Drépanocytose

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Drépanocytose
Référence MIM 603903
Transmission Autosomique récessive
Chromosome Chromosome 11 11p11.5
Gène β-globine
Empreinte parentale Non
Mutation Substitution
Nombre d'allèles pathologiques S
Porteur sain Atteint en forme atténuée
Incidence 300 000 cas/an dans le monde. 300/an en France
Nombre de cas 120 000 000 cas
Diagnostic prénatal Possible
Liste des maladies génétiques à gène identifié
Drépanocytose
Classification et ressources externes
Sicklecells.jpg
Hématies normales et drépanocytaires
CIM-10 D57
CIM-9 282.6
OMIM 603903
DiseasesDB 12069
MedlinePlus 000527
eMedicine med/2126  oph/490ped/2096emerg/26emerg/406
MeSH C15.378.071.141.150.150
Wikipédia ne donne pas de conseils médicaux Mise en garde médicale
schématique d'hémoglobine

La drépanocytose (du grec drepanon, faucille), également appelée hémoglobinose S, sicklémie ou anémie à cellules falciformes, est une maladie héréditaire qui se caractérise par l'altération de l'hémoglobine, la protéine assurant le transport du dioxygène dans le sang.

La drépanocytose est une maladie répandue. Elle est particulièrement fréquente dans les populations d'origine africaine subsaharienne, des Antilles, d'Inde, du Moyen-Orient et du bassin méditerranéen particulièrement en Grèce et en Italie[1]. On estime que 50 millions d'individus en sont atteints dans le monde[2]. C'est la première maladie génétique en France[3], et probablement dans le monde[4].

Historique[modifier | modifier le code]

En 1904, James Herrick, médecin à Chicago, fait la première description médicale de la drépanocytose : il examine un étudiant noir âgé de 20 ans, hospitalisé pour toux et fièvre. Le sujet est faible, a des vertiges et souffre de maux de tête. Depuis un an, il ressent des palpitations et un essoufflement comme certains membres de sa famille. L’examen du sang montre que le malade est très anémique, le nombre de ses hématies n’atteignant que la moitié de la valeur normale. L’observation d’un frottis sanguin montre des hématies inhabituelles en forme de faucille ou feuille d'acanthe.

En 1949, James Neel[5] démontre que la transmission de cette maladie est mendélienne. La même année Linus Pauling montre qu'elle est due à une structure anormale de l'hémoglobine, caractérisée par une moindre solubilité. C'est ainsi la première fois qu'on découvre l'origine moléculaire d'une maladie génétique.

En 1956, le Britannique Vernon Ingram montre qu'elle est due à un remplacement d'un acide aminé dans l'hémoglobine anormale[6]. Cela a démontré pour la première fois que les gènes déterminaient la nature de chaque acide aminé dans une protéine.

En 1978, Tom Maniatis isole le gène de la bêta globine.

En 1980, Yuet Wai Kan (en) met au point un test génétique prénatal de la drépanocytose[7].

Pathogénie[modifier | modifier le code]

Au niveau cellulaire[modifier | modifier le code]

Les globules rouges de l'homozygote ne contiennent pratiquement que de l'HbS (hémoglobine S pour Sickle-cell disease). Or, ces molécules ont la propriété de se polymériser lorsqu'elles sont désoxygénées, donnant lieu à la formation de fibres qui déforment le globule et lui donne un aspect en faucille. Ceci explique que la falciformation des hématies soit déclenchée par le manque d'oxygène dans le sang (hypoxie) :

  • in vivo, dans le sang veineux et capillaire : d'où séquestration prolongée, formation de thromboses et hémolyse facile des globules rouges dans les fins capillaires où les drépanocytes ont du mal à se frayer un passage, étant donné leur forme allongée, ainsi que dans la rate où la lenteur de la circulation crée les conditions requises pour la formation des drépanocytes, qui y seront phagocytés par le SRE.
  • in vitro, lors de l'examen du sang frais entre lame et lamelle, lorsqu'on aura ajouté un corps réducteur (métabisulfite).

Au niveau moléculaire[modifier | modifier le code]

L'allèle S est un allèle anormal du gène régissant la structure de la chaîne bêta de l'hémoglobine. Il est responsable de la synthèse de chaînes bêta, dont un acide glutamique en position 6[8] est remplacé par une valine. L'hémoglobine qui en résulte appelée HbS (hémoglobine S pour Sickle-cell disease, dénomination anglaise de la maladie) a donc la structure "alpha2ß2S". Elle se distingue de l'hémoglobine A, normale, par sa mobilité électrophorétique plus lente, mais surtout par l'insolubilité de sa forme désoxygénée, qui cristallise facilement. Cela forme des fibres longues qui vont déformer le globule rouge.

Au niveau génétique[modifier | modifier le code]

Mode de transmission

C'est le gène qui code la chaîne Bêta de l'hémoglobine qui est impliqué. Ce gène est porté par le chromosome 11. La version mutée (l'allèle S) de ce gène est responsable de l'anémie falciforme. C'est un allèle codominant. C'est-à-dire que lorsque l'on est hétérozygote, les deux allèles s'expriment, cela pour la simple raison que chaque allèle code pour une chaîne de Beta-globine. Cependant chez cet individu, on ne constatera pas de symptômes, tout en possédant des hématies falciformes (on pourrait la considérer comme une forme atténuée).

Cette forme est appelée (S/A). La forme homozygote est la (S/S). Il s'agit de la plus douloureuse, celle dans laquelle sont décrites les crises.

Chez l'hétérozygote (S/A), les globules rouges ne contiennent pas nécessairement un mélange en proportions égales d'HbA et d'HbS.

Au niveau de l'organisme[modifier | modifier le code]

Les globules rouges ayant perdu leur élasticité vont obstruer les capillaires provoquant une ischémie par manque d'apport d'oxygène au niveau de différents territoires. Cela explique les crises douloureuses (infarctus osseux), les infarctus cérébraux, etc. Les globules rouges pourraient également léser la paroi interne des vaisseaux (endothélium) entraînant un risque d'obstruction de ces derniers.

Ces globules rouges sont plus fragiles et vont se rompre beaucoup plus facilement, expliquant l'anémie de type hémolytique (par destruction hématies).

Les différents niveaux phénotypiques[modifier | modifier le code]

Au niveau macroscopique[modifier | modifier le code]

Un individu peut être sain ou affecté par la drépanocytose, Bien qu'extérieurement, rien ne diffère, mais un individu drépanocytaire présente notamment une anémie chronique et des douleurs articulaires sous forme de crise.

Au niveau cellulaire[modifier | modifier le code]

Les globules rouges présentent un aspect caractéristique en forme de faucille chez les malades, cette forme est réalisée lorsque la pression en dioxygène est faible, en revanche, le sujet sain montre des globules rouges en forme de disque biconcave quelles que soient les conditions environnementales.

Lorsque les globules rouges portant de l'HbS sont oxygénés, ce dernier a la forme de disque biconcave, mais lorsqu'il se désoxygènes, les hémoglobines s'adhèrent les unes sur les autres ou se polymérisent, et forment des longues fibres qui déforment les globules rouges.

Au niveau moléculaire[modifier | modifier le code]

L'hémoglobine contenue dans les globules rouges permet d'identifier le niveau moléculaire du phénotype ; cette molécule protéique est différente chez les malades et chez les sujets sains, mais cette différence est minime ; l'hémoglobine (HbS) ne se distingue de l'hémoglobine normale (HbA) que par le changement d'un seul acide aminé. Le sixième acide aminé des chaines ß de l'hémoglobine est une valine chez les malades, alors que, normalement, un acide glutamique est présent à ce niveau.

Les 3 niveaux phénotypiques[modifier | modifier le code]

Ils découlent les uns des autres chez un malade, les molécules d'HbS s'unissent les uns aux autres lorsque le dioxygène se raréfie, cette union ou polymérisation forme des longues fibres qui déforment les globules rouges, ces derniers prennent alors un aspect en faucille. Les globules rouges déformés sont plus fragiles et subissent une destruction anormale et élevée d'où l'anémie chez les malades.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Distribution de la drépanocytose
Distribution du paludisme

Selon l'OMS, 300 000 enfants naissent dans le monde chaque année avec une anomalie majeure de l'hémoglobine dont la plus fréquente est celle de la drépanocytose[9]. En France métropolitaine, 12 000 personnes seraient atteintes d'un syndrome drépanocytaire majeur[10], 2 000 en Martinique et 1 500 en Guadeloupe[11].

L'allèle S, responsable de l'anomalie, est surtout répandu dans le continent africain (atteignant dans certaines populations la fréquence de 30 %) ; on le trouve également en Inde, en Arabie saoudite et dans d'autres régions du bord de la Méditerranée, en Italie (surtout en Sicile), en Grèce et en Anatolie. Les migrations ont accru la fréquence de cette maladie sur le continent américain.

Cette distribution se superpose assez bien avec celle d'une autre maladie, le paludisme ou malaria, qui, elle, a une origine infectieuse : le Plasmodium falciparum.

La présence élevée de cette maladie en Afrique semble être un cas de polymorphisme génétique équilibré entraîné par une sélection naturelle (voir : avantage hétérozygote) : en effet, les personnes porteuses saines hétérozygotes (A/S) ou atteintes de la drépanocytose homozygotes (S/S) sont protégées des affections neurologiques de Plasmodium, le parasite responsable du paludisme.

Afrique[modifier | modifier le code]

Dans certaines parties de l’Afrique subsaharienne, la drépanocytose touche jusqu’à 2 % des nouveau-nés. La fréquence du trait drépanocytaire, c'est-à-dire le pourcentage de porteurs sains qui n’ont hérité du gène mutant que d’un seul des parents, atteint 10 à 40 % en Afrique équatoriale, 1 à 2 % sur la côte de l’Afrique du Nord et moins de 1 % en Afrique du Sud. Dans les pays d’Afrique de l’Ouest (Ghana et Nigéria), la fréquence du trait drépanocytaire atteint 15 à 30 %. En Ouganda, cette fréquence atteint 45 % chez les Baambas[12].

Europe[modifier | modifier le code]

Dans plusieurs pays ou régions d'Europe (Sud de l'Italie, Grèce, Sud du Portugal, Albanie, Sud de la Turquie), la drépanocytose est indigène avec des fréquences de porteurs du trait entre 1 et 5 % de la population. Dans d’autres pays européens (Royaume-Uni, France, Belgique, Allemagne) la maladie est apparue avec les flux migratoires en provenance d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie.

France[modifier | modifier le code]

En France, la drépanocytose est, en 2010, la maladie génétique la plus fréquente (1/2 364), loin devant la mucoviscidose (1/5 989). Les premiers cas de thalassémie majeure et de drépanocytose ont été rapportés en Métropole dans les années 1940[13]. On estime actuellement à 12 000 le nombre de sujets atteints de syndrome drépanocytaire majeur (SDM), avec en France métropolitaine un nombre supérieur à celui de l’Outre-mer. Chaque année, naissent en France 300 à 350 enfants atteints de SDM dont la plupart en Île-de-France[14]. Contrairement à d'autres maladies génétiques telles la phénylcétonurie et la mucoviscidose, le dépistage de la drépanocytose en France métropolitaine n'est pas encore systématique (il est systématique en Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion). Il est effectué chez les nouveau-nés dont les deux parents ont des origines dans une région « à risque » pour cette maladie (en pratique, essentiellement les parents originaires d’Afrique subsaharienne, des Antilles, du Maghreb[15],[16]), lorsqu'un seul des deux parents est « à risque » (si l’origine du second n’est pas connue), lorsqu'il y a des antécédents de la maladie dans la famille, lorsqu'il y a des porteurs sains dans la famille[17],[18].

En 2010, en métropole, 31,5 % des nouveau-nés sont nés de couples « à risque » (253 466 sur un total de 805 958) et ont fait l'objet de dépistages ; ce pourcentage variant selon les régions de 5,5 % en Bretagne à 60 % en Île-de-France en raison des différences d’origine dans la population parentale. Ce pourcentage est en forte progression (19 % en 2000, 25,6 % en 2005) suite à la généralisation du dépistage depuis 2000. Parmi les nouveau-nés atteints de SDM recensés depuis le début du dépistage, mis en place à des dates différentes avant la généralisation à l’ensemble du territoire en 2000, la grande majorité est née en Île-de-France, les autres enfants drépanocytaires sont nés à proximité des grands centres urbains, principalement dans l’est et le sud du pays. En 2010, 341 syndromes drépanocytaires majeurs (SDM) ont été repérés en métropole ainsi que 8 744 transmetteurs sains. L’incidence moyenne de la drépanocytose en métropole était de 1/743 nouveau-nés testés et de 1/2 364 par rapport à l’ensemble des nouveau-nés[19],[20],[21],[22].

En 2013, le dépistage de la drépanocytose est toujours ciblé chez les enfants à risque nés en métropole et systématique dans les DROM et à Mayotte. En métropole, 35,70 % des nouveau-nés (279 903 sur un total de 783 964) sont nés de couples « à risque » et ont été ciblés, ce pourcentage variant de 7,33 % en Bretagne à 67,90 % (124 086 sur un total de 182 739) en Ile de France, en fonction des différentes origines géographiques représentées dans la population. 353 syndromes drépanocytaires majeurs (SDM) ont été repérés en métropole. L’incidence moyenne de la drépanocytose en métropole était de 1/793 nouveau-nés testés et de 1/2 221 par rapport à l’ensemble des nouveau-nés. Les enfants atteints d’un SDM se trouvent essentiellement en Ile de France et représentent 59,2% (209/353) des malades de métropole[23],[24].

Le dépistage ciblé est depuis longtemps remis en question notamment parce que l’interrogation sur l’origine géographique des parents pose des problèmes de discrimination dans un pays qui interdit par ailleurs les statistiques basées sur l’origine ethnique[25]. En 2012, la Haute Autorité de Santé (HAS) a été saisie par la Direction Générale de la Santé de la question de la généralisation de ce dépistage à la totalité de population. Malgré les remarques de la DGS sur le danger de stigmatisation d’une partie de la population avec les dérives politiques qu’elle peut susciter[26], la HAS a conclut dans son rapport d’orientation de Décembre 2013 rendu public en Mars 2014, qu’il n’y a pas d’éléments permettant de justifier la pertinence d’une stratégie de dépistage néonatal systématique de la drépanocytose en France métropolitaine[27].

Une partie de l'extrême droite utilise les chiffres du dépistage de la drépanocytose à des fins politiques[28]. Toutefois, les chiffres utilisés confondent dépistage d'une maladie et recensement ethnique. Ainsi dans certaines maternités, la drépanocytose est dépistée chez tous les nouveaux-nés, quelle que soit l'origine des parents[29]. Par ailleurs ce ne sont pas que les enfants dont les parents sont originaires du pourtour méditerranéen (Maghreb, mais également Italie du Sud et Grèce) qui sont systématiquement testés, mais également ceux originaires de l'Océan Indien. Ceux des départements d'Outre-Mer sont systématiquement testés[29]. Toutefois, « Dans la pratique, explique Valérie Gauthereau, directrice de la fédération parisienne de dépistage, on essaye dans les maternités de cibler les personnes d’origine maghrébine ou africaine. »[29]. Les associations de malades et de médecins dénoncent l'utilisation de ce dépistage par l'extrême droite[29].

Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique, l’incidence moyenne de la drépanocytose est de 1/1 710 sur l’ensemble des nouveau-nés à Bruxelles et de 1/943 à Liège.

Allemagne[modifier | modifier le code]

Seuls 300 cas de syndromes drépanocytaires majeurs sont recensés[30].

Symptômes[modifier | modifier le code]

L'affection se signale chez le nourrisson, mais n'est d'ordinaire pas manifeste à la naissance parce que les globules rouges du nouveau-né contiennent encore 50-90 % d'hémoglobine fœtale. Les symptômes de cette maladie peuvent apparaître dès l'âge de deux à trois mois, date d'apparition de la chaîne Bêta.

Les manifestations aiguës habituelles de la drépanocytose sont de trois ordres :

  • Crises vaso-occlusives : les globules rouges en forme de faucille bloquent la circulation au niveau des artères et des vaisseaux ce qui empêche la distribution optimale de l'oxygène dans l'organisme. Ce processus peut se produire dans différentes parties du corps (os, abdomen, rein, cerveau, rétine…). Ces crises peuvent être très douloureuses.
  • Anémie hémolytique : les globules rouges des drépanocytaires sont de forme anormale, ils sont donc éliminés de manière plus précoce par l'organisme au niveau de la rate.
  • Infections : elles sont plus fréquentes chez les drépanocytaires, surtout par des pneumocoques[31] ou des méningocoques, liées à la destruction de la rate par infarctus tissulaires répétés ; on parle d'asplénie fonctionnelle. Elles peuvent aussi aggraver l'anémie en cas d'infection par le parvovirus B19.

Les crises sont favorisées par le froid ou un temps sec[32].

Il peut exister une énurésie[33] probablement favorisée par une hyperfiltration glomérulaire[34].

Les manifestations chroniques de la drépanocytose associent un retard de taille et de poids, des déficits nutritionnels (en folates, car cette vitamine est indispensable à la création des hématies qui sont renouvelées très rapidement lors des crises d'anémie, épuisant ainsi le stock de folates), un retard pubertaire fréquent, des troubles cardio-pulmonaires (augmentation de la taille du cœur, insuffisance respiratoire), une rate augmentée de volume ou atrophiée, des anomalies rétiniennes (hémorragies), des douleurs chroniques parfois secondaires à des lésions (ulcère de jambe[35], parfois sans lésion visible, de type neuropathique[36]etc.).

Image prise au microscope électronique du sang sur laquelle on distingue des globules rouges sains, circulaires et concaves, des globules rouges malades de la forme d'une faucille.

Examens et diagnostic[modifier | modifier le code]

À part les constatations communes à toutes les anémies hémolytiques, le diagnostic repose sur la mise en évidence de l'hémoglobine S. Ceci peut se faire :

  • par l'observation au microscope de sang frais conservé entre lame et lamelle (frottis sanguin), avec ou sans addition d'un réducteur (métabisulfite de potassium, acide ascorbique) : Globules rouges en faux ou feuille de houx dont la proportion dépend de la nature homozygote ou hétérozygote
  • Électrophorèse de l'hémoglobine qui montrera, chez l'homozygote, une bande unique d'une hémoglobine migrant anormalement lentement, et chez l'hétérozygote la présence de deux bandes d'hémoglobine, dont la plus rapide sera l'hémoglobine A et l'autre l'hémoglobine S.
  • Aujourd'hui des tests permettent de dépister les porteurs sains (personnes hétérozygotes qui possèdent l'allèle responsable mais qui ne sont pas malades) ; ils sont alors informés que l'enfant conçu par deux porteurs sains présente un risque sur quatre d'être atteint d'anémie falciforme.

Dans les pays industrialisés, le diagnostic se fait en période néo-natale si les parents sont à risque ou atteints. Dans les pays non industrialisés, le diagnostic se fait souvent à la première manifestation ou complication. Le dépistage néo natal pourrait se traduire par une amélioration du pronostic[37].

Complications[modifier | modifier le code]

La maladie peut se compliquer d'infarctus cérébraux dont la prévalence atteint près de 10 % des patients âgés de moins de 20 ans[38]. L'hypertension artérielle pulmonaire est une complication fréquente et grave[39]. Elle est retrouvée en échocardiographie dans près d'un tiers des cas mais cet examen s'avère peu spécifique et la prévalence réelle (confirmée par la mesure directe de la pression pulmonaire par cathétérisme cardiaque) serait bien moindre[40].

L'atteinte rénale est fréquente avec une hématurie, une protéinurie[41]. Une insuffisance rénale peut survenir dans un peu moins d'un tiers des adultes[36].

Avant l'apparition de l'hydroxyurée près de la moitié des malades décédait avant l'âge de 50 ans, soit au cours d'une crise, ou d'un accident vasculaire cérébral[42].

L'atteinte oculaire est plus fréquente et plus grave chez les patients SC par rapport aux patients SS. Un examen régulier est nécessaire afin de dépister précocemment la rétinopathie drépanocytaire qui est de type proliférative, afin de pouvoir proposer un traitement[43].

Traitements[modifier | modifier le code]

Le traitement de la drépanocytose repose sur :

  • le traitement des crises vaso-occlusives : antalgiques (pouvant aller jusqu'aux opiacés) et mise sous oxygène ; il est à noter que le métabolisme de la morphine est accéléré (élimination de 3 à 10 fois plus rapide que chez les sujets indemnes) chez les sujets porteurs de la maladie[44] ;
  • la prévention des facteurs déclenchant les crises (froid, altitude, infections, déshydratation) ;
  • la supplémentation en folates ;
  • le traitement préventif des infections à pneumocoque et méningocoque (vaccination) ;
  • la transfusion sanguine en cas d'anémie profonde ou d'infection grave.
  • la transfusion-saignée permettant de réduire la proportion d'hémoglobine S

L'hydroxyurée permet de favoriser la production d'hémoglobine fœtale, formée habituellement en petite quantité et parfaitement fonctionnelle, en inhibant la production d'hématies contenant l'hémoglobine S[45]. Ce médicament semble réduire significativement le nombre de crises douloureuses et la mortalité de la maladie[46]. Il ne peut cependant pas être utilisé, de par son mécanisme d'action, chez les patients anémiques. La surveillance des paramètres sanguins doit donc être très soigneuse. L'autre obstacle à son utilisation reste son coût, qui peut toutefois générer des économies de prise en charge dans les pays économiquement développés[47].

La prévention des infections par le pneumocoque chez le jeune enfant est faite par la vaccination[48].

Des transfusions sanguines pourraient diminuer sensiblement le risque d'accidents vasculaire-cérébraux chez certains enfants particulièrement à risque (anomalie du doppler trans-crânien)[49].

Mesures simples de prévention[modifier | modifier le code]

Pour éviter les crises il est recommandé de suivre des mesures simples suivantes:

  • boire fréquemment de l'eau
  • bien aérer les pièces, afin de bien s'oxygéner[50]
  • rester au chaud
  • manger des aliments riches en fer, ou qui facilitent l'assimilation du fer (viande rouge, pâté de foie…)
  • ne pas s'enrhumer ou plus généralement éviter au maximum les infections respiratoires
  • porter des vêtements qui ne coupent pas la circulation sanguine, c'est-à-dire amples
  • ne pas s'essouffler
  • éviter d'aller à plus de 1 500 mètres d'altitude
  • ne pas s'exposer à de fortes chaleurs (la déshydratation déclenche des crises par augmentation de la viscosité sanguine[51]).

Greffe de moelle osseuse[modifier | modifier le code]

Les hématies sont produites à partir de cellules souches dans la moelle osseuse. En détruisant la moelle osseuse du malade et en la remplaçant par celle d'un donneur, il y a possibilité d'obtenir une guérison totale. Environ 200 greffes ont été réalisées dans le monde chez des drépanocytaires, permettant d'obtenir la guérison dans 85 % des cas[52]. Il faut cependant un donneur apparenté le plus possible: un frère ou une sœur. Il y a la possibilité pour les parents de recourir à une fécondation in vitro avec sélection par DPI d'embryons compatibles pour la greffe. Cette voie de traitement dite du « bébé médicament » est très encadrée par les lois de bioéthique.

Voies de recherche[modifier | modifier le code]

Des souris drépanocytaires ont pu être guéries en introduisant chez ces animaux un gène produisant une hémoglobine "anti-drépanocytaire" en quantité élevée[53].

En 2007, le VK500 est proposé dans le traitement de la drépanocytose. Cependant, aucune étude clinique sérieuse n'a prouvé l'efficacité réelle de ce médicament[54].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) NCBI (NIH): Bibliographie sur Medline (en anglais) ;
  • (fr) Orphanet: Informations sur la drépanocytose (consultations, recherches, associations…) ;
  • (fr) Rapport de l'OMS (2006).
  • (fr) OILD: Organisation Internationale de Lutte contre la Drépanocytose

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. La drépanocytose en quelques mots
  2. Arnal C. et Girot R. Drépanocytose chez l'adulte. Encycl Méd Chir (Éditions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS, Paris), Hématologie, 13-006-D-16, 2002, 15 p.
  3. Conférence de Canal U
  4. Association drepavie
  5. James Neel, « The Inheritance of Sickle Cell Anemia », Science, vol. 110, 1949, p. 543-548.
  6. Ingram, V.M. (1956). A Specific Chemical Difference between Globins of Normal and Sickle-cell Anemia Hemoglobins. Nature 178: 792-794.
  7. Site de la Fondation Louis Jeantet
  8. Lehninger - Principles of Biochemistry
  9. OMS 2006
  10. [1]
  11. www.drepaction.org
  12. Rapport de l'OMS sur la Drépanocytose, 24 avril 2006
  13. Lena-Russo, D ; North, M.L. etGirot, R. Épidémiologie des maladies génétiques de l’hémoglobine en France Métropolitaine. Rev Prat 1992 ; 42: 1867-72. Bardakdjian, Josiane et Wajcman, Henri Épidémiologie de la drépanocytose, La Revue du Praticien, 2004
  14. Montalembert M., Échanges érythrocytaires chez les patients drépanocytaires. Hématologie 2007, 13(4) : 243-9.
  15. « Le dépistage de la drépanocytose en métropole a pour particularité de n’être effectué que chez les nouveau-nés dont les parents appartiennent à un groupe à risque pour cette maladie, soit essentiellement les parents originaires d’Afrique subsahariennne, des Antilles et du Maghreb (dépistage ciblé). », Josiane Bardakdjian-Michau et Michel Roussey, Le dépistage néonatal de la drépanocytose en France, juillet 2012
  16. « Les «critères de ciblage» officiels des nouveau-nés retiennent les parents originaires de tous les pays d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne et du Cap Vert, du Brésil, d’Amérique du nord (les personnes noires), d’Inde, de l’Océan Indien, de Madagascar, de l’Ile Maurice, des Comores, d’Italie (du sud et de Sicile), de Grèce, de Turquie et du Moyen-Orient (Liban, Syrie, Arabie saoudite, Yémen, Oman) » dans Drépanocytose : une discrimination négative à la française
  17. Le dépistage, AFDHPE
  18. Jean-Yves Nau, Drépanocytose: une discrimination négative à la française, Slate.fr, 30/07/2012
  19. Josiane Bardakdjian-Michau et Michel Roussey, [2] Le dépistage néonatal de la drépanocytose en France, juillet 2012
  20. « En 2005, 236 998 nouveau-nés ont bénéficié du dépistage de la drépanocytose (198 065 nés en métropole et 38 933 nés dans les DOM)... En métropole, 25,6 % des nouveau-nés sont ciblés ; ce pourcentage varie de 3,5 à 54,1 % selon les régions, à raison des différences d’origine dans la population parentale. », Josiane Bardakdjian-Michau, Le dépistage néonatal de la drépanocytose en France, Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 11, Numéro 1, 5-8, janvier-février 2008, Dossier
  21. Josiane Bardakdjian-Michau et al., 2008, Neonatal screening for sickle cell disease in France, J Clin Pathol 2009 62: 31-33, DOI:10.1136/jcp.2008.058867
  22. Association française pour le dépistage et la prévention des handicaps de l’enfant (AFDPHE), Bilan d’activité 2010.
  23. « En métropole, 35,7 % des nouveau-nés sont ciblés, ce pourcentage varie de 7,33 % en Bretagne à 67.9 % en Ile de France, en fonction des différentes origines géographiques représentées dans la population. », Association française pour le dépistage et la prévention des handicaps de l’enfant (AFDPHE), Bilan d’activité 2013.
  24. Drépanocytose sur le site de l'AFPDHE
  25. « Par ailleurs, le ciblage est depuis longtemps remis en question pour 3 raisons : l’interrogation sur l’origine géographique pose des problèmes de discrimination dans un pays qui interdit par ailleurs les statistiques basées sur l’origine ethnique, le mélange de groupes ethniques rendus non identifiables après plusieurs générations et la fréquence très élevée dans certaines régions (1/874 en Ile de France). », Association française pour le dépistage et la prévention des handicaps de l’enfant (AFDPHE), Bilan d’activité 2013
  26. « Malgré nos remarques sur le danger de stigmatisation d’une partie de la population avec les dérives politiques qu’elle peut susciter, la HAS a rejeté cet argument dans ses conclusions rendues en avril 2014 en faisant remarquer que le ciblage ethnique que nous pratiquions était correctement effectué et qu’il n’y avait donc pas d’argument scientifique. », Association française pour le dépistage et la prévention des handicaps de l’enfant (AFDPHE), Bilan d’activité 2013
  27. Dépistage néonatal de la drépanocytose en France : pertinence d’une généralisation du dépistage à l’ensemble des nouveau-nés, HAS 2013
  28. David Caviglioli, « Renaud Camus, le maître à tweeter du Printemps français », Le Nouvel Observateur.com,‎ 25 juin 2013 (lire en ligne).
  29. a, b, c et d Drépanocytose, la maladie génétique qui excite l’extrême droite, Le Monde, 12 septembre 2014
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