Curcuma

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Le curcuma (Curcuma longa) est une plante herbacée rhizomateuse vivace du genre Curcuma de la famille des Zingibéracées originaire du sud de l'Asie. Parfois appelée « safran des Indes », son nom provient du sanskrit kunkuma, arabe كركم, kourkoum, hébreu כרכֹם karkom.

Il est connu en Occident depuis l'Antiquité et décrit par Dioscoride dans ses Materia Medica.

Description botanique[modifier | modifier le code]

Apparence[modifier | modifier le code]

Rhizome de Curcuma.

Le curcuma est une plante vivace, herbacée, à courtes tiges qui peut atteindre une taille de 1 mètre. Elle possède de nombreux rhizomes aromatiques, ellipsoïdes ou cylindriques, de couleur jaune à orange à l'intérieur. Ses feuilles, oblongues ou elliptiques, sont alternes et réparties en deux rangées. Ses épis peuvent mesurer jusqu'à 20 cm.[1]


Synonymes[modifier | modifier le code]

Selon Kew Garden World Checklist (26 sept 2011)[2] :

  • Curcuma brog Valeton, Bull. Jard. Bot. Buitenzorg, II, 27: 48 (1918).
  • Curcuma domestica Valeton, Bull. Jard. Bot. Buitenzorg, II, 27: 31 (1918).
  • Curcuma ochrorhiza Valeton, Bull. Jard. Bot. Buitenzorg, II, 27: 45 (1918).
  • Curcuma soloensis Valeton, Bull. Jard. Bot. Buitenzorg, II, 27: 46 (1918).
  • Curcuma tinctoria Guibourt, Hist. Nat. Drog. Simpl. 2: 208 (1876).

Histoire et étymologie[modifier | modifier le code]

Etymologie[modifier | modifier le code]

Le nom Curcuma vient de l'arabe كركم, kourkoum, qui donne en latin crocus, crocum. La transcription orientale corcum pourrait venir d'une métathèse de la première syllabe de crocum[3].

Appelations vernaculaires locales[modifier | modifier le code]

Dans les pays anglophones, le curcuma est appelé communément turmeric.

Voici quelques exemples d'appelations vernaculaires dans différentes langues :

  • Anglais : turmeric
  • Arabe : الكركم (al-kourkoum)
  • Chinois : 姜黄 (jianghuang)
  • Français : à la Réunion, le nom utilisé communément est safran péi ; en Nouvelle-Calédonie, le nom utilisé est safran calédonien (d'où une confusion possible avec le safran).
  • Japonais : ukon (ウコン?)
  • Khmer : រមៀត ou ល្មៀត
  • Persan (iranien) : زرچوبه (zarchoube ou zardtchoubé)
  • Portugais : Curcuma, rizoma dos Índios, açafroeira da Índia, terra merita
  • Swahili : Mmanjano
  • Tibétain : ལྒ་སེར། (lga-ser), yung-ba'

Usages et propriétés[modifier | modifier le code]

Constituants[modifier | modifier le code]

Le principe actif du curcuma est la curcumine.

Usages en médecine humaine[modifier | modifier le code]

Le curcuma est reconnu dans les médecines traditionnelles indiennes et chinoises[4] et en Occident pour ses propriétés antioxydantes. Il aide l’organisme à lutter contre le stress et à maintenir l’efficacité des défenses naturelles. Il est également utilisé depuis très longtemps comme anti-inflammatoire par la médecine ayurvédique indienne. C'est probablement l'anti-inflammatoire naturel le plus puissant identifié à ce jour.

Mais il peut jouer aussi un rôle dans la prévention du cancer : à âge égal, les Indiens ont huit fois moins de cancers du poumon que les Occidentaux, neuf fois moins de cancers du côlon, 5 fois moins de cancers du sein et jusqu'à dix fois moins de cancers du rein. La différence pourrait être attribuable à leur consommation élevée de curcuma, laquelle est en moyenne de 1,5 à 2 g de curcuma par jour (l'équivalent d'un quart à une demi-cuillère à café).

Le principe actif du curcuma, la curcumine, est l'objet de recherches actives. C'est un agent de chimio-prévention efficace. En laboratoire, cette molécule inhibe la croissance d'un très grand nombre de cancers  : côlon, foie, estomac, ovaires, sein, leucémie entre autres[5],[6].

Selon une étude[7] réalisée par des chercheurs australiens du Monash Asia Institute, un gramme de curcuma chaque matin pourrait améliorer la mémoire des personnes présentant un risque de déficience cognitive lié au diabète. On regrettera toute fois le faible nombre de participants à cette étude.

L'activité thérapeutique du curcuma est décuplée en présence de poivre (pipérine). La biodisponibilité du curcuma est ainsi augmentée[8]

Les effets du curcuma sont étudiés dans son rôle protecteur contre la maladie d'Alzheimer[9], contre le Diabète de type 2[10] et d'autres troubles cliniques[11],[12]. Ainsi, il serait aussi efficace que le Prozac, médicament le plus utilisé dans le traitement de la dépression[réf. nécessaire].

Le curcuma est utilisé comme médicament traditionnel pour le traitement des maladies de peaux, en particulier en Inde et à l'île Maurice dans le traitement de la gale.

Il est utilisé depuis très longtemps comme anti-inflammatoire par la médecine ayurvédique indienne.

Le cancer du côlon est statistiquement moins présent dans les aires où on le consomme régulièrement. Le principe actif du curcuma, la curcumine, est l'objet de recherches actives[13]. C'est un agent de chimioprévention efficace des cancers colorectaux chez les rongeurs (essais cliniques chez des volontaires en cours[14]).

La curcumine pourrait également aider à stimuler les cellules du système immunitaire qui engloutissent les protéines du cerveau qui marquent la maladie d’Alzheimer[15].

L'activité thérapeutique du curcuma est décuplée en présence de poivre noir (pipérine). La biodisponibilité du curcuma est ainsi augmentée[16].

Le jus de curcuma obtenu à partir des rhizomes frais, conserve les phytonutriments fixes (curcumine, turmérine…) et volatils (l'huile essentielle présente dans le jus de curcuma frais semble favoriser la biodisponibilité des curcumines dans l’organisme). Depuis des siècles, l'utilisation traditionnelle du curcuma frais en Asie du Sud-Est, lieu à l'origine de la découverte des bienfaits du curcuma, n'a jamais fait l'objet de la consommation d’une seule molécule isolée (curcumine) mais de tout le rhizome. La turmérine, autre composant de l'épice, semble également avoir des propriétés anti-oxydantes[17].

Usages alimentaires[modifier | modifier le code]

On utilise le rhizome séché et réduit en poudre comme épice et il entre couramment dans les mélanges d'épices de la cuisine indienne, en particulier le curry mais aussi le mukhavas (mélange indien de graines pris en fin de repas pour favoriser la digestion), le colombo antillais, le ras-el-hanout du Maghreb[18]. Il est très utilisé également dans la cuisine réunionnaise. Pour préparer la poudre, il faut faire bouillir le rhizome, ôter sa peau, le faire sécher au soleil, puis le moudre  : il a alors perdu les trois quarts de son poids. Sa saveur est poivrée et très aromatique.

Le curcuma est aussi largement utilisé dans les cuisines thaïe et cambodgienne (où il est appelé rimiet រមៀត ou ល្មៀត), dans la confection des currys, en particulier du célèbre amok (អាម៉ុក), mais aussi de divers condiments. Au Cambodge, il entre dans la composition de diverses boulettes, dont les boulettes de porc aux épices (brahet ប្រហិតគ្រឿង). Le curcuma est également utilisé dans la cuisine iranienne où il est appelé zardtchoubé (persan  : زردچوبه, littéralement petit bois jaune).

Usages textiles[modifier | modifier le code]

Le curcuma est utilisé dans l'industrie textile comme teinture jaune orangé. Il teint le coton sans mordant, même si son pigment est très sensible à la lumière et se décolore facilement[19]. La teinture de curcuma est traditionnellement utilisée pour le costume safran des sâdhus ou des moines bouddhistes[réf. nécessaire].

Autres usages[modifier | modifier le code]

Le curcuma est à l'origine du colorant alimentaire jaune industriel E100 (curcumine). L'oléorésine de curcuma est extraite par solvant des tumérols (rhizomes de Curcuma Longa L. concassés en poudre) et purifié par cristallisation. Elle donne le colorant alimentaire E100(ii) (curcuma).

Culture[modifier | modifier le code]

L'Inde est le premier producteur mondial de curcuma. En effet, c'est un des épices principaux du curry, qui lui-même entre dans la composition de nombreux plats de la cuisine indienne. Le curcuma est également utilisé par considérations religieuses, comme cosmétique ou teinture, et entre dans la composition de nombreux remèdes traditionnels. Les autres producteurs asiatiques sont le Bangladesh, le Pakistan, le Sri Lanka, Taiwan, la Chine, le Myanmar et l'Indonésie[20]. Le curcuma est également produit dans quelques pays d'Amérique Latine et des Caraïbes : la Jamaïque, Haïti, le Costa Rica, le Pérou et le Brésil[20].

Économie[modifier | modifier le code]

L'affaire du brevet sur le Curcuma[modifier | modifier le code]

Le 28 mars 1995, l'University of Mississippi Medical Center obtient un brevet (174363) sur le curcuma pour le soin des blessures[21]. Ce brevet est contesté en 1997 par l'India's Council of Scientific and Industrial Research au motif que ces propriétés sont connues de temps immémorial en Inde, notamment dans l'Ayurveda. L'Office américain des brevets annule ce brevet en 1997. Cette affaire illustre un des problèmes posé par la brevetabilité du vivant : la biopiraterie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pharmacopée caribéenne, Tramil (ISBN 2-85275.026.0[à vérifier : ISBN invalide]), Éditions Emile Désormaux, 1996.
  2. Kew Garden « World Checklist », consulté le 26 sept 2011
  3. Dictionnaire étymologique des mots de la langue française dérivés de l'arabe, du persan ou du turc, d'Antoine Paulin Pihan, Imprimerie Impériale, 1867 [1], p. 133.
  4. http://www.creapharma.ch/curcuma.htm
  5. Article publié par Dr Philippe Presles le 22/02/2010, lire sur Sources : Anticancer, David Servan-Schreiber, Éditions Robert Laffont.
  6. Le potentiel anticancéreux du curcuma confirmé par la science.
  7. « Meei-Shyuan Lee et al. Turmeric improves post-prandial working memory in pre-diabetes independant of insulin. Asia Pac J Clin Nutr 2014 ; 23(4) » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2014-12-18
  8. Anand P, Kunnumakkara AB, Newman RA, Aggarwal BB, Bioavailability of Curcumin : Problems and Promises, Mol. Pharmaceutics, 2007;4(6):807–818.
  9. Mishra S, Palanivelu K, « The effect of curcumin (turmeric) on Alzheimer's disease: An overview », Ann Indian Acad Neurol, vol. 11, no 1,‎ Jan–March 2008, p. 13–9 (PMID 19966973, PMCID 2781139, DOI 10.4103/0972-2327.40220, lire en ligne)
  10. Boaz M, Leibovitz E, Bar Dayan Y, Wainstein J, « Functional foods in the treatment of type 2 diabetes: olive leaf extract, turmeric and fenugreek, a qualitative review », Func Foods Health Dis, vol. 1, no 11,‎ 2011, p. 472–81 (lire en ligne)
  11. Henrotin Y, Clutterbuck AL, Allaway D, et al., « Biological actions of curcumin on articular chondrocytes », Osteoarthr. Cartil., vol. 18, no 2,‎ février 2010, p. 141–9 (PMID 19836480, DOI 10.1016/j.joca.2009.10.002)
  12. Gregory PJ, Sperry M, Wilson AF, « Dietary supplements for osteoarthritis », Am Fam Physician, vol. 77, no 2,‎ janvier 2008, p. 177–84 (PMID 18246887)
  13. Le potentiel anticancéreux du curcuma confirmé par la science
  14. Chemoprévention, base de données et [2]
  15. Étude du Dr Milan Fiala de l’Université de Californie à Los Angeles - Journal Proceedings of the National Academy of Sciences, voir notamment : [3], [4]
  16. Anand P, Kunnumakkara AB, Newman RA, Aggarwal BB, Bioavailability of Curcumin: Problems and Promises, Mol. Pharmaceutics, 2007;4(6):807–818
  17. Srinivas L, Shalini VK, Shylaja M, Turmerin: a water soluble antioxidant peptide from turmeric [Curcuma longa], Archives of Biochemistry and Biophysics, 1992;292:617-623
  18. Curcuma en cuisine de Garance Leureux (ISBN 978-2-84221-223-0) Éditions La Plage, 2010.
  19. J. Chr Leuchs, Eugène Péclet, Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleurs, Volume 1, Paris, Malher et Cie,‎ 1829 (lire en ligne), Propriétés tinctoriales. La matière colorante du curcuma, étant de nature résineuse, se fixe mieux sur laine et soie que sur lin et coton. La laine non alunée prend dans un bain de curcuma une teinte d'un beau jaune orangé, et d'un plus grand éclat que par toutes les autres matières colorantes végétales; mais elle n'est pas solide (i). La lumière la détruit promptêinent, et les alcalis la font passer au rouge. Les mordans ne la rendent pas plus durable.
  20. a et b Jansen, P.C.M., 2005. Curcuma longa L. In: Jansen, P.C.M. & Cardon, D. (Editeurs). PROTA 3: Dyes and tannins/Colorants et tanins. [CD-Rom]. PROTA, Wageningen, Pays Bas.[5]
  21. « Brevet US5401504 A »