Une femme à Berlin

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Une femme à Berlin (Eine Frau in Berlin) est un récit autobiographique anonyme d'une jeune Allemande qui relate sous la forme d'un journal entre le 20 avril et le la chute de Berlin et l'arrivée des Soviétiques en 1945 qui se livrent à cette occasion pendant plusieurs mois à des viols massifs. Publié pour la première fois en 1954 aux États-Unis[1], une édition en 2003 révéla l'identité de l'auteure : Marta Hillers.

Une illustration du contexte : Berlin, année zéro. Après la prise de la ville par l'armée rouge en mai, état des rues en juillet 1945. La nation est brisée, ses élites politiques ont disparu, ses hommes en armes démobilisés. Ne restent que les femmes allemandes pour retirer les décombres.

Le témoignage[modifier | modifier le code]

Le texte décrit la vie quotidienne des Berlinois et surtout des Berlinoises, livrés à eux-mêmes dans le chaos de la débâcle allemande, et l'attente dans l'angoisse de l'arrivée imminente du vainqueur russe. Les habitants, tenaillés tant par la faim tout que par la peur, sont entièrement mobilisés par la recherche du minimum vital.

L'occupation soviétique se révèle rapidement être un cauchemar pour les femmes, reléguées au statut de gibier sexuel pour la soldatesque russe. On estime que cent mille femmes ont été violées à Berlin durant cette période[2]. Cependant, malgré l'horreur, l'auteure garde un vision très humaine et jamais manichéenne : elle n'exprime aucune haine à l'égard de l'occupant et parvient, malgré la souffrances et les humiliations, à faire la part des choses – non sans humour – avec un recul étonnant de la part d'une jeune femme prise dans une telle tourmente. Avec un regard acéré, elle montre l'ampleur du ressentiment de ses compatriotes à l'égard d'Hitler (qui finit par s'exprimer alors que les Berlinois sont terrés dans les sous-sols, les unités soviétiques ayant investi la surface), mais aussi les petites et grandes mesquineries qui révèlent la véritable nature des uns et des autres lorsque l'ordre social est bouleversé.

L'auteure étant libre de ses opinions (aucun mari ou membre de sa famille à ses côtés — elle indique à son entourage dans les abris qu'elle « prend juste des notes »), cet écrit préfigure donc, malgré sa diffusion décalée auprès du public allemand, la période de réalisme en littérature qui va succéder à l'effondrement de l'idéologie politique dominante l'année 1945. En particulier, au moment de l'arrivée des troupes soviétiques dans la ville, elle évoque son étonnement de découvrir des femmes parmi les sous-officiers de l'Armée rouge[3], étrangeté pour elle de la condition féminine en URSS là où les femmes sous le Troisième Reich évoluaient dans des limites continuatrices du triptyque des 3K.

La réception[modifier | modifier le code]

Ce journal fut la première fois publié en 1954, en langue anglaise, et diffusé aux États-Unis, en Italie, au Danemark, en Suède, en Norvège, aux Pays-Bas, en Espagne et au Japon. L'accueil en Allemagne, lors de la première parution du journal en 1959, a été très mauvais[2]. Les souvenirs étaient sans doute encore trop vifs pour s'attaquer à un tel tabou.

Dans le bouillonnement d'idées de mai 1968, des photocopies du texte circulèrent dans les universités allemandes et procédèrent de la réflexion concernant la révolution sexuelle en Allemagne, apportant ce témoignage pour pointer du doigt la domination masculine dans la société civile.

Ce n'est qu'en 2003, deux ans après la mort de l'auteure, qu'une nouvelle édition a permis aux Allemands, dans un pays apaisé, de redécouvrir une page tragique de leur histoire tout en suscitant un débat historiographique.

L'auteure[modifier | modifier le code]

Avec la nouvelle édition en 2003, l'identité de l'auteure est révélée par un rédacteur du quotidien Süddeutsche Zeitung, Jens Bisky : il s'agissait de Marta Hillers, qui était une journaliste.

Jens Bisky retrace également son parcours professionnel et géographique et s'interroge sur la nature de ce document historique.

s'interrogeant à plusieurs reprises sur son profil politique, notamment sous la dictature nazie. En effet, selon Jens Bisky, la conception du manuscrit peut susciter des doutes dans la mesure où la première édition, américaine, fut menée sous la responsabilité de Kurt W. Marek (1915-1972), un auteur « spécialisé dans le montage de journaux autobiographiques ou la littérarisation des témoignages ». De plus, dans la postface de 1954, ce même Marek ne cache pas la visée de propagande anti-soviétique peu après la fin de la guerre de Corée et alors que la guerre froide fait rage. La question se pose donc si la jeune journaliste a produit seule le manuscrit de 121 pages tapées à la machine duquel est tiré le texte publié en 1954. Les éditions Eichborn ont finalement finalement confié une mission d'expertise au romancier Walter Kempowski qui n'a pas réussi à faire la lumière sur le rôle de Marek dans l'écriture du texte – sachant que c'est la veuve de ce dernier qui détient les droits sur ce texte…

Filmographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Edition française[modifier | modifier le code]

  • Une femme à Berlin, Anonyme, Journal (20 avril-22 juin 1945), coll. « Témoins », Gallimard, 2006. Présentation de Hans Magnus Enzensberger, traduction de Françoise Wuilmart.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la présentation de Hans Magnus Enzensberger pour l'édition française chez Gallimard, collection Témoignages, 2006.
  2. a et b HM Enzensberger op. cit. page 9.
  3. lire l'article en anglais Women in the Russian and Soviet military.
  4. http://espacego.com/saison-2016-2017/une-femme-a-berlin/.

Articles connexes[modifier | modifier le code]