Qalandariyya

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Le Qalandariyyah (Perse: قلندریه, Urdu: قلندریہ, Hindi: क़लन्दरिय्या, Bengali: ক়লন্দরিয়্য়া), est un courant du soufisme. Les personnes faisant partie de cette branche du soufisme sont principalement des derviches soufis. La particularité des Qalandarī — ou Qalandar — est un mode de vie prônant l'ascèse, la débauche voire la provocation mais surtout une extrême liberté[1]. Apparu au XIe siècle, des Qalandar se sont succédé particulièrement dans les pays du grand khorassan ainsi que du sous continent indien.

Histoire[modifier | modifier le code]

Apparu en reprenant les concepts des malamatī et en reprenant des concepts de l'hindouisme, les Qalandar ont toujours formé une communauté éparse et très peu organisé[2]. En effet, le courant est connu pour être une forme d'antinomie du soufisme en contestant les formes de hiérarchie dans l'islam. L'origine du mot Qalandar est inconnu mais le courant est apparu en Asie mineure au cours du XIe siècle avec pour premier représentant notable Baba Taher dont le surnom "le nu"[3] montre la caractéristique majeure du mode de vie Qalandarī. Selon les dires même de Taher, la sourate Ad-Duha[4] du Coran peut être à l'origine de ce choix d'errance et de pauvreté menée à l'extrême.

Je suis ce paria (rind) qu'on appelle qalandar, rien ne m'appartient, et je n'ai ni toit ni foyer ; le jour, je vagabonde de par le monde, et la nuit, j'ai une brique pour oreiller — Baba Taher[3]

Au XIIe siècle, la vallée du Sind connaît un des principal émissaire du soufisme et des Qalandar. Il s'agit de La'l Shahbaz Qalandar, né en Afghanistan, ce dernier traverse toute sa vie les pays de l'Asie mineure à la recherche de Dieu à travers des excès et des provocations fréquentes[3]. Il est aujourd'hui vénéré par plusieurs croyants et de religions dans son sanctuaire de Sehwan[1]. Dans la même période, Jamâl al-Din Sâvi relaie le Qalandariyyah en Égypte et en Syrie[5]. Au XIVe siècle les Qalandar sont vus comme d'authentique ascètes par le poète Hafez[6]. L'extension des empires successifs (tel que les safavides, moghols ou ottomans) et les vagues d'expansion et de conquête (comme les mongols dans la vallée de le l'Indus) permettent une large diffusion des Qalandar dans le monde. Ces interactions entraine ces derniers à créer des alliances avec d'autres courants comme le prouve le Chishtiyya-Qalandariyyah[7],[8].

Au XVIIe et XVIIIe siècle, le mouvement Qalandar vit une expansion majeure avec notamment trois personnages qui marqueront et affirmeront le Qalandariyyah dans l'époque moderne. Il s'agit de Mashrab (1640-1711), Zalīlī (1676-1753) et Nidā’ī (1688-1760)[1],[9]. Très peu de recherches sont faites sur ce courant, de même, les écrits qui nous parviennent aujourd'hui sur leurs pratiques sont issus des adversaires des qalandar, ce qui explique la faiblesse de la littérature concernant les personnages majeurs[10]. Le spécialiste de l'Iran Fritz Meier invoque le terme de pir en ce qui concerne Bâbâ Tâher, ce qui signifie que les qalandar peuvent avoir une relation d'élèves et maîtres, ce qui est faux en l'occurrence[3].

Dans la religion[modifier | modifier le code]

Le Qalandariyyah est critiqué par les autres branches de l'islam en raison du comportement des qalandarī qui ne respectent pas la charria et consomme de l'alcool et de l'opium. De même, les qalandar sont vus comme des entités antéislamisques voire même organisée par des religions tierce pour désorganiser l'Islam[8]. Les qalandar sont fréquemment assimilé aux malamati mais contrairement à ces derniers, ils ne se cachent pas parmi la population et cherche à se faire voir.

Le qalandar rejette toute relations avec le pouvoir politique et religieux, il ne répond à aucun maître spirituel et aucun cheikh.

Littérature[modifier | modifier le code]

C'est au XIVe siècle que les Qalandar sont mis à l'honneur dans les ghazals du poète iranien Hafez. Ils apparaissent ainsi comme des personnages libertins, errants et consommateurs d'opium et d'alcool[6]. Ils sont également présents dans certaines Mille et une nuits[9],[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Le soufisme qalandar / Revue Hérodote », France Culture,‎ (lire en ligne)
  2. (en) Wendy Doniger et Merriam-Webster Inc, Merriam-Webster's Encyclopedia of World Religions, Merriam-Webster, (ISBN 9780877790440, lire en ligne)
  3. a, b, c et d « La "nudité de Bâbâ Tâhir" ou le premier qalandar », sur sohrawardi.blogspot.fr (consulté le 25 février 2017)
  4. « Le Saint Coran - Sourate 93 », sur www.fleurislam.net (consulté le 25 février 2017)
  5. Eve Feuillebois-Pierunek, A la croisée des voies célestes: Faxr al-din ’Eraqi (lire en ligne)
  6. a et b Souâd Ayada, L’islam des théophanies: Une religion à l’épreuve de l’art, CNRS Éditions via OpenEdition, (ISBN 9782271091437, lire en ligne)
  7. (en) Lloyd Ridgeon, The Cambridge Companion to Sufism, Cambridge University Press, (ISBN 9781107018303, lire en ligne)
  8. a et b Eve FEUILLEBOIS, « Le qalandar : réalité et fiction et dans la Perse médiévale », Classiques Garnier,‎ (lire en ligne)
  9. a et b Catherine Mayeur-Jaouen, « Papas Alexandre, Mystiques et vagabonds en islam. Portraits de trois soufis qalandar, Cerf, 2010, 338 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, no 135,‎ (ISSN 0997-1327, lire en ligne)
  10. a et b « Les Qalandars dans la vallée de l’Indus », France Culture,‎ (lire en ligne)