Enfant soldat

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Enfant soldat iranien durant la guerre Iran-Irak (1980-1988).

Un enfant soldat est un combattant âgé de moins de 18 ans selon le Protocole facultatif à la Convention internationale des droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés[1]. Des enfants soldats ont été utilisés à de nombreuses époques et par de nombreuses cultures lors de l'histoire militaire. Selon l'UNICEF en 2007 il y a plus de 250 000 enfants qui sont utilisés comme soldats[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Enfant soldat durant la Guerre de Sécession aux États-Unis.

Au Moyen Âge, l'entraînement du chevalier commençait vers 9~10 ans (parfois dès sept ans), avec un entraînement militaire. Vers 12~14 ans, il devenait un Écuyer en suivant un chevalier. Il était confronté à la férocité des combats épiques. Vers 18~20 ans, il était adoubé et devenait à son tour un chevalier.

Plus récemment, des enfants soldats ont été utilisés durant la Guerre de Sécession, aux États-Unis dans les années 1860 et plus tard lors de l'Insurrection de Varsovie en Pologne durant la Seconde Guerre mondiale. Ces derniers, tout comme les résistants majeurs, furent exécutés par l'armée allemande et peu survécurent. À la fin de la guerre, les Jeunesses hitlériennes sont également utilisées comme contingents d'enfants soldats, et ralentissent la progression des Alliés dans des combats désespérés. Ils font notamment face à l'Armée rouge lors de la chute de Berlin.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'Organisation des Nations unies (ONU) estime à 300 000 le nombre d'enfants soldats actuellement en activité. Ils sont principalement utilisés lors des guerres civiles, ou par des groupes criminels paramilitaires en Colombie ou des mouvements de guerilla révolutionnaires (comme les FARC en Colombie). Entre autres exemples, citons les troupes indépendantistes des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) qui se sont distinguées par l'utilisation de fillettes comme kamikazes menées contre l'armée gouvernementale dans la guerre civile du Sri Lanka. Ces centaines de jeunes filles entre 9 et 17 ans ont été exploitées à des fins militaires et idéologiques, en toute impunité. Il en va de même pour les garçons. Ainsi, l'UNICEF estime à plus de 5 000 le nombre d'enfants soldats recrutés par les LTTE.

Au Mexique l'EZLN a été dénoncée en 1994 par l'ONG Human Rights Watch pour avoir enrolé des enfants de 6 à 14 ans[3]

Les talibans présents en Afghanistan ont également procédé à l'enrôlement de jeunes guerriers à partir de leur entrée en guerre contre les moudjahidins en 1994 jusqu'à la chute du régime islamiste en 2001. L'utilisation d'enfants soldats n'a pas disparu au sein des groupes talibans opérant après la chute de leur régime et l'on estime en 2001 la proportion d'enfants soldats en Afghanistan à 20 % de l'effectif total[4]. Selon l'Organisation des Nations unies, la Police nationale afghane intègre aussi des enfants dans ses rangs. Un accord est signé au début de l'année 2010 pour mettre fin à cette pratique[5].

Conflits[modifier | modifier le code]

Enfant soldat démobilisé dans un camp de la République centrafricaine.

À l’occasion de journées internationales des enfants soldats le 12 février 2008, Radikha Coomaraswamy, secrétaire générale adjointe des Nations unies a indiqué que 58 organisations continuent à recruter et utiliser des enfants dans 14 pays : Afghanistan, Burundi, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Birmanie, Maroc, Népal, Somalie, Soudan, Tchad, Colombie, Philippines, Sri Lanka et Ouganda[6].

Des enfants soldats ont été, ou sont encore utilisés dans les conflits armés récents, dans les pays suivants :

Ouganda[modifier | modifier le code]

À l'heure actuelle, l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), un groupuscule de fanatiques religieux du nord de l'Ouganda dirigé par Joseph Kony procède régulièrement, et ce depuis le milieu des années 1990, à des enrôlements forcés de jeunes enfants. Un rapport de la BBC datant de 2000 avance le chiffre de 20 000 enfants kidnappés, parfois dès l'âge de 7 ou 8 ans. Ces rapts sont souvent accompagnés de violences faites à la famille de l'enfant, parfois exécutées sous les yeux des enfants enlevés. De plus, les "petits soldats" sont forcés de participer à des exactions, constituant des crimes de guerres (massacres de villages entiers, exécutions sommaires, lapidations, etc.). Ceux qui tentent de fuir servent d'exemple en étant exécutés par des meurtres rituels auxquels participent tour-à-tour les enfants du contingent. Les membres de la LRA forcent parfois les enfants à commettre ces exactions dans leur propre village, les dissuadant une fois pour toutes de tenter de rentrer chez eux un jour.

Les enfants enlevés subissent eux aussi des actes de barbarie (viols, meurtres, tortures, travaux forcés, longues marches, etc.). La proportion d'enfants dans le contingent total de la LRA est estimée à 80 %, c'est donc une armée vivant principalement de ces rapts.

République démocratique du Congo[modifier | modifier le code]

Anciens enfants soldat Congolais.

Les différentes milices ont largement employés des enfants comme combattants lors de la Deuxième guerre du Congo. Certains groupes armés avaient jusqu’à 40 % d’enfants dans leurs troupes.

Pour mettre fin à la guerre civile, un programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) des anciens combattants dans la vie civile a été initié en 2003. Il concernait 300 000 enfants. Mais ce programme a connu plusieurs freins qui ont fait qu'en juin 2006, la commission gouvernementale chargée du programme DDR a annoncé qu'elle avait démobilisé un peu plus de 19 000 enfants, dans un rapport publié en octobre 2006, considère que ce programme n'apporte pas aux enfants la protection et le soutien dont ils ont besoin.

En raison des difficultés pour survivre et de la persistance de groupes armés, de nombreux enfants risquent de rejoindre de nouveau des milices.

Les filles, qui représentaient 40 % des enfants soldats ont peu profité du programme DDR. Selon Amnesty International, les filles ont souvent été « mariées » de force à des soldats adultes et des responsables refusent de les reconnaître comme enfants soldats préférant les désigner comme « personnes à charge » de combattants adultes, ou de soldats peripapetitiens[7].

La Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC) condamne, dans un communiqué du 14 décembre 2007, la présence de centaines d’enfants soldats, filles et garçons, dans la guerre du Kivu. Ces enfants sont recrutés de forces dans les écoles par les groupes armés, principalement par le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), depuis la reprise des combats en août 2007. Les enfants deviennent des combattants ou sont utilisés pour des tâches logistiques ou comme esclaves sexuels[8].

Tchad[modifier | modifier le code]

Le gouvernement tchadien a signé le un accord avec l'Unicef prévoyant la protection et la démobilisation des enfants enrôlés dans l'armée nationale tchadienne. En signant cet accord, le gouvernement reconnaît pour la première fois la présence d'enfants dans les rangs de l'armée régulière[9].

Lois internationales[modifier | modifier le code]

Face à ce problème, la communauté internationale réagit de façon disparate, en adoptant lois et décrets, tout en cédant du terrain par des compromis avec les États permissifs, compromis qui se reflètent dans les textes adoptés. Tout d'abord, la protection des enfants se décline selon son statut :

  • civil ne participant pas aux hostilités
  • civil fragilisé par son jeune âge
  • combattant

Causes et raisons[modifier | modifier le code]

Les raisons de l'existence de tels groupes armés composés d'enfants s'expliquent de différentes façons :

Outre l'endoctrinement dans les régimes totalitaires soucieux de contrôler la jeunesse et l'enlèvement, une des origines du phénomène des enfants soldats se trouve dans la pauvreté, aggravée par la situation de guerre. Les familles ne pouvant subsister aux besoins de leurs enfants, certains se désignent pour s'enrôler dans l'armée ou les groupes paramilitaires, soulageant ainsi leurs proches d'une bouche à nourrir, tout en assurant eux-mêmes leur subsistance. On trouve aussi beaucoup d'enfants drogués, drogue qui leur donne envie de se battre.

Sur la base du volontariat, on peut également trouver d'autres motivations :

  • la fascination pour la vie militaire, l'uniforme, le prestige, etc.
  • le désir de venger la mort d'un proche durant un conflit ou simplement de participer au combat pour la libération de son peuple ;
  • le besoin de protection (les rangs des indépendantistes Tchétchènes se sont vus grossir lorsque l'armée Russe a pris l'habitude d'arrêter tous les jeunes hommes de 16 ans pour les "interroger") ;
  • on trouve parfois des raisons idéologiques (dans ces cas-là, les enfants bénéficient souvent de l'approbation de l'entourage, fier de voir un membre de la famille se sacrifier pour la cause).
Enfants soldats de la résistance polonaise durant l'Insurrection de Varsovie.

Du côté des recruteurs, les raisons sont facilement explicables. Les enfants ne coûtent pas cher en nourriture, ils sont dociles, influençables, et facilement enrôlables. De plus, ils peuvent s'avérer d'une redoutable efficacité sur des terrains difficiles (la brousse par exemple), mais également comme espions ou kamikazes, passant facilement pour inoffensifs aux yeux des opposants. Ils sont également utilisés comme "chair-à-canon" sur les champs de bataille, placés en première ligne pour faire diversion.

De plus, étant jeunes et démunis de moyens de subsistances, ils sont dans la quasi impossibilité de fuir. Autres atouts : intimidables et malléables, on a vite fait d'en faire des machines de guerres. Ainsi, durant la guerre civile, les enfants-loups de la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO) au Mozambique étaient dressés au massacre et à la torture, tâches qu'ils accomplissaient avec ferveur selon leurs propres récits. De plus, la fragilité des enfants, tant psychologique que physique est un frein à la mutinerie.

Il ne faut pas non plus oublier les différentes raisons d'ordre contextuel qui expliquent cet accroissement d'utilisation des enfants soldats. Tout d'abord, l'extrême fragilité des situations politiques et économiques des pays concernés, et les tensions exacerbes qui y règnent. C'est ainsi qu'un enfant issu d'une famille aisée aura bien moins de risques de se faire recruter ou enrôler qu'un autre issu d'une famille défavorisée.

Enfant soldat de 15 ans géorgien de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme, décembre 1941.

De plus, le manque d'accès à l'éducation est un facteur important: les enfants n'étant pas ou plus scolarisés doivent trouver une occupation, qui bien souvent se doit d'être lucrative. L'engagement dans l'armée est alors une alternative au travail dans le civil.

Une autre explication serait la présence d'un nombre extrêmement élevé d'armes légères, où en 1998 on estimait à 500 millions le nombre d'armes légères en circulation dans le monde, dont 100 millions rien que pour l'Afrique [10]. Ces armes sont facilement manipulables, notamment par les enfants, ce qui accroît leur possibilité de participer aux combats.

Enfin, certaines sociétés sont largement militarisées. Le culte de l'armée, des armes et de la guerre augmente la part de fascination des plus jeunes pour ce qui a trait de près ou de loin à l'armée ou la violence, ce qui accroît la probabilité d'engagement précoce des enfants. Ceci est encore plus vrai pour les pays où la scolarisation n'est pas assurée, ou largement axée sur l'endoctrinement patriotique, comme certaines écoles religieuses, ou aussi les écoles publiques des États belliqueux (la dictature militaire de Myanmar par exemple, ou certaines écoles coraniques dans lesquelles l'éducation est en réalité axée sur l'islamisme, et non sur l'islam).

Le statut des fillettes (mais cela peut également arriver aux garçons) est particulier en raison de leur exploitation sexuelle.

Tous ces facteurs font que lors d'un conflit armé, les enfants sont, avec les femmes, des cibles faciles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés », Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (consulté le )
  2. Facts on Children, UNICEF, avril 2007
  3. http://www.explored.com.ec/noticias-ecuador/menores-de-edad-reclutados-por-militares-y-guerilleros-95543-95544.html
  4. La Guerre, enfants admis, Michael Pohly
  5. RFI, « Afghanistan : la fin des enfants soldats »,‎ 4 février 2011 (consulté le 5 février 2011)
  6. L'exploitation d'enfants-soldats se poursuit dans 13 pays, selon l'ONU, Associated Press,13 février 2008
  7. (fr) République démocratique du Congo. Les enfants soldats laissés à l'abandon, communiqué de presse d'Amnesty International du
  8. RDC : reprise du recrutement d'enfants soldats au Nord-Kivu, Communiqué des Nations unies du 14 décembre 2007
  9. (fr) Le Tchad reconnaît enfin la présence d'enfants soldats dans son armée, dépêche de l'AFP du
  10. Armes légères, clés pour une meilleure compréhension, Georges Berghezan, GRIP, Bruxelles, 1998

Voir aussi[modifier | modifier le code]

"Enfant soldat en Côte d'Ivoire, Afrique", Gilbert G. Groud, 2007.

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]