Guerre blindée

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Véhicules blindés modernes américains et français lors d'un exercice commun

La guerre blindée ou guerre de chars consiste en l'utilisation de véhicules de combat blindés dans le cadre de conflits armés. Il s'agit d'un aspect majeur des méthodes de guerre moderne.

La guerre blindée se caractérise par l'habilité des troupes à pénétrer les lignes défensives conventionnelles tout en tirant profit de la manœuvrabilité des unités blindées. L'efficacité de ce type de guerre repose entièrement sur la combinaison, la complémentarité et le soutien des armes utilisées conjointement aux chars d'assaut à l'image de l'infanterie, qui combat aussi bien les véhicules divers que l'artillerie automotrice, ou encore le génie militaire et d'autres unités de soutien (avions de combat, hélicoptères, logistique, drones, etc.). La doctrine de la guerre blindée s'est développé dans le but de briser la nature statique de la guerre de tranchées caractéristique de la Première Guerre mondiale, sur le front occidental, revenant au fondement d'une école de pensée en vigueur au XVIIIe siècle : la préférence de la mobilité sur la puissance de feu et la recherche de la "bataille décisive".

La Première Guerre mondiale (1914-1918)[modifier | modifier le code]

La guerre blindée moderne naît lors de la Première Guerre mondiale. Les belligérants recherchent alors un moyen de briser la guerre de tranchées imposée à la fin de l'année 1914 du fait de la puissance meurtrière des mitrailleuses lourdes. Toute avancée était alors lente et coûteuse en vies humaines. Le développement du "tank" (nom de code utilisé par les Britanniques pour cacher sa véritable nature aux puissances centrales - en effet, "tank" désigne un jerrycan d'essence) était alors motivé par la nécessité de renouer avec la mobilité. La seule façon de réussir était alors de proposer une protection des fantassins aux armes à feu légères (fusils, mitrailleuses) lors de leurs manœuvres.

Un Renault FT-17 français équipé d'un canon de 37 mm

La mise en œuvre stratégique des chars d'assaut a été lente au cours de la Première Guerre mondiale ainsi qu'après le conflit, essentiellement à cause des limitations techniques de l'époque mais aussi du rôle prestigieux de la cavalerie à cheval.

Les chars d'assaut furent d'abord développés au Royaume-Uni et en France, comme moyen de franchir les barbelés et les autres obstacles du no-man's land tout en restant protégé du feu des mitrailleuses. La mobilité des chars devait redonner aux armées les capacités de flanquer les lignes ennemies. En pratique, la guerre blindée fut frappée par de nombreuses avaries mécaniques et le faible nombre d'unités produites et déployées. Le haut-commandement boudait également les chars.

Les chars britanniques Mark I furent d'abord déployés dans la Somme, le 15 septembre 1916, mais ne réussirent pas à briser les lignes défensives ennemies. Lors de la bataille de Cambrai (1917), les blindés britanniques furent plus efficaces et réussirent à détruire la "ligne Hindenburg", le dispositif défensif des Allemands dans la région.

L'Empire allemand ne produisit qu'un nombre très limité de chars d'assaut lors du premier conflit mondial. Vingt chars A7V seront produits par l'Allemagne contre 4 000 blindés pour la France et 2 500 pour le Royaume-Uni. Pour autant, la Première Guerre mondiale verra la première bataille de chars de l'histoire militaire. En avril 1918, lors de la seconde bataille de Villers-Bretonneux, trois chars allemands A7V engagèrent trois chars britanniques Mark IV.

Les dernières offensives allemandes du printemps 1918 marquent l'usage majeur de chars de l'Entente, notamment à Soissons et Amiens. La guerre des tranchées s'achève sur le front occidental. Après la guerre, les aspects doctrinaux et techniques de la guerre blindée deviennent plus sophistiqués et se développent en de multiples écoles de pensées.

L'Entre-deux-guerres (1918-1939)[modifier | modifier le code]

Au cours des années 1920, des commandants français et britanniques impliqués dans le développement de l'arme blindée furent associés à la naissance d'idées nouvelles. Français et Britanniques allaient bientôt tendre vers deux philosophies différentes.

L'école française affirmait que les forces blindées étaient destinés au support de l'infanterie. Les chars se devaient d'être lourdement blindés. Un armement antipersonnel venait compléter le char d'assaut.

L'école britannique, quant à elle, posait les bases d'une arme blindée mobile et légère, destinée, à terme, à remplacer la cavalerie conventionnelle. Des régiments autonomes devaient permettre la pénétration des lignes défensives ennemies, coupant ainsi les lignes de communication et de ravitaillement des armées de premières lignes.

Au Royaume-Uni, Liddell Hart multiplia les écrits sur la guerre blindée et les théories du colonel Fuller. Le ministère britannique de la Guerre créa, le 1er mai 1927, la Force expérimentale mécanisée (Experimental Mechanised Force), confiée au colonel R.J. Collins. Les unités étaient entièrement mobiles et consistaient en une réunion de chars légers et lourds, un bataillon de 48 chars moyens Vickers, un bataillon de mitrailleuses autopropulsées, un régiment d'artillerie mécanisée, avec une batterie antiaérienne, et une compagnie de génie motorisée. Les opérations réalisées à Salisbury Plain, non loin de Stonehenge, furent observées par de nombreux pays tels que les États-Unis, l'Allemagne et l'Union soviétique. Malgré une performance indéniable, l'unité fut dissoute en 1928.

Tous les pays européens (à l'exception de l'Allemagne), les États-Unis et le Japon créèrent leurs forces mécanisées expérimentales à la fin des années 1920, utilisant majoritairement des blindés français ou britanniques avant de lancer la production de leurs unités nationales, en accord avec leurs propres doctrines. Les années 1930 voient, avec la prise de pouvoir du nazisme en Allemagne, de nombreux officiers allemands être envoyés en Union soviétique pour développer une doctrine blindée nationale, à l'abri des clauses du traité de Versailles.

Dans les années 1930, l'Armée britannique commença la conversion de ses unités de cavalerie traditionnelles en blindés. Toutefois, peu de régiments furent entièrement convertis en 1939, la modernisation des forces aériennes et navales ayant la priorité.

L'Union soviétique, au début des années 1930, vit la coopération de l'Armée rouge avec les Allemands dans le développement et l'usage des chars de combat. Mais les purges de l'armée, entre 1936 et 1939 voient la mort de nombreux partisans de la guerre blindée totale. Cependant, un certain général Joukov reprendra les travaux de ses camarades malheureux pour les appliquer contre le Japon, en 1939, lors des escarmouches entre les deux pays à Khalkhin Gol. L'invasion allemande de la Pologne, en septembre 1939, convainc Staline de préparer une puissante arme blindée en URSS.

En France, les généraux étaient massivement favorables à la conception des chars d'assaut comme soutien d'infanterie. Seul un certain Charles de Gaulle défend l'arme blindée en proposant de regrouper les tanks en unités cohérentes (divisions) pour briser les lignes défensives ennemies. Il ne sera écouté que trop tard par les militaires et politiques du pays.

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)[modifier | modifier le code]

Un Tigre Mk. I allemand en combat lors de la bataille de Koursk (1943)

La guerre blindée moderne a été forgée lors de la Seconde Guerre mondiale. Les chars d'assaut appliquent désormais le principe de concentration des forces au point le plus fragile du dispositif défensif ennemi. La concentration des forces augmente les chances de victoire. Ce point faible, s'il est correctement choisi et exploité, assure de bien plus grandes chances de succès dans un engagement tactique donné, un fait suffisant pour remporter une victoire stratégique décisive. Un terme allemand qualifie cette concentration de force : Schwerpunktbildung, qui peut être traduit par "développement d'un centre d'effort".

Il est possible de visualiser ce dispositif en prenant deux lignes défensives, chacune composée de deux divisions d'infanterie et de deux divisions blindées, distribués uniformément le long de la ligne de front. Un attaquant numériquement semblable peut l'emporter en concentrant ses deux divisions blindées en un point de la ligne où les deux divisions d'infanterie sont en position, augmentant ainsi les chances de briser les défenses ennemies, de les pénétrer, de pivoter et d'exploiter la supériorité numérique de l'attaquant sur le flanc exposé des défenseurs.

La ligne défensive peut contre-attaquer, mais elle n'est pas assez forte en un point donné pour cela. Elle ne peut d'ailleurs pas faire le poids contre une force combinée de blindés et de fantassins. Un aspect majeur de toute guerre est la formule simple des lois de Lanchester : la puissance de combat relative d'une unité combattante en contact avec une autre par rapport à la puissance de combat relative d'un ennemi d'une taille donnée est le carré du nombre de membres de cette unité.

  • Un char d'assaut possède la puissance de combat d'un char d'assaut (12 = 1)
  • Deux chars possèdent quatre fois la puissance de combat relative d'un char seul (22 = 4)

Ainsi, concentrer deux divisions en un point et attaquer ce point génère une bien plus grande force de frappe que deux divisions étalées le long d'une ligne.

La concentration des forces requiert de la mobilité afin d'empêcher l'ennemi de détecter le point d'attaque à temps, laissant ainsi le temps pour le défenseur de renforcer ses défenses.

Les forces armées de tous les belligérants de la Seconde Guerre mondiale furent majoritairement composées d'infanterie et d'autres armes de soutien (artillerie, troupes de reconnaissance, génie, logistique et troupes de services). A l'exception notable du Royaume-Uni et des États-Unis (qui furent tous deux entièrement mécanisés à la fin de la guerre), les unités d'infanterie étaient hautement dépendantes des véhicules hippomobiles (tractés par des chevaux), à l'image de l'artillerie et ses canons lourds. Les mouvements stratégiques étaient pour leurs parts assurés par les réseaux ferroviaires.

France et Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

La campagne de France[modifier | modifier le code]

Au Royaume-Uni et en France, les blindés étaient présents au sein des forces armées, mais grandement éparpillés : soutien d'infanterie ou remplacement de la cavalerie traditionnelle à défaut de chevaux. Les chars d'infanterie français comme britanniques étaient lourdement blindés, et donc lents, alors que les chars de cavalerie anglais étaient rapides, mais peu protégés. Seuls quelques blindés allemands étaient destinés aux opérations autonomes dans des divisions blindées consacrées : les chars allemands étaient ainsi légers, mobiles, mais largement plus fragiles que les chars alliés. Les chars n'étaient alors pas encore considérés comme des armes antichars.

Quand les chars allemands affrontèrent les chars d'infanterie britanniques, en 1940, beaucoup furent détruits. Au début de l'invasion allemande en Europe occidentale, au mois de mai 1940, la France possédait plus de chars, bien mieux armés et blindés. Les chars français étaient ainsi meilleurs que les chars allemands. Cependant, seule la façon de s'en servir fut décisive. Si les blindés français étaient éparpillés en soutien de l'infanterie, les Allemands regroupaient leurs chars dans des divisions blindées autonomes : les Panzerdivisionen. La percée de Sedan fut possible grâce à l'alliance de la stratégie de la concentration des forces et des divisions de Panzers.

Les Français, dépourvus de réserves stratégiques (lancées dans la bataille en Belgique par le haut-commandement), furent incapables de contrer les offensives blindées allemandes. L'absence des divisions mécanisées ou cuirassées, mobilisés en Belgique, fut le facteur explicatif essentiel de la chute du pays au printemps 1940. Seules quelques contre-offensives furent victorieuses, retardant les forces allemandes dans leur progression vers la Manche : les batailles de Montcornet et d'Abbeville. Ces deux victoires tactiques furent le fait d'un colonel français du nom de Charles de Gaulle, principal défenseur de l'arme blindée en France. A la tête de la 4ème division cuirassée, il parvient à défaire la 57ème division d'infanterie allemande. Plus tard, les Français fonderont la tactique défensive dite de la "défense en hérisson", particulièrement efficace contre les chars d'assaut. Mais appliquée trop tardivement et sans force de frappe capable de retourner la situation, cette tactique est abandonnée avec la capitulation des Français et la signature de l'armistice, le 22 juin 1940.

L'Afrique du Nord et la guerre du désert[modifier | modifier le code]

Dans les déserts d'Afrique du Nord, les Britanniques développèrent une approche alternative de l'utilisation des chars en la combinant avec l'infanterie et l'artillerie, formant une force "balancée, d'équipes d'armes combinées". La 10ème armée italienne du maréchal Rodolfo Graziani, sous-armée et mal commandée, offrirent une occasion de tester ces nouvelles tactiques à la 8ème armée britannique.

L'arrivée de l'Afrikakorps allemand, commandé par le général Erwin Rommel, mis en avant les faiblesses de l'approche britannique : le faible nombre d'unités d'infanterie et d'artillerie présents dans chaque division blindée était suffisant lorsqu'il s'agissait de l'attaque des unités italiennes immobiles et désordonnées, mais s'avérait inefficace contre des unités très mobiles et parfaitement coordonnées.

Entre 1941 et 1942, les Alliés furent confrontés à des batailles de blindés où leurs tactiques s'avéraient inefficaces : les formations de chars se heurtaient aux positions antichars ennemies. Cependant, ils eurent un certain succès lors de l'opération Crusader et la première bataille d'El-Alamein. Sous le commandement du général britannique Montgomery, les Alliés parvinrent enfin à remporter des victoires décisives, appliquant des tactiques bien plus efficaces et profitant d'armes plus adaptées. Cependant, la mise en œuvre des chars allemands Panther et Tigre posèrent d'énormes problèmes aux Alliés qui voyaient leurs nouveaux chars M4 Sherman de fabrication américaine être largement dépassés. Pour autant, le grand nombre de Sherman déployés entre 1942 et 1945 permettra aux Alliés de s'assurer la victoire sans trop redouter les derniers blindés allemands.

Allemagne[modifier | modifier le code]

Le temps de la Blitzkrieg (1939-1942)[modifier | modifier le code]

À l'inverse des Français et des Britanniques, les Allemands optèrent pour une doctrine blindée flexible et rapide. Cette stratégie, plus tard baptisée Blitzkrieg ("guerre éclair") par Hitler, fut à l'origine désirée par ce dernier pour éviter à l'Allemagne une nouvelle guerre de tranchées coûteuse en vies humaines et donc impopulaire. Les chutes de la Pologne (1939) et de la France (1940), considérée comme la première armée du monde, furent un choc pour les Alliés et confirmèrent la prédominance de l'arme blindée dans la conduite de la guerre moderne.

Le général Heinz Guderian fut missionné pour construire l'arme blindée de l'Allemagne au début des années 1930 par le régime nazi.

Article connexe[modifier | modifier le code]