Olivier Roy

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Olivier Roy, né en 1949, est un politologue français, spécialiste de l'Islam.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est issu d'une famille de protestants vendéens. Après des études en hypokhâgne et khâgne au Lycée Louis-le-Grand, il devient agrégé de philosophie en 1972. D'abord professeur dans le secondaire en 1973, Olivier Roy est engagé politiquement dans les années 1970 au sein du mouvement maoïste la Gauche prolétarienne[1].

Il est recruté au CNRS comme chercheur en 1985. Il devient docteur de l'Institut d'études politiques de Paris en sciences politiques en 1996, directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS dans l'équipe « domaine turc ». Il est également chercheur associé au Centre de recherches internationales (CERI).

Olivier Roy a participé à la guerre d'Afghanistan contre l'URSS. Il a appris à tirer et a participé aux combats dans les années 1980[2]. Il était parti en stop en Afghanistan en 1969, plutôt que d'intégrer l'École Normale Supérieure. Il pratique une ethnologie empirique en bavardant avec ses interlocuteurs, particulièrement les chauffeurs qui le prennent en stop. Il apprend le persan. Pour traverser la frontière afghane vers le Pakistan, il se déguise en réfugié afghan tandis que sa compagne revêt une burqa.

Après la fin de la guerre d'Afghanistan, il s'installe en Asie centrale pour étudier l'Ouzbekistan et le Tadjikistan. Il étudie le Chachmakhom, un répertoire musical spécifique issu du sultanat de Boukhara[2].

Il a enseigné la philosophie à Dreux dans un lycée technique. Il s'est également installé dans cette ville[2], mais sa carrière d'enseignant a été entrecoupée par des voyages répétés en Afghanistan, avant et pendant la guerre des années 1980, en passant par la Turquie, l'Iran, le Pakistan, le Yémen, expérience itinérante qu'il rapporte dans son livre En quête de l'Orient perdu (2014).

Dès 1992, il prophétise « l'échec de l'islam politique », dans un essai qui porte ce titre. Il a notamment analysé, dès 2005, les causes prévisibles du Printemps arabe de 2011, avertissant notamment le ministère français des Affaires étrangères des erreurs d'analyse faites par les gouvernements occidentaux dans leur soutien aux régimes autocratiques arabes, par crainte de dérives islamistes et de l'antiaméricanisme [3]. Commentant le Printemps arabe en février 2011, il avance : « Oui : dans toutes ces révolutions, les islamistes sont absents. Ça ne veut pas dire qu’ils ne vont pas revenir. L’islamisme est fini, comme solution politique et comme idéologie. Mais les islamistes sont là, et c’est donc la grande inconnue.» [4]

Depuis septembre 2009, il est professeur à l'Institut universitaire européen de Florence (Italie), où il dirige le Programme méditerranéen.

Olivier Roy mène une réflexion sur les rapports entre le politique et le religieux qui s'attache principalement à l'Islam. Spécialiste de « l'islamisme », dont il est un des premiers à analyser le concept, il est non-croyant, mais a fait de l'étude du religieux « une clé pour comprendre l'homme ».

Olivier Roy participe à la conférence Bilderberg en 1988[5], 1997[6], 2002[6], 2003[6], 2005[6] et en 2011[7].

Concernant la compréhension du terrorisme jihadiste, Gilles Kepel et Bernard Rougier considèrent qu'Olivier Roy est « le champion » d'une « posture intellectuelle » qui refuse l’analyse critique du domaine islamique en le cantonnant à des « radicalisations » ; le corollaire de cette dilution du jihadisme dans la radicalisation étant la peur de « l’islamophobie » caractéristique du « procès en sorcellerie » intenté au romancier Kamel Daoud[8]. Le sociologue Hugues Lagrange critique également l’hypothèse développée par Olivier Roy selon laquelle le terrorisme jihadiste pourrait être interprété simplement comme un processus de radicalisation et comme un « registre d’action sociale ». Selon lui, cette hypothèse fait l'impasse sur le fait que « culture et religiosité sont complètement mêlées »[9],[10]. Mais selon Olivier Roy, dont la position exclut tout essentialisme, il y a bien une « radicalisation de l'islam », comme le soutient Gilles Kepel, mais aussi et plus profondément ancrée dans les marges de la société, une « islamisation de la radicalité », selon laquelle la radicalité des jeunes Occidentaux candidats au djihad préexiste à leur islamisation. Il déclare ainsi : « la radicalisation djihadiste, pour moi, n'est pas la conséquence mécanique de la radicalisation religieuse. La plupart des terroristes sont des jeunes issus de la seconde génération de l'immigration, radicalisés récemment et sans itinéraire religieux de long terme. »[11] Selon lui, à l'origine de cette radicalisation et de ces candidats au djihad et au terrorisme, il y a une « révolte nihiliste générationnelle », symptôme d'un grand malaise dans une certaine jeunesse : « ce n'est pas Daech qui suscite la radicalisation des jeunes Européens [...] C'est d'ailleurs pourquoi si on élimine Daech, on n'éliminera pas pour autant cette radicalité. »[12]

Au-delà de cette question du djihad et du terrorisme, et au-delà de l'islam lui-même, Olivier Roy critique aussi la vision selon laquelle le monde vivrait une guerre des religions ou des civilisations, erreur fondée selon lui sur la confusion entre deux problèmes : le terrorisme et la réalité d'une partie de la population, musulmane ou non, qui ne partage pas les valeurs dominantes. Ainsi, il estime que « nous ne sommes pas dans une guerre des cultures, comme il est répété, mais dans une guerre des valeurs. Le conflit n'est pas entre les Lumières et l'islam, mais entre les valeurs issues de la révolution des années 1960 (féminisme, droits des LGBT, liberté sexuelle, avortement, etc.) et les valeurs conservatrices que défendent aujourd'hui les religions. Cela était très net avec la Manif pour tous menée par les catholiques. D'où la crise de la laïcité : la laïcité d'aujourd'hui, qui est une laïcité idéologique, exige que tous partagent les mêmes valeurs. J'y vois une tentation totalitaire. »[13]

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Leibniz et la Chine, Paris, Vrin, 1972
  • Afghanistan, Islam et modernité politique, Paris, Le Seuil, 1985
  • L’Échec de l'Islam politique, Paris, Le Seuil, 1992 ; rééd. avec une postface inédite, Paris, Le Seuil, coll. « Points Essais », 2015
  • Généalogie de l’islamisme, Paris, Hachette, 1995, Paris ; rééd. Paris, Fayard/Pluriel, 2011
  • La Nouvelle Asie centrale ou la fabrication des nations, Le Seuil, 1997
  • La nueva Asia central, o la fabricación de naciones, Madrid, Sequitur, 1998
  • Iran : comment sortir d'une révolution religieuse ?, avec Farhad Khosrokhavar, Paris, Le Seuil, 1999
  • Les Illusions du 11 septembre. Le débat stratégique face au terrorisme, Paris, Le Seuil, 2002
  • L’Islam mondialisé, Paris, Le Seuil, 2002
  • Réseaux islamiques. La connexion afghano-pakistanaise, avec Mariam Abou Zahab, Paris, Autrement, 2002
  • La Turquie aujourd’hui, un pays européen ?, direction, Paris, Universalis, 2004
  • La Laïcité face à l'Islam, Paris, Stock, 2005 ; rééd. Paris, Fayard/Pluriel, 2013
  • Islam et Occident, Paris, Éditions sonores De Vive Voix, 2005
  • Le Croissant et le chaos, Paris, Hachette 2007 ; rééd. Paris, Fayard, coll. « Essais », 2013
  • La Sainte ignorance. Le temps de la religion sans culture, Paris, Le Seuil, 2008 ; rééd. Paris, Le Seuil, coll. « Points Essais », 2012
  • Le Moyen-Orient, du début du xxe siècle à la guerre en Irak, Paris, Éditions sonores De Vive Voix, 2009
  • L’Iran, la fin de la révolution islamique, Paris, Éditions sonores De Vive Voix, 2009
  • L’Asie centrale contemporaine, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2010
  • En quête de l’Orient perdu. Entretiens avec Jean-Louis Schlegel, Le Seuil, , 324 p. (ISBN 978-2020556699)
  • La Peur de l’islam, textes rassemblés et introduits par Nicolas Truong, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, coll. « Le monde des idées », 2015 (ISBN 978-2-8159-1264-8)
  • Le Djihad et la mort, Paris, Le Seuil, coll. « Débats », 2016

Articles[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Roy, politologue un peu Tintin, telerama.fr, 9 novembre 2014.
  2. a, b et c La Marche de l'Histoire, France Inter, 15 mai 2015
  3. La démocratisation du Moyen Orient est incontournable, malgré la montée des islamistes, Olivier Roy, 24 février 2005
  4. Olivier Roy : « Comme solution politique, l’islamisme est fini », entretien, rue89.com, 20 février 2011
  5. (en) « Bilderberg Meetings Conference Report 1988 »
  6. a, b, c et d (en) « Non official Website »
  7. http://www.bilderbergmeetings.org/participants_2011.html
  8. «Radicalisations» et «islamophobie» : le roi est nu, Gilles Kepel et Bernard Rougier, liberation.fr, 14 mars 2016
  9. « En France, les jeunes issus de l’immigration musulmane ne partagent pas un destin commun », Hughes Lagrange, lemonde.fr, 20 mars 2016
  10. Terrorisme: Lagrange appelle un chat un chat, Gil Mihaely, causeur.fr, 22 mars 2016
  11. « Islamisation de la radicalité ou radicalisation de l'islam ? », entretien avec Olivier Roy, L'Obs, n° 2683, 7 avril 2016, p. 61.
  12. « Islamisation de la radicalité ou radicalisation de l'islam ? », entretien avec Olivier Roy, L'Obs, n° 2683, 7 avril 2016, p. 61-63.
  13. « Islamisation de la radicalité ou radicalisation de l'islam ? », entretien avec Olivier Roy, L'Obs, n° 2683, 7 avril 2016, p. 63.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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