Déception (militaire)
Dans le domaine militaire, le mot déception[1] désigne les principes et les manœuvres stratégiques et tactiques, et les moyens techniques destinés à tromper l'adversaire. La déception englobe la dissimulation et la simulation.
Étymologie
[modifier | modifier le code]Hors du contexte militaire, le mot anglais deception se traduit par « tromperie » en français. Cependant, le mot ne serait pas forcément un anglicisme calqué sur l'anglais deception. Selon Rémy Hémez, « le mot déception, souvent considéré comme un anglicisme, est employé depuis au moins le XVe siècle, en français, dans le sens de tromperie. La racine latine du mot est deceptum (forme du verbe decipere) qui signifie « attraper, tromper, abuser »[1]. »
Définition
[modifier | modifier le code]Selon l'OTAN, la déception se définit comme des :
« Mesures visant à induire l'ennemi en erreur, grâce à des truquages, des déformations de la réalité, ou des falsifications, en vue de l'inciter à réagir d'une manière préjudiciable à ses propres intérêts[2]. »
De façon générale, la déception est le travestissement volontaire de la réalité dans le but de gagner un avantage compétitif[1]. Rémy Hémez donne la définition suivante de la déception, proche de celle de l'OTAN :
« Effet résultant de mesures visant à tromper l’adversaire en l’amenant à une fausse interprétation des attitudes amies en vue de l’inciter à réagir d’une manière préjudiciable à ses propres intérêts et de réduire ses capacités de riposte. La déception comprend la dissimulation, la diversion et l’intoxication[1]. »
Antiquité et Moyen Âge
[modifier | modifier le code]Les traités de l'art de la guerre, les récits, l'Histoire et les légendes relatent de nombreux exemples de stratagèmes et de ruses pour tromper l'adversaire. L'une de ces histoires les plus célèbres est la Légende de Dame Carcas, où l'héroïne, assiégée dans Carcassonne, fait croire à l'ennemi qu'elle dispose encore de nombreux soldats en plaçant de faux mannequins de paille sur les remparts. Puis, pour faire croire qu'elle dispose encore d'abondantes réserves de nourriture, elle lance à l'ennemi une truie gavée de blé. Ces deux ruses, respectivement dénommées stratagème de l'armée augmentée et stratagème de la nourriture augmentée, sont destinées à dissuader l'ennemi de poursuivre son attaque[3].
Seconde Guerre mondiale
[modifier | modifier le code]De nombreuses opérations de ce type furent montées pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment par les Alliés pour tromper le commandement allemand sur les lieux réels de ses débarquements. Une des plus connues est l'opération Fortitude, destinée à dissimuler le futur débarquement en Normandie.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Rémy Hémez. Les opérations de déception : ruses et stratagèmes de guerre. Perrin/Ministère des Armées, 2022[4].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Rémy Hémez, « Opérations de déception — Repenser la ruse au XXIe siècle », Études de l'IFRI, (lire en ligne [PDF])
- ↑ (en + fr) NATO Standardization Agency (NSA). 2006. AAP-6 (2006) - NATO Glossary of Terms and Definitions. p 3-D-1
- ↑ Gauthier Langlois, Dame Carcas, une légende épique occitane, Carcassonne, Société d'études scientifiques de l'Aude, , 304 p. (ISBN 978-2-9531120-4-7, présentation en ligne)
- ↑ Gilles Ferragu. Les opérations de déception : ruses et stratagèmes de guerre, Rémy Hémez, Perrin/Ministère des Armées, 2022, 408 pages. Revue Historique des Armées 2023/1 (no 308), pp. 141-142. Lire en ligne