Crime d'honneur

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Un crime d’honneur est un crime perpétré en réaction à un comportement perçu comme ayant apporté le déshonneur à une famille et ayant donc enfreint le code d’honneur. L'immense majorité des victimes, qui ne sont pas nécessairement auteurs des faits reprochés, sont des femmes.

Ces crimes sont typiquement le fait de membres de la famille de la victime ou de la proche communauté et, contrairement aux crimes dits passionnels, sont prémédités.

Définition[modifier | modifier le code]

L’ONG Human Rights Watch donne la définition suivante des meurtres pour l’honneur[1] :

« Les crimes d’honneur sont des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d’une famille à l’encontre de ses membres féminins, lorsqu’ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière. Une femme peut être la cible d’individus au sein de sa propre famille pour des motifs divers, comprenant : le refus de participer à un mariage arrangé, le refus des faveurs sexuelles, la tentative de divorce — que ce soit dans le cadre de la violence conjugale exercée par son mari ou dans un contexte avéré d’adultère. La simple interprétation selon laquelle son comportement a “déshonoré” sa famille est suffisante pour enclencher une représaille. »

Sociologie[modifier | modifier le code]

« Cette tendance n’oblitère en rien le fait que les passions tristes soient ressenties par tous les humains quel que soit le sexe »[2].

Ainsi, les « jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s'habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité »[3]. « La simple interprétation selon laquelle son comportement a "déshonoré" sa famille est suffisante pour enclencher des représailles »[2].

« La particularité est que l’adultère féminin trouble les lignages et les transmissions, alors que l’adultère masculin n’est pas perçu comme gênant. S’instaure un climat de terreur comportant des victimes pour l’exemple, amenant les femmes à se soumettre plus encore à l’ordre moral implicite de la collectivité »[2].

Selon Amnesty International, le crime d'honneur est une « pratique ancienne consacrée par la culture plutôt que par la religion »[4]

Criminologie[modifier | modifier le code]

En criminologie, le crime dit d’honneur est relié à des caractéristiques de psychologie comportementale invoquant les sentiments que sont la jalousie et la perception d’offense liée à l’adultère ou même la victime du viol. Le HCR mentionne que « les demandes d’asile sont aussi faites par des personnes d’orientation LGBT qui subissent les meurtres d’honneur autant que des violences physiques ou sexuelles. Sa survenue dépend de manière importante du consensus social lié aux libertés des femmes dans les pays concernés »[5],[2].

La fondation de droit suisse SURGIR qui siège à titre consultatif à l'ONU, se penche sur les cas des « femmes assujetties à des traditions criminelles » et déplore les « 15 000 et 20 000 femmes (qui) sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l'opprobre de la communauté »[6],[3]. Selon l’ONU en 2006, il y en aurait 5 000 par an[7].

Les victimes d'un crime d'honneur subissent meurent par lapidation, empoisonnement ou jet d’acide (brûlures). Ces meurtres sont considérés comme un « rite de purification » pour la famille ou le village[7].

Dans le monde[modifier | modifier le code]

Les crimes d'honneur sont pratiqués au Proche et Moyen-Orient, en Europe, en Asie et même en Amérique du Sud (Argentine ou Venezuela)[7].

Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

Le meurtre pour l’honneur est une pratique que l’on peut observer (même si elle n’est pas légitime pour de nombreux habitants de ces pays) dans certains États du Proche et du Moyen-Orient, notamment au Pakistan, en Iran, au Bangladesh, en Égypte, en Jordanie, dans les Territoires palestiniens, ou encore en Turquie. Ces crimes s'appuient principalement mais non exclusivement sur la culture musulmane et la loi islamique, la charia, et ne sont donc pas passibles des tribunaux[7],.

Selon la Commission des droits de l’homme du Pakistan (HRCP), 636 femmes sont mortes d’un crime d’honneur en 2007[8]. En 2013, selon la Commission nationale des droits de l’Homme, ce sont près de 1 000 femmes ou adolescentes qui ont été tuées sous prétexte d’avoir déshonoré leur famille, le plus souvent en toute impunité. L’une d'entre elles était enceinte de trois mois[9]. Le cas de Qandeel Baloch a été quelque peu médiatisé : la blogueuse et chanteuse pakistanaise a été assassinée par son frère le 15 juillet 2016, qui a invoqué le crime d’honneur[10],[11].

Au moins 288 femmes ont péri en Turquie entre 2001 et 2008 victimes de crimes d’honneur, selon une étude universitaire menée par l’université Inönü de Malatya. Les « meurtres traditionnels » décrits par l’étude sont plus répandus dans l’est de la Turquie. Le gouvernement et les associations ont accru leurs efforts au cours des dernières années pour éradiquer les crimes d’honneur[12].

Women Abuse (en cours de production) est un court métrage de Pierre Rehov sur les crimes d'honneur et la maltraitance des femmes dans les Territoires palestiniens.

Europe[modifier | modifier le code]

Histoire en Europe[modifier | modifier le code]

Auparavant, les crimes d'honneur étaient tolérés dans certains pays, comme le Royaume de Naples.

En 1546, Isabella di Morra, jeune poétesse de Valsinni en Basilicate, est assassinée par ses frères qui soupçonnent une liaison avec un homme marié[13].

Dans la nuit du 16 au 17 octobre 1590, Carlo Gesualdo, neveu du cardinal Charles Borromée et compositeur, assassine à Naples sa femme Maria d’Avalos et son amant Fabrizio Carafa, duc d’Andria qu’il a surpris en flagrant délit d’adultère au domicile conjugal. Après une enquête instruite par les juges de la Grand-Cour du vicariat de Naples, il ne fut pas condamné.

Localisation[modifier | modifier le code]

En Europe, les crimes d’honneurs sont un phénomène qui, par le passé, a touché principalement quelques régions du sud de l’Europe telles que l'Italie méridionale ou l’Albanie.

Selon une analyse des meurtres d'honneur déclarés, commis entre 1989 et 2009 et ayant fait 230 victimes, la majorité (96 %) des meurtriers d'honneur en Europe étaient immigrés et/ou musulmans[14],[3]. Les autres étaient le fait de communautés sikhs, hindoues et chrétiennes[3]

En Albanie, la pratique du Kanun, un code d’honneur qui fixe les règles de comportement incite à la pratique de la vendetta et des crimes d’honneur[15],[16],[17] .

Recrudescence actuelle[modifier | modifier le code]

En 2013 à Rosarno (Calabre, Italie) un jeune homme de 20 ans, Francesco Barone, fils d’un chef mafieux local, tue sa mère pour la punir d’entretenir une relation extra-conjugale avec un chef mafieux rival, Domenico Cacciola (qui a depuis disparu), durant la détention de son mari[18],[19].

Les crimes d'honneur sont réapparus en Europe occidentale auprès des personnes musulmanes ou originaires du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Asie[20],[3].

En mars 2011, l'Institut Max Planck publie une étude historique sur les crimes d'honneur. L'étude analyse notamment tous ces crimes connus ayant eu lieu en Allemagne entre 1996 et 2005. Elle constate qu'il y a eu deux crimes d'honneur en 1998, douze en 2004, plus de soixante en 2016, soit une augmentation de 400 %. « Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l'opprobre de la communauté »[3].

Selon l'ONG SURGIR, « aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l'honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, 72 jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques » et appelle les Etats européens à prendre des mesures[3].

  • En Italie, en 2006, Hina Saleem (it), une jeune Pakistanaise de 21 ans, est assassinée à Sarezzo (Lombardie) par ses parents et des membres de sa famille qui n’acceptaient pas sa relation avec un Italien et sa vie jugée « trop occidentale »[21]. Hina s’était également opposée à un mariage arrangé.
  • Toujours en Italie, en 2009, Sanaa Dafani, une jeune Marocaine de 18 ans résidant avec sa famille à Pordenone (N.-E.), est égorgée par son père qui lui reprochait d’être « trop occidentale » et d’avoir une relation avec un Italien[22]. Il sera condamné définitivement à 30 ans de prison en 2012[23].
  • En 2010 à Modène (Italie), un Pakistanais, aidé de son fils, « punit » à coups de barre d’acier et de pierre son épouse et sa fille qui refusaient un mariage arrangé. La mère succombera à ses blessures[24],[3].
  • Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur[27].
  • En Grande-Bretagne, l’association IKWRO (Iranian and Kurdish Women’s Rights Organisation) a recensé 2 823 agressions (séquestrations, coups, brûlures, homicides) commises en 2010 contre des femmes sous prétexte de « venger l’honneur d'une famille »[28].
  • En Suède, plusieurs cas de crimes liés à l’honneur ont été médiatisés au cours des dernières années. Le cas le plus connu est celui de Fadime Sahindal, une jeune femme de 25 ans, d’origine kurde (Turquie) résidente en Suède depuis ses 7 ans, assassinée par son père le 21 janvier 2002 à Uppsala. Fadime refusait le contrôle social que son entourage exerçait sur elle et avait notamment refusé un mariage arrangé avec un cousin. Quelques mois avant d’être assassinée, en novembre 2001, Fadime avait prononcé un discours au Parlement suédois afin de sensibiliser les parlementaires à la problématique des violences et crimes liés à l’honneur sur le territoire suédois[29].

La véritable ampleur du problème du crime d'honneur en Europe reste inconnue car beaucoup de ces crimes n'ont pas de statistiques fiables, certains sont travestis en « litiges domestiques », en « suicides » ou restent non déclarés car la loi du silence prévaut[20],[3]. D'autres désignent un meurtrier mineur, sachant que la législation sera moins sévère à son égard[3].

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Integration of the human rights of women and the gender perspective: Violence Against Women and « Honor » Crimes, Human Rights Watch, 6 avril 2001
  2. a b c et d Ben Dao, « Point de droit : Qu’est-ce qu’un crime d’honneur », sur abamako.com, (consulté le 15 février 2020)
  3. a b c d e f g h i et j Benoît Vitkine, « Les crimes d'honneur, une réalité européenne », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 15 février 2020)
  4. « 4.6. Les crimes d’honneur. », sur Amnesty International Belgique (consulté le 16 février 2020)
  5. (en) United Nations High Commissioner for Refugees, « Refworld | UNHCR Guidance Note on Refugee Claims Relating to Sexual Orientation and Gender Identity », sur Refworld (consulté le 15 février 2020)
  6. « Présentation | Surgir », sur www.surgir.ch (consulté le 15 février 2020) : « La fondation SURGIR a reçu une mention spéciale par la commission du Prix des Droits de l'Homme de la République Française en 2006 »
  7. a b c et d Clémence Lemaistre, « "Il y a aussi des crimes d'honneur en Europe" », sur www.20minutes.fr, (consulté le 16 février 2020)
  8. Frédéric Bobin, « Plus de 600 femmes assassinées en 2007 », dans Le Monde du 26-09-2008 [lire en ligne].
  9. Pakistan: une femme enceinte lapidée à mort, BFMTV, 27/5/2014
  10. Au Pakistan, le fléau tenace des « crimes d'honneur », sur Le Monde.fr, 19 juillet 2016, consulté le 21 juillet 2016.
  11. « Qandeel Baloch, assassinée pour sauver “l’honneur” de sa famille », sur Courrier International, 18 juillet 2016, consulté le 21 juillet 2016.
  12. Crimes d’honneur en Turquie armenews
  13. Isabella Morra : « mythologie d’une solitude », sur Pandesmuses.fr, 24/08/2016
  14. (en) Phyllis Chesler, « Worldwide Trends in Honor Killings », Middle East Quarterly,‎ (lire en ligne, consulté le 12 janvier 2019)
  15. « Albanie, la pratique du Kanun toujours d’actualité », sur Asile Savoie, (consulté le 22 septembre 2020).
  16. La Croix, « « Crime d'honneur », le refus des Albanais », La Croix,‎ (lire en ligne, consulté le 22 septembre 2020).
  17. Angélique Kourounis, Thomas Iacobi, Jean Christophe Georgoustsos et Nikos Arapoglou, « Reportage : Albanie, la Bible contre la vendetta », Faut pas croire, Radio télévision suisse,‎ (lire en ligne [vidéo])
    « Des jeunes catholiques, soutenus par une religieuse, ont brisé la loi du silence pour combattre le « kanun », un code d'honneur ancestral qui justifie la vengeance et le meurtre. »
  18. (it) « ‘Ndrangheta, “uccise la madre per punire relazione con boss”. Arrestato 22enne », Il Fatto Quotidiano, 15 avril 2015.
  19. (it) « La mamma implora “perdunami”. Il figlio la uccide. La ‘ndrangheta non perdona », Strill.it, 15/4/2015.
  20. a b et c Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées :0
  21. « Le meurtre d’une Pakistanaise secoue les Italiens », Le Figaro, 17/08/2006.
  22. « Ama un italiano, Sanaa uccisa dal padre », Corriere della Sera, 16/09/2009.
  23. « Delitto Sanaa, definitivi i 30 anni al padre », Il Messaggero, 24/04/2012.
  24. « Italie : crimes d’honneur à coups de barre d’acier et de pierre », bivouac-id.com, 4/10/2010 (traduction française d’un article du journal italien Il Giornale, paru le 4/10/2010.)
  25. « Crimes d’honneur, crimes d’horreur », La Gazette de Berlin, février 2007.
  26. « Belgique: un crime d’honneur jugé », Le Figaro, 9/12/2011.
  27. « Les crimes d’honneur, une réalité européenne », article de Benoît Vitkine publié dans Le Monde du 15 novembre 2011.
  28. « Grande-Bretagne : près de 3000 crimes d’honneur recensés l’an dernier », Le Point du 3 décembre 2011.
  29. (sv) « Fadimes hela tal i riksdagen // discours complet de Fadime au Parlement suédois », Aftonbladet,‎ (lire en ligne, consulté le 14 avril 2017)

Liens externes[modifier | modifier le code]