Lignane

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Les lignanes sont des composés phénoliques formés de deux unités monolignols. Ces mêmes unités de base servent aussi aux végétaux pour synthétiser un long polymère ramifié, au nom proche mais mieux connu, la lignine, présente dans les parois des vaisseaux conducteurs. Il existe de très nombreux lignanes, qui diffèrent par le type de liaison entre les deux unités et les modifications qui interviennent après la dimérisation.

Propriétés[modifier | modifier le code]

Certains lignanes présentent la particularité d'avoir des caractéristiques structurales (cycle et groupements hydroxyle en particulier) communes avec les hormones sexuelles, leur permettant de se lier aux récepteurs d'œstrogènes. On les qualifie alors de SERM (specific estrogen receptor modulators) ou, plus couramment, de phytoestrogènes. Par ailleurs, comme de nombreux composés phénoliques, ils peuvent être qualifiés d'antioxydants.

Sources de lignanes[modifier | modifier le code]

On trouve des lignanes dans de très nombreux végétaux supérieurs. Par contre leur nature, leur localisation et leur teneur sont très variables. Certaines plantes comme le sésame ou le lin en accumulent dans leurs graines. D'autres en contiennent dans leurs parties souterraines, ainsi, la podophyllotoxine, un lignane anti-mitotique, dont sont dérivés des médicaments utilisés en chimiothérapie des cancers du poumon (ex : étoposide), se trouve dans le rhizome de Podophyllum peltatum (ou de Podophyllum hexandrum).

Teneurs[modifier | modifier le code]

Les teneurs vont de simples traces à des proportions qui peuvent dépasser 1 % du poids sec comme c'est le cas dans les graines du lin qui détient le record en la matière (3 %). Parmi les autres sources alimentaires on peut mentionner les brocolis et autres choux, certains fruits (abricots, fraises), le thé et le café, et les enveloppes de certaines céréales (seigle en particulier), mais les teneurs sont d'un à deux ordres de grandeur inférieurs[1]. De fortes concentrations sont aussi rencontrées dans le bois de cœur de certains arbres, mais bien sûr ils ne peuvent alors se trouver dans l'alimentation humaine.

Rôle[modifier | modifier le code]

Leur rôle dans la plante reste à ce jour une énigme. Leur appartenance aux « métabolites secondaires » (composés n'intervenant pas dans le métabolisme de base) ainsi que les caractéristiques toxiques, antifongiques ou antibactériennes de certains lignanes font émettre l'hypothèse de leur implication dans les défenses de la plante. Les propriétés antioxydantes pourraient aussi être mises à profit par les végétaux pour protéger des réserves lipidiques d'une peroxydation trop rapide. Ceux qui sont phytooestrogènes ne semblent pas à même de provoquer des perturbations de la reproduction des mammifères comme cela a pu être observé pour d'autres phytooestrogènes plus « puissants » comme les isoflavones fréquemment rencontrés dans les légumineuses (Fabacées), par exemple le soja ou le trèfle rouge.

Les lignanes du lin[modifier | modifier le code]

Le lin cultivé est sans doute la plante cultivée et comestible qui contient le plus de lignanes. Ces lignanes sont accumulés dans ses graines, en particulier dans la partie extérieure. Ce sont le sécoisolaricirésinol et le matairésinol ou leurs formes glycosylées (diglucosides).
Le sécoisolaricirésinol est un phytoestrogène. Il est transformé par les bactéries de l'intestin en composés (entérolactone et entérodiol) capables de se fixer faiblement sur les récepteurs aux œstrogènes. Cependant cette fixation n'implique pas une action identique à celle d'un œstrogène comme l’œstradiol, elle peut même venir la concurrencer. Selon les essais cliniques publiés, la consommation de graines de lin ne modifie pas sensiblement les symptômes vasculaires liées à la ménopause (bouffées de chaleur).

Il est possible que la consommation de lignanes diminue faiblement l'incidence du cancer du sein[2], mais l'on ne dispose d'aucun essai clinique prospectif dans ce domaine.

Menée à partir de questionnaires auprès de 334 850 femmes âgées de 35 à 70 ans et incluses dans la cohorte EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition)[3] (durée de suivi : 11,5 ans), une étude datée d' montre cependant qu'il n'y a pas de lien entre la consommation de flavonoïdes et de lignane et le risque de cancer du sein que l'on prenne en compte ou non le statut ménopausique et le statut des récepteurs hormonaux[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Milder, I.E., Arts, I.C., van de Putte, B., et al. (2009). Lignan contents of Dutch plant foods : a database including lariciresinol, pinoresinol, secoisolariciresinol and matairesinol, Br. J. Nutr., 93, 393-402. Cambridge Journals Online - CUP Full-Text Page
  2. Velentzis, L.S., Cantwell, M.M., Cardwell, C. et al. (2009). Lignans and breast cancer risk in pre- and post-menopausal women : meta-analyses of observational studies, Br. J. Cancer, 100, 1492-1498. British Journal of Cancer - Abstract of article: Lignans and breast cancer risk in pre- and post-menopausal women: meta-analyses of observational studies
  3. (en) E. Riboli et al., « European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition (EPIC): study populations and data collection », Public health nutrition, vol. 5, no 6B,‎ 2002, p. 1113-1124 (PMID 12639222, lire en ligne [html]) modifier
  4. (en) R. Zamora-Ros et al., « Dietary flavonoid and lignan intake and breast cancer risk according to menopause and hormone receptor status in the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition (EPIC) Study », Breast cancer research and treatment,‎ 2013 (PMID 23572295, lire en ligne [html]) modifier

Liens externes[modifier | modifier le code]