Les Damnés de la Terre

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Les Damnés de la Terre est un livre de Frantz Fanon, publié aux Éditions Maspero en 1961.

Cet essai analytique se penche sur la question de la violence, des guerres de libération, de l'assimilation culturelle de l'intellectuel colonisé. Le livre expose aussi avec une certaine prémonition les contradictions inhérentes à l'exercice du pouvoir dans l'ère post-coloniale en Afrique.

Préface[modifier | modifier le code]

C'est en grande partie grâce à la préface rédigée par Jean-Paul Sartre, que l'essai devint célèbre.

Et si vous murmurez, rigolards et gênés : « Qu'est-ce qu'il nous met ! », la vraie nature du scandale vous échappe : car Fanon ne vous « met » rien du tout ; son ouvrage - si brûlant pour d'autres - reste pour vous glacé ; on y parle de vous souvent, à vous jamais. Finis les Goncourt noirs et les Nobel jaunes : il ne reviendra plus le temps des lauréats colonisés. Un ex-indigène « de langue française » plie cette langue à des exigences nouvelles, en use et s'adresse aux seuls colonisés : « Indigènes de tous les pays sous-développés, unissez-vous ! »[1]

Écrit à un moment où les violences en Algérie sont le lot quotidien des populations locales, l'appel au meurtre des Européens par Sartre sera par la suite abondamment repris et commenté[2] :

« Car, en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds »[1]

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Contenu[modifier | modifier le code]

Ce livre est le point d'orgue de la carrière littéraire de Fanon qui l'a écrit alors qu'il se savait condamné par la leucémie. Fanon est mort au moment de sa publication. En vertu de la loi sur les droits d'auteurs, le livre est librement distribué au Canada depuis le 6 décembre 2011, cinquante ans exactement après sa mort[3].

Extraits[modifier | modifier le code]

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence » (p. 61)[4].

Le colonialisme et l’impérialisme ne sont pas quitte avec nous quand ils ont retiré de nos territoires leurs drapeaux et leurs forces de police. Pendant des siècles les capitalistes se sont comportés dans le monde sous-développé comme de véritables criminels de guerre. Les déportations, les massacres, le travail forcé, l’esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses réserves d’or et de diamants, ses richesses et pour établir sa puissance. Il y a peu de temps, le nazisme a transformé la totalité de l’Europe en véritable colonie. Les gouvernements des différentes nations européennes ont exigé des réparations et demandé la restitution en argent et en nature des richesses qui leur avaient été volées [...]. Pareillement nous disons que les Etats impérialistes commettraient une grave erreur et une justice inqualifiable s’ils se contentaient de retirer de notre sol les cohortes militaires, les services administratifs et d’intendance dont c’était la fonction de découvrir des richesses, de les extraire et de les expédier vers les métropoles. La réparation morale de l’indépendance nationale ne nous aveugle pas, ne nous nourrit pas. La richesse des pays impérialistes est aussi notre richesse.[...] L’Europe est littéralement la création du tiers monde. (p. 99)[4]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Préface à l'édition de 1961 par Jean-Paul Sartre
  2. Prises d’otage, la société française à l’épreuve : l’estime de soi en question, Jean-Pierre Le Goff, Politique Autrement, 19 octobre 2004
  3. Frantz Fanon, 1925-1961, psychiatre, intellectuel antillais et militant de l'indépendance algérienne dans le FLN. Collection « Les auteur(e)s classiques. UQAC. »
  4. a et b Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002. Texte intégral.

Liens externes[modifier | modifier le code]