Armée yougoslave de la patrie

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Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Tchetniks (Histoire des Balkans)
Armée yougoslave de la patrie
Drapeau des Tchetniks, portant l'inscription Pour le roi et la patrie et la devise La liberté ou la mort, héritée de la Filiki Eteria.
Drapeau des Tchetniks, portant l'inscription Pour le roi et la patrie et la devise La liberté ou la mort, héritée de la Filiki Eteria.

Période 19411945
Pays Royaume de Yougoslavie
Allégeance Monarchisme, Nationalisme, Grande Serbie, Anticommunisme, Antifascisme
Effectif estimation haute :
jusqu'à 300 000 personnes
Surnom Tchetniks, ou Chetniks
Guerres Seconde Guerre mondiale
Batailles Campagne de Yougoslavie (1941-1945)
Commandant historique Draža Mihailović

L'Armée yougoslave de la patrie (en serbe Jugoslovenska vojska u otadžbini, Југословенска војска у отаџбини) était le nom officiel adopté par une force armée yougoslave, active durant la Seconde Guerre mondiale, fondée par Draža Mihailović, officier de l'armée royale yougoslave, pour mener la résistance contre l'occupation de la Yougoslavie par les forces de l'Axe.

Les membres de cette force armée sont généralement désignés sous le terme de Tchetniks, également orthographié Chetniks (serbe : Četnik, pluriel Četnici, cyrillique четник ; expression signifiant Membre d'une compagnie militaire ou de manière plus générique Combattant armé). Bien que d'autres groupes armés aient pu, à des époques différentes, être désignés sous ce nom, le terme de Tchetniks désigne généralement, depuis la Seconde Guerre mondiale, l'Armée yougoslave de la patrie.

Soutenus initialement par les Alliés, les Tchetniks ne disposent pas d'une organisation centralisée et entrent très rapidement en conflit avec l'autre force de résistance, les Partisans dirigés par le chef communiste Tito. Une partie des chefs tchetniks, dont la plupart agissent, dans les faits, indépendamment de Mihailović, privilégie bientôt le combat contre les communistes et noue des alliances avec les occupants.

Après la fin 1943, les hommes de Mihailović cessent d'être soutenus par les Alliés qui jugent les Partisans plus efficaces dans le combat contre les Allemands. Les Tchetniks sont défaits par les Partisans en 1944-45; Mihailović lui-même est condamné et exécuté pour collaboration par le nouveau régime communiste yougoslave.

Histoire[modifier | modifier le code]

Création[modifier | modifier le code]

Jvuo1942 en.png

Après l'invasion du pays par l'Axe, le territoire du Royaume de Yougoslavie est démembré et divisé en protectorats ou en états indépendants administrés par des gouvernements collaborateurs. Certaines unités de l'armée refusent de se rendre. Le 13 mai 1941, le colonel Draža Mihailović, chef de la seconde armée yougoslave, fonde le Commandement des détachements Tchetniks de l'Armée yougoslave, conçus comme une force armée fidèle au gouvernement royal en exil, et destinée à mener la guérilla contre l'occupant. 70 corps d'armée, comptant à l'origine une majorité de serbes, sont formés sur différentes parties du territoire, incluant la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, et le Monténégro. À certains stades du conflit, les troupes placées sous le contrôle théorique de Mihailović revendiquent jusqu'à 300 000 hommes. Leur nombre ayant énormément fluctué au gré des ralliements, puis des défections, il est difficile d'établir une estimation fiable. Le mouvement tchetnik est le premier à rentrer en résistance, le Parti communiste yougoslave étant lié au Pacte germano-soviétique d'août 1939.

Les hommes de Mihailović sont reconnus et soutenus par les Alliés, qui leur font parvenir des armes. Le 26 octobre 1941, Mihailović et Tito, qui vient tout juste de commencer à rallier quelques troupes pro-communistes, concluent un accord pour réaliser un front uni contre les occupants. La tête de Draza Mihailovic est alors mise à prix par les Allemands pour 100 000 reichsmarks chacun. En novembre, la BBC annonce que Mihailović est le commandant de l'Armée yougoslave de la patrie, qui devient le nom officiel des Tchetniks[1]. Par la suite, courant décembre 1941, Tito ordonne l'attaque de bataillons isolés de la Wehrmacht, qui se traduit par des représailles des Allemands envers les populations civiles serbes. Mihailović demande à Tito d'éviter toutes actions envers des corps isolés de la Wehrmacht, préférant l'attaque de front sur les régiments ou les sabotages de voies ferrées. Or, les communistes ne tiennent pas compte des recommandations du commandant Tchetnik et, une nouvelle fois, ils attaquent une unité isolé de fantassins allemands, ce qui provoque, par représailles, la première exécution massive de la Wehrmacht envers des populations civiles. Près de 7 000 habitants de Valjevo et des environs sont sommairement exécutés, hommes, femmes et enfants, la devise allemande étant : pour 1 soldat allemand tué, 100 civils seront exécutés, pour 1 blessé, 10 seront exécutés. Mihailović ayant appris ce massacre suite à l'attaque des communistes, coupe définitivement les ponts avec Tito.

Les Tchetniks, nominalement sous le contrôle de Mihailović, ne disposent cependant pas d'une structure hiérarchisée très stable et la plupart de leurs commandants agissent de leur propre initiative, Mihailović n'ayant qu'une autorité nominale.

Idéologie[modifier | modifier le code]

L'Armée yougoslave de la patrie est avant tout caractérisée par une idéologie nationaliste et monarchiste, accompagnée d'antifascisme et d'anticommunisme. Beaucoup de Tchetniks laissent pousser leur barbe pendant la guerre et l'occupation, ce qui est une manière d'exprimer sa douleur dans la tradition orthodoxe, et jurent de ne la couper qu'au retour du roi. Si les Tchetniks comptent des recrues venues d'autres nationalités yougoslaves (croates, slovènes ou musulmans bosniens), la majorité sont d'origine serbe et le mouvement compte des partisans d'une « Grande Serbie ».

Passage à la collaboration de certaines unités Tchetniks[modifier | modifier le code]

Après plusieurs combats avec les forces d'occupation de l’Axe, les Tchetniks se divisent. L'armée yougoslave de la patrie souffre de ne pas avoir de commandement très centralisé, et d'être trop étroitement identifiée à la Serbie et à la monarchie, ce qui ne garantit pas la loyauté de tous ses membres.

À l'opposé, la direction des Partisans développe le projet d'une république yougoslave fédérale, promettant l'égalité des différentes nationalités, ce qui garantit des ralliements à la résistance communiste à mesure que le conflit avance.

Kosta Pećanac avec des officiers allemands.

Si une partie des Tchetniks continue le combat contre les occupants, d'autres privilégient l'affrontement avec les Partisans, ennemis du royaume, et finissent par collaborer avec les Italiens ou les Allemands. À la fin 1941, le Serbe Kosta Pećanac fait défection et met ses troupes au service du gouvernement collaborateur serbe[2]. Il est tué par les hommes de Mihailović en mai 1944. En Croatie, certaines unités serbes collaborent avec les Italiens qui leur ont offert une protection contre les Oustachis.

Les Tchetniks de Mihailović continuent par ailleurs de porter assistance aux Alliés, participant notamment en 1944 à l'Opération Halyard, sauvetage de 500 pilotes alliés abattus sur le sol yougoslave[3].

Abandon par les Alliés[modifier | modifier le code]

Mihailović mène des actions de résistance contre les occupants, mais sans grandes offensives, pour éviter les représailles de masse contre la population civile. Courant 1943, les rapports des services de renseignement indiquent au gouvernement du Royaume-Uni que les Tchetniks manquent d'efficacité, les Partisans étant une force de résistance beaucoup moins scrupuleuse. Certains auteurs attribuent ce rapport à une campagne de désinformation menée par des sympathisants communistes liés au groupe des Cinq de Cambridge[3]. À la conférence de Téhéran, Joseph Staline obtient des Alliés qu'ils cessent de soutenir les Tchetniks et reconnaissent exclusivement les Partisans. Ainsi, l'Opération Halyard, pourtant connue des anglo-saxons, a par la suite été attribuée à Tito, qui s'est approprié toutes les victoires des Tchetniks sur les Allemands ou les Italiens[3].

En juin 1944, le gouvernement en exil du roi Pierre II, soutenu par les Alliés, signe un accord avec le mouvement de Tito, reconnaissant les seuls Partisans comme la force armée régulière de la résistance yougoslave et ordonnant aux Tchetniks de se joindre à eux. Mihailović refuse cependant de se soumettre. Le 29 août, le roi démet Mihailović de son poste de chef d'état-major yougoslave et, le 12 septembre, nomme à sa place Tito. Ce dernier promet une amnistie aux Tchetniks, résistants ou collaborateurs, qui viendraient rejoindre son camp (tout en la refusant aux collaborateurs Oustachis).

À la fin du conflit, l'Armée yougoslave de la patrie se disloque. Ses anciens membres passés à la collaboration tentent de fuir vers l'Italie ou l'Autriche. Une partie est capturée par les Partisans; d'autres, capturés par les Britanniques, sont renvoyés en Yougoslavie et livrés aux communistes. Certains sont jugés pour collaboration, et acquittés, ou bien condamnés à mort ou à des peines de prison. D'autres enfin sont tués sans jugement. Mihailović et ses hommes, piégés dans l'est de la Bosnie-Herzégovine, se cachent, mais sont finalement capturés. Mihailović est jugé et, les crimes commis par les Tchetniks renégats lui étant imputés, condamné à mort pour collaboration.

Les pertes subies par les Tchetniks au cours du conflit s'élèvent à environ 166 000, comptant 10 000 morts dans des batailles contre l'occupant, 16 000 morts en déportation après leur capture par les Allemands, et environ 140 000 répartis entre les exécutions commises par les Partisans et les combats contre ces derniers, et les exécutions commises par les occupants.

Postérité[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, les Tchetniks ont été, dans leur globalité, considérés comme des traîtres par le régime communiste de Tito. Cette version d'une collaboration globale des Tchetniks et d'une trahison de Mihailović s'est couramment répandue dans l'historiographie occidentale[4], mais a par contre été combattue par certains auteurs[5] Mihailović lui-même a été réhabilité aux États-Unis[6]. Des exilés Serbes, dont d'anciens Tchetniks, ont fondé des associations de souvenir dans des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou l'Australie. Certain sont aussi venu tardivement en France à partir de 1958, après l'arrive de Charles de Gaulle qui était un grand admirateur du mouvement royaliste serbe[7].

Progressivement, certains partis d'opposition yougoslaves ont ouvertement soutenu le rôle des Tchetniks dans la Seconde Guerre mondiale, et dénoncé l'histoire officielle comme mensongère. Des hommes politiques serbes tels que Vuk Drašković et Vojislav Šešelj ont organisé des groupes paramilitaires utilisant ouvertement le nom de Tchetniks, fortement associé à l'image de groupes paramilitaires serbes.

Certains groupes de Tchetniks, restés fidèles aux principes et valeurs défendues par Mihailović, n'ont jamais voulu se rendre aux unités communistes, et continuèrent à lutter dans le maquis. Le dernier Tchetnik à avoir officiellement combattu la politique Titiste, au nom du Roi, fut un jeune commandant serbe du Monténégro, nommé Vladimir Sipcic, également surnommé "Vlado". Il résista à l'armée Titiste jusqu'en 1957, soit 12 ans après la fin de la guerre. Son unité fut lentement décimée par les troupes communistes, et, selon un rapport officiel de la UDBA (police secrète yougoslave), Vladimir Sipcic aurait été vraisemblablement abattu en juin 1957, avec sa fiancée, dans l'est de la Bosnie, bien que le corps n'ait jamais été officiellement reconnu comme étant le sien[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Stevan K. Pavlowitch, Hitler's new disorder : the Second World War in Yugoslavia, Columbia University Press, 2007, page 64
  2. of Kosta Milovanović-Pećanac (Pechanatz)
  3. a, b et c Freeman, Gregory A. Freeman, The Forgotten 500: The Untold Story of the Men Who Risked All For the Greatest Rescue Mission of World War II, NAL Hardcover 2007
  4. Dictionnaire Larousse
  5. a et b Jean-Christophe Buisson, Le général Mihajlovic (1893-1946), héros trahi par les Alliés, Perrin, Paris, 1999, (ISBN 2-262-01393-4).
  6. Congressional record on Draza Mihajlovic
  7. http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/03/23/31002-20140323ARTFIG00225-belgrade-15-ans-apres-le-bombardement-les-serbes-n-oublient-pas.php

Liens externes[modifier | modifier le code]