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Esprit de corps

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L'esprit de corps est, en sociologie et en psychologie, un sentiment d'appartenance à un même groupe et une loyauté à ses pairs qui en font partie. Souvent fondé sur des expériences communes (positives comme négatives), l'esprit de corps se fonde sur le sentiment de constituer un groupe à part. Le corollaire de cet esprit d'appartenance est que, lorsque la survie ou les intérêts du corps sont menacés, ses membres se mobilisent en sa faveur : ils « font corps ». L'expression est notamment utilisée dans l'ouvrage de Pierre Bourdieu La Noblesse d'État. Grandes écoles et esprit de corps.

Définition

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Dans son sens positif, l'esprit de corps permet par exemple à une armée de vétérans d'avoir une meilleure discipline et une confiance accrue, ou à une équipe sportive de mieux résister aux revers (il se rapproche alors de l'esprit d'équipe, mais à un niveau plus profond).

Dans son sens négatif, l'esprit de corps pousse ses tenants à se coopter dans un cercle fermé, à tolérer voire couvrir les abus de leurs camarades, à tricher dans le sens de leurs intérêts, ou à « se faire justice eux-mêmes ». C'est souvent ainsi qu'on le perçoit de l'extérieur et qu'on le stigmatise, puisque son autre forme est relativement banalisée.

L'esprit de corps ne doit pas être confondu avec la simple loyauté (ou alors une loyauté exacerbée et refermée sur elle-même). La loyauté est un penchant individuel, avec parfois des effets plus larges, et peut s'appliquer à un objet extérieur (le roi, un dictateur idolâtré, la Nation, etc.) ; l'esprit de corps est par nature un phénomène collectif, qui ne peut s'appliquer qu'au groupe lui-même.

Ce n'est pas non plus la simple discipline, qui se limite au respect des ordres et peut s'obtenir par la contrainte, alors que l'esprit de corps naît de l'expérience et peut pousser à la désobéissance.

Institutions connues pour leur esprit de corps

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Esprit de corps dans les armées

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Les armées favorisent un esprit de corps, notamment dans les forces d'élite comme la Légion étrangère, la Légion espagnole, les US Marines, les régiments de la garde royale britannique (Guards Division), ou les commandos, qui ont des membres en petit nombre. Les sapeurs-pompiers qui sont d'ailleurs, aussi réunis en corps départementaux ou communaux, ainsi que les marines nationales. Les écoles militaires cherchent à créer l'esprit de corps pour renforcer l'armée.

Esprit de corps dans les grandes écoles

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Les grandes écoles françaises ont été analysées comme étant créatrices d'un esprit de corps plus ou moins fort selon l'école et selon le temps. L'École nationale d'administration (devenue Institut national du service public) a été analysée par Pierre Bourdieu comme étant productrice d'un esprit de corps singulier, lié aux notions de service public et d'intérêt général[1]. Jean-François Kesler trouve toutefois dans une étude sociologique que « l'esprit de corps des anciens élèves de l'ENA est beaucoup plus faible que celui des anciens polytechnciens »[2]. Les grands corps de l'État seraient bien plus marqués par l'esprit de corps[2].

Esprit de corps dans le clergé

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Le clergé catholique dispose d'un esprit de corps.

Références

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  1. Pierre Bourdieu, La noblesse d'état: grandes écoles et esprit de corps, Les Éd. de Minuit, coll. « Le sens commun », (ISBN 978-2-7073-1278-5)
  2. a et b Jean-François Kesler, L' ENA, la société, l'état, Berger-Levrault, coll. « L'administration nouvelle », (ISBN 978-2-7013-0622-3)

Articles connexes

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