Salafisme djihadiste

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Drapeau djihadiste avec la chahada, utilisé notamment par al-Qaïda.
Drapeau créé par l'État islamique d'Irak en 2007, marqué du sceau de Mahomet, adopté par plusieurs groupes salafistes djihadistes.

Le salafisme djihadiste ou djihadisme salafi, traduction de l'arabe salafiyya jihadiyya, est une idéologie islamique apparue dans les années 1980[1]. Son objectif initial était de justifier les pratiques et l'existence d'engagés volontaires (en) venus de tout le monde musulman dans la guerre afghano-soviétique[2]. Il se caractérise par la revendication d'un devoir à titre individuel d'une forme violente d'un djihad transnational, et par la référence à un mouvement religieux salafiste dont le but serait de retourner à un islam originaire qui serait le seul véritable du point de vue des tenants de cette doctrine[3],[4]. Cette idéologie est développée par des penseurs musulmans radicaux comme Abou Qatada, Abou Moussab al-Souri ou Abou Mohammed al-Maqdisi[1]. Elle caractérise particulièrement la mouvance d'Al-Qaïda, l'État islamique et de multiples structures autonomes ou personnes isolées s'en inspirant[3].

Ce terme est introduit dans la littérature académique par l'universitaire Gilles Kepel en 2002[5],[6],[7],[8]. Le concept est parfois considéré comme purement académique[9], bien qu'il soit en réalité employé par les salafistes djihadistes eux-mêmes[1],[10]. Dans son usage populaire, il est souvent simplifié en « djihadisme » ou « mouvement djihadiste » [11].

Les activistes de ce mouvement sont appelés « djihadi salafi » ou « djihadistes salafistes ». Ils sont parfois décrits comme pratiquant une sorte de salafisme[12], et parfois comme séparés du « bon salafisme »[7] dont le mouvement évite toute allégeance politique ou organisationnelle qui serait susceptible de cliver la communauté musulmane et de distraire les croyants du chemin de la religion [13]. Les salafistes djihadistes sont également souvent considérés comme des « takfiri » ou de « kharidjites » par leurs adversaires musulmans, en particulier les chiites et les salafistes quiétistes. Termes que les salafistes djihadistes rejettent[14],[15],[16],[17],[18].

Les groupes salafistes djihadistes commencent à recourir au terrorisme à partir des années 1990. Gamaa al-Islamiya est actif dans des attentats contre la police, le personnel du gouvernement et les touristes en Égypte (notamment lors du massacre de Louxor du 17 novembre 1997), et le Groupe islamique armé était le groupe principal pendant la guerre civile algérienne[5]. Les attentats djihadistes salafistes les plus connus d'Amérique sont les Attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis par l'organisation al-Qaïda[19]. Alors que le salafisme n'avait pour ainsi dire aucune présence en Europe dans les années 1980, au milieu des années 2000 le salafisme djihadiste a acquis une présence bourgeonnante, ayant entraîné plus de trente attentats terroristes au sein des pays de l'Union européenne depuis 2001[7]. Le mouvement croît après le printemps arabe, principalement en Irak, en Syrie et en Libye[20].

Histoire et définition[modifier | modifier le code]

(Données issues de l'étude «A Persistent Threat, The Evolution of al Qa’ida and Other Salafi Jihadists (Une menace persistante, l'évolution du nombre de salafistes djihadistes)», Seth G. Jones, 2014, Figure 3.1)

Kepel [5],[7] a écrit que les salafistes qu'il rencontre en Europe dans les années 1980 sont « totalement apolitiques »». Mais au milieu des années 1990, il en a rencontré pour qui le djihad sous la forme de « violence et de terrorisme » était « justifié pour réaliser leurs objectifs politiques ». La combinaison de l’aliénation Salafi de toutes choses non-musulmanes — y compris la « société européenne conventionnelle » — et du djihad violent ont créé un mélange volatil[7]. « Lorsque vous êtes dans un tel état d'aliénation vous devenez une proie facile pour les djihadistes qui vous nourriront de leur propagande plus séduisante que l'ancienne propagande des salafistes qui vous disaient de prier, de jeûner et qui ne menaient pas d'action »[7].

D'après Kepel, le djihadisme salafiste combine le « respect des textes sacrés dans leur forme la plus litérale... avec un engagement absolu (monomanie) pour le djihad, dont la cible première doit être l'Amérique, perçue comme le plus grand ennemi de la foi »[21].

Les djihadistes salafi se distinguent eux-mêmes des salafistes traditionnels qu'ils désignent sous le nom de « sheikistes », ainsi nommés car les djihadistes croient que les « sheikistes » ont mis de côté l'adoration de Dieu pour l'adoration du pétrole de la péninsule arabique à la tête de laquelle se trouve la famille Al Saoud. Le principal des universitaires/académiciens sheikiste a été Abd al-Aziz ibn Baz — L'archétype de l'ouléma de court (ulama al-balat). Les djihadistes les considèrent comme des faux salafis qui doivent être combattus (...) mais les frères musulmans sont encore plus détestés, car les djihadistes salafi les trouvent excessivement modérés et manquant d'une interprétation littérale des textes sacrés[21] Iyad El-Baghdadi décrit le salafisme comme profondément divisé entre le courant principal « salafisme compatible avec le gouvernement, ou Islahi » d'une part, et le salafisme djihadiste d'autre part[12].

Une autre définition de djihadisme salafi, offerte par Mohammed M. Hafez, est une forme extrême d'islamisme Sunni qui rejette la démocratie et les principes du Chiisme. Hafez les distingue des Salafi académiciens conservateurs et apolitiques (tel que Muhammad Nassiruddine al Albani, Muhammad ibn al Uthaymeen, Abd al-Aziz ibn Baz et Abdul Aziz ibn Abdillah Ali ash-Shaykh), mais aussi du mouvement sahwa associé à Salman al-Ouda ou Safar Al-Hawali[22].

D'après Mohammed M. Hafez, le djihadisme salafi contemporain serait caractérisé par cinq traits :

  • une emphase immense sur le concept de tawhid (unicité de Dieu);
  • la souveraineté divine (hakimiyyat Allah), qui définirait le bien et le mal (donc la morale) et qui prévaudrait tous raisonnements humains serait applicable en tous lieux de la terre et intemporellement rendant inutile et antisalafiste toute autre réglementation ou idéologie telle que le libéralisme ou humanisme (ce qui le rend subversif)
  • le rejet de toute novation (Bid`ah) sur l'Islam ;
  • l'admissibilité et la nécessité du takfir (un concept visant à déclarer un musulman en dehors de la foi, à fin d'exécution) ;
  • Et sur la centralité du djihad à l'encontre des régimes non musulmans[22]

D'après Michael Horowitz, le djihad salafi est une idéologie paranoïaque qui se croit visée par des attaques et humiliations persistantes de musulmans de la part d'une supposée alliance islamophobe que les salafistes — selon leurs termes — dénomment croisés/sionistes/apostats[23].

Le journaliste d'Al Jazeera Jamal Al Sharif décrit le djihadisme salafiste comme combinant l'approche doctrinale salafiste et les modèles d'organisation des groupes frères musulmans. Leur leitmotiv est «la doctrine salafiste, la confrontation moderne» [24].

Avant le djihadisme salafi, l'auteur islamiste Sayyid Qutb a développé les fondements intellectuels de l'idéologie. Pour Qutb « le monde est en crise et le monde islamique est ignoré par un monde païen » (Jâhilîya).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c [vidéo] iReMMO Paris : Dominique Thomas, Abdelasiem El Difraoui, Marjane Kamal - Origines et manifestations du Djihadisme
  2. (en) Gilles Kepel Jihad: The Trail of Political Islam, Éditeur I.B.Tauris, 2006, (ISBN 9781845112578), 454 pages, p.218-219 extraits en ligne
  3. a et b [PDF](en) Seth G. Jones, A Persistent Threat: The Evolution of al Qa’ida and Other Salafi Jihadists, Rand Corporation, (lire en ligne), p. 2 ; 9;
  4. (en) Assaf Moghadam, The Globalization of Martyrdom: Al Qaeda, Salafi Jihad, and the Diffusion of Suicide Attacks, JHU Press., , 37–8 p. (lire en ligne)
  5. a, b et c (en)"Jihadis Jihad: The Trail of Political Islam Harvard: Harvard University Press, 2002), p. 219-22
  6. (en) Guilain Deneoux, "The Forgotten Swamp: Navigating Political Islam", Middle East Policy, June 2002, p. 69-71."
  7. a, b, c, d, e et f (en)« The Salafist movement by Bruce Livesey », PBS Frontline, (consulté le 24 octobre 2014)
  8. (en)Coming to Terms: Fundamentalists or Islamists?| Martin Kramer| Middle East Quarterly, Spring 2003, p. 65-77.
  9. (Martin Kramer (en))
  10. Joan Tilouine, « Salafistes », le documentaire qui a inspiré « Timbuktu », Le Monde, 10 décembre 2015.
  11. (en)Martin Kramer, « Coming to Terms: Fundamentalists or Islamists? », Middle East Quarterly, vol. X, no 2,‎ , p. 65–77 (lire en ligne) "French academics have put the term into academic circulation as 'jihadist-Salafism.' The qualifier of Salafism—an historical reference to the precursor of these movements—will inevitably be stripped away in popular usage."
  12. a et b (en)Iyad El-Baghdadi, « Salafis, Jihadis, Takfiris: Demystifying Militant Islamism in Syria », 15 January 2013 (consulté le 10 mars 2013)
  13. (en)« Indonesia: Why Salafism and Terrorism Mostly Don't Mix », International Crisis Group (consulté le 7 février 2015)
  14. [[#Luizard|Pierre-Jean Luizard, Le piège Daech, l'État islamique ou le retour de l'Histoire]], p. 176
  15. Libération : L'État islamique n'est pas qu'une « bande armée », par Jean-Pierre Perrin.
  16. William Audureau, Pourquoi il ne faut pas confondre le salafisme et le takfirisme, Le Monde, 25 novembre 2015.
  17. Bernadette Sauvaget, Eléments de matraquage, Libération, 20 décembre 2015.
  18. Romain Caillet, Salafistes et djihadistes : quelles différences, quels points communs ?, Le Figaro, 26 novembre 2015.
  19. (en)« THE GLOBAL SALAFI JIHAD », the National Commission on Terrorist Attacks Upon the United States, (consulté le 1er juin 2015)
  20. (en) Seth G. Jones, A Persistent Threat: The Evolution of al Qa’ida and Other Salafi Jihadists, Rand Corporation, , ix-xiii p. (lire en ligne)
  21. a et b (en) Jihad By Gilles Kepel, Anthony F. Roberts (lire en ligne)
  22. a et b (en) Suicide Bombers in Iraq By Mohammed M. Hafez (lire en ligne)
  23. Michael Horowitz, « Defining and confronting the Salafi Jihad », 11 Feb 2008, Middle East Strategy at Harvard (consulté le 10 mars 2013)
  24. Jamal Al Sharif, « Salafis in Sudan:Non-Interference or Confrontation », 03 July 2012, AlJazeera Center for Studies (consulté le 7 avril 2013)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles en ligne[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]