Curcuma

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Le curcuma (Curcuma longa) est une plante herbacée rhizomateuse vivace du genre Curcuma de la famille des Zingibéracées originaire du sud de l'Asie. Parfois appelée « safran des Indes », son nom provient du sanskrit kunkuma, arabe كركم, kourkoum, hébreu כרכֹם karkom. Il est largement cultivé en Inde mais aussi, à un moindre degré, en Chine, à Taïwan, au Japon, en Birmanie, en Indonésie, à la Réunion et en Afrique.

Il est connu en Occident depuis l'Antiquité et décrit par Dioscoride dans ses Materia Medica.

Propriétés et Utilisations[modifier | modifier le code]

Le curcuma est reconnu dans les médecines traditionnelles indiennes et chinoises[1] et en Occident pour ses propriétés antioxydantes. Il aide l’organisme à lutter contre le stress et à maintenir l’efficacité des défenses naturelles. Il est également utilisé depuis très longtemps comme anti-inflammatoire par la médecine ayurvédique indienne. C'est probablement l'anti-inflammatoire naturel le plus puissant identifié à ce jour.

Mais il peut jouer aussi un rôle dans la prévention du cancer : à âge égal, les Indiens ont huit fois moins de cancers du poumon que les Occidentaux, neuf fois moins de cancers du côlon, 5 fois moins de cancers du sein et jusqu'à dix fois moins de cancers du rein. La différence pourrait être attribuable à leur consommation élevée de curcuma, laquelle est en moyenne de 1,5 à 2 g de curcuma par jour (l'équivalent d'un quart à une demi-cuillère à café).

Le principe actif du curcuma, la curcumine, est l'objet de recherches actives. C'est un agent de chimio-prévention efficace. En laboratoire, cette molécule inhibe la croissance d'un très grand nombre de cancers  : côlon, foie, estomac, ovaires, sein, leucémie entre autres[2],[3].

L'activité thérapeutique du curcuma est décuplée en présence de poivre (pipérine). La biodisponibilité du curcuma est ainsi augmentée[4]

Le curcuma possède des effets antidépresseurs et un rôle protecteur contre la maladie d'Alzheimer. Ainsi, il serait aussi efficace que le Prozac, medicament le plus utilisé dans le traitement de la dépression[réf. nécessaire].

Alimentation[modifier | modifier le code]

On utilise le rhizome séché et réduit en poudre comme épice et il entre couramment dans les mélanges d'épices de la cuisine indienne, en particulier le curry mais aussi le mukhavas (mélange indien de graines pris en fin de repas pour favoriser la digestion), le colombo antillais, le ras-el-hanout du Maghreb[5]. Il est très utilisé également dans la cuisine réunionnaise. Pour préparer la poudre, il faut faire bouillir le rhizome, ôter sa peau, le faire sécher au soleil, puis le moudre  : il a alors perdu les trois quarts de son poids. Sa saveur est poivrée et très aromatique.

Le curcuma est aussi largement utilisé dans les cuisines thaïe et cambodgienne (où il est appelé rimiet រមៀត ou ល្មៀត), dans la confection des currys, en particulier du célèbre amok (អាម៉ុក), mais aussi de divers condiments. Au Cambodge, il entre dans la composition de diverses boulettes, dont les boulettes de porc aux épices (brahet ប្រហិតគ្រឿង). Le curcuma est également utilisé dans la cuisine iranienne où il est appelé zardtchoubé (persan  : زردچوبه, littéralement petit bois jaune).

Colorant[modifier | modifier le code]

Le curcuma était aussi largement utilisé comme teinture jaune orangé — pour le costume safran des sâdhus ou des moines bouddhistes par exemple — avant l'invention des teintures chimiques.

Il est à l'origine du colorant alimentaire jaune industriel E100 (curcumine).

Pharmacopée[modifier | modifier le code]

Rhizome de Curcuma.

Le curcuma est utilisé comme médicament traditionnel pour le traitement des maladies de peaux, en particulier en Inde et à l'île Maurice dans le traitement de la gale.

Il est utilisé depuis très longtemps comme anti-inflammatoire par la médecine ayurvédique indienne.

Le cancer du côlon est statistiquement moins présent dans les aires où on le consomme régulièrement. Le principe actif du curcuma, la curcumine, est l'objet de recherches actives[6]. C'est un agent de chimioprévention efficace des cancers colorectaux chez les rongeurs (essais cliniques chez des volontaires en cours[7]).

La curcumine pourrait également aider à stimuler les cellules du système immunitaire qui engloutissent les protéines du cerveau qui marquent la maladie d’Alzheimer[8].

L'activité thérapeutique du curcuma est décuplée en présence de poivre noir (pipérine). La biodisponibilité du curcuma est ainsi augmentée[9].

Le jus de curcuma obtenu à partir des rhizomes frais, conserve les phytonutriments fixes (curcumine, turmérine…) et volatils (l'huile essentielle présente dans le jus de curcuma frais semble favoriser la biodisponibilité des curcumines dans l’organisme). Depuis des siècles, l'utilisation traditionnelle du curcuma frais en Asie du Sud-Est, lieu à l'origine de la découverte des bienfaits du curcuma, n'a jamais fait l'objet de la consommation d’une seule molécule isolée (curcumine) mais de tout le rhizome. La turmérine, autre composant de l'épice, semble également avoir des propriétés anti-oxydantes[10].

Noms locaux[modifier | modifier le code]

  • Chinois : jianghuang 姜黄
  • Tibétain : yung-ba, ལྒ་སེར། lga-ser
  • Japonais : ukon (ウコン?)
  • Khmer : រមៀត ou ល្មៀត
  • Anglais : turmeric
  • Arabe : الكركم (al-kourkoum)
  • Arabe marocain : لخرقوم (l-khərqom)
  • Persan (iranien) : زرچوبه (zarchoube ou zardtchoubé)
  • À la Réunion, on l'appelle communément le safran péi et en Nouvelle-Calédonie il est connu sous le nom de safran calédonien, d'où une confusion possible d'autant plus que le safran, lui, n'y est pratiquement pas utilisé.

Dans les pays anglophones, on l'appelle plus communément turmeric.

Synonymes[modifier | modifier le code]

Selon Kew Garden World Checklist (26 sept 2011)[11] :

  • Curcuma brog Valeton, Bull. Jard. Bot. Buitenzorg, II, 27: 48 (1918).
  • Curcuma domestica Valeton, Bull. Jard. Bot. Buitenzorg, II, 27: 31 (1918).
  • Curcuma ochrorhiza Valeton, Bull. Jard. Bot. Buitenzorg, II, 27: 45 (1918).
  • Curcuma soloensis Valeton, Bull. Jard. Bot. Buitenzorg, II, 27: 46 (1918).
  • Curcuma tinctoria Guibourt, Hist. Nat. Drog. Simpl. 2: 208 (1876).

L'affaire du brevet sur le Curcuma[modifier | modifier le code]

Le 28 mars 1995 l' University of Mississippi Medical Center obtient un brevet (174363) sur le curcuma pour le soin des blessures. Ce brevet est contesté en 1997 par l'India's Council of Scientific and Industrial Research au motif que ces propriétés sont connues de temps immémorial en Inde, notamment dans l'Ayurveda. L'Office américain des brevets annule ce brevet en 1997. Cette affaire illustre un des problèmes posé par la brevetabilité du vivant : la biopiraterie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.creapharma.ch/curcuma.htm
  2. Article publié par Dr Philippe Presles le 22/02/2010, lire sur Sources : Anticancer, David Servan-Schreiber, Éditions Robert Laffont.
  3. Le potentiel anticancéreux du curcuma confirmé par la science.
  4. Anand P, Kunnumakkara AB, Newman RA, Aggarwal BB, Bioavailability of Curcumin : Problems and Promises, Mol. Pharmaceutics, 2007;4(6):807–818.
  5. Curcuma en cuisine de Garance Leureux (ISBN 978-2-84221-223-0) Éditions La Plage, 2010.
  6. Le potentiel anticancéreux du curcuma confirmé par la science
  7. Chemoprévention, base de données et [1]
  8. Étude du Dr Milan Fiala de l’Université de Californie à Los Angeles - Journal Proceedings of the National Academy of Sciences, voir notamment : [2], [3]
  9. Anand P, Kunnumakkara AB, Newman RA, Aggarwal BB, Bioavailability of Curcumin: Problems and Promises, Mol. Pharmaceutics, 2007;4(6):807–818
  10. Srinivas L, Shalini VK, Shylaja M, Turmerin: a water soluble antioxidant peptide from turmeric [Curcuma longa], Archives of Biochemistry and Biophysics, 1992;292:617-623
  11. Kew Garden « World Checklist », consulté le 26 sept 2011