Mouvement MeToo

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Une manifestante brandissant un panneau arborant le hashtag #MeToo, à la marche des femmes de New York, en janvier 2018.

Le mouvement #MeToo est un mouvement social encourageant la prise de parole des femmes, afin de faire savoir que le viol et les agressions sexuelles sont plus courants que ce qui est souvent supposé, et afin de permettre aux victimes de s'exprimer sur le sujet. Il a débuté en 2007 et est particulièrement connu depuis octobre 2017 à la suite de l'affaire Weinstein.

Bien que le mouvement #MeToo soit mondial, il existe des variantes locales du hashtag, selon les langues et la culture. Ce mouvement est parfois désigné par d'autres noms suivant les pays, généralement en traduisant l'expression dans la langue nationale et parfois en créant une nouvelle expression comme #BalanceTonPorc en France.

Origines[modifier | modifier le code]

Premières campagnes[modifier | modifier le code]

Une première campagne Me too est lancée en 2007 par Tarana Burke pour dénoncer les violences sexuelles, notamment à l'endroit des minorités visibles[1],[2].

Entre 2007 et 2017, des campagnes de témoignages sur les agressions sexuelles et le harcèlement sexuel ont lieu sur les réseaux sociaux, par exemple YesAllWomen (en) en 2014[3],[4].

Contexte[modifier | modifier le code]

Contexte américain[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, la campagne victorieuse de Donald Trump à l'élection présidentielle de 2016, face à la première femme candidate Hillary Clinton, avait suscité un début de mobilisation pour protéger les droits des femmes[5],[6]. Ainsi, dès le lendemain de son investiture, la marche des femmes rassemble plusieurs centaines de milliers de personnes à Washington, D.C. et ailleurs dans le monde le [7]. C'est une des plus grandes manifestations de l'histoire américaine d'après Time[8].

Deux femmes avec des bonnets roses portent un panneau disant "What's good for women is good for the world"
Manifestantes de la marche des femmes à Washington en janvier 2017.

Violences liées au sexe en France[modifier | modifier le code]

Les violences sexuelles commises envers les femmes et les hommes sont présentes, à différents degrés, dans tous les pays du monde. En France, une enquête menée en 2006 indique que 16 % des femmes et 5 % des hommes déclarent avoir subi des rapports sexuels forcés ou des tentatives de rapports forcés au cours de leur vie (6,8 % des femmes déclarent des rapports forcés et 9,1 % des tentatives, et respectivement 1,5 % et 3 % des hommes). Une jeune femme sur 10 de moins de 20 ans déclare avoir subi des attouchements au cours de sa vie et près d’une sur 10 (respectivement 8,9 et 8,4 %) des conversations à caractère pornographique ou des tentatives de rapport forcé. Les attouchements surviennent très majoritairement pendant l’enfance et l’adolescence : 50 % des femmes concernées les ont subis avant l’âge de 10 ans et 50 % des hommes avant l’âge de 11 ans. Près de la moitié des attouchements ont été immédiatement suivis d’une tentative de rapport forcé ou d’un rapport forcé (50 % pour les femmes, 44 % pour les hommes)[9].

Les 18 et , un sondage réalisé auprès des seuls internautes indique qu'une femme internaute sur deux et un homme internaute sur dix auraient été victimes d'agression sexuelle (attouchements, mains aux fesses, baisers forcés…) ou de harcèlement sexuel (propos déplacés, insultes, propositions sexuelles…) au cours de leur vie[10]. La même étude précise que dans le milieu professionnel 17 % des internautes femmes et 7 % des internautes hommes auraient subi un fait de harcèlement sexuel au travail.

Effet Weinstein[modifier | modifier le code]

En , après la publication des enquêtes accusant Harvey Weinstein d'agressions sexuelles, l'actrice américaine Alyssa Milano propose de partager les témoignages de violences sexuelles et de la violence contre les femmes dans différents milieux, sous le hashtag déjà existant depuis 2007 de #MeToo[4],[11],[12].

En France, le , la journaliste française Sandra Muller propose sur Twitter le mot-dièse francophone #balancetonporc[13] afin que « la peur change de camp », il est repris 200 000 fois en quelques jours[14]. La journaliste s'est inspirée du titre d'un article sur Harvey Weinstein paru dans Le Parisien[15].

Prise de parole des victimes d'agressions sexuelles[modifier | modifier le code]

Selon le philosophe Thomas Schauder, la quantité et la diversité des témoignages indiquent que le problème n'est pas causé par des individus isolés mais constitue un fait social collectif pouvant être étudié et susceptible d'évoluer[16].

Les messages liés au mouvement #MeToo font état de « violences sexuelles de tous types, allant de l’interpellation salace au harcèlement, à l’agression ou au viol[17] ».

Les victimes évoquent des faits survenus au travail, dans le cadre familial et à l'école[4]. Elles indiquent parfois leur âge au moment des faits, montrant la jeunesse des victimes de ces pratiques[4]. Les milieux professionnels décrits comptent aussi bien le monde du divertissement que la politique, la finance, le sport et les nouvelles technologies[5].

Après les accusations portées contre Harvey Weinstein, de nombreuses célébrités sont nommément accusées d'inconduite sexuelle[17], dont Jean Lassalle[18],[19], Claude Lanzmann[20],[21] ou Gilbert Rozon[22].

Diffusion mondiale[modifier | modifier le code]

Le mouvement #MeToo s'est diffusé dans au moins 85 pays[23].

France[modifier | modifier le code]

La variante française est une des rares à encourager les utilisateurs à partager les noms des agresseurs sexuels[24].

Québec[modifier | modifier le code]

Dans les régions francophones du Canada, principalement au Québec, le hashtag #AgressionNonDénoncée, de la Fédération des femmes du Québec existe depuis 2014[25]. Les gens peuvent aussi employer le hashtag « #MoiAussi »[26].

Italie[modifier | modifier le code]

En Italie, les femmes affichaient des histoires de harcèlement et les agressions sous le hashtag #QuellaVoltaChe (qui se traduit littéralement en « #LaFoisOù »)[27],[28]. En espagnol, c'est « #YoTambién ».

Israël[modifier | modifier le code]

En Israël, le hashtag hébreu « גםאנחנו# » (#NousAussi) a commencé à se répandre le , à la une du journal Yediot Aharonot[29].

Japon[modifier | modifier le code]

Au Japon, le mouvement est présent mais de faible ampleur[30]. En , Shiori Itō est à l'origine du mouvement #We Too Japan, déclinaison de #MeToo au Japon[31].

Pays scandinaves[modifier | modifier le code]

En Suède, des dizaines de milliers de femmes, représentant plus de 70 professions, ont fait part publiquement de remarques sexistes et d'agressions sexuelles dont elles ont été victimes[32]. Dès , dans le milieu intellectuel, 18 témoignages de femmes accusent un Français, Jean-Claude Arnault, époux de la poétesse et académicienne Katarina Frostenson et se disant influant sur l'attribution du prix Nobel de littérature, d'agressions sexuelles, de tentatives de viols et même d'un viol, sur une période courant de 1996 à 2017[33],[34],[35],[36]. Le scandale secoue l'Académie suédoise, provoquant des départs remarqués dans cette Académie qui détermine chaque année l'attribution de ce prix littéraire de notoriété mondiale. La secrétaire perpétuelle de cette académie, Sara Danius, qui avait diligenté une enquête interne, est poussée à son tour à la démission par les partisans d'un status quo[37]. En mai 2018, l'attribution du prix Nobel de littérature 2018 doit être, de fait, reportée d'un an[38].

Au Danemark, dans un premier temps, les plus grands journaux du pays ont publiés des articles souvent négatifs sur le mouvement MeToo. « Les femmes qui osaient parler étaient considérées comme des pleurnicheuses et accusées de casser l’ambiance hygge »[32]. Mais en 2020, lors d'une retransmission télévisée d'un gala annuel de récompenses de performances télévisuelles et artistiques, la maîtresse de cérémonie, Sofie Linde, dénonce le sexisme de ce milieu de l'audiovisuel et du cinéma danois, et mentionne également des chantages et harcèlements sexuels dont elle a fait l’objet pendant sa carrière[32].

Monde arabe[modifier | modifier le code]

Le mot-dièse est traduit en arabe en Tunisie, en Égypte et à Dubaï[3].

Liste des hashtags alternatifs suivant les langues et les pays[modifier | modifier le code]

  • Drapeau de l'Albanie Albanie : #TaniTregoj (« MaintenantRaconte »)[39]
  • Arabe : أنا_كمان# (« MoiAussi »)
  • Drapeau du Brésil Brésil : #Nãoénão (« NonC'estNon »)
  • Drapeau du Canada Canada : #MoiAussi
  • Drapeau de la République populaire de Chine Chine : #我也是 (« MoiAussi »)
  • Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud : #미투 (« MoiAussi »)
  • Drapeau de la Croatie Croatie : #JaIsto (« MoiAussi »)[39]
  • Drapeau de l'Espagne Espagne : #YoTambién (« MoiAussi »)
  • Drapeau des États-Unis États-Unis : #MeToo (« MoiAussi »)
  • Drapeau de la Finlande Finlande : #Memyös (« NousAussi »)
  • Drapeau de la France France : #BalanceTonPorc
  • Drapeau de l'Inde Inde : #मैंभी (« MoiAussi »)[40]
  • Drapeau de l'Iran Iran : #من_هم_همینطور (« MoiAussi »)
  • Drapeau d’Israël Israël : גםאנחנו# (« NousAussi) ; #גםאני ou #גמאני (« MoiAussi »)
  • Drapeau de l'Italie Italie : #QuellaVoltaChe (« CetteFoisOù »)
  • Drapeau du Japon Japon : #私も ou #WatashiMo (« MoiAussi »)
  • Drapeau de la Macédoine du Nord Macédoine du Nord : #СегаКажувам (« MaintenantRaconte »)[39]
  • Drapeau de la Norvège Norvège : #Stilleføropptak (« SilenceAvantDénonciation »)
  • Drapeau du Pakistan Pakistan : #میں_بھی (« MoiAussi »)
  • Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni : #MeToo (« MoiAussi »)
  • Drapeau de la Russie Russie : #МеняТоже ou #Ятоже (« MoiAussi »)
  • Drapeau de la Suède Suède : #JagOckså (« MoiAussi ») [41]
  • Drapeau de Taïwan Taiwan : #我也是 ou #WoYeShi (« MoiAussi »)
  • Drapeau de la Tunisie Tunisie : #EnaZeda[42],[43]
  • Drapeau de la République socialiste du Viêt Nam Vietnam : #TôiCũngVậy (« MoiAussi »)

Le , la journaliste et féministe américano-égytienne Mona Eltahawy lance le hashtag #MosqueMeToo (« MosquéeMoiAussi ») pour dénoncer les agressions sexuelles lors du hajj, qui est repris 6 000 fois par la suite[44].

Influences du mouvement[modifier | modifier le code]

Le mouvement est unique dans l'histoire du féminisme car il mobilise de très nombreuses femmes sans émaner d'une organisation militante spécifique[17]. Il ouvre des débats dans l'espace privé, permettant aux femmes de raconter à leurs proches des agressions subies[45]. La démarche va parfois jusqu'à aborder le sujet dans le monde du travail, voire à s'engager dans des associations militantes comme Osez le féminisme ![45].

Les témoignages dénoncent une atmosphère et des agressions omniprésentes, faisant s'interroger de nombreux hommes sur leur silence coupable jusque-là[46]. Le nombre des témoignages fait réagir même des hommes qui agissaient déjà contre le sexisme au quotidien, tant dans le cadre amical que professionnel[47].

Conséquences observées[modifier | modifier le code]

Europe[modifier | modifier le code]

Le Parlement Européen a convoqué une session directement en réponse à la campagne MoiAussi, après qu'elle a donné lieu à des accusations d'abus au Parlement et dans des bureaux de l'Union Européenne à Bruxelles, selon Cecilia Malmstrom, le Commissaire Européen pour le Commerce[48]. Au Royaume-Uni, où un scandale touche de nombreux parlementaires (en), la première ministre Theresa May a demandé au président de la chambre des communes de prendre des mesures pour mettre fin à ces comportements et encourager les victimes à les dénoncer[49].

En France, les plaintes pour violences sexuelles déposées auprès de la gendarmerie augmentent de 30 % en [6]. Afin de donner une visibilité au mouvement en dehors des réseaux sociaux, des manifestations sont organisées dans plusieurs villes de France le , rassemblant jusqu'à 2 500 personnes à Paris[19]. En France, les plaintes pour agressions sexuelles connaissent une progression de 31,5 % au quatrième trimestre 2017 (+ 18 % pour les viols) par rapport à la même période de 2016, cette hausse étant interprétée non comme une recrudescence de faits commis mais comme une moindre résignation à laisser les agressions sans suite[50].

En Espagne, des artistes et des associations ont rejoint le mouvement[51]. Ils transcendent progressivement les noms des références dans le monde de la politique et des affaires[52].

En Suède, après la formation d'un groupe de discussion grâce au hashtag #metoo, 456 actrices signent le un ensemble de témoignages anonymes dans le Svenska Dagbladet, provoquant des réactions de la ministre de la Culture Alice Bah Kuhnke et du théâtre dramatique royal Dramaten[53]. D'autres groupes de centaines, voire milliers de femmes leur emboîtent le pas, touchant tous les secteurs d'activité, y compris l'Église de Suède. Le premier ministre Stefan Löfven parle de « rompre la dépendance aux schémas patriarcaux », tandis que la responsabilité collective des hommes et l'éducation des garçons sont citées pour arrêter les agressions envers les femmes[54]

Canada[modifier | modifier le code]

À Montréal, la police met en place une ligne téléphonique dédiée aux cas de harcèlement sexuel, qui reçoit 463 appels en moins de trois semaines en , dont 98 mènent à ouvrir un dossier d'agression sexuelle[55].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Des actrices américaines lancent le le mouvement Time's Up (« il est temps » ou « c'est fini » en anglais), pour soutenir financièrement les victimes de harcèlement et agressions sexuels au travail[56]. En un mois, le fonds a levé 20 millions de dollars et reçu un millier de demandes d'aide[57]. En , les fonds récoltés s'élèvent à 24 millions de dollars, et plus de 3600 personnes ont été mises en relation avec des avocats pour préparer d'éventuelles poursuites judiciaires[58]

Ponctuellement, quelques États ont modifié leur législation pour offrir une meilleure protection contre le harcèlement sexuel aux personnes les plus susceptibles d'en être victimes : extension de la protection aux travailleurs indépendants et aux salariés domestiques dans l'État de New-York[59], extension aux relations avec certaines catégories professionnelles (dont les producteurs) en Californie, augmentation du salaire minimum légal (2,13 dollars) pour les employés payés au pourboire dans 7 États. Au niveau fédéral, le Be Heard Act, initié à la suite de mouvements de travailleurs domestiques réclamant une meilleure protection n'a pas donné suite à leur demande[60], il a toutefois validé la suppression de la clause de non-divulgation qui empêchait les victimes ayant reçu des dédommagements financiers lors d'accords secrets de parler des faits subis, y compris au sein de leur famille[58].

Le Congrès a adopté un règlement excluant le paiement par fonds publics des accords financiers conclus par ses membres en cas de harcèlement sexuel, les sommes dépensées à titre entre 2003 et 2008 s'étant élevées à 300 000 dollars[58].

Un changement dans les mentalités a été observé à la suite de deux sondages successifs sur une affaire ayant confirmé au pouvoir un membre de la Haute Cour de justice accusé d'agression sexuelle, 49 % des votants et 74 % des démocrates y décelant un effet de caste des hommes blancs protégeant leur pouvoir (« one reason Justice Kavanaugh was confirmed is because white men want to hold onto their power in government »)[58].

Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

Le , la chanteuse israélienne Netta Barzilai remporte le concours Eurovision de la chanson 2018 avec sa chanson Toy, inspirée du mouvement #meToo[61].

Le , le Collectif #NousToutes organise une trentaine de marches en France qui ont regroupé plusieurs centaines de manifestants[62].

Plaintes[modifier | modifier le code]

À la suite de l'engouement qui suivit la mise en ligne du hashtag #BalanceTonPorc, le nombre de plaintes pour harcèlement sexuel ou agressions sexuelles augmente provisoirement de 20 à 30 % à Paris, avant de revenir quatre mois plus tard au niveau d'avant la création du hashtag[63].

Parmi ces plaintes, Henda Ayari accuse Tariq Ramadan de l'avoir violée et menacée, celui-ci est poursuivi dans le cadre de l’affaire Tariq Ramadan[64].

À l'inverse, la forte augmentation - 10 000 sur les 39 000 enregistrées en France entre janvier et - des plaintes de femmes pour coups et blessures volontaires, en premier lieu dans la sphère familiale, est attribuée à une « libération de la parole » rendue possible par l'effet #Me too[65].

Le , l'initiatrice du mouvement #BalanceTonPorc, Sandra Muller, est poursuivie en justice par Éric Brion, directeur général de la chaîne Equidia. Elle l'accusait de harcèlement dans les premiers hashtags de ce nom[66],[67]. Tout en reconnaissant avoir « effectivement tenu des propos déplacés envers Sandra Muller, lors d’un cocktail arrosé très tard dans une soirée, mais à une seule reprise », il réclame « le droit à la vérité et à la nuance. » Il demande 50 000 euros de dommages et intérêts, des publications judiciaires et 10 000 euros de frais d’avocat[68],[69].

Le , Sandra Muller est condamnée pour diffamation à 15 000 euros de dommage et intérêt. Le , elle avait écrit le tweet « .#balancetonporc !! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlent [sic] sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends », tout en faisant suivre ce message d'un autre qui contenait l'identité de la personne qu'elle accusait[70]. Ce jugement est conforme à la plaidoirie des avocats de l'accusation, qui estimaient que l'expression « Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. » relève de la « drague lourde » et de « propos déplacés », mais pas de harcèlement[71]. Pour le tribunal ; Sandra Muller a tenu des « propos diffamatoires — le délit de harcèlement étant constitué par « une répétition ou une pression grave » », elle « a manqué de prudence dans son tweet, notamment en employant des termes virulents tels que “porc pour qualifier le demandeur et “balance”, […] l’exposant ainsi à la réprobation sociale; elle a dépassé les limites admissibles de la liberté d’expression, ses propos dégénérant en attaque personnelle[72] ». En 2020, Éric Brion revient sur cette affaire dans le livre Balance ton père. Lettre à mes filles du premier accusé de #balancetonporc (Albin Michel) ; il y raconte comme cette histoire l'a conduit à tomber dans la « poubelle digitale »[73].

Le , le quotidien The New York Times révèle que Asia Argento aurait payé 380 000 dollars à Jimmy Bennett. Le jeune homme accusait l'actrice italienne, tête de proue du mouvement #MeToo, de l'avoir agressé sexuellement dans une chambre d'hôtel en Californie le , alors qu'il n'avait que 17 ans. Le versement aurait été effectué suivant un calendrier accepté par les deux parties en [74].

Le , le quotidien The New York Times révèle qu'en l'université de New York a reconnu la philosophe féministe Avital Ronell coupable de harcèlement sexuel sur un de ses élèves, Nimrod Reitman. Cette condamnation fait suite à une enquête de onze mois diligentée par l'université dans le cadre du Title IX, un amendement qui impose aux universités d'enquêter sur les harcèlement sexuels qui ont lieu dans leurs établissements. Le journal titre son article « qu'advient-il de #MeToo lorsque l'accusée est une féministe ? » et note que pour défendre l'agresseuse présumée, nombre de soutiens utiliseraient les mêmes techniques que celles dénoncées par le courant féministe : intimidation de la victime, remise en cause de sa parole, minimisation de la gravité de l'acte reproché, mise en avant des conséquences d'une plainte sur la carrière de l'auteur(e) de l'agression. Il est aussi reproché à la victime d'utiliser contre la militante féministe le Title IX qui est considéré comme un outil féministe[75],[76].

Analyses et critiques[modifier | modifier le code]

Pour Marie Allibert, porte-parole de l'association Osez le féminisme ! : « Ce que [le succès du hashtag] montre aussi, c'est l'incapacité de la police et de la justice à prendre en charge ces cas-là. Si les femmes pouvaient porter plainte simplement, sans que ce soit traumatisant pour elles, elles le feraient. Mais si elles n'arrivent pas à le faire et qu'elles préfèrent parler sur Twitter, c'est parce que c'est très, très dur encore aujourd'hui de porter plainte[77],[78]. »

Pour l'humoriste et animateur français Tex, « l’histoire de Balance ton porc c’était si vraiment on vous tape, parlez-en, mais ça c’était valable pour, on va dire, 2 %. Et c’est les 98 autres pour cent qui se sont jetés dans la brèche… C’est catastrophique Balance ton porc, et c’est catastrophique dès le départ »[79]. Il affirme plus tard que #BalanceTonPorc « C’est la fin de notre liberté. Balancer, ça veut dire trahir. On balance pas. A l’école, ceux qui balançaient, on les chopait dans un coin et on leur pétait la gueule. »[80]

Pour l'actrice française Laetitia Casta qui dit « ne pas être d'accord avec cette idée de #balancetonporc », elle considère que « ce n'est pas dans l'agressivité que l'on va faire avancer les choses », ni « dans la haine de l'homme »[81].

Le hashtag #meToo (États-Unis, Royaume-Uni) se voit reprocher de faire porter la responsabilité de dénoncer le harcèlement et les abus sexuels aux victimes, ce qui pourrait constituer un nouveau traumatisme[82],[83],[84],[85]. Certains estiment que le hashtag inspire lassitude et indignation, plutôt qu'une communication émotionnellement dense[86],[87].

En France, l'utilisation du mot « balance » est parfois prise comme un appel à la délation et critiquée à ce titre[46]. Ainsi, Le Canard enchaîné exprime son respect pour les femmes qui ont trouvé le courage de parler publiquement du harcèlement qu'elles ont subi, mais tient à souligner la crainte que l'étalement de ce type de propos sur la plateforme de réseau social plutôt que devant un tribunal ne transforme Twitter en jury populaire : « Inviter à "balancer", avec tous les risques de dérives et de dérapages que l'on sait, ce n'est pas dénoncer à la justice, c'est dans une logique de vengeance justicière, livrer des hommes à la vindicte populaire »[88]. De même, les réactions rapides des employeurs et des médias à des accusations non étayées par une enquête portent atteinte à la présomption d'innocence[89]. De plus, l'incitation à dénoncer l'agresseur fait courir aux victimes le risque d'une attaque en diffamation[14], dont Sandra Muller fait les frais deux ans après avoir lancé le mouvement en accusant un homme de harcèlement[90].

L'usage du mot « porc » est lui aussi critiqué en ce qu'il encouragerait une forme de déshumanisation des auteurs d'agression, qui mènerait à créer un rapport de domination et renforcer la « guerre des sexes »[91],[89]. L'intérêt marchand des médias et de la publicité dans la création d'une atmosphère ultrasexualisée comme dans la diffusion d'accusations non vérifiées est lui aussi pointé du doigt[89],[91].

Le journaliste et écrivain Aymeric Caron, également militant des droits des animaux, regrette aussi cette utilisation négative du mot « porc », considérée comme spéciste. Il propose les expressions alternatives #balancetonharceleur ou #balancetonweinstein[92].

La journaliste française Aude Lorriaux pense que la dénonciation du harcèlement de rue rend difficile, voire honteuse, la pratique de la drague dans les espaces ouverts, ce qui pourrait à terme réduire les occasions de mixité sociale qu'elle représente[93].

La militante américaine Tarana Burke a d'abord reproché au mouvement d'ignorer le travail des femmes noires dans la création d'un dialogue sur les agressions sexuelles. Cependant, elle a salué tous ceux qui ont participé au mouvement et a remercié Alyssa Milano d'avoir reconnu son mouvement initial[94].

La journaliste Joanna Williams du magazine Spiked (en) dénonce l'hypocrisie du mouvement #MeToo à la suite des révélations sur les viols collectifs de Telford en mars 2018 soit, le pire scandale d'abus sexuels sur des enfants et des adolescentes de Grande-Bretagne. Pour la journaliste, le silence des commentateurs sur le viol des filles de la classe ouvrière est assourdissant[95].

L'artiste Tom Connan explique quant à lui dans le journal L'Obs qu'il est nécessaire de ne pas exclure du combat les hommes, eux aussi victimes de harcèlement sexuel[96].

En France, certaines femmes des quartiers populaires se sentent par ailleurs exclues de ce mouvement de libération de la parole, qu'elles considèrent élitiste[97].

Pour le réalisateur Roman Polanski, visé par des accusations, #MeToo est « une hystérie collective, du genre de celles qui arrivent dans les sociétés de temps à autre »[98].

Pour Alain Finkielkraut, dans un entretien au Figaro, « L’un des objectifs de la campagne #BalanceTonPorc était de noyer le poisson de l’islam : oubliée Cologne, oubliée la Chapelle-Pajol, oubliés les cafés interdits aux femmes à Sevran ou Rillieux-la-Pape : on traquait le sexiste là où il était une survivance honnie et l’on couvrait du voile pudique de la lutte contre les discriminations les lieux où il façonnait encore les mœurs.[99] »

Tribune « Nous défendons une liberté d'importuner... »[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Le [100], Catherine Millet fait part à Peggy Sastre et Abnousse Shalmani de la phrase prononcée par l'éditrice de Sarah Chiche : « Aujourd'hui, La Vie sexuelle de Catherine M. ne pourrait plus être publié. » Cette phrase va les décider à écrire une tribune dénonçant un féminisme qui voudrait reléguer les femmes au « statut d'éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l'emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie »[101].

Publication[modifier | modifier le code]

La tribune est publiée le par le quotidien du Monde sous le titre « Des femmes libèrent une autre parole », intitulé modifié dans la version web du journal en « Nous défendons une liberté d'importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». La tribune est signée par plus de cent femmes dont Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie et Élisabeth Lévy. Le texte dénonce notamment #balancetonporc, traduisant selon les signataires un excès de puritanisme et accuse les réseaux sociaux d'avoir permis « une campagne de délations »[102].

Analyses[modifier | modifier le code]

Pour certains, cette tribune oppose deux clans de femmes qui co-existent en France : un courant de femmes issu de milieux privilégiés et pas forcément féministes qui revendique la liberté d'expression dans le domaine de l'art, et des féministes réunies autour du hashtag #metoo qui dénoncent une forme de pouvoir masculin[103],[104].

Pour d'autres, il s'agit d'un conflit de générations[105] où certains perçoivent en France la cohabitation de plusieurs perceptions du féminisme[106] qui s'opposeraient dans un combat idéologique autour de la définition même du féminisme[107]. Dans l'émission Stupéfiant ! du , la réalisatrice Maïwenn appelle à respecter tous les points de vue[108].

La militante féministe Caroline de Haas est à l'origine d'une tribune cosignée par une trentaine de militants féministes répondant à la tribune des 100 femmes où elles estiment que « les signataires de la tribune mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence […] [Elles] se trompent. Ce n’est pas une différence de degré entre la drague et le harcèlement mais une différence de nature […] [Elles] parlent de l’éducation à donner aux petites filles pour qu’elles ne se laissent pas intimider. Les femmes sont donc désignées comme responsables de ne pas être agressées. Quand est-ce qu’on posera la question de la responsabilité des hommes de ne pas violer ou agresser ? »[109]. En , Caroline De Haas affirme qu'« un homme sur deux ou trois est un agresseur » sexuel[110], ce qui provoque un tollé [111],[112].

Par la suite, Brigitte Lahaie, l’une des signataires de la tribune, publie un livre intitulé Le bûcher des sexes, avec une phrase en bandeau : « Ni tous des porcs, ni toutes des pures » où elle affirme que « On revient dans une société où il y a des femmes qui sont biens, et des femmes qui sont pas biens », en insistant sur la dangerosité, selon elle, d’avoir comme image que « toutes les femmes sont des victimes, et que tous les hommes seraient des agresseurs" » [113].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

L'album Brol (2018) de la chanteuse Angèle contient une chanson féministe intitulée Balance ton quoi, en référence explicite au mouvement « Balance Ton Porc ». Le clip, sorti en , est réalisé par Charlotte Abramow. On y aperçoit notamment l'acteur Pierre Niney et l'ancienne actrice pornographique Nikita Bellucci[114].

Le nom de l'émission de télévision française Balance ton post !, animée par Cyril Hanouna sur C8 depuis le , fait également référence au mouvement.

En 2020 paraît en français Balance Ta Bulle, un recueil collectif de bande dessinée dans lequel 62 autrices, dans le sillage du mouvement MeToo, évoquent des violences sexuelles et sexistes[115]. Le titre original de l'ouvrage est : Drawing Power: women's stories of sexual violence, harassment and survival. L'album remporte le Prix Eisner 2020 de la meilleure anthologie[116].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arièle Bonte, « “Me Too”, la véritable histoire d'une campagne lancée il y a 10 ans », sur rtl.fr, (consulté le 29 octobre 2017).
  2. Balla Fofana, Qui est Tarana Burke, la femme à l'origine de «#MeToo» ?, www.liberation.fr, 12 janvier 2018 (consulté le 7 mars 2018)
  3. a et b T.V. avec AFP, « "Me Too", "Quella volta che" : ces hashtags qui dénoncent le harcèlement dans le monde », sur tempsreel.nouvelobs.com, (consulté le 24 octobre 2017).
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Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]