Scandale d'Abou Ghraib

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Lynndie England tenant un prisonnier en laisse, connu pour les gardes sous le nom de « Gus », étendu sur le sol

Le scandale d'Abou Ghraib est une affaire durant laquelle des militaires de l'armée américaine et des agents de la Central Intelligence Agency ont été accusés de violation des droits de l'Homme à l'encontre de prisonniers, entre 2003 et 2004 lors de la guerre en Irak, dans la prison d'Abou Ghraib[1]. Ces prisonniers étaient physiquement et sexuellement abusés, torturés[2],[3],[4], violés[2],[3], sodomisés[4] et exécutés[5].

Ce scandale est médiatisé à l'été 2003, dans les premiers rapports d'Amnesty International faisant état de violations des droits de l'Homme à l'encontre de détenus dans les prisons irakiennes. Les premiers rapports de mauvais traitements émanent de l'ancienne prison d'Abou Ghraib dirigée par Saddam Hussein, à cette époque, récemment « libérée » par les États-Unis. Dans un article datant du , le Dr Abdel Salam Sidahmed, directeur du programme Moyen-Orient d'Amnesty International, rapporte les conditions des détenus dans la prison d'Abou Ghraib, administrée par l'armée américaine : « La célèbre prison d'Abou Ghraib, centre de torture et d'exécutions de masse au temps du règne de Saddam Hussein, reste une prison coupée du monde extérieur. Le 13 juin, des détentions à durée indéterminée sans jugement ont été rapportées. Les troupes en place auraient exécuté un prisonnier et blessé sept autres[6]. »

Presqu'un mois plus tard, le 23 juillet, Amnesty International publie un nouvel article condamnant l'armée américaine et ses atteintes aux droits de l'homme : « d'anciens détenus rapportent à Amnesty International que les personnes détenues par les militaires de la coalition étaient enfermées dans des tentes sous une chaleur insoutenable sans eau. Ils étaient forcés à faire leurs besoins dans des tranchées et n'avaient aucun vêtement de rechange – même après deux mois de détention. […] Amnesty International est informé de mauvais traitements ou de torture par les militaires de la coalition. Leurs méthodes impliquaient des privations prolongées de sommeil, des contraintes à maintenir des positions parfois extrêmement douloureuses — mélangés à l'exposition à des musiques bruyantes et à une lumière vive[7]. »

Traitement des détenus[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, les États-Unis ont adopté en Afghanistan et à Guantánamo Bay des mesures pour contourner les restrictions juridiques posées par les conventions de Genève sur le traitement et l'interrogatoire des détenus. Le gouvernement américain a laissé ces méthodes être appliquées en Irak, le commandant du centre de Guantanamo, le général Geoffrey Miller, s'est rendu à Abou Ghraib et a instauré ces méthodes dans la prison irakienne, elles constituent des traitements inhumains et dégradants, contraires aux traités internationaux : passage à tabac, mettre des détenus dans des positions stressantes, humiliantes et douloureuses, privation de sommeil, exposition à des bruits et des musiques très forts, exposition à des chaleurs extrêmes, humiliations à caractères sexuels comme forcer des hommes à porter des vêtements féminins, à se masturber ou avoir des relations homosexuelles, nudité forcée, utilisation de cagoule et autre moyen de désorientation, utilisation de chien pour faire peur aux prisonniers, des photos montrent des détenus mordus et menacés d'être attaqués par des chiens, des privations sensorielles et des régimes alimentaires limités à de l'eau et du pain, ou l'utilisation de menottes causants des lésions aux poignets. Ces techniques constituent des actes de tortures et des traitements inhumains et dégradant ayant but de "ramollir" les détenus en vue des interrogatoires. Les membres de la police militaire ont donné comme consignes aux gardiens de la prison d'Abou Ghraib de maltraiter des détenus, ce qui explique l'arrogance avec laquelle pose sur les photos les soldats chargés de surveiller les personnes en détention[8].

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans un rapport fait état de graves violations du droit international humanitaire dans les centres d'internement en Irak. Des actes de torture, d'humiliation et de mauvais traitements sont systématiquement utilisés contre des détenus suspectés de détenir des informations[9].

A la mi-octobre 2003, le CICR a rendu visite à des personnes privées de liberté qui étaient soumises à des interrogatoires de la part d'officiers de renseignement militaire dans l'unité 1A, la "section d'isolement" du centre correctionnel d'Abou Ghraib. La plupart avaient été arrêtées en octobre. Pendant la visite, les délégués du CICR ont été les témoins directs de toute une gamme de techniques utilisées pour assurer la coopération entre les personnes privées de liberté et les interrogateurs. En particulier de la pratique consistant à garder les personnes privées de liberté complètement nues dans des cellules vides et dans le noir total, apparemment pendant plusieurs jours. Lorsque ces délégués ont vu de tels cas, le CICR a suspendu ses visites tout en demandant des explications aux autorités. L'officier de renseignement militaire responsable des interrogatoires a expliqué que ces procédés faisaient "partie du processus".[9]

Le détenu Manadel al-Jamadi décède dans la prison d'Abou Ghraib après un interrogatoire durant lequel il a été torturé par des agents de la CIA et un entrepreneur privé en novembre 2003[10]. Il est physiquement agressé puis torturé par estrapade, une méthode de supplice durant laquelle la victime est pendue par une corde avec les mains attachées dans le dos. Sa mort est considérée comme un homicide par l'armée américaine[11],[12], mais aucun des deux hommes n'a été poursuivi devant les tribunaux. L'entrepreneur, quant à lui, bénéficie d'immunité[13].

Le major-général Antonio Taguba, selon les photographies prises dans la prison, explique des cas évidents de viols[14]. Un détenu d'Abou Ghraib explique aux enquêteurs avoir entendu les hurlements d'un enfant irakien se faire violer par un militaire tandis qu'une soldate photographiait la scène[15]. Le violeur présumé est identifié comme un traducteur d'origine américano-égyptienne par un témoin. Il est désormais entre les mains de la justice américaine[14]. Des photos publiées montrent aussi quelques détenues irakiennes, dont une jeune fille soulever son t-shirt pour exposer ses seins dans la nuit du 28 octobre 2003, difficile de dire si elle est y contrainte ou pas, mais dans tous les cas, cela constitue un abus et un cas d'exploitation sexuelle[14],[16]. Une photo non publiée montre un soldat américain violant vraisemblablement une détenue[14]. D'autres photos montrent des militaires agressant sexuellement des détenus lors d'interrogatoires à l'aide d'objets comme un fil de barbelé et un tube phosphorescent. D'autres photos non publiées parlent de rapports sexuels entre gardes américains et détenues irakiennes, ainsi que des cas de viols de prisonniers avec des barons, et des pratiques sexuelles entre gardes américains mais Obama avec le soutien de Taguba refuse de divulguer ces photos « ces images sont d'une atroce barbarie[14]. ».

Dans une autre affaire, des soldats sont soupçonnés d'avoir violé des prisonnières[17]. Dans encore une autre affaire, des officiels américains rapportent les cas présumés de viols à Abou Ghraib[18].

Début 2016, de nouvelles photos sont rendues publiques grâce à la bataille juridique menée par L'American Civil Liberties Union (ACLU) montrant principalement des blessures de prisonniers en Irak et en Afghanistan causées par des actes de torture[19].

Dossier d'incidents enregistrés dans le rapport Fay Jones[modifier | modifier le code]

Le rapport Fay[20] répertorie les incidents enregistrés par les enquêtes militaires américaines et a fait la liste non exhaustive d’une quarantaine d’incidents graves, d’actes de tortures, de violence, d’humiliation allant parfois jusqu’au viol et au meurtre de détenus. Les actes de tortures ont été commis par des gardiens, policiers militaires, agents de renseignement, et aussi par des « Contractor » des sous-traitants travaillant pour des sociétés privées de mercenaires, l’un d’entre eux a violé un adolescent retenu.

Incident no 1 : le 20 septembre 2003, les soldats de la coalition ont été témoins de sévices (coups, cris et prisonnier battu) sur un détenu prétendument impliqué dans l’attaque au mortier d’Abu Ghraïb perpétrés par deux soldats du Renseignement militaire. (Rapport Fay/Jones p. 71)

Incident numéro 2 : le 7 octobre 2003, une agression sexuelle a été commise sur une détenue, par trois soldats de la police militaire. (Rapport Fay/Jones p. 73)

Incident numéro 3 : le 25 octobre 2003, incidents d’abus sexuels, agression et humiliation ont eu lieu à Abu Ghraib. Détenus 27, 30 et 31 ont d’abord été intégralement dévêtus, menottés et forcés à simuler des rapports sexuels entre eux. Des photos de ces humiliations ont été prises par les bourreaux. (Rapport Fay/Jones p. 73)

Incident numéro 4 : un détenu a été victime de plusieurs abus par la police. Arrivé à la sinistre prison le 27 octobre 2003, , il a été laissé nu en isolation pendant 9 jours. Il a été battu de manière régulièrement dont avec des objets (chaises) et les policiers militaires l’ont aussi étranglé jusqu'à l’évanouissement. (Rapport Fay/Jones p. 74)

Incident numéro 5 : un détenu incarcéré en octobre 2003, a été terrorisé, brutalisé, mutilé et humilié de diverses manières : battu et frappé pendant les interrogatoires, laissé nu dans sa cellule pendant des périodes prolongées, tête recouverte et ligoté dans des positions pénibles et néfastes. Il a été sodomisé avec une matraque par une femme MP, pendant cet abus sexuel on lui a uriné dessus et des photos ont été prises au cours des sévices. À une reprise, son oreille a été coupée à telle point que des points de suture ont été nécessaires. (Rapport Fay/Jones p. 75)

Incident numéro 6 : deux prisonniers ont déclaré qu’ils ont été, avec quatre autres anciens généraux irakiens et des membres des service de renseignement de l’ancien régime irakien, maltraités physiquement et gravement blessés. Un détenu a été lacéré sur 4 cm au menton, ce qui a également été retranscrit dans les registres de la police militaire. L’autre a été frappé, roué de coups de poing, battu et forcé à ramper nu. (Rapport Fay/Jones p. 75)

Incident numéro 7 : le 4 octobre 2003, un détenu a été amené à Abu Ghraïb par la CIA et a été retrouvé mort après avoir été emmené à la salle des douches où avait eu lieu l’interrogation. « LTC » Jordan déclara que le détenu était dans le compartiment de douche, visage contre le sol, menotté dans le dos. Le corps a été secrètement transporté afin d’être autopsié. L’autopsie conclut que la mort du détenu était due à un caillot de sang dans la tête, probable résultat des blessures provoquées pendant qu’il résistait aux tentatives de maîtrise. (Rapport Fay/Jones p. 76)

Incident numéro 8 : un prisonnier irakien est resté nu dans sa cellule pendant six jours et a été immergé dans l’eau froide et dans de l’urine. Un balai était tenu contre son anus et quelqu’un lui crachait dessus pendant qu’il était battu avec le balai. (Rapport Fay/Jones p. 77)

Incident numéro 10 : un détenu a été forcé de se tenir debout sur une boîte, des fils attachés à ses mains et à son pénis. On lui a dit que s’il tombait il recevrait des décharges électriques. Six photos furent prises de cet incident et publiées dans la presse. (Rapport Fay/Jones p. 77)

Incident numéro 11 : sept détenus ont subi des sévices physiques les 7 et 8 novembre 2002. Leurs tortionnaires leur ont placé un sac sur leur tête on les a entassés et forcés à se masturber. Pendant cet événement, un des détenu a été cogné jusqu’à ce qu’il perde connaissance, un autre a été frappé à coups de poing si fort sur ses joues qu’il avait des difficultés à respirer par la suite. (Rapport Fay/Jones p. 78)

Incident numéro 12 : on a tiré sur un détenu dans les fesses avec un pistolet. (Rapport Fay/Jones p. 78)

Incident numéro 13 : un détenu non identifié a été forcé à se tenir plié en deux, en sous-vêtements, avec chaque pied posé sur une boîte différente. (Rapport Fay/Jones p. 78-79)

Incident numéro 14 : un prisonnier a été photographié avec une banane enfoncé dans l'anus, couvert d’excréments, ligoté sur un matelas en mousse entre deux brancards. À la suite de ces actes de sadisme et de barbarie, le détenu souffre de sévères problèmes mentaux et troubles psychologiques. (Rapport Fay/Jones p. 79)

Incident numéro 15 : les 26 et 27 novembre un policier irakien a été interrogé par un contractuel civil de la société de sécurité privée CACI, on l’a empêché de respirer pendant plusieurs secondes et utilisé une matraque pour pousser ou peut-être pour lui tordre les bras, provoquant des souffrances. (Rapport Fay/Jones p. 79)

Incident numéro 16 : un contractuel fit tomber un détenu d’un camion et le traîna jusqu’à la salle d’interrogatoire. (Rapport Fay/Jones p. 79)

Incident numéro 17 : le 30 novembre 2003, un détenu qui avait été amené en cellule d’isolement et qui avait été attaché, a été trouvé par les gardes des heures plus tard « couvert de sang ». (Rapport Fay/Jones p. 79)

Incident numéro 18 : le détenu 06 avait été blessé par un coup de pistolet et conduit à l’hôpital où il a été menacé de torture et de mort par des soldats. Il a affirmé qu’après être revenu de l’hôpital il avait été forcé à manger du porc, on lui a introduit de l’alcool dans la bouche et des substances « très chaudes » dans le nez et sur le front, les gardes ont frappé ses jambes « cassées » plusieurs fois avec un bâton en plastique, il a été forcé à « insulter » sa religion, on lui a uriné dessus, il a été menotté à la porte de sa cellule pendant plusieurs heures, il a été giflé à l’arrière de la tête et on a « autorisé des chiens à essayer de le mordre ». Il a affirmé avoir souffert de privation de sommeil et de menaces de viol. (Rapport Fay/Jones p. 80)

Incident numéro 19 : un prisonnier a été trouvé dans sa cellule saignant en raison d’un traitement médical, de vêtements et d’une literie inappropriés. (Rapport Fay/Jones p. 81)

Incident numéro 20 : à l'automne 2003, un détenu a été menotté à la porte de sa cellule et laissé là la moitié de la journée sans eau ni nourriture, forcé à se tenir en équilibre sur des boîtes tout en recevant des coups de poing dans ses parties génitales. (Rapport Fay/Jones p. 81)

Incident numéro 21 : un détenu a été poussé contre un mur provoquant une lésion de plus de 6 cm. Il a également vu un détenu blessé se faire battre. (Rapport Fay/Jones p. 81)

Incident numéro 22 : un détenu âgé entre 15 et 18 ans a été violé par un agent en civil. La scène a été photographiée par un soldat de sexe féminin. (Rapport Fay/Jones p. 82) les photos relatives à ce viol n’ont pas été divulguées mais sont mentionnées dans diverses sources comme Seymour Hersh.

Incident numéro 23 : le 24 novembre 2003, un détenu a été frappé contre un mur et battu. Le détenu était couché sur le ventre, les mains menottées dans le dos avec un sac sur la tête. Un soldat se tenait à côté de lui avec le canon d’une arme braqué sur sa tête. Un autre soldat était agenouillé à côté du détenu et lui administrait des coups de poing dans le dos. (Rapport Fay/Jones p. 82)

Incident numéro 24 : décembre 2003 : une photo montre un détenu accroupi sur une chaise pendant l’interrogatoire. (Rapport Fay/Jones p. 83 et 84)

Incident numéro 25 : le 24 novembre 2003, deux jours après l’arrivée d’un groupe de chiens à Abu Ghraïb, officiellement là pour trouver des armes à feu et des explosifs, plusieurs détenus ont été menacés par des chiens extrêmement agités. (Rapport Fay/Jones p. 85). Beaucoup ont été mordus par des chiens.

Incident numéro 26 : des gardes de la police militaire ont effrayé deux jeunes détenus avec un chien. (Rapport Fay/Jones p. 85)

Incident numéro 27 : en décembre 2003, un prisonnier a été mordu par un chien à la cuisse. (Rapport Fay/Jones p. 86). Plusieurs photos de morsures de chiens ont été diffusées.

Incident numéro 28 : une photo célèbre, prise aux alentours du 18 décembre 2003 montre une détenu en tenue orange de prisonnier, de nationalité syrienne, agenouillé sur le sol avec les mains liées dans le dos face à face avec un chien noir en laisse mais dépourvu de muselière. (Rapport Fay/Jones p. 86)

Incident numéro 29 : un rapport fait état de chiens présents lors des interrogatoires de son équipe le 14 décembre 2003 mais prétend que les chiens étaient muselés et tenus en laisse en permanence et ne s’approchaient qu’à une distance de 13 cm. (Rapport Fay/Jones p. 86)

Incident numéro 30 : un soldat américain rapporte que seuls les interrogations avec présence de chiens muselés ou non ont chez les détenus, causé des gênes pour les détenus des peurs extrêmes. (Rapport Fay/Jones p. 87)

Incident numéro 31 : le rapport fait également état d’exemples d’interrogatoires où la présence de chiens n’a provoqué aucune réaction chez les personnes interrogées. (Rapport Fay/Jones p. 87)

Incident numéro 32 : deux soldats ont été témoins de la manière dont un détenu, nu, a reçu un prétendu traitement plus « doux » consistant à placer un chien en train d’aboyer sur son dos.

Incident numéro 33 : une forme courante d’humiliation sexuelle infligée à plusieurs détenus consistait à leur faire porter des sous-vêtements féminins, également sur la tête. Une forme plus sérieuse consistait à raser la zone des parties génitales des détenus pour les « préparer ».

Incident numéro 34 : le premier incident de nudité forcée connu est intervenu le 16 septembre 2003, lorsqu’un détenu a été déshabillé par un interrogateur et laissé nu dans sa cellule jusqu’au lendemain.

Incident numéro 35 : le 19 septembre 2003, un détenu âgé de 17 ans a été interrogé toute la nuit, nu, avec seulement un sac sur les parties génitales, pendant la cession il lui était ordonné de lever les mains, l’obligeant ainsi à découvrir ses parties génitales.

Incident numéro 36 : en octobre 2003, pendant un interrogatoire, un soldat a ordonné à un détenu de soulever sa tenue de prisonnier jusqu’à la taille, faisant comprendre au détenu qu’il serait déshabillé s’il ne coopérait pas. Bien que la scène ait été observée par un supérieur, il n’a pas pris de mesure pour intervenir. (Rapport Fay/Jones p. 90)

Incident numéro 37 : des photos prises en octobre 2003 montrent des prisonniers nus et enchaînés, soit à la porte de leur cellule, soit à leur lit, cagoulés ou portant des sous-vêtements féminins sur la tête. (Rapport Fay/Jones p. 91)

Incident numéro 38 : 11 photos ont été prises et publiées le 28 octobre 2003, et publiées dont deux très jeunes filles détenues, arrêtées pour soupçons de prostitution. Les deux jeunes femmes prennent des poses[21], les photographes étant identifiés comme Sabrina Harman et Garner. Sur l’une d’entre elles, une détenue soulève son T-shirt et montre ses seins. Difficile de savoir s'il y a eu coercition ou pas, mais cela constitue une forme d’exploitation sexuelle ((Rapport Fay/Jones p. 91). On nous apprend aussi que les deux jeunes filles flirtaient avec deux policiers militaires.

Incident numéro 39 : le 16 novembre 2003, une détenue est déshabillée et mise en sous-vêtements pour « comportement non coopératif ». Les soldats chargés de l’interrogatoire ont mis fin à l’interrogatoire et ont forcé la prisonnière à marcher à travers le camp en sous-vêtements et avec une couverture. Les deux soldats chargés de l’interrogatoire ont simplement été rappelés à l’ordre par leur supérieur pour avoir risqué de déclencher des émeutes, et se sont vus retirer l’autorisation de pratiquer des interrogatoires. (Rapport Fay/Jones p. 91)

Incident numéro 40 : après qu’un détenu ait été abattu après avoir obtenu une arme avec l’aide de complice parmi les gardes irakiens et tiré sur des soldats américains, 11 policiers irakiens ont été placés en détention et des mesures sévères, interdites, ont été employées, comme l’utilisation de chiens et la nudité forcée. (Rapport Fay/Jones p. 91)

Incident numéro 41 : de la documentation prouve que les supérieurs et les responsables militaires étaient au courant de la pratique de la torture, de l’utilisation de la nudité et des humiliations sexuelles comme technique d’interrogatoire , et de cellules d’isolement à Abu Ghraïb (Rapport Fay/Jones p. 93)

Incident numéro 42 : le 15 septembre 2003, l’isolement et des mesures de privations sensorielles ont été infligés à un détenu. (Rapport Fay/Jones p. 93)

Incident numéro 43 : en octobre 2003, un détenu a été menacé de la cellule d’isolement, il s’est ensuite trouvé dans cette cellule couché sur le sol, complètement nu et la tête couverte jusqu’à la lèvre supérieure. (Rapport Fay/Jones p. 94)

Incident numéro 44 : le 8 décembre 2003, les interrogateurs ont dit à un détenu qu’il était « prévu qu’il soit transféré en isolement et au trou. » Aux alentours de ce moment, plusieurs événements ont eu lieu : « la police militaire utilisait les détenus comme mannequins d’entraînement. Ils frappaient les détenus pour s’entraîner. Ils leur administraient des coups dans le cou et les assommaient. Un détenu était tellement effrayé ; le policier militaire lui tenait la tête et lui dit que tout allait bien se passer, il l’a ensuite frappé. Le détenu demandait pitié et le policier militaire trouvait ça amusant. » (Rapport Fay/Jones p. 95)

Couverture médiatique[modifier | modifier le code]

Premiers rapports d'Associated Press[modifier | modifier le code]

Le , The Associated Press publie un long article[22] sur les traitements inhumains, tortures et exécutions qui se déroulent à Abou Ghraib et d'autres prisons américaines localisées en Irak. Cet article s'appuie sur des entretiens avec d'anciens détenus, racontant au journaliste Charles J. Hanley des cas d'intimidation par des chiens de garde et d'humiliation[23]. L'article attire l'attention des médias[24].

Tandis que l'armée américaine admet des cas d'abus au début de 2004, une attention médiatique locale encore plus grande se fait sentir. Le 16 janvier 2004, l'United States Central Command informe les médias d'une enquête officielle concernant des cas d'agressions et d'humiliations envers des détenus irakiens par un groupe de soldats américains. Le 24 février, 17 soldats sont suspendus de leurs fonctions. L'armée annonce le 21 mars 2004 le passage de six soldats devant les tribunaux[25],[26].

60 Minutes II[modifier | modifier le code]

Lynndie England pointant du doigt un prisonnier dénudé forcé à se masturber devant ses oppresseurs[27]

Ce n'est qu'à partir de fin avril 2004 que le programme télévisé américain 60 Minutes II (en) débute son enquête sur ces abus, montrant de nombreuses photos de tortures prises au sein de la prison[28]. La diffusion de cette enquête télévisée est retardée à la suite d'une demande effectuée par le général et chef d'état-major du département de la Défense, Richard Myers. Après avoir appris la publication imminente d'un article du New Yorker à ce sujet, CBS décide de diffuser son programme le 28 avril 2004[29].

Dans ce programme, Dan Rather interviewe le général Mark Kimmitt, dirigeant des opérations de la coalition en Irak : « La première chose que je dirais, c'est que nous sommes également consternés. Ce sont nos camarades. Ce sont des gens avec qui nous travaillons tous les jours, et qui nous représentent. Nous portons le même uniforme, et ils déshonorent leurs camarades […][28]. » Kimmitt explique également : « Je voudrais bien rester assis ici en disant qu'il ne s'agit que du seul cas d'abus de prisonniers dont nous nous soucions, mais nous savons qu'il y a eu beaucoup de cas similaires depuis que nous avons débarqué en Irak[28]. »

Articles du New Yorker[modifier | modifier le code]

Un article datant de mai 2004 rédigé par Seymour M. Hersh du New Yorker parle en détail de ces atrocités. Le New Yorker, sous la direction de l'éditeur David Remnick, poste un rapport de Hersh sur son site web, accompagné d'images de torture prises par les soldats dans la prison. L'article, intitulé Torture at Abu Ghraib, est suivi deux semaines plus tard par deux autres sur le même sujet, intitulés Chain of Command et The Gray Zone[29]. Les sources gardées secrètes de Seymour Hersh mentionnent l'existence d'un programme d'interrogatoire du nom de « Copper Green », un mauvais usage officiel et systémique des méthodes de torture.

Autres preuves de torture[modifier | modifier le code]

Le soldat américain Spc. Graner frappant, ou faisant semblant de frapper, des prisonniers irakiens menottés

Selon Donald Rumsfeld, secrétaire de la Défense, de nombreuses autres vidéos et photos d'abus prises à Abou Ghraib existent. Des photos et vidéos ont été révélées à des avocats par le Pentagone lors d'un entretien privé le . Les avocats s'accordent à dire qu'elles sont pires que celles précédemment publiées par les médias. Le sénateur Ron Wyden donne son avis sur ces photos expliquant qu'elles sont « significativement pires que tout ce que je pouvais imaginer […] Prenez le pire des cas, et multipliez plusieurs fois la gravité de la situation. » La politicienne Ellen Tauscher (en) donne sa version et explique que ces photos ne sont « dramatiquement pas différentes[30]. » Un membre du département de la Défense explique que toutes ces photos impliquaient pornographie entre soldats américains, et ne montraient aucun abus envers des détenus[31].

Ameen Saeed Al-Sheik, le détenu immatriculé 151362, rapporte certains faits au Washington Post en mai 2004 : « Ils ont dit, 'on va vous donner l'envie de crever mais ça n'arrivera pas' […] Ils m'ont mis nu. L'un d'entre eux m'a dit qu'il me violera. Il a dessiné une femme sur mon dos et m'a mis dans une position indécente en me tenant le derrière[32]. » « L'un d'entre eux m'a demandé 'Tu pries Allah ?'. J'ai répondu 'oui'. Il m'a répondu, 'va te faire [injure] et lui avec'. L'un d'entre eux m'a ensuite dit, 'tu repartiras pas d'ici indemne, mais en fauteuil roulant'. Puis il m'a demandé, 't'es marié ?' et j'ai répondu 'oui'. L'un d'eux a répondu, 'si ta femme te voyait comme ça, elle aurait honte, mais elle aurait pas le temps vu comment je la bourrinerais' [...] Il m'a ensuite demandé de remercier Jésus pour me laisser en vie [...] Je lui ai dis, 'je crois en Allah', puis il a répondu, 'moi, je crois en la torture et c'est ce que je vais te faire'[32]. »

The New York Times rapporte, le 12 janvier 2005, d'autres témoignages sur les atrocités perpétrées à Abou Ghraib. Les soldats s'amusaient à :

  • uriner sur les détenus ;
  • sauter sur la jambe d'un détenu (sur une blessure déjà faite par balle) afin qu'elle ne puisse pas guérir correctement ;
  • continuer à tâter la jambe avec un morceau de ferraille pliable ;
  • saupoudrer de l'acide phosphorique sur les détenus ;
  • sodomiser les détenus à l'aide d'un bâton ;
  • accrocher une corde aux jambes ou au pénis des détenus et les traîner sur le sol[33].

Dans une vidéo, une garde affirme que les prisonniers étaient tués à la moindre incartade, et explique qu'ils sont même en possession de serpents venimeux afin de mordre et tuer les prisonniers. La garde explique qu'elle « aurait des problèmes » pour avoir jeté des pierres sur les détenus[34].

Hashem Muhsen, l'un des détenus de la prison, explique que les détenus étaient forcés à ramper sur le sol et à être attachés comme des mulets par les soldats américains. Après sa libération en janvier 2004, Muhsen s'oriente vers une carrière de policier irakien[35].

Le département de la Défense découvre la mort par torture d'un des détenus, Manadel al-Jamadi. Sa mort est considérée comme un homicide par l'armée américaine[11]. Un détenu clame qu'il aurait été sodomisé. Le Taguba Report (en) trouve la thèse de la sodomie (« sodomiser un détenu avec un bâton lumineux, voire avec un manche à balai ») tout à fait crédible[36].

Suite judiciaires et poursuites réelles ou symboliques[modifier | modifier le code]

Seul un haut gradé a été condamné, Le général Janis Karpinski pour « manquements graves à ses devoirs »[37]. Le reste des condamnations concerne surtout les soldats présents sur les photos (Graner condamné à 10 ans de prison, England à 3 ans, Harman à 6 mois etc.).

Les principaux responsables comme le général Geoffrey Miller n’ont pas été poursuivis.

Une ancienne détenue de la prison d’Abou Ghraib, Jameelah Abbas Hameedi a, avec un ancien détenu de Guatanamo poursuivi Georges Bush, Dick Cheney, Donald Rumsfeld et leurs conseillers juridiques Alberto Gonzales, David Addington, William Haynes, Jay Bybee et John Yoo ont été jugés par contumace en américains pour crimes contre l’humanité, et réussie à obtenir leur condamnation symbolique dans un tribunal de Kuala Lumpur en Malaisie source http://anotherbrickinwall.blogspot.fr/2009/10/war-crime-commission-hearing-statutory.html et http://criminalisewar.org/press-release-tribunal-hears-witness-testimonis-of-horrific-tortures/ Jameelah Abbas Hameddi portait le numéro 157574, avant d’être amenée à la prison d’Abou Ghraib, les forces américaines l’ont rudement battue et gravement blessée à la jambe. Elle a été battue avec un baton en plastique, dont un morceau lui est entré dans la jambe. Elle a été mise en sous-vêtements et battue avec son neveu, nu quant à lui, pendant des heures, puis du rester debout pendant des heures sous peine d’être battue à nouveau. Sa fille a également été arrêtée avec elle, et les américains menacèrent de la violer et de la tuer si Madame Abbas Hameedi ne coopérait pas. La détenue a du subir une opération de la jambe, à vif sans anesthésie pour retirer les éclats de plastique. Jameelah a aussi été utilisée comme bouclier humain par les troupes américaines[réf. nécessaire].

Lors de son arrivée à Abou Ghraib, Elle a pu voir un médecin qui lui a prescrit des médicaments, mais les interrogateurs américains lui ont interdit tout traitement. Elle a été enfermée dans une petite cellule de deux mètres sur deux où il faisait froid pour aggraver ses blessures et laisser sa jambe s’infecter, et elle voyait et entendait près de sa cellule des détenus se faire torturer à l’eau froide et menacés par des chiens. On ne lui a jamais donner de vêtement propre, la nourriture était horrible. Elle est libérée le 22 juin 2004, et garde de graves séquelles à sa jambe à la suite des coups et de l'interdiction de traitements médicaux[réf. nécessaire].

Réactions[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  2. a et b Seymour M. Hersh, « Chain of Command », The New Yorker,‎ (consulté le 13 septembre 2011) : « NBC News later quoted U.S. military officials as saying that the unreleased photographs showed American soldiers “severely beating an Iraqi prisoner nearly to death, having sex with a female Iraqi prisoner, and ‘acting inappropriately with a dead body.’ The officials said there also was a videotape, apparently shot by U.S. personnel, showing Iraqi guards raping young boys.” »
  3. a et b Mark Benjamin, « Taguba denies he's seen abuse photos suppressed by Obama: The general told a U.K. paper about images he saw investigating Abu Ghraib – not photos Obama wants kept secret. », Salon.com,‎ (consulté le 6 juin 2009) : « The paper quoted Taguba as saying, "These pictures show torture, abuse, rape and every indecency." [...] The actual quote in the Telegraph was accurate, Taguba said – but he was referring to the hundreds of images he reviewed as an investigator of the abuse at Abu Ghraib prison in Iraq ».
  4. a et b Seymour Myron Hersh, « The general's report: how Antonio Taguba, who investigated the Abu Ghraib scandal, became one of its casualties. », The New Yorker,‎ (consulté le 17 juin 2007) : « Taguba said that he saw "a video of a male American soldier in uniform sodomizing a female detainee". ».
  5. Joan Walsh, Michael Scherer, Mark Benjamin, Page Rockwell, Jeanne Carstensen, Mark Follman, Page Rockwell et Tracy Clark-Flory, « Other government agencies », The Abu Ghraib files, salon.com,‎ (consulté le 24 février 2008) : « The Armed Forces Institute of Pathology later ruled al-Jamadi's death a homicide, caused by "blunt force injuries to the torso complicated by compromised respiration." ».
  6. « Iraq: Human rights must be foundation for rebuilding », sur http://www.amnesty.org, Amnesty International,‎ (consulté le 22 avril 2014).
  7. « Iraq: Continuing failure to uphold human rights », sur http://www.amnesty.org, Amnesty International,‎ (consulté le 22 avril 2014)
  8. « Abou Ghraib: La triple faute américaine », sur Human Rights Watch (consulté le 12 mars 2016)
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  10. (en) Tom Head, « The Crucifixion of Manadel al-Jamadi », sur about.com (consulté le 1er mai 2005).
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  15. Scott Higham et Joe Stephens, « New Details of Prison Abuse Emerge »,‎ (consulté le 19 septembre 2011) : « Hilas also said he witnessed an Army translator having sex with a boy at the prison. », A01.
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  23. Charles J. Hanley, « Early accounts of extensive Iraq abuse met U.S. silence », Southeast Missourian,‎ (lire en ligne).
  24. Greg Mitchell, « Four Years Later: Why Did It Take So Long for the Press to Break Abu Ghraib Story? »,‎ (consulté le 15 juin 2013).
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  33. (en) Kate Zernike, « Detainees Depict Abuses by Guard in Prison in Iraq », New York Times,‎ (consulté le 22 mai 2008).
  34. Gethin Chamberlain, « Chilling new evidence of the brutal regime at Iraqi prison », The Scotsman, Édimbourg, Écosse,‎ (lire en ligne).
  35. « Former Iraqi Prisoners Recount Abuse – Former Iraqi Prisoners Recount Mistreatment by U.S. Soldiers », ABC News (consulté le 19 juillet 2008).
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Hersh, Seymour M. Chain of Command: The Road from 9/11 to Abu Ghraib. New York: HarperCollins, 2004. ISBN 0-06-019591-6.
  • (en) Clemens, Master Sergeant Michael, Special Investigator, The Secrets of Abu Ghraib Revealed: American Soldiers on Trial. Dulles, VA: Potomac Books, Inc., 2010. ISBN 1-59797-441-2.
  • (en) Tucker, Bruce and Sia Triantafyllos, « Lynndie England, Abu Ghraib, and the New Imperialism », Canadian Review of American Studies, vol. 38, no 1,‎ , p. 83–100 (DOI 10.3138/cras.38.1.83)
  • (en) Michael Clemens, The Secrets of Abu Ghraib Revealed: American Soldiers on Trial, Potomac Books,‎ (ISBN 1-59797-441-2, lire en ligne).
  • (en) Philip Zimbardo, The Lucifer effect: How good people turn evil, Rider,‎ (ISBN 978-1-84604-103-7, lire en ligne).

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