le cycle de vie intervient aussi dans le choix de la stratégie d'entreprise et peut permettre de déterminer cette dernière à l'aide de la gestion des connaissances. Bruno Bizalion fondateur du cabinet BM & S, spécialisé sur les marchés de niches, a développé un nouveau concept de cycle de vie basée non pas sur le temps car c'est une donnée trop aléatoire et trop variable selon les secteurs, mais sur le taux de croissance .

cycle de vie d'un produit

Cette approche a pour mérite de rendre homogène le nom des phases avec un indicateur mesurable:

. Lancement: Taux de croissance très élevé

. Croissance: Taux de croissance moyen supérieur à 10 % voire 15 %

. Prématurité: Taux de croissance positif, mais qui ralenti et se situe entre 2 % et 10 %

. Maturité: Taux de croissance faible de 0 % à 2 %

. Déclin: Taux de croissance négatif

Cette courbe de croissance est très facilement utilisable quel que soit le secteur


La diffusion des innovations[modifier | modifier le code]

Les produits nouveaux lancés sur les marchés ne sont pas adoptées d'un coup par ceux-ci.

  • Le VTT, inventé en France en 1950, a été oublié puis réinventé au USA en 1970, avec un production en série en 1979, découvert en France en 1983 et devenu discipline olympique seulement en 1996
  • Le téléphone mobile inventé en 1980 a été adopté très rapidement par 4 milliards d'individus dans le monde entier.
  • Le conteneur, inventé en 1956, donne naissance au processus de conteneurisation dès 1960 mais n'a pas été adopté au plan mondial avant 1980.
  • La valise à roulettes, inventée en 1987 par Robert Plath, pilote à la Northwest Airlines et qui a conquis le monde dès 1990 sans aucune publicité.
  • La clé USB, inventée en 1999, a été lancée dès 2000 par Netac Technology et IBM et s'est généralisé en quelques années face aux disquettes et au CD.
  • Les téléviseurs à écran plats qui à partir de 2000 remplacent les téléviseurs traditionnels dans tous les foyers.
  • L'iPhone d'Apple, lancé en 2007, s'est imposé en une année sur le marché. Les versions successives sont adoptées en l'espace de quelques semaines dans le monde entier avec des queues et des files d'attente.
  • L'Airbus A 380 dont le premier a été livré en 2007, adopté par les compagnies aériennes en fonction de la capacité de production d'Airbus et des infrastructures des destinations desservies.

La théorie dite de la « diffusion de l'innovation » — on parle maintenant de diffusion des innovations (Diffusion of innovations)— formulée par Everett Rogers en 1962, suppose que trois grands facteurs expliquent la vitesse d'adoption d'un produit nouveau :

  • les caractéristiques du produit ou du service,
  • les caractéristiques des consommateurs et utilisateurs
  • les profils des différentes catégories d'adoptants.

Les 8 facteurs d'adoption d'un produit nouveau[modifier | modifier le code]

Everett Rogers définissait plusieurs (cinq) caractéristiques inhérentes d'innovations influençant les décisions des personnes quant à l'acceptation ou le rejet d'une innovation. On s'accorde aujourd'hui à y ajouter : la disponiblité, le prix et les actions publicitaires et promotionelles.

Facteur Definition
Avantage relatif Les évolutions d'une innovation par rapport à la génération précédente.
Compatibilité La compatibilité qu'une innovation a pour être introduite dans la vie des personnes.
Complexité or simplicité Si l'innovation est perçue comme étant difficile d'utilisation, une personne aura plus de recul quant à son adoption.
Possibilité d'essai La facilité qu'a une innovation a à être essayée. Si un utilisateur a la possibilité de tester une innovation, la personne sera plus adapte à l'adopter.
Visibilité L'étendue de la visibilité de l'innovation. Plus une innovation est visible, plus elle s'introduira chez les personnes, et leurs réseaux personnels créeront davantage de réactions, positives ou négatives.
Disponibilité La possibilité d'en faire l'acquisition au travers d'une distribution ou d'une implantation mondiale.
Prix Prix et facilités de paiement.
Actions publicitaires et promotionnelles

Les 5 catégories de clients ou d'utilisateurs face à l'adoption d'un nouveau produit[modifier | modifier le code]

La diffusion des innovations d'après Everett Rogers. With successive groups of consumers adopting the new technology (shown in blue), its market share (yellow) will eventually reach the saturation level.

Geoffrey Moore classe les consommateurs et les utilisateurs selon leur intérêt pour la nouveauté et leur rapidité à adopter les produits nouveaux :

  • les Innovateurs (geeks) (2,5 % de la population)
  • les Adeptes précoces (13,5 %)
  • les Majorité précoce (34 %)
  • les Majorité tardive (34 %)
  • les Réfractaires (misonéistes, néophobes)(16 %)

Ces proportions relatives à chaque catégorie sont assez proches de la courbe de Gauss (également appelée courbe en cloche). Toutefois, dans la pratique, elles varient d'un produit à l'autre.
Il en est de même de la vitesse de passage d'une catégorie d'utilisateurs à l'autre, qui peut être très rapide, mais aussi dans certains cas demander de nombreuses années.
À noter enfin que de nombreuses innovations échouent, en ne trouvant pas un vrai marché et ne dépassant pas le seuil critique des seuls innovateurs ou adeptes précoces.
Ce seuil critique est également appelé "gouffre de Moore", d'après Geoffrey Moore qui l'a popularisé dans ses études sur la diffusion de l'innovation technologique.
Un sociologue français, Philippe Mallein, a beaucoup travaillé sur ce sujet. Dans la méthode Cautic©, il a notamment mesuré le poids dans la population française des différentes catégories d'innovateurs.

Diffusion d'un produit nouveau et plan marketing[modifier | modifier le code]

De ce fait, la diffusion d'une innovation ne demande pas seulement un lancement initial réussi (après des tests si possible), ce qui est un atout, mais aussi un plan stratégique prévoyant des actions :

  • de suivi et d'analyse des résultats,
  • d'adaptation, du produit lui-même, des méthodes de promotion, des canaux de diffusion, etc.
  • de développement, éventuellement en déclinant une gamme de produits et services dérivés ou connexes.

Théorie du cycle de vie en sciences économiques[modifier | modifier le code]

En microéconomie, la théorie du cycle de vie de Franco Modigliani est un modèle de prise en compte de l'âge du consommateur dans la détermination de la fonction de consommation. L'âge détermine à la fois les revenus de l'individu et son patrimoine. L'enfant est un important prescripteur qui achète par parents interposés. L'adolescent a des besoins spécifiques et se montre influençable par les modes et les marques. Au début de sa vie d'adulte, l'individu a des revenus faibles, inférieurs à sa fonction de consommation, ce qui implique qu'il doive désépargner. Lors de sa vie active, l'individu peut rembourser ses dettes et constituer une épargne qui servira à financer la consommation de la période de vieillesse. Longtemps on a cru que le troisième âge constituait une clientèle peu accessible à la nouveauté et peu solvable face au marché. On constate maintenant qu'il s'agit de consommateurs disposant d'un pouvoir d'achat élevé, et dont la grande disponibilité fait qu'ils ont une grande variété de besoins spécifiques à satisfaire. La conséquence de cette théorie au niveau macroéconomique est de lisser les consommations au long de la vie, et de fournir une explication théorique à la stabilité de la propension moyenne à consommer sur le long terme, ce qui était une faille importante de la théorie keynésienne. Cette théorie a valu le Prix Nobel à son auteur en 1985.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Frois. Entreprise et écologie. Éditions L'Harmattan, 1997 page 31. Consulter en ligne
  2. a et b Dans la théorie cognitive de la métaphore élaborée par Lakoff et Johnson (en), la métaphore concerne pour l'essentiel une projection (mapping) entre deux domaines conceptuels : d'une part un domaine source et d'autre part un domaine cible. Dans le langage développé par les théories sur l'entrepreneuriat, la métaphore la plus courante est « L'entreprise est un organisme ou une espèce » ; le domaine source est la biologie et le domaine cible est le monde de l'entreprise. Cité dans George Lakoff et Mark Johnson, Metaphors we Live by, Chicago, University of Chicago Press 1980. Trad fr Les métaphores de la vie quotidienne, Paris Édition minuit, 1985 ». Georges Letissier,Michel Prum. L'héritage de Charles Darwin dans les cultures européennes. Quelques concepts Darwiniens et leur pertinence pour la tradition orale. Éditions L'Harmattan, 1er mai 2011. Consulter en ligne
  3. ADETEM, Revue française de marketing n°135, mai 1991, Paris. Cité dans, Marc Vandercammen, Nelly Jospin-Pernet. La distribution. De Boeck Supérieur, 2005. Consulter en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Frois. Entreprise et écologie. Éditions L'Harmattan, 1997 page 31. Consulter en ligne
  2. a et b Dans la théorie cognitive de la métaphore élaborée par Lakoff et Johnson (en), la métaphore concerne pour l'essentiel une projection (mapping) entre deux domaines conceptuels : d'une part un domaine source et d'autre part un domaine cible. Dans le langage développé par les théories sur l'entrepreneuriat, la métaphore la plus courante est « L'entreprise est un organisme ou une espèce » ; le domaine source est la biologie et le domaine cible est le monde de l'entreprise. Cité dans George Lakoff et Mark Johnson, Metaphors we Live by, Chicago, University of Chicago Press 1980. Trad fr Les métaphores de la vie quotidienne, Paris Édition minuit, 1985 ». Georges Letissier,Michel Prum. L'héritage de Charles Darwin dans les cultures européennes. Quelques concepts Darwiniens et leur pertinence pour la tradition orale. Éditions L'Harmattan, 1er mai 2011. Consulter en ligne
  3. ADETEM, Revue française de marketing n°135, mai 1991, Paris. Cité dans, Marc Vandercammen, Nelly Jospin-Pernet. La distribution. De Boeck Supérieur, 2005. Consulter en ligne

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Norbert Alter et Christian Dubonnet, Le manager et le sociologue, Paris, L'harmattan, 1994.
  • Norbert Alter, La gestion du désordre en entreprise, Paris, L'Harmattan, 1992.
  • Norbert Alter, Sociologie de l'entreprise et de l'innovation, Paris, P.U.F., 1996.