Anti-impérialisme

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L'anti-impérialisme est une idéologie qui au sens strict comprend toute idée ou mouvement opposés à une quelconque forme d'impérialisme. Plus généralement, l'anti-impérialisme suppose une opposition aux guerres de conquête, concernant plus particulièrement des territoires non-limitrophes ou des peuples à la culture et au langage différents. Parmi les exemples d'anti-impérialisme, on retrouve les membres de la Ligue anti-impérialiste qui s'est opposé à l'occupation des Philippines au cours de la guerre hispano-américaine.

En tant que mouvance politique, l'anti-impérialisme est apparu en Europe au passage du XIXe au XXe siècle en réaction au développement des empires coloniaux européens et à la prise de pouvoir américaine aux Philippines. Toutefois, le soutien le plus massif eut lieu dans les colonies elles-mêmes où cette mouvance forma la base d'un large éventail de mouvements de libération nationale au milieu du XXe siècle. Ces mouvements, et les idées anti-impérialistes qu'ils véhiculaient, ont servi dans le processus de décolonisation dans les années cinquante et soixante, qui déboucha sur l'indépendance de la plupart des colonies européennes en Afrique et en Asie. Durant la Guerre froide, l'anti-impérialisme a été l'un des principaux thèmes de propagande de l'URSS, de la République populaire de Chine, de Cuba et des autres pays communistes.

Par la suite, alors que le processus moderne de mondialisation débutait, de nombreux anti-impérialistes le considérèrent comme une nouvelle forme d'impérialisme fondée sur la domination économique plus que sur la conquête militaire. Ainsi les anti-impérialistes commencèrent à former une opposition forte à la mondialisation et fut une des branches qui donna naissance au mouvement actuel appelé altermondialisme. Dans la mesure où les anti-impérialistes se préoccupent encore de la force militaire, ils tendent à s'opposer à ce qu'ils considèrent comme l'impérialisme américain, en particulier depuis la guerre d'Irak en 1991.

Marxisme, communisme et anti-impérialisme[modifier | modifier le code]

Tandis que l'anti-impérialisme n'est pas une idéologie exclusivement marxiste, la majorité des marxistes sont anti-impérialistes. Le marxisme voit l'impérialisme comme la domination économique de certains pays sur d'autres (plutôt qu'en premier lieu une domination militaire ou politique, bien qu'elles soient liées). Karl Marx ne développe aucune théorie particulière sur l'impérialisme, bien qu'il s'oppose à l'exploitation de l'Inde par l'empire britannique. Des décennies plus tard, le concept est développé par John Atkinson Hobson en 1902, puis par des économistes marxistes comme Rudolf Hilferding (1910) et Rosa Luxemburg (1913). En 1916, Lénine clame que l'impérialisme est « la forme la plus évoluée du capitalisme », que l'impérialisme représente le capitalisme à l'échelle mondiale, en opposition au capitalisme à l'échelle nationale qui avait été employé auparavant. Cette théorie sur l'impérialisme en tant que forme la plus évoluée du capitalisme est un des fondements du léninisme.

Lénine considère que l'impérialisme permet aux capitalistes issus des pays développés de faire de la plus-value grâce à l'exploitation de la classe ouvrière des pays pauvres, les capitalistes conservant la majorité de cette plus-value. Mais une partie est redistribuée à la classe ouvrière des pays développés (sous la forme d'un meilleur niveau de vie, biens de consommation moins chers, etc.) afin « d'endormir » la classe ouvrière et de désamorcer toute révolution. Ainsi, il est nécessaire de libérer les pays sous-développés de l'impérialisme afin qu'il soit possible de déclencher des révolutions anticapitalistes dans les pays riches. C'est pourquoi le léninisme insiste fortement sur la lutte contre l'impérialisme[1]

La guerre est généralement considérée comme une méthode pour étendre les intérêts impérialistes. Ainsi les marxistes considèrent souvent l'antimilitarisme et l'opposition aux guerres comme étant partie intégrante de l'anti-impérialisme. Les marxistes et divers partis de gauche participent ainsi aux mouvements anti-guerre, alliant souvent pacifisme et anti-impérialisme, conjuguant une opposition globale à la guerre à une condamnation du système économique qui est considéré comme le responsable des guerres.

L'Union soviétique, qui se réclamait du marxisme, se disait également être le pire ennemi du capitalisme et a soutenu des nombreux mouvements d'indépendance dans des pays du Tiers-monde ; la Ligue contre l'impérialisme et l'oppression coloniale est ainsi créée en 1927 en tant qu'organisation affiliée à l'Internationale communiste. En 1947, lors de la première réunion du Kominform, le délégué soviétique Andreï Jdanov présente le monde comme divisé entre un camp (le monde non-communiste) « anti-démocratique et impérialiste » et un autre (le monde communiste) « anti-impérialiste et démocratique ». Cette conception, qui théorise, au début de la Guerre froide, la division du monde en deux camps opposés, est ensuite connue sous le nom de doctrine Jdanov[2]. L'anti-impérialisme a été l'une des thématiques essentielles du discours maoïstes, puis du régime de Fidel Castro à Cuba[3].

Cependant on peut contredire cet argument en considérant comme la domination croissante des soviétiques sur les pays d'Europe de l'Est était une forme d'impérialisme. C'est pourquoi, beaucoup ont accusé l'URSS d'hypocrisie et se servent de cet argument pour soutenir l'idée que l'Union n'a pas suivi les principes marxistes. De même, les anarchistes ont utilisé cet argument pour souligner l'échec du marxisme comme solution à l'impérialisme.

Le terme « anti-impérialisme » a été plus largement utilisé par les communistes et par des groupes aux idées proches (les anticapitalistes, ayant une analyse de la société divisée en classes sociales). D'autres, qui peuvent pourtant être définis comme anti-impérialistes sans qu'ils s'en offusquent, utilisent une terminologie différente.

Postcolonialisme, postmodernisme et anti-impérialisme[modifier | modifier le code]

Les postmodernistes critiquent généralement le fait que l'impérialisme soit vu comme économique par essence et insistent au contraire sur l'exploitation sociale et culturelle. Ainsi, ils soutiennent la promotion des cultures dominées aussi bien que des intérêts économiques de ces mêmes cultures à travers l'anti-impérialisme. Le postcolonialisme est une notion - le domaine est nommé études postcoloniales – la plupart du temps associé avec l'anti-impérialisme postmoderne. Un certain nombre d'autres approches est regroupé dans la catégorie de la théorie critique des relations internationales.

Parmi les auteurs associés au postcolonialisme, on retrouve Edward Saïd et Gayatri Spivak. En dehors du postcolonialisme mais toujours dans une visée anti-impérialiste, des auteurs comme Judith Butler et James Der Derian figurent parmi les plus connus.

Féminisme et anti-impérialisme[modifier | modifier le code]

Les théories féministes sur les relations internationales se retrouvent souvent au sein de l'anti-impérialisme. Elles peuvent faire le lien entre le sexisme ou le patriarcat et la guerre et l'hégémonie en de nombreuses occasions : par exemple, rapprocher l'idée de masculinité et la dérive vers la guerre ou une théorie sur la manière dont l'être et l'autre sont construits qui mélange des notions occidentales récentes sur l'homme et la femme considérées comme sexistes avec d'autres notions occidentales sur l’État-nation et l'étranger considérées comme racistes et colonialistes. Ou bien encore, la localisation de la cause de l’échec des responsables gouvernementaux quant à la résolution pacifique des conflits, ou à considérer les vues des autres à travers le prisme d'une idéologie qui analyse le caractère socialement construit des « qualités » généralement associées aux femmes, à savoir l'amour, l'empathie et la soumission. Ann Tickner et Cynthia Enloe sont des écrivains connues de ce mouvement.

Pensées de droite et anti-impérialisme[modifier | modifier le code]

Il y une division stricte entre la droite anti-impérialiste dans les pays puissants et celle de la droite des plus faibles. Ceci est relié à l'attachement idéologique de la droite anti-impérialiste à la nation ou au peuple.

Les pensées modernes des-dites puissances impérialistes qui sont de « droite » et « anti-impérialistes » tendent à se diviser en deux courants : libertarianisme et paléo-conservatisme. Le dernier étant représenté par Andrew Bacevich et Patrick Buchanan, diffère du premier, représenté par Justin Raimondo et Ron Paul, par son association au conservatisme social. Les deux ont plus d'influence aux États-Unis qu'ailleurs, et tendent à considérer l'impérialisme comme étant contre les intérêts et les traditions de leur patrie, ce qui leur donne une continuité idéologique avec l'isolationnisme.

Le nationalisme de droite et les mouvements fondamentalistes religieux qui sont une réaction contre l'impérialisme font partie de cette catégorie. Par exemple, Khomeini a historiquement tiré une grande partie de sa popularité, car il était contre l'intervention des Américains et leur influence en Iran et au Moyen-Orient, et peut alors être considéré comme anti-impérialiste.

En France, l'extrême-droite dénonce l'impérialisme américain : le , le GUD et les JNR ont organisé une manifestation contre celui-ci à la suite des fastueuses commémorations du cinquantième anniversaire du débarquement de Normandie ; le rassemblement fut interdit peu de temps avant son heure de début et un militant de l'Œuvre française, Sébastien Deyzieu, tomba de la fenêtre du cinquième étage d'un immeuble en tentant d'échapper à la police, qui procédera ce soir-là à 113 interpellations de militants s'étant rendu sur place. Il décédera deux jours plus tard[4],[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lénine, L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme.
  2. Archie Brown, The Rise and fall of communism, éditions Vintage Books, 2009, pages 157-158
  3. Pierre Vayssière, Les révolutions d'Amérique latine, Seuil, 2001, pages 165-169
  4. Béatrice Jérôme, « Le préfet de police de Paris interdit un défilé annuel de l'extrême droite radicale », dans Le Monde, du 09-05-2008, [lire en ligne], mis en ligne le 08-05-2008
  5. Frédéric Chatillon, Thomas Lagane et Jack Marchal, Les Rats maudits. Histoire des étudiants nationalistes 1965-1995, Édition des Monts d'Arrée, 1995, chapitre 6, « Le parcours des combattants. Les années Intifada », p. 139-145.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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