Guerre civile algérienne

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Guerre civile algérienne
Description de cette image, également commentée ci-après

Alger, les blindés de l'ANP occupent les points stratégiques de la capitale, au lendemain de la démission de Chadli Bendjedid.

Informations générales
Date 26 décembre 1991- 8 février 2002
Lieu Drapeau de l'Algérie Algérie
Casus belli annulation des élections législatives algériennes de 1991 par les généraux
« janviéristes »
Issue Victoire du gouvernement algérien
Insurrection du GSPC devenu AQMI en
Belligérants
Drapeau de l'Algérie Algérie Flag of the Islamic Salvation Front.svg Front islamique du salut (FIS) Mouvement islamique armé (MIA) (1991-1992)
Mouvement pour un État Islamique (1992-1993)
Front islamique du djihad armé (FIDA) (1993-1997)
Groupe islamique armé (GIA) (1992-1999)
Flag of Jihad.svg Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) (1998-2002)
Mouvement islamique pour la prédication et le djihad (MIPD) (1996)
Ligue Islamique pour la dawa et le djihad (LIDD) (1997-2000)
Commandants
Drapeau de l'AlgérieGénéraux « janviéristes »
Drapeau de l'Algérie Liamine Zéroual
Drapeau de l'Algérie Abdelaziz Bouteflika
Abbassi Madani
Abdelkader Chebouti
Mansouri Meliani
Abdelhak Layada
Cherif Gousmi
Djamel Zitouni
Antar Zouabri
Mourad Si Ahmed
Hassan Hattab
Nabil Sahraoui
Abdelmalek Droukdel
Mokhtar Belmokhtar
Ali Benhadjar
Moustafa Kertali
Forces en présence
Etat algérien[1]
140 000 (1992)
300 000 (1993)
480 000 (1996)
Groupes armés
2 000 (1992)
40 000 (1994)
10 000 (1996)
300-1 000 (2002)
~ 1 000 membres (GIA)
Pertes
60 000 à 150 000 morts
(un million de personnes déplacées, des dizaines de milliers d'exilés et plus de vingt milliards de dollars de dégâts.)[2]

Batailles

Attentat de l'Aéroport d'Alger, Prise d'otages du Vol 8969 Air France, Mutinerie de la Prison de Serkadji, Massacre de Thalit, Massacre de Bentalha, Massacre de Beni Messous, Massacre de Ramka

La guerre civile algérienne (« décennie rouge », « décennie du terrorisme », « années de plomb », « années de braise »[3]) est le conflit qui opposa le gouvernement algérien, disposant de l’Armée nationale populaire, et divers groupes islamistes à partir de 1991.

On estime que ce conflit coûta la vie à plus de 60 000 personnes[4] ; d'autres sources avancent le chiffre de 150 000 personnes[5] (avec des milliers de disparus, un million de personnes déplacées, des dizaines de milliers d'exilés et plus de vingt milliards de dollars de dégâts[2]). Le terrorisme islamiste se termina par la victoire du gouvernement, suivi de la reddition de l'armée islamique du salut et la défaite en 2002 du Groupe islamique armé (GIA).

Le conflit commença en décembre 1991, quand le gouvernement annula immédiatement les élections législatives après les résultats du premier tour, (vote sanction ) anticipant une victoire du Front islamique du salut (FIS), craignant de perdre le pouvoir et que ce dernier mette en place une république islamique. Après l'interdiction du FIS et l'arrestation de milliers de ses membres, différents groupes de guérilla islamiste émergèrent rapidement et commencèrent une lutte armée contre les civils et dont le but ultime était de les terroriser et punir en cas de soutien au gouvernement algérien. Ils se sont constitués en plusieurs groupes armés, dont les principaux sont le Mouvement islamique armé (MIA), basé dans les montagnes, et le Groupe islamique armé (GIA), basé dans les villes. Les islamistes ont au commencement visé l'armée et la police, mais certains groupes s'attaquèrent rapidement aux civils. En 1994, tandis que des négociations entre le gouvernement et les dirigeants du FIS mit en résidence surveillé, le GIA déclara la guerre au FIS et à ses partisans, alors que le MIA et divers plus petits groupes se regroupaient pour former l'Armée islamique du salut (AIS), loyale au FIS.

En 1995, les pourparlers échouèrent et une nouvelle élection eut lieu, remportée par le candidat de l'armée, le général Liamine Zéroual. Le conflit entre le GIA et l'AIS s'intensifia. Au cours des années suivantes, le GIA commit une série de massacres visant des villages entiers, avec un pic en 1997 autour des élections parlementaires, qui furent remportées par un parti nouvellement créé favorable à l'armée, le Rassemblement national démocratique (RND). L'AIS, soumise à des attaques des deux bords, opta en 1997 pour un cessez-le-feu unilatéral avec le gouvernement, alors que le GIA se déchirait à la suite de sa nouvelle politique de massacre. En 1999, l'élection d'un nouveau président, Abdelaziz Bouteflika fut suivie d'une nouvelle loi amnistiant la plupart des combattants, qui motiva un retour à la vie normale. La violence diminua sensiblement avec la victoire du gouvernement. Les restes du GIA proprement dit avaient pratiquement disparu en 2002.

Cependant, un groupe dissident du GIA, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), basé principalement à la périphérie de la Kabylie, fut constitué en 1998, se dissociant des massacres. Visant l'armée et la police pour la plupart, il rejeta l'amnistie et poursuivit son combat. À l'heure actuelle (en 2013), ses activités comparativement clairsemées sont les seuls combats persistant en Algérie. Cependant, une fin complète des violences n'est pas encore en vue surtout depuis que le GSPC a fait allégeance à Al-Qaïda en 2006.

Libéralisation, prélude à la guerre[modifier | modifier le code]

À la fin de 1988, le Front de libération nationale (FLN), parti unique en Algérie dont le pouvoir était resté inébranlé depuis les années 1960, ne semblait plus adapté à la situation. Le gouvernement bénéficiait du prix élevé du pétrole, et quand, en 1986, le prix du pétrole passa de 30 $ à 10 $ le baril, l'économie planifiée subit de fortes contraintes, avec les pénuries et la montée du chômage. En octobre 1988, des manifestations contre le président Chadli Bendjedid eurent lieu dans toutes les villes algériennes, mettant en avant la montée de l'islamisme parmi nombre de manifestants. L'armée, en tirant sur les manifestants, fit plus de 500 morts et choqua la population par la brutalité de la réponse.

La réponse du président fut d'entreprendre une réforme. Le [6], il proposa une nouvelle constitution par voie référendaire qui supprimait le parti unique, la référence au socialisme[7], et instaurait les libertés d'expression, d'association et de réunion[8]. Vers la fin de l'année, des partis politiques, dont le Front islamique du salut (FIS), se formèrent et furent reconnus par le gouvernement.

Le FIS incorpora un large spectre de la mouvance de l'opinion islamiste, représentée par ses deux principaux dirigeants. Son président, Abbassi Madani, professeur et combattant à l'époque de l'indépendance, représentait un conservatisme religieux relativement modéré et symboliquement lié à la guerre d'indépendance algérienne, source de la légitimité du FLN à diriger le pays ; il manifestait un attachement tiède à la démocratie, et plaçait la charia au-dessus de cette dernière. Le vice-président, Ali Belhadj, prédicateur à Alger, plus jeune et d'un niveau d'instruction moindre, avait joué un rôle dans les manifestations d’octobre. Il était connu pour ses prêches radicaux et agressifs qui rassemblaient la jeunesse ouvrière déçue et les non-islamistes alarmés par le rejet de la démocratie et des opinions islamistes conservatrices envers les femmes. Le FIS devint rapidement de loin le plus grand parti islamiste, avec un énorme électorat particulièrement concentré dans les zones urbaines. En 1990, il remporta les élections locales avec 54 % des voix. La guerre du Golfe renforça le parti, car il surpassait l'opposition du gouvernement à l'opération Tempête du désert.

En mai 1991, le FIS appela à une grève pour protester contre le nouveau découpage des circonscriptions électorales par le gouvernement, dénonçant un charcutage électoral. La grève elle-même était un échec, mais les énormes manifestations organisées par le FIS à Alger furent efficaces ; le FIS accepta d'arrêter la grève en juin en échange d'élections équitables. Peu après, le gouvernement de plus en plus alarmé arrêta Madani et Belhadj, ainsi qu'un certain nombre d'autres membres appartenant à des échelons inférieurs du FIS, mais commis l'erreur de ne pas dissoudre le parti. Le FIS resta légal, et Abdelkader Hachani en prit le contrôle.

La progression du parti se poursuivit. Il accepta de participer aux élections suivantes, après l'expulsion de personnes telles que Saïd Mekhloufi, qui avait préconisé l'action directe contre le gouvernement. À la fin novembre, des islamistes armés proches de l'extrémiste Takfir wal Hijra attaquèrent un poste frontalier à Guemmar, annonçant le conflit à venir ; ailleurs, un calme tendu régnait. Le 26 décembre, le FIS gagna facilement le premier tour des élections à l'assemblée nationale algérienne ; avec 48 % des votes, ils gagnèrent 188 des 232 sièges avec un taux de participation de 59 %. La nomination d'un gouvernement dominé par le FIS semblait alors inévitable.

Coup d'État[modifier | modifier le code]

Résultats des élections législatives algériennes de 1991
  •      Inconnu.
  •      Non décidé
  •      Majorité non-FIS
  •      FIS 50%
  •      Majorité FIS

L'armée considéra ces résultats comme inacceptables. Le FIS avait ouvertement menacé les membres du pouvoir en place, les condamnant comme antipatriotiques, pro-français et corrompus. De plus, les dirigeants du FIS étaient au mieux divisés sur les avantages de la démocratie.[citation nécessaire]

Le , sous le coup de force des généraux « janviéristes », l'armée annula les élections, forçant le président Chadli Bendjedid à démissionner et rappelant de son exil le combattant de l'indépendance Mohammed Boudiaf comme nouveau président. De nombreux membres du FIS furent arrêtés : 5 000 d'après les rapports de l'armée, 30 000 selon le FIS, y compris Abdelkader Hachani. Les prisons étant insuffisantes pour emprisonner tout le monde, des camps furent créés au Sahara, et les hommes qui portaient une barbe craignirent de sortir dans la rue de peur d'être arrêtés en tant que sympathisants du FIS. L’état d'urgence fut déclaré, et beaucoup de droits constitutionnels suspendus. Toutes les protestations furent étouffées. Des organisations de défense des droits de l'homme, comme Amnesty International, signalèrent l'utilisation fréquente de la torture par le gouvernement et la détention de suspects sans charges ni procès. Le gouvernement a officiellement dissous le FIS le 4 mars, alors que l'armée concentrait le pouvoir réel malgré les efforts de Boudiaf.

Les quelques activistes du FIS restés en liberté prirent ces événements comme une déclaration de guerre. Dans la majeure partie du pays, les activistes restants du FIS, ainsi que certains islamistes plus radicaux que le FIS, prirent le maquis avec des armes de fortune. Leurs premières attaques contre les forces de sécurité commencèrent à peine une semaine après le coup d'État, et les soldats et les policiers furent rapidement pris pour cibles. Comme dans les guerres précédentes, les combattants furent presque exclusivement basés dans les montagnes du nord de l'Algérie, où la forêt et le maquis sont bien adaptés à la guérilla, mais aussi dans certains secteurs urbains ; le Sahara, riche en pétrole et en gaz, mais très peu peuplé resta paisible pendant presque tout le conflit. La principale source de devise du gouvernement fut ainsi en grande partie épargnée.

La situation tendue fut aggravée par l’effondrement de l'économie, cette année-là, à tel point que les aides alimentaires furent suspendues. Les espoirs placés par la population dans la personne apparemment intacte de Mohammed Boudiaf furent bientôt déçus quand il fut victime en juin d'un attentat d'un de ses propres gardes du corps. Peu après, Abbassi Madani et Ali Belhadj furent condamnés à 12 ans de prison.

Le 26 août, il devint évident que la guérilla visait autant les civils que les représentants de l'État : l'attentat de l'aéroport d'Alger fit 9 morts et 128 blessés. Le FIS condamna l'attentat comme le firent les principaux autres partis, mais l'influence du FIS sur les guérilleros se révéla limitée.

Le MIA était une résurgence d'un mouvement du même nom, celui de Mustafa Bouyali, éliminé par l'armée en 1987. Or le MIA, relancé clandestinement en 1991, aurait été infiltré par des agents des services secrets de l'armée algérienne (le DRS, département du Renseignement et de la Sécurité, nouveau nom depuis septembre 1990 de la Sécurité militaire, au cœur du pouvoir depuis l'indépendance de 1962)[réf. nécessaire]. Soucieux de contrôler les noyaux armés islamistes en gestation, les chefs du DRS avaient en effet décidé de les infiltrer. Cette politique conduira, avec le développement de la guerre civile, à des manipulations de grande ampleur de la violence perpétrée « au nom de l'islam ».

Dès 1991, le MIA a été équipé par le DRS de véhicules de services[9] ; le DRS rédigeait, imprimait et distribuait lui-même certains tracts[10] ; il aurait également constitué des listes noires (d’intellectuels à abattre) au Centre Ghermoul, siège de la Direction du contre-espionnage (DCE).

Les premiers combats semblent avoir été menés par le petit groupe extrémiste Takfir wal Hijra et des anciens combattants d’Afghanistan. Cependant, le premier mouvement armé important à émerger fut le mouvement islamique armé (MIA), juste après le coup d'État. Il était dirigé par l'ex-militaire Abdelkader Chebouti, un islamiste de longue date qui avait gardé ses distances avec le FIS pendant le processus électoral. En février 1992, un ex-soldat, ex-combattant en Afghanistan et ancien responsable de la sécurité au FIS, Said Mekhloufi fonda le Mouvement pour un État islamique (MEI) qui, lui, n'était pas encore infiltré par le DRS. Les divers groupes organisèrent plusieurs réunions pour essayer d'unir leurs forces, acceptant le principe d'un rassemblement autour de Chebouti. Le 1er septembre, il dénonça le manque de discipline et l’attaque de l’aéroport d’Alger, qui pouvait éloigner des soutiens. Alors que Takfir wal Hijra et les Afghans de Noureddine Seddiki rejoignaient le MIA, les forces de sécurité donnèrent l’assaut. Les soupçons nés de cette attaque empêchèrent toute réunion ultérieure.

Le FIS lui-même organise un réseau clandestin, avec des journaux et même une radio liée au MIA, et vers la fin de 1992, il commence à diffuser depuis l'étranger des rapports officiels. Cependant, l'avis des mouvements de guérilla sur le FIS à cette époque est mitigé ; une grande partie soutient le FIS, une minorité significative, menée par les « Afghans », considère l'activité politique du parti comme non islamique, et rejeta donc les rapports avec le FIS.

En janvier 1993, Abdelhak Layada déclare que son groupe est indépendant de celui de Chebouti. La nouvelle faction devient le Groupe islamique armé (GIA). Elle fut particulièrement active à Alger, dans sa banlieue et dans les zones urbaines. Elle prit une position dure, s'opposant au gouvernement et au FIS, déclarant « Nous rejetons la religion de la démocratie. Nous affirmons que le pluralisme politique équivaut à la sédition »[11] et publiant des menaces de mort contre plusieurs chefs du FIS et du MIA. Elle était nettement moins sélective que le MIA, qui insistait sur la formation idéologique ; en conséquence, elle a régulièrement été infiltrée par les forces de sécurité, provoquant un renouvellement fréquent au fur et à mesure que les dirigeants étaient abattus.

En 1993, la division entre les mouvements de guérilla devint plus claire. Le MIA et le MEI, concentrés dans le « maquis », essayèrent de développer une stratégie militaire contre l'État, visant plus particulièrement les services de sécurité et sabotant ou bombardant les établissements d'État. Depuis sa création, le GIA était concentré dans les secteurs urbains, préconisait et appliquait le massacre envers ceux qui soutenaient le pouvoir, y compris les employés de l'État, comme les professeurs et les fonctionnaires. Il assassina des journalistes et des intellectuels (comme Tahar Djaout), disant que « Les journalistes qui combattent l'islamisme par la plume périront par la lame »[12]. Il intensifia ses attaques en visant les civils qui refusaient de respecter ses interdictions, puis il commença à massacrer des étrangers, fixant un ultimatum d'un mois avant leur départ « n'importe qui dépassera le délai d'un mois sera responsable de sa mort »[13]. Après quelques massacres, pratiquement tous les étrangers quittèrent le pays ; l'émigration algérienne (souvent illégale) augmenta aussi sensiblement, car les gens cherchaient une issue au conflit. Durant la même période, le nombre de visas accordés aux Algériens par les autres pays chuta.

Montée en puissance de la lutte antiterroriste[modifier | modifier le code]

Au moment du coup d'État, les autorités militaires décident d’engager l'armée seule pour lutter contre les maquis islamistes qui commencent à se constituer sur l’ensemble du territoire nationale. 140 000 hommes sont engagés contre les groupes armés. Mais les militaires, influencés par le modèle soviétique d'armée de masse peu flexible, subissent de lourdes pertes dans les mois suivant le putsch. Cette situation obligent les autorités à engager progressivement les autres composantes des forces de sécurité de l'État. La gendarmerie entame les premières opérations contre les maquisards en juin 1992 et la police (DGSN) est elle aussi intégrée dans la lutte antiterroriste à partir de 1993. Au total, 300 000 hommes sont engagés contre les Groupes Islamistes Armés.

Jusqu'à la fin de l'année 1994, les forces de sécurité sont dépassées par les nombreuses actions de guérilla menées par les groupes armés. La désertion de nombreuses unités, l'impréparation des militaires à la guerre asymétrique cause de lourdes pertes dans les rangs de l’armée, la police et la gendarmerie.

À partir de cette date, les autorités militaires décident de la création de milices populaires pour épauler les forces de sécurité dans la lutte contre le terrorisme islamiste. 500 000 hommes sont affectés dans la lutte contre les groupes armés en 1996.

Échec des négociations et luttes intestines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Plate-forme de Sant'Egidio.

La violence continua au cours de l'année 1994, bien que l'économie dans le même temps ait commencé à se redresser. Les négociations avec le FMI avaient permis de rééchelonner le remboursement de la dette ; le gouvernement obtint aussi un prêt de 40 milliards de francs de la communauté internationale pour libéraliser son économie. Comme il devenait évident que les troubles continueraient pendant un certain temps, le général Liamine Zéroual fut nommé nouveau président du haut conseil d'État ; il avait la réputation d’être plus un homme de dialogue qu'un membre des éradicateurs de l'armée. Peu après sa prise de fonction, il entreprit des négociations avec les dirigeants du FIS emprisonnés, libérant certains prisonniers en signe de bonne volonté. Les entretiens ont divisé la scène politique ; les grands partis politiques, en particulier le FLN et le FFS (kabyle et socialiste), continuèrent à réclamer un compromis, à l'inverse d'autres, notamment, l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA), sans oublier des groupes de gauche ou féministes tels que le laïque RCD proche des éradicateurs. Quelques mouvements paramilitaires vaguement pro-gouvernementaux, tels que l'Organisation des jeunes Algériens libres (OJAL), émergèrent et commencèrent à s'attaquer aux défenseurs civils de l'islamisme. Le , plus de mille prisonniers (principalement des islamistes) s'évadèrent de la prison de Tazoult, représentant pour la guérilla un succès ; plus tard, les partisans de la théorie de la conspiration suggérèrent qu'il s'agissait d'une mise en scène pour permettre aux forces de sécurité d'infiltrer le GIA.

En attendant, sous la direction de Cherif Gousmi (son chef depuis mars), le GIA devint le groupe le plus en vue en 1994. En mai, le FIS souffrit un coup apparent quand plusieurs de ses chefs qui n'avaient pas été emprisonnés, avec Said Makhloufi du MEI, rejoignirent le GIA. Comme le GIA avait publié des menaces de mort contre eux en novembre 1993, cela surprit beaucoup d'observateurs, qui l'interprétèrent comme le résultat des luttes intestines au FIS ou comme une tentative de réorienter le GIA. Le 26 août, le GIA déclara même un califat, ou gouvernement islamique, pour l'Algérie, avec Gousmi comme « Commandeur des croyants ». Dès le lendemain, Mekhloufi annonça son retrait du GIA, déclarant que le GIA avait dévié de l'islam et que ce califat était une tentative de l'ex-chef du FIS Mohammed Said pour contrôler le GIA. Celui-ci continua des attaques sur ses cibles habituelles, assassinant notamment des artistes, comme Cheb Hasni, et menaçant en août les écoles insuffisamment islamistes d'incendie criminel.

Les guérillas fidèles au FIS, menacées de marginalisation, essayèrent d'unir leurs forces. En juillet 1994, le MIA, ainsi que le reste du MEI et divers petits groupes, s'unirent sous le nom d’Armée islamique du salut (un terme qui avait été parfois employé par la guérilla favorable au FIS), déclarant leur allégeance au FIS et renforçant de ce fait le FIS dans les négociations. Vers la fin de 1994, elles contrôlaient plus de la moitié de la guérilla à l'est et à l'ouest, mais à peine 20 % au centre, près de la capitale, qui était l'implantation principale du GIA. Elles publièrent des communiqués condamnant les attentats aveugles du GIA contre les femmes, les journalistes et d'autres civils « non impliqués dans la répression », et attaquèrent la campagne d'incendie criminel des écoles par le GIA.

Fin octobre, le gouvernement annonça l'échec de ses négociations avec le FIS. Zéroual proposa en remplacement un nouveau plan : il programma une élection présidentielle pour 1995, tout en favorisant des « éradicateurs » de l'armée comme Lamari et organisant des « milices d'autodéfense » dans les villages pour combattre la guérilla. La fin 1994 fut marquée par une croissance notable de la violence. Au cours de 1994, l'isolement de l'Algérie se renforça ; la plupart des agences de presse étrangère quittèrent le pays cette année-là, alors que la frontière marocaine se fermait et que les lignes aériennes étrangères étaient interrompues. Le manque de couverture des événements par la presse étrangère et algérienne est encore aggravé en juin par le gouvernement qui interdit aux médias algériens de mentionner toute nouvelle en rapport avec le terrorisme non traitée par les communiqués de presse officiels[14].

Quelques chefs du FIS, notamment Rabah Kebir, s'exilèrent à l'étranger. À l'invitation de la Communauté de Sant'Egidio basé à Rome, en novembre 1994, ils entamèrent des négociations avec tous les autres partis d'opposition, islamiques ou pas (LADDH, FLN, FFS, FIS, MDA, PT, JMC). Ils conclurent un accord mutuel le  : la Plate-forme de Sant'Egidio. Elle regroupe un ensemble de principes :

  • respect des droits de l'homme, de la démocratie, et du multipartisme,
  • rejet du rôle de l'armée sur la scène politique et de la dictature,
  • reconnaissance de l’islam, des identités ethniques arabe et berbère en tant qu'aspects essentiels de l'identité nationale de l'Algérie,
  • demande de remise en liberté des chefs du FIS, et l'arrêt des massacres et des tortures extrajudiciaires dans tous les camps.

À la surprise de beaucoup, même Ali Belhadj approuva l'accord, ce qui signifiait que le FIS retournait dans la légalité, d'un commun accord avec les autres partis d'opposition. Cependant, un signataire crucial était absent : le gouvernement lui-même. En conséquence, la plateforme eut peu d'effets immédiats. Les mois suivants furent marqués par le massacre d'environ 100 prisonniers islamistes dans la révolte de la prison de Serkadji, et d'un succès important pour les forces de sécurité lors de la bataille à Ain Defla, provoquant la mort de centaines d’islamistes.

En fin de compte, cependant, selon Andrea Riccardi qui mena les négociations pour la Communauté Sant'Egidio, « la plateforme incita les militaires algériens à abandonner l'unique confrontation militaire et les força à réagir par un acte politique » : l'élection présidentielle de 1995.

Cherif Gousmi fut remplacé à la tête du GIA par Djamel Zitouni. Zitouni étendit les attaques du GIA aux civils sur le sol français, à commencer par le détournement du vol Air France 8969 à la fin décembre 1994, puis plusieurs attentats à la bombe au cours de l'année 1995. En Algérie même, il continua les plasticages de voiture et les assassinats de musiciens, de sportifs, et des femmes non voilées, aussi bien que les cibles habituelles. On pouvait alors s'interroger sur la nature apparemment contre-productive de plusieurs de ses attaques et émettre l'hypothèse (encouragée par des membres du FIS à l'étranger) que le groupe avait été infiltré par les services secrets algériens. La région au sud d'Alger, en particulier, fut dominée par le GIA, qui l'appela « la zone libérée », avant d'être appelée le « triangle de la mort ».

Les communiqués de guerre entre l'AIS et le GIA proliférèrent, et le GIA réitéra ses menaces de mort contre des chefs du FIS et de l'AIS, assassinant un cofondateur du FIS, Abdelbaki Sahraoui, à Paris. Des sources étrangères estimèrent alors qu'il y avait environ 27 000 guérilleros.

Poursuite de l'expression politique, émergence des milices[modifier | modifier le code]

À la suite de l'arrêt des négociations avec le FIS, le gouvernement décida d'organiser une élection présidentielle. Le , Liamine Zéroual fut élu président avec 60 % des voix. L'élection fut contestée par beaucoup de candidats, y compris par les islamistes Mahfoud Nahnah (25 %) et Noureddine Boukrouh (moins de 4 %) et le tenant de la laïcité Said Sadi (10 %), mais à l'exception du FIS, tous constatèrent un fort taux de participation (officiellement 75 %, taux confirmé par la plupart des observateurs) en dépit de l'appel à l'abstention du FIS, du FFS et du FLN et les menaces de mort du GIA pour tous les votants (avec le slogan « une voix, une balle »). Un niveau élevé de sécurité fut maintenu pendant la période électorale jusqu'au jour de l'élection, par une mobilisation massive. Les observateurs étrangers de la ligue arabe, de l'ONU et des organisations de l'unité africaine n'exprimèrent aucune réserve fondamentale. Les élections furent généralement perçues par les étrangers comme tout à fait libres, et les résultats raisonnablement plausibles, étant donné le choix limité de candidats[15].

Les résultats reflétèrent les diverses opinions de la population, allant du soutien à la laïcité et l'opposition à l'islamisme à un désir d’arrêt des violences, indépendamment de la politique. L'espoir naquit que la politique algérienne s'apaise finalement. Zéroual en profita pour présenter une nouvelle constitution en 1996, qui renforçait nettement le pouvoir du président et en créant une deuxième assemblée, en partie élue et en partie nommée par le président. En novembre 1996, le texte fut soumis à un référendum national ; tandis que le taux officiel de participation était de 80 %, cette élection ne fut pas contrôlée, et le fort taux de participation fut considéré comme peu vraisemblable.

La politique du gouvernement fut combinée avec une augmentation substantielle avec[Quoi ?] la création de la garde communale et des milices pro-gouvernementales. Ces « milices d'autodéfense », souvent appelées les « patriotes » pour faire court, se composant de citoyens locaux entraînés par l'armée et armés par le gouvernement, furent organisées dans les villes « sûres » et proches des zones d'activité des groupes de guérilla islamiste. Le programme fut plus ou moins bien accueilli suivant les régions du pays ; il fut sensiblement renforcé au fil des années, en particulier après les massacres de 1997.

Les élections furent un revers pour les groupes armés, qui enregistrèrent une augmentation significative des désertions juste après les élections. Rabah Kebir du FIS répondit aux modifications dans l'opinion populaire en adoptant une tonalité plus conciliante vis-à-vis du gouvernement, mais cette évolution fut condamnée par une partie du Front et par l'AIS. Le GIA fut secoué par des dissensions internes ; peu de temps après l'élection, sa direction tua les chefs du FIS qui avaient rejoint le GIA, les accusant de tenter une récupération. Cette purge accéléra la désintégration du GIA : les factions de Mustapha Kartali, Ali Benhadjar et Hassan Hattab refusèrent de reconnaître l'autorité de Zitouni vers la fin 1995, bien qu'ils ne firent formellement sécession que bien plus tard. En décembre, le GIA tua le chef de l'AIS pour l'Algérie centrale, Azzedine Baa, et en janvier s'engagea à combattre l'AIS comme un ennemi ; en particulier dans l'ouest, la guerre entre les deux mouvements fut totale.

Massacres et réconciliation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Qui tue qui ?.

En juillet 1996, le chef du GIA Djamel Zitouni fut assassiné par une ex-faction du GIA et Antar Zouabri lui succéda, se révélant encore plus sanglant.

Les élections législatives se déroulèrent le . Elles furent dominées par le Rassemblement national démocratique (RND), un nouveau parti créé au début 1997 par les défenseurs de Zéroual, qui obtint 156 sièges sur 380, suivi par le MSP (après le changement de nom du Hamas) et le FLN avec plus de 60 sièges chacun. Les analyses de cette élection furent partagées ; la plupart des principaux partis d'opposition se plaignirent, et le succès du tout nouveau RND surprit tout le monde. Le RND, le FLN et le MSP formèrent un gouvernement de coalition, avec Ahmed Ouyahia du RND comme premier ministre. Il y eut des mesures d'assouplissement envers le FIS : Abdelkader Hachani fut libéré, et Abbassi Madani assigné à résidence.

Massacres de plus de 50 personnes pendant les années 1997 et 1998

C'est à cette époque qu'apparut un nouveau problème. Au cours du mois d'avril, l'Algérie subit des massacres d'une brutalité et d'une ampleur sans précédent (voir le massacre de Thalit) ; d'autres massacres avaient été commis au cours du conflit, mais toujours à une échelle nettement moindre. Visant particulièrement les villages ou les banlieues sans distinction d'âge et de sexe des victimes, les partisans du GIA tuèrent des dizaines, et parfois même des centaines, de civils à la fois. Ces massacres se poursuivirent jusqu'à la fin 1998, modifiant notablement la situation politique. Le sud et l'est d'Alger, qui avait voté pour le FIS en 1991, furent particulièrement frappés ; les massacres de Rais et de Bentalha choquèrent en particulier les observateurs internationaux. Des femmes enceintes furent éventrées et découpées en tranches, des enfants furent taillés en morceaux ou jetés contre des murs, les membres des hommes furent coupés, dans leur retraite les attaquants enlevèrent des jeunes femmes pour en faire des esclaves sexuelles. Bien que cette citation attribuée à Nesroullah Yous, un survivant de Bentalha, soit peut-être une exagération, elle exprime l'humeur apparente des attaquants :

« nous avons toute la nuit pour violer vos femmes et les enfants, boire votre sang. Même si vous nous échappez aujourd'hui, nous reviendrons demain pour vous finir ! Nous sommes ici pour vous renvoyer à votre Dieu ! »[16]

La responsabilité du GIA dans ces massacres est incontestable. Il revendiqua les massacres de Rais et Bentalha, les qualifiant « d'offrandes à Dieu » et les victimes de défenseurs « impies » des tyrans dans un communiqué de presse. Cette politique de massacres de civils fut l'une des principales raisons de la scission du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). À ce stade, il avait apparemment adopté l'idéologie takfiriste, selon laquelle tous les Algériens ne combattant pas activement le gouvernement étaient corrompus au point d'être des kafirs, et pouvaient être tués « légalement » en toute impunité ; un communiqué non confirmé de Zouabri déclarait qu'« excepté ceux qui sont avec nous, tous les autres sont des apostats et méritent la mort »[17]. Certains pensent, que le motif de la destruction d'un village venait de l'adhésion de celui-ci au programme gouvernemental, qu'il vit comme une preuve de déloyauté ; pour d'autres, la rivalité avec d'autres groupes (par exemple, la faction détachée de Mustapha Kartali) joua un rôle.

Cependant, pour Rais et Bentalha, Amnesty International [1] et les survivants relèvent que l'armée avait des baraquements à quelques centaines de mètres, mais n’était pas intervenue ; ceci et d'autres détails conduisirent certains à voir des connexions entre l'armée et le GIA, et en particulier remettre en lumière la théorie selon laquelle le GIA était infiltré par la police secrète, non seulement parmi des théoriciens de la conspiration, mais aussi parmi quelques chercheurs occidentaux. Dans un certain cas (le massacre de Guelb el-Kebir et le massacre Sidi Hamed) les journaux algériens soupçonnèrent l'AIS, en dépit d'un démenti formel de sa participation ; la crédibilité de ces rapports est peu claire.

C'est à cette époque que l'AIS engagea une guerre totale tant avec le GIA, qu’avec le gouvernement, se trouvant dans une position intenable. Le GIA apparut comme un ennemi plus immédiat, et les membres de l'AIS craignirent que les massacres, qu'ils avaient régulièrement condamnés, leur soient imputés. Le , le dirigeant de l'AIS, Madani Mezrag, ordonna le cessez-le-feu unilatéral et sans condition débutant le 1er octobre, « dévoilant l'ennemi qui se cache derrière ces massacres abominables. » L'AIS s'est mis en grande partie hors de la scène politique, ramenant le combat à une lutte entre le gouvernement, le GIA, et les divers groupes qui quittaient petit à petit de l'orbite du GIA. La ligue islamique pour Da'wa et Jihad d'Ali Benhadjar (LIDD), formée en février 1997, s'allia à l'AIS et observa le même cessez-le-feu. Au cours des trois années suivantes, l'AIS négocia une amnistie graduelle pour ses membres.

Le GIA détruit, le GSPC continue[modifier | modifier le code]

Après que de nombreuses pressions internationales se sont manifestées, l'Union européenne envoya deux délégations, l'une d'elles menée par Mário Soares, pour visiter l'Algérie et enquêter sur les massacres au premier semestre de 1998 ; leurs rapports condamnèrent les groupes islamistes armés.

Les villes devinrent plus sûres, bien que les massacres continuèrent dans des secteurs ruraux. La politique de massacres des civils du GIA avait déjà creusé un fossé parmi ses dirigeants, certains rejetant cette politique ; le , ce désaccord fut formalisé avec la formation du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), basé dans les montagnes à l'ouest de la Kabylie et mené par Hassan Hattab.

Le 11 septembre, Zéroual surprit les observateurs en annonçant sa démission. Une nouvelle élection fut organisée, et le , l'ex-combattant pour l'indépendance Abdelaziz Bouteflika soutenu par l'armée fut élu président avec, selon les autorités, 74 % des voix. Tous les autres candidats s'étant retirés de l'élection peu avant, mentionnant la crainte de fraudes. Bouteflika poursuivit les négociations avec l'AIS, et le 5 juin l'AIS accepta le principe de sa dissolution. Bouteflika accompagna ce succès d'une amnistie du gouvernement d'un certain nombre d'islamistes prisonniers condamnés pour des actes mineurs et en soumettant la loi d'harmonie civile au parlement, une loi désignée sous le nom de la « Concorde civile » permettant à des combattants islamistes non coupables de meurtre ou de viol d'échapper à toute poursuite s'ils se rendaient. Cette loi fut finalement approuvée par référendum le , et un certain nombre de combattants, y compris Mustapha Kartali, en profitèrent pour reprendre une vie normale provoquant la colère de ceux qui avaient été victimes des islamistes. La direction du FIS exprima son mécontentement vis-à-vis des résultats, estimant que l'AIS arrêtait le combat sans avoir résolu aucun problème ; mais leur principal porte-parole hors de prison, Abdelkader Hachani, fut assassiné le 22 novembre. La violence diminua, sans toutefois disparaître totalement, et le calme revint en Algérie.

Article détaillé : Concorde civile (Algérie).

L'AIS fut entièrement dissoute le , ayant négocié une amnistie spéciale avec le gouvernement. Le GIA, déchiré par les dissensions et les abandons et dénoncé de tous les côtés et même par le mouvement islamiste, fut lentement détruit par des opérations militaires au cours des années suivantes ; à la mort d'Antar Zouabri au début 2002, elle était incapable de poursuivre son action. Les efforts du gouvernement furent davantage soutenus au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 ; les États-Unis manifestèrent leur soutien vis-à-vis du gouvernement algérien, en gelant les avoirs du GIA et du GSPC et en fournissant des lunettes infrarouges à l'armée.

Article détaillé : Insurrection islamique au Maghreb.

Avec le déclin du GIA, le GSPC subsistait en tant que groupe rebelle le plus actif, avec environ 300 combattants en 2003[18]. Il continua une campagne de tueries de policiers et de militaires dans son secteur, parvenant même à progresser au Sahara, où sa division, menée par Amari Saifi (surnommé « Abderrezak el-Para »), enleva des touristes allemands en 2003, avant d'être forcé de fuir dans des secteurs dépeuplés du Mali, et plus tard au Niger et au Tchad, où il fut capturé. À la fin 2003, le fondateur du groupe fut supplanté par l'encore plus radical Nabil Sahraoui, lequel annonça son soutien à Al-Qaïda, renforçant les liens des gouvernements des États-Unis et d'Algérie. Il aurait été tué peu de temps après.

La libération des chefs du FIS Madani et Belhadj en 2003 n'a eu aucun effet visible sur la situation, illustrant une confiance gouvernementale retrouvée qui fut confirmée par l'élection présidentielle de 2004, dans laquelle Bouteflika fut réélu avec 85 % des voix et l'appui des deux principaux partis. L'élection fut analysée comme la confirmation du soutien populaire fort à la politique de Bouteflika envers les terroristes et la réussite de l'arrêt des violences à grande échelle.

En , un référendum proposant l'amnistie fut soumis par le gouvernement de Bouteflika, comme la loi de 1999, pour mettre un terme aux poursuites pour les personnes qui n'avaient plus d'activités militaires et pour offrir des compensations aux familles des personnes tuées par les forces gouvernementales. La proposition fut acceptée par 97 % des votants. Ces résultats restent mitigés.

En 2006, Abdelmalek Droukdal, alias Abou Moussab Abd El-Ouadoud, le numéro 1 du GSPC algérien, sous le parrainage d’Abou Moussab El-Zarqaoui, fait allégeance à Al-Qaïda. Le GSPC devient Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). L'organisation va perpétrer plusieurs attentats spectaculaires dont plusieurs en ayant recours aux kamikazes (11 avril et 11 décembre 2007). On lui attribue aussi des attentats et des prises d'otage au Sahel, notamment l'exécution de 11 gendarmes à Tinzaoutine le 30 juin 2010 et celle de Michel Germaneau (revendiquée) le 25 juillet 2010 au Mali.

Le bilan mensuel des violences en 2010 s’élève à entre 20 et 25 tués. Un bilan de l'OTAN tiré de sources publiques annonce, en 2011, 105 attaques terroristes causant 159 tués, 191 blessés et 9 enlevés[19].

Depuis l'amnistie de 2005, les services de sécurité ont arrêté jusqu’à 1 290 terroristes, tandis que 7 540 autres, dont 81 émirs, à leur tête Hassan Hattab, se sont rendus et ont bénéficié de la cessation de l’action publique[20].

Le succès de la stratégie gouvernementale pendant la décennie noire s’explique par le fait que l'armée, bien que non préparée au combat de guérilla et en partie infiltrée par les islamistes, a su garder son unité et son objectif de défense du territoire, face à la diversité des mouvements armés islamistes, aux objectifs et moyens divergents, se combattant parfois entre eux. Ainsi, l'armée, étant resté solidaire et unie face aux menaces des islamistes, a empêché l'effondrement de l'État.

Chronologie[modifier | modifier le code]

1991[modifier | modifier le code]

Le Front Islamique du Salut gagne largement le premier tour des élections législatives en Algérie. Une partie de la société civile exprime publiquement son inquiétude. Une partie des généraux dits "janviéristes" de l'armée prépare une prise de pouvoir des militaires en cas de victoire du FIS au second tour prévu en 1992. Le président Chadli décrète l'état de siège en juin devant les démonstrations de force du FIS.

1992[modifier | modifier le code]

Les généraux organisent un putsch et s'emparent du pouvoir le 11 janvier. L'armée se déploie dans les rue d'Alger. La constitution de 1989 est déclarée illégale, le parlement dissous et le président contraint à la démission. Un Haut Comité d'État est constitué par les généraux putschistes pour remplacer le pouvoir politique alors vacant. L'opposant Mohamed Boudiaf est nommé président du HCE. Il sera assassiné la même année. Le FIS est dissous par l'armée et ses militants pourchassés et emprisonnés dans des centres de détention établis dans le Sud saharien. Les dirigeants du FIS sont arrêtés. Les premiers maquis se constituent. Création du "Groupe Islamique Armé" (GIA).

1993[modifier | modifier le code]

Les attentats se multiplient contre les forces de sécurité. L'armée organise de nombreuses opérations de ratissage dans les maquis au nord du pays. Les pouvoirs de la justice et des forces de l'ordre sont renforcés dans le cadre de la lutte antiterroriste. Premiers assassinats de personnalités civiles. Premières attaques du GIA contre les étrangers en fin d'année.

1994[modifier | modifier le code]

Les étrangers (journalistes, ambassades...) quittent en masse le pays après les nombreuses menaces et attentats à leur encontre. Les attaques redoublent d’intensité contre les infrastructures économiques, de communication et de transport du pays. Premiers attentats contre la population civile. De nombreux membres des forces de sécurité sont tués ou ont déserté. Les défaites successives des militaires face aux groupes armés obligent l'État à abandonner de nombreux territoires aux forces non conventionnelles. Attentat du GIA contre un avion Airbus d'Air France. Le FIS (parti islamiste dissous) crée l' "Armée Islamique du Salut" (AIS), destinée à la lutte armée contre l'État algérien. L'Algérie accepte le plan de restructuration du FMI et reçoit un prêt de 40 milliards de dollars.

Le général Liamine Zéroual est désigné président de la république par les généraux janviéristes.

1995[modifier | modifier le code]

Attentats très meurtriers contre les forces de l'ordre et les civils. L'armée rappelle 50 000 réservistes et lance des contre-offensives victorieuses contre les groupes armés, réoccupant progressivement le terrain perdu depuis 2 ans. Premières constitutions de "milices civiles" contre les islamistes. Le succès international de la Plate-forme de Sant'Egidio (accord de l’ensemble les partis politiques, dont le FIS, sur la paix civile en Algérie) oblige les militaires à organiser une élection présidentielle en novembre. L'armée mobilise alors 350 000 hommes pour garantir la sécurité des bureaux de vote. Le général Zeroual est élu avec 61 % des voix. La France est touchée en fin d'année par plusieurs attentats commandités par le GIA .

Premières négociations entre le FIS et le président-général Liamine Zeroual.

1996[modifier | modifier le code]

Le président Zeroual fait promulguer une nouvelle constitution renforçant considérablement les pouvoirs présidentiels. Premiers massacres de masse contre les civils, revendiqués par le GIA. Assassinat des moines de Tibéhirine en mars. L'armée mobilise 100 000 soldats pour reprendre le contrôle d’Alger et de sa région. Les attaques ne cessent pas pour autant.

480 000 hommes sont engagés contre les maquis. 20 % des dépenses de l’État sont consacrées à la lutte contre le terrorisme.

1997[modifier | modifier le code]

L'année 1997 est la plus meurtrière pour la population civile, victime de véritables campagnes de massacres par les groupes armés, dont le GIA. Plusieurs centaines de personnes (femmes, enfants, vieillards, familles...) sont assassinées à chaque tuerie. On estime le total des assassinats à plus de 40 000 pour la seule année de 1997. Face à ces massacres, l'Armée Islamique du Salut annonce une trêve sans conditions avec le gouvernement algérien (trêve à laquelle le FIS est opposé).

Le pouvoir organise des élections législatives en juin, largement remportés par le Rassemblement national démocratique, parti de l'armée.

1998[modifier | modifier le code]

Échec des négociations entre le président algérien et le part islamiste FIS dissous. Démission forcée de Liamine Zéroual. Annonce d'élections présidentielles pour 1999. Les massacres continuent contre la population.

1999[modifier | modifier le code]

Élection d'Abdelaziz Bouteflika à la tête du pays. L'AIS annonce qu'elle dépose définitivement les armes. Après de longues négociations avec l'Armée nationale populaire (Algérie) pendant le mandat de Liamine Zéroual, un projet de loi de "concorde civile", approuvé par référendum en 1999. Amnistie générale des combattants acceptant de déposer les armes. Fin progressive des violences.

La guerre a coûté plus de 20 milliards de dollars à l'État algérien.

Les premiers bilans humains de ces 7 années de conflit indiquent que la guerre a fait près de 200 000 morts et disparus. L'État a payé aussi un lourd tribu avec plus de 30 000 soldats tués et des dizaines de milliers blessés.

2000[modifier | modifier le code]

Les violences contre la population et les forces de l'État continuent de manière sporadiques. Nombreuses manifestations et répressions des forces de l'ordre, marasme économique et élections encore largement contrôlées par l'armée.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Lounis Aggoun, Jean Baptiste Rivoire, Françalgérie crimes et mensonges d'États, Histoire secrète de la guerre d'indépendance à la « troisième guerre », Paris, La Découverte, 2004.
  • Mohamed Samraoui, Chronique des années de sang, Paris, Denoël, 2003
  • Nesroulah Yous, Salimah Mellah, Qui a tué à Bentalha ? Algérie : chronique d'un massacre annoncé, Paris, La Découverte, 2000 (Cahiers libres)
  • Habib Souaïdia, La sale guerre, Le témoignage d'un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne, 1992-2000, Paris, La Découverte, 2001 (Cahiers Libres)
  • Andrea Riccardi, Sant'Egidio, Rome et le monde, entretien avec J.-D. Durand et R. Ladous, Beauchesne Éditeur, Paris, 1996, (ISBN 2-7010-1334-8).
  • (en) Luis Martinez (translated by Jonathan Derrick), The Algerian Civil War 1990-1998, Hurst & Co., Londres, 1998, (ISBN 1-85065-517-0).
  • (en) Michael Willis, The Islamist Challenge in Algeria: A Political History, NYU Press., New York, 1996, (ISBN 0-8147-9328-2)
  • (en) William B. Quandt, Between Ballots and Bullets: Algeria's Transition from Authoritarianism, Brookings Institution Press., Washington DC, 1998, (ISBN 0-8157-7301-3).
  • (it) Marco Impagliazzo, Mario Giro, Algeria in ostaggio, Guerini e Associati, 1997, Milano.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.algerie-tpp.org/tpp/pdf/dossier_16_forces_repression.pdf
  2. a et b Le Monde - Dossiers & documents, sous le titre : Algérie embourbée face à l'islamisme. N° 307, mars 2002, page : 1.
  3. Hamit Bozarslan, Cent mots pour dire la violence dans le monde musulman, Maisonneuve & Larose, 2005, p. 141
  4. http://www.statistiques-mondiales.com/afrique_guerres.htm
  5. http://fr.news.yahoo.com/4/20090409/twl-algerie-elections-bd5ae06.html
  6. Indépendance de l'Algérie : 1962-2012, il était une fois un demi-siècle d'épreuves
  7. Algérie : vie politique depuis 1962
  8. Algérie. Constitution du 23 février 1989.
  9. Mohammed Samraoui. Chronique des années de sang. Denoël, Paris, 2003
  10. Samraoui, op. cit., p. 94
  11. Abdelhak Layada décembre 1992, cité dans Jeune Afrique, 27 janvier 1994 (cité dans Willis 1996)
  12. Sid Ahmed Mourad, cité dans Jeune Afrique, (cité dans Willis 1996)
  13. (en) « Islamic militants' death threat drives foreigners from Algeria, » The Times, 20 novembre 1993. (cité dans Willis 1996)
  14. Benjamin Stora, La guerre invisible: Algérie, années 1990, Français, Éd. Presse de Science Po., Paris, 2001, ISBN 2-7246-0847-X.
  15. (en) Middle East Report 209: Algeria's Contested Elections, Hugh Roberts
  16. Nesroullah Yous & Salima Mellah « Qui a tué à Bentalha ? », La Découverte, Paris. ISBN 2-7071-3332-9.
  17. El Watan, 21 janvier (cité dans Willis 1996)
  18. (en) BBC
  19. (en)[PDF]« 2011 Annual Terrorism Report », sur Centre of Excellence Defense Against Terrorism,‎ (consulté le 22 mars 2012)
  20. (fr) 7540 terroristes se sont rendus depuis 2005, 4 octobre 2010, Fouad Irnatene, L'expression, 4 octobre 2010