Djamila Boupacha

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Djamila Boupacha
Djamila BOUPACHA.jpg
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جميلة بوباشاVoir et modifier les données sur Wikidata
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Conflit

Djamila Boupacha, née le à Bologhine (anc. Saint-Eugène), est une militante du Front de libération nationale algérien arrêtée en 1960 pour une tentative d'attentat à Alger. Ses aveux – obtenus par le viol et la torture – donnèrent lieu à un jugement transformé – à l’initiative de Gisèle Halimi et de Simone de Beauvoir – en procès médiatique des méthodes de l'armée française en Algérie. Condamnée à mort le , Djamila Boupacha fut amnistiée dans le cadre des accords d'Évian, et finalement libérée le (ordonnance de non lieu le ).

Biographie[modifier | modifier le code]

Djamila Boupacha est née le à Saint-Eugène[1] (Bologhine), fille d’Abdelaziz Boupacha et de Zoubida Amarouche. Elle s’engage très jeune, à 15 ans, en politique en rejoignant l'UDMA de Ferhat Abbas, puis le FLN en 1955. Elle porte pendant la guerre d'Algérie le nom de guerre de Khelida[1].

Arrestation et incarcération en Algérie[modifier | modifier le code]

Elle fut arrêtée le en compagnie de son père, de son frère, sa sœur Nafissa et de son beau-frère Abdellih Ahmed. Elle fut accusée d'avoir déposé une bombe - désamorcée par les démineurs de l'armée - à la Brasserie des Facultés le à Alger[2],[3].

Emprisonnée clandestinement (officiellement, elle ne fut pendant un mois incarcérée nulle part), elle fut violée et subit pendant plus d'un mois de nombreux sévices, infligés par des membres de l'armée française[2] :

« On lui fixa des électrodes au bout des seins avec du papier collant Scotch, puis on les appliqua aux jambes, à l'aine, au sexe, sur le visage. Des coups de poing et des brûlures de cigarettes alternaient avec la torture électrique. Ensuite on suspendit Djamila par un bâton au-dessus d'une baignoire et on l'immergea à plusieurs reprises[4]. »

Son frère réussit à prévenir l'avocate Gisèle Halimi qui décida de prendre son cas en charge en . Leur première rencontre se tint à la prison Barberousse le 17 mai 1960. Relatant les tortures auxquelles elle avait été soumise, Djamila Boupacha finit par décrire comment les militaires l'avaient violée en lui introduisant dans le vagin le manche d’une brosse à dents puis le goulot d’une bouteille de bière[5] :

« Djamila précise : “On m'administra le supplice de la bouteille ; c'est la plus atroce des souffrances ; après m'avoir attachée dans une position spéciale, on m'enfonça dans le ventre le goulot d'une bouteille. Je hurlai et perdis connaissance pendant, je crois, deux jours.” Un témoin dont on connaît le nom et l'adresse l'a vue à Hussein-Dey évanouie, sanglante, trainée par ses geôliers. (Djamila était vierge.)[4] »

D'après Gisèle Halimi, « elle n'avait pas commis d'attentat mais était sur le point d'en commettre un[6]. »

Campagne médiatique[modifier | modifier le code]

Simone de Beauvoir signa la tribune qui révéla au monde le calvaire de Djamila Boupacha.

À la demande de l'avocate, qui souhaitait utiliser l'affaire pour dénoncer les méthodes de l'armée française en Algérie, Simone de Beauvoir rédigea une tribune dans les colonnes du journal Le Monde en date du intitulée « Pour Djamila Boupacha »[4] ; le premier ministre Michel Debré fit saisir le journal en Algérie[3]. L'affaire Djamila Boupacha prit une ampleur médiatique et internationale importante lorsque, dans la foulée de la tribune, un Comité pour Djamila Boupacha fut créé en , comité présidé par Simone de Beauvoir, et qui comprenait parmi ses membres Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Elsa Triolet, Gabriel Marcel, Geneviève de Gaulle, Aimé Césaire ou encore Germaine Tillion[2].

Transfert et jugement en France[modifier | modifier le code]

À la suite des pressions du comité de soutien qui s'était constitué pour sa défense et par l'entremise de Simone Veil, alors magistrate, le tribunal d'Alger fut dessaisi du dossier au profit de Caen et Djamila Boupacha fut transférée par avion militaire en France métropolitaine pour y être jugée ; on craignait en effet qu'elle ne soit abattue dans sa cellule pour mieux étouffer l'affaire. Elle fut placée en détention à la prison de Fresnes le , puis à celle de Pau[7]. Pour les faits de torture, Gisèle Halimi poursuivit le ministre de la défense Pierre Mesmer ainsi que le général Charles Ailleret, qui commandait alors l'armée française en Algérie, pour forfaiture[6].

Le palais de justice de Caen où fut jugée Djamila Boupacha.

Djamila Boupacha comparut à Caen fin , dans un procès au cours duquel elle identifia ses tortionnaires mais au terme duquel elle fut condamnée à mort, le 28 juin[8]. En 1962 elle fut amnistiée en application des accords d'Évian mettant fin à la guerre d’Algérie et libérée le . Réfugiée chez Gisèle Halimi, elle fut d'après Le Monde du séquestrée puis transférée à Alger par la Fédération de France du FLN, qui dénonça « l'opération publicitaire tentée à des fins personnelles » par l'avocate Gisèle Halimi [9]. Le FLN ne pouvait accepter de perdre la main sur l'arme symbolique de premier ordre que constituait la jeune militante.

Une icône de la lutte progressivement écartée[modifier | modifier le code]

De fait, Djamila Boupacha devint, par son martyre, un enjeu de mémoire pour les nationalistes algériens, une figure iconique de la lutte, destinée à être érigée en mythe fondateur de la nation algérienne à construire. Élevée à ce statut d'icône, elle ne devait pas cependant en sortir : du point de vue des dirigeants nationalistes algériens, la violence perpétrée et/ou subie par les femmes ne pouvait « être utile que sur le mode l'exceptionnalité »[2]. Comme le souligne Christelle Taraud, si l'État algérien devenu indépendant utilisa dans l'immédiat après-guerre Djamila Boupacha comme un symbole « propre à asseoir la légitimité symbolique et politique du régime de parti unique mis en place par le FLN », elle fut progressivement mise de côté et disparut de la scène publique, à l'instar de nombreuses militantes nationalistes ayant joué un rôle déterminant dans la libération de leur pays[7].

Œuvres inspirées de la vie de Djamila Boupacha[modifier | modifier le code]

Le peintre Pablo Picasso a créé le portrait de Djamila Boupacha[10] qui illustre la couverture du livre que Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir publient avec d'autres en 1962 sur la militante FLN.

La même année, le peintre Roberto Matta réalise son Supplice de Djamila[7]. Toujours en 1962, le musicien Luigi Nono (1924-1990) rend hommage à la jeune femme en lui consacrant une pièce vocale de ses Canti di Vita et D'amore ; d'une durée d'environ dix minutes, elle est composée pour soprano solo et intitulée Djamila Boupacha[11].

En 2000, Francesca Solleville interprète Djamila composée par Bernard Joyet sur le disque Grand frère petit frère. En 2012, Bernard Joyet reprend la chanson dans son disque Autodidacte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Hamid Tahri, « Djamila Boupacha, héroïne de la guerre de Libération. Femme sans peur, dame de cœur », sur Le Grand Soir, .
  2. a b c et d Taraud 2012, p. 64.
  3. a et b Le Sueur 2001, p. 170.
  4. a b et c Simone de Beauvoir, « Pour Djamila Boupacha », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  5. Codaccioni 2010, p. 32.
  6. a et b Interview de Gisèle Halimi, non datée, mise en ligne sur le blog Cri du cœur le .
  7. a b et c Taraud 2012, p. 65.
  8. Vergès 2017, p. 119.
  9. Le Monde, 3 mai 1962.
  10. Nadjet, « Djamila Boupacha par le grand Pablo Picasso », sur Cri du coeur, .
  11. « Djamila Boupacha - Luigi Nono », sur YouTube, .

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles et contributions[modifier | modifier le code]

  • Vanessa Codaccioni, « (Dé)Politisation du genre et des questions sexuelles dans un procès politique en contexte colonial : le viol, le procès et l’affaire Djamila Boupacha (1960-1962) », Nouvelles Questions féministes, vol. 29, no 1,‎ , p. 32-45 (ISSN 0248-4951 et 2297-3850, DOI 10.3917/nqf.291.0032)
  • Alyssa Moncef, « Djamila Boupacha, l’une des icônes féminines de la Révolution de Novembre », Memoria, (article en ligne)
  • Christelle Taraud, « Le supplice de Djamila Boupacha », L'Histoire, no 371,‎ , p. 64-65
  • (en) Philip Agee, « Torture as an Instrument of National Policy : France 1954—1962 » in Social Justice, vol. 17, no 4 (42), hiver 1990, p. 131-138 (extrait en ligne)
  • (en) James D. Le Sueur, « Torture and the decolonization of French Algeria: nationalism, 'race' and violence during colonial incarceration », dans Graeme Harper (dir.), Colonial and Post-Colonial Incarceration, Continuum International Publishing Group, (lire en ligne), p. 161-175

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]