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Mariage par enlèvement

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L'image montre une femme et 4 hommes à cheval face à une tente nomade. La femme tient un fouet et regarde en arrière. Cela est peut être un exemple de tradition de "capture" pour un mariage.
L'image montre une femme et 4 hommes à cheval face à une tente nomade. La femme tient un fouet et regarde en arrière. Cela est peut être un exemple de tradition de "capture" pour un mariage.

Le mariage par enlèvement est une forme de mariage forcé dans lequel la future conjointe est enlevée de force à sa famille. Cette coutume s'observe dans le Caucase, dans certains pays d'Asie, et dans certaines parties de l'Afrique. Cette pratique diffère de l'élopement, où les deux parties sont consentantes.

Paradoxalement, cette forme d'enlèvement est parfois symbolique et atteste au contraire de la liberté individuelle des femmes. Ainsi, chez les Bwas, un peuple vivant entre le Burkina Faso et le Mali, la femme s'échappe parfois du domicile conjugal pour se réfugier dans une famille alliée, qui fait semblant de la séquestrer pendant un mois tandis qu'elle feint de tenter de s'évader[1].

Dans bien des pays méditerranéens le mariage par enlèvement dissimulait un accord tacite des deux familles, qui évitaient ainsi la dépense importante entraînée par des noces officielles et publiques.

Sociétés occidentales au Haut Moyen-Âge

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En Occident, la pratique du mariage par rapt a été importante à la fin de l'Antiquité tardive et au haut Moyen Âge. Elle est évoquée dans des sources normatives aussi bien que narratives. Grégoire de Tours nous informe notamment sur cette pratique à l'époque mérovingienne[2].

L'enlèvement de force est souvent pratiqué pour obtenir une unions qui a été refusée au ravisseur : c'est une stratégie matrimoniale visant à accroître son prestige social ou ses biens, la place des sentiments y est secondaire, voire inexistante.

Le rapt est souvent dénoncé par les autorités séculières car il transgresse l'autorité sacrée des pères et le consentement de la famille. Les mesures sont néanmoins plus ou moins sévères ou souples selon les siècles et les régimes.

Le positionnement de l'Église vis-à-vis du rapt a évolué. À la fin de l'Antiquité tardive, elle s'intéresse essentiellement aux rapts des moniales, puis également à celui des veuves ayant pris le voile. Les ecclésiastiques doivent faire face aux attaques de monastère par des ravisseurs. C'est à partir des Carolingiens que l'Église s'intéresse aux rapts de l'ensemble des femmes et développe une législation visant à éradiquer cette pratique à travers une législation plus dure. La pénitence et l'excommunication sont des mesures souvent prônées. L'évolution de la réflexion des ecclésiastiques sur le rapt est indissociable de celle sur le mariage. Cette institution prend un sens nouveau. Elle est considérée comme la base de la société et la stabilité de l'union permettrait la paix et l'ordre public. Cet esprit est également celui des Carolingiens qui conçoivent le mariage comme une institution sacrée.

Mention biblique

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Dans le livre des Juges, on présente le rapt des filles de Silo : « Allez vous mettre en embuscade dans les vignes. Vous guetterez et, lorsque les filles de Silo sortiront pour danser en chœurs, vous sortirez des vignes, vous enlèverez pour vous chacun une femme parmi les filles de Silo et vous vous en irez au pays de Benjamin » (Juges 21:22).

Kirghizistan

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Au Kirghizistan, selon l'Organisation des Nations unies, 12 000 femmes sont enlevées chaque année pour être mariées de force ; cette pratique porte le nom d'ala kachuu (« prends et cours »)[3]. Malgré le durcissement de la législation en 2012, la peine pouvant aller jusqu'à 10 ans d'emprisonnement, cette pratique perdure et concerne encore de 20 à 55 % des femmes kirghizes[3].

Dans la région du Bihar ce sont les jeunes hommes qui se font enlever par la famille de la mariée afin d'éviter de payer une dot. Cette pratique est appelée Pakaruah shaadi. Les victimes sont souvent violentées par la famille afin d'accepter l'union. En conséquence les hommes non mariés rasent les murs quand ils doivent sortir, les plus riches font appel à des sociétés de sécurité privées. On estime à 300 le nombre d'enlèvements de jeunes hommes par an[4],[5],[6].

Il s'agit d'une tradition dans les républiques russes du Daghestan, de Tchétchénie et d'Ingouchie. Ne pouvant passer la nuit dans un autre foyer que celui de ses parents ou de sa famille, la jeune fille enlevée accepte malgré elle de se marier avec l'auteur de son enlèvement. Mais la loi russe condamne désormais celui-ci à huit ans de prison minimum, ainsi qu'à une amende pouvant aller jusqu'à un million de roubles[7]. Des faits de même nature se produisent dans les républiques voisines d'Ossétie du Nord et de Kabardino-Balkarie mais sont socialement différents. Ils permettent dans la majorité des cas d'empêcher les parents d'un des futurs mariés de contester le mariage, ou alors simplement d'officialiser une relation et donc un futur mariage. L'enlèvement est alors prévu par les deux membres du couple et leurs amis proches.

Dans la culture populaire

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Notes et références

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  1. Cécile Leguy « Que disent les noms-messages ? », L'Homme, 1/2011 (n°197), p. 71-92.
  2. « La femme ravie. Le mariage par rapt dans les sociétés occidentales du haut Moyen Age. » 2012, 518 p., thèse de Sylvie Joye.
  3. a et b « Kirghizistan, le pays des épouses volées », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  4. « Inde : des hommes kidnappés et mariés de force », sur Franceinfo, (consulté le )
  5. « Hommes célibataires mariables de force livrés sous huitaine », sur Courrier international, (consulté le )
  6. « Focus - Vidéo : en Inde, des hommes aussi sont victimes de mariages forcés », sur France 24, (consulté le )
  7. Journaliste 20minutes, « Enlever une jeune femme pour la forcer au mariage coûtera désormais un million de roubles en Tchétchénie », 20 minutes,‎ (lire en ligne, consulté le ).

Bibliographie

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  • Henriette Benveniste, « Les enlèvements : stratégies matrimoniales, discours juridique et discours politique en France à la fin du Moyen Âge », Revue historique, Paris, Presses universitaires de France, no 573,‎ , p. 13-35 (lire en ligne).
  • Danielle Haase-Dubosc, Ravie et enlevée : de l'enlèvement des femmes comme stratégie matrimoniale au XVIIe siècle, Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Albin Michel histoire », , 465 p. (ISBN 2-226-11094-1).
  • Sylvie Joye, La femme ravie : le mariage par rapt dans les sociétés occidentales du Haut Moyen Âge, Turnhout, Brepols, coll. « Haut Moyen Âge » (no 12), , 528 p. (ISBN 978-2-503-52899-1).
  • (de) Rudolf Köstler, « Raub-, Kauf- und Friedelehe bei den Germanen », Zeitschrift der Savigny-Stiftung für Rechtsgeschichte. Germanistische Abteilung, vol. 63, no 1,‎ , p. 92-136 (DOI 10.7767/zrgga.1943.63.1.92).
  • (de) Rudolf Köstler, « Raub- und Kaufehe bei den Hellenen », Zeitschrift der Savigny-Stiftung für Rechtsgeschichte : Romanistische Abteilung, vol. 64, no 1,‎ , p. 206-232 (DOI 10.7767/zrgra.1944.64.1.206).
  • (de) Rudolf Köstler, « Raub- und Kaufehe beiden Römern », Zeitschrift der Savigny-Stiftung für Rechtsgeschichte : Romanistische Abteilung, vol. 65, no 1,‎ , p. 43-68 (DOI 10.7767/zrgra.1947.65.1.43).
  • (en) Anne E. McLaren, « Marriage by Abduction in Twentieth Century China », Modern Asian Studies, Cambridge, Cambridge University Press, vol. 35, no 4,‎ , p. 953-984 (JSTOR 313197).
  • Julian Pitt-Rivers, « Mariage par rapt », dans John Peristiany et Marie-Élisabeth Handman (dir.), Le Prix de l'alliance en Méditerranée, Paris, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, , 429 p. (ISBN 2-222-04063-9), p. 53-71.
  • Geneviève Ribordy, « Faire les nopces » : le mariage de la noblesse française (1375-1475), Toronto, Pontifical Institute of Mediaeval Studies, coll. « Studies and Texts » (no 146), , XXVI-207 p. (ISBN 978-0-88844-146-1, présentation en ligne).
  • (en) Cynthia Werner, « Bride Abduction in Post-Soviet Central Asia : Marking a Shift Towards Patriarchy through Local Discourses of Shame and Tradition », The Journal of the Royal Anthropological Institute, Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, vol. 15, no 2,‎ , p. 314-331 (JSTOR 20527710).

Articles connexes

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