Thierry Tuot

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Thierry Tuot, né le à Mantes-la-Jolie, est un haut fonctionnaire français. Ce conseiller d'État, spécialiste notamment de l'immigration, a émis sur ce thème plusieurs ouvrages ou rapports, certains argumentant sur les bienfaits de l'immigration et des mélanges de population, et d'autres éreintant la politique d'intégration de la France, qui lui ont valu quelquefois des changements de fonction de la part de gouvernements de droite ou de gauche.

Biographie[modifier | modifier le code]

Thierry Tuot est un petit-fils d'agriculteurs et un fils d'instituteurs. Ancien élève du Lycée Hoche de Versailles, il est diplômé de Science Po Paris et a été élève de l'École nationale d'administration, en 1984-1986, promotion Diderot[1].

Il a commencé comme auditeur, maître des requêtes en 1989, commissaire du gouvernement au Conseil d’État en 1988, et directeur de la rédaction des Cahiers de la fonction publique de 1988 à 1991. Il a été ensuite pendant 6 ans à la direction juridique de l'Aérospatiale, de 1991 à 1996. Puis il a été nommé à la tête du Fonds d'action sociale pour les travailleurs immigrés de 1997 à 1999. En 1999, il a rédigé un ouvrage remarqué sur l'immigration, les Indésirables, sous un pseudonyme, Jean Faber[2],[3],[4]. À la suite de ce pamphlet incorporant également des propositions, il a été remercié par sa ministre de tutelle, Martine Aubry[3],[4],[5].

Il a pris la direction de la commission de régulation de l'énergie jusqu'en 2003, et a été nommé conseiller d’État en juin 2001. Il a été mis à contribution sur des sujets, dont le Grenelle de l'environnement pour lequel Jean-Louis Borloo lui a demandé un rapport général reprenant de manière détaillée l'ensemble des propositions émises au sein des groupes de travail[6], mais aussi l'évolution du droit sur l'urbanisme, l'évolution du code minier[7], l'affectation de l'Hôtel de la Marine[8]etc..

Il est également président de l’association française de droit de l’énergie (AFDEN) depuis 2008, président du conseil d’administration de l’Établissement public des fonds de prévoyance militaire et de l’aéronautique depuis 2010 et président de la commission des sanctions à l'Autorité de régulation des jeux en ligne[9].

Thierry Tuot est aussi président du conseil d'administration de l'Académie de France à Rome[10].

Après les attentats du 13 novembre 2015, Emmanuel Macron confie à Thierry Tuot une mission de réflexion et de propositions[11].

Le rapport sur la refondation des politiques d'intégration[modifier | modifier le code]

En 2013, il a émis à la demande de Jean-Marc Ayrault un nouveau rapport [12] sur la politique d'intégration de la France[13], document qualifié d'inquiétant[14], d'audacieux[3] ou de rapport au vitriol[15]. Il a été auditionné à plusieurs reprises par les membres de l'Assemblée Nationale française, notamment sur l'accès des étrangers aux logements sociaux, sur les titres de séjour, et sur les foyers réservés aux immigrés âgés[1].

Malika Sorel critique le concept d'intégration utilisé dans ce rapport, réduit à la seule insertion économique, et niant les aspects culturels [16]. Elle souligne également le danger de la principale proposition du rapport qui est de transférer l’exercice presque exclusif de la politique d’intégration aux associations, le rôle de l’État se bornant à subventionner celles-ci. Cette proposition ayant pour résultat une possible prise de contrôle de l’argent public par des groupes de pression communautaires[14].

Parmi ses propositions, le rapport préconise de modifier le nom des rues afin de les renommer « en écho avec l'histoire des migrations »[17], de régulariser automatiquement les immigrés clandestins qui sont en mesure de prouver qu’ils vivent en France depuis plus de cinq ans et de naturaliser tous les immigrés ayant suivi une scolarité en France[14]. Devant la polémique engendrée par ces propositions, Thierry Tuot se défend d'être le coordonnateur de ces travaux, son apport se limitant au rapport intitulé La grande nation : pour une société inclusive[18]. Cette section n'est toutefois pas exempte de critiques. Thierry Tuot y dénonce notamment « la célébration du passé révolu d'une France chevrotante et confite dans des traditions imaginaires », ce qui fait dire à Alain Finkielkraut qu'« une nouvelle politique se met en place qui fait du passé, non plus, comme disait Simone Weil, un besoin vital de l'âme humaine, mais un obstacle à son épanouissement »[19].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les Indésirables : l'intégration à la française, 2000, Jean Faber, Bernard Grasset, 2000. 270 p., (ISBN 2-246-59531-2).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Fabrice Tassel, « Thierry Tuot, volontaire d’asile », Libération,‎ (lire en ligne)
  2. Charlotte Rotman, « On n'a jamais défini une politique d'intégration », Libération,‎ (lire en ligne)
  3. a, b et c Marc Leplongeon, « « L’intégration ne concerne pas que les immigrés mais aussi ceux qui vivent avec » », Le Point,‎ (lire en ligne).
  4. a et b Philippe Bernard, « Hymne à l'intégration », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  5. Intégration : comment Ayrault s'est piégé tout seul, lejdd.fr, 14 décembre 2013
  6. Matthieu Auzanneau, « Grenelle de l'environnement : Jean-Louis Borloo entrouvre la porte à la négociation », Le Monde,‎ .
  7. Fabrice Nodé-Langlois, « Bras de fer sur la refonte du code minier », Le Figaro,‎ .
  8. Florence Evin, « Thierry Tuot nommé rapporteur de la commission sur l'affectation de l'hôtel de la Marine », Le Monde,‎ .
  9. « Thierry Tuot nommé président de l’Arjel », Le Figaro,‎ .
  10. « Thierry Tuot, président du conseil d’administration de l’Académie de France à Rome », sur www.acteurspublics.com
  11. Alexandre Devecchio, « Malika Sorel-Sutter : "Fillon veut continuer la France quand, pour Macron, la culture française n'existe pas" », lefigaro.fr, 5 mars 2017.
  12. Rapport au Premier ministre sur la refondation des politiques d’intégration, Thierry Tuot, 1er février 2013
  13. « Jean-Marc Ayrault pressé de régulariser des sans-papiers », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne).
  14. a, b et c L’inquiétant rapport Tuot, valeursactuelles.com, 7 mars 2013
  15. Fabrice Tassel, « Un rapport au vitriol fustige les politiques d'intégration », Libération,‎ (lire en ligne).
  16. Malika Sorel, « La négation du facteur culturel ne peut mener qu'à l'échec des politiques d'intégration », Atlantico,‎ (lire en ligne)
  17. Quand la Mairie de Paris débaptise minutieusement ses rues pour qu’elles soient en “écho avec l’histoire des migrations”, entretien Dimitri Casali, atlantico.fr, 12 avril 2015
  18. Rapport sur l'intégration : "On sert la soupe aux islamistes", lepoint.fr, 17 décembre 2013
  19. « Juppé-Finkielkraut, le grand débat », Le Point, 14 janvier 2016. Lire en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Ahmed Boubeker et Olivier Noël, Faire société commune dans une société diverse, 5 novembre 2013, 47 pages.
Chantal Lamarre et Murielle Maffessoli, Refondation de la politique d’intégration, rapport du groupe de travail « Connaissance - reconnaissance », s. d., 62 pages.
Fabrice Dhume et Khalid Hamdani, Vers une politique française de l'égalité, rapport du groupe de travail « Mobilités sociales » dans le cadre de la « Refondation de la politique d'intégration », novembre 2013, 93 pages.
Bénédicte Madelin et Dominique Gential (dir.), Refonder la politique d’intégration, rapport du groupe Protection sociale, 29 octobre 2013, 42 pages.
Chaynesse Khirouni et Chantal Talland, L’Habitat, facteur d’integration, octobre 2013, 32 pages.

Liens externes[modifier | modifier le code]