Présidence de Lyndon B. Johnson

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Présidence de Lyndon B. Johnson

36e président des États-Unis

Description de cette image, également commentée ci-après
Le président Lyndon B. Johnson en 1969
Type
Type Président des États-Unis
Résidence officielle Maison-Blanche, Washington
Élection
Système électoral Grands-électeurs
Mode de scrutin Suffrage universel indirect
Élection 1964
Début du mandat
(remplacement président décédé)
Fin du mandat
Durée 5 ans 1 mois et 29 jours
Présidence
Nom Lyndon B. Johnson
Date de naissance
Date de décès (à 64 ans)
Appartenance politique Parti démocrate

La présidence de Lyndon B. Johnson, en cours de 1963 à 1969, vit Lyndon B. Johnson assumer le pouvoir en tant que 37e vice-président des États-Unis à la suite de l'assassinat de John F. Kennedy en 1963. Johnson était un démocrate du Texas, qui fut notamment chef de la majorité au Sénat. Après avoir succédé à Kennedy, il se présenta à l'élection présidentielle de 1964 pour effectuer un mandat complet et il remporta une victoire écrasante face à son adversaire républicain de l'Arizona, le sénateur fédéral Barry Goldwater. La présidence de Johnson fut marquée par l'entrée massive des États-Unis dans le libéralisme moderne avec son programme appelé Great Society qui était une extension considérable du New Deal de Roosevelt.

Johnson, au travers de son programme, créa notamment Medicare et Medicaid, défendit les droits civiques, promut les investissements fédéraux en matière d'éducation, d'art, de développement urbain et rural, de services publics et il mena une véritable « guerre contre la pauvreté ». Aidée en partie par une forte croissance de l'économie, la War on poverty permit à des millions d'Américains de s'élever au-dessus du seuil de pauvreté sous la présidence de Johnson. Les décrets des droits civiques signés par Johnson interdirent la discrimination raciale lors du vote, dans les établissements publics, lors de la recherche d'un logement et sur le lieu de travail. Avec l'adoption de l'Immigration and Nationality Act of 1965, le système d'accueil des immigrés fut réformé et tous les quotas d'origine raciale furent supprimés et remplacés par des quotas d'origine nationale.

La popularité de Johnson déclina lorsque d'autres sujets apparurent au premier plan de la scène médiatique. Johnson poursuivit la politique d'endiguement au Vietnam, dans l'espoir d'arrêter la propagation du communisme en Asie du Sud-Est durant la Guerre froide. Le nombre de militaires américains au Vietnam augmenta ainsi de façon spectaculaire, de 16 000 conseillers occupant des postes de non-combat en 1963 à 550 000 au début de 1968, la plupart occupant des postes de combat. Le malaise s'accrut encore avec l'émergence d'un grand mouvement pacifiste opposé à la guerre du Vietnam (en) notamment dans les campus universitaires américains mais aussi à l'étranger. Johnson dut également faire face à d'autres problèmes lorsque des émeutes éclatèrent dans la plupart des grandes villes après 1965 et que les taux de criminalité se mirent à remonter, ses adversaires demandant alors des politiques de « loi et d'ordre (en) ». Alors qu'il avait entamé son mandat avec une large approbation, le soutien à Johnson se mit à décliner lorsque le peuple se sentit concerné par les questions de guerre à l'étranger et de violences croissantes au niveau national. Le parti démocrate se divisa lorsque des membres pacifistes se mirent à dénoncer la politique de Johnson. Johnson tenta de se représenter pour sa propre succession mais il subit une défaite lors des primaires du Parti démocrate de 1968 (en).

Succession[modifier | modifier le code]

Article connexe : Assassinat de John F. Kennedy.

Le 22 novembre 1963, le président John F. Kennedy, en fonction depuis 1961, fut assassiné alors qu’il était en visite à Dallas au Texas. Deux heures et huit minutes après l’attentat, son vice-président Lyndon B. Johnson fut investi comme président des États-Unis à bord d’Air Force One par le juge fédéral Sarah T. Hughes, une amie de la famille. Johnson ne jura pas sur la Bible, car il n'y en avait aucune sur Air Force One et un missel catholique romain trouvé dans le tiroir du bureau de Kennedy fut utilisé pour le serment[1]. La photographie de l’événement prise par Cecil Stoughton, avec Johnson prêtant serment sous les yeux de Jacqueline Kennedy, est devenue l’image la plus célèbre jamais prise à bord d’un avion présidentiel[2].

Johnson était convaincu de la nécessité d’effectuer une transition immédiate du pouvoir afin de garantir la stabilité à un pays profondément endeuillé par l’assassinat. Lui et le Secret Service craignaient qu’il soit lui-même l’objet d’une conspiration et ils décidèrent de retourner le plus vite possible à Washington. La précipitation du nouveau président fut accueillie par certains comme la preuve que Johnson était impatient d’assumer l’exercice du pouvoir[3]. Dans les jours qui suivirent l’assassinat, Johnson s’adressa au Congrès et déclara qu’« aucune oraison funèbre, ni aucun éloge ne sauraient honorer de manière aussi éloquente la mémoire du président Kennedy que l’adoption dans les plus brefs délais de la loi sur les droits civiques pour laquelle il s’est tant battu »[4]. Le 29 novembre 1963, une semaine après l’assassinat de Kennedy, un ordre exécutif du président Johnson renommait le centre de lancement des missions Apollo géré par la NASA et la base de lancement de Cape Canaveral en « centre spatial Kennedy »[5].

Johnson savait que le grand public était en attente de réponses sur la mort de Kennedy. Pour couper court à toute rumeur de conspiration, il créa immédiatement une commission spéciale présidée par le juge en chef Earl Warren (connue sous le nom de « commission Warren ») chargée d’enquêter sur l’assassinat[6]. Les membres de la commission procédèrent à d’intenses recherches et entendirent de nombreux témoignages avant de conclure à l’unanimité que Lee Harvey Oswald, le principal suspect, avait agi seul. Les défenseurs de thèses conspirationnistes ne furent cependant pas convaincus par les conclusions de l’enquête et formulèrent de nombreuses théories qui continuent aujourd’hui de circuler[7].

Composition du gouvernement[modifier | modifier le code]

Réunion du cabinet Johnson en juillet 1965. De gauche à droite : le commandant du Corps des Marines Wallace M. Greene, le chef d'état-major de l'armée Harold Keith Johnson, le secrétaire à l'Armée Stanley Rogers Resor, le conseiller à la sécurité nationale McGeorge Bundy (debout), le président Johnson et le secrétaire à la Défense Robert McNamara.

Johnson garda dans son administration de nombreux membres du cabinet Kennedy dont certains restèrent à ses côtés jusqu'à la fin de sa présidence. Robert Kennedy, le frère du président assassiné, fut maintenu comme procureur général malgré ses relations difficiles avec Johnson. Il resta en poste quelques mois avant de quitter le gouvernement en 1964 et concourut avec succès aux élections sénatoriales de l'État de New York[8]. D'autres membres du cabinet demeurèrent en poste pendant quelques années avant de démissionner à leur tour pour diverses raisons. Quatre des membres du cabinet Kennedy hérité par Johnson (le secrétaire d'État Dean Rusk, le secrétaire à l'Intérieur Stewart Udall, le secrétaire à l'Agriculture Orville Freeman et le secrétaire au Travail W. Willard Wirtz) restèrent en fonction pendant toute la durée de sa présidence[9].

Au cours de ses six années au pouvoir, Johnson étendit considérablement la taille et l'influence du bureau exécutif en matière de politique ministérielle, gestion du personnel et décisions législatives[10]. Johnson n'eut jamais de véritable chef de cabinet mais certains assumèrent successivement des responsabilités équivalentes ; le plus important d'entre eux fut Walter Jenkins qui avait la gestion de l'agenda journalier de la Maison-Blanche. Pierre Salinger, qui avait été nommé par Kennedy au poste de porte-parole de la Maison-Blanche, démissionna en mars 1964 et fut remplacé par George Reedy, un fidèle de Johnson. Horace Busby servit essentiellement comme rédacteur de discours et analyste politique. Bill Moyers était le plus jeune membre de l'administration Johnson et se vit confier à temps partiel la rédaction de discours et la planification de l'emploi du temps du président[11]. Il joua un rôle-clé dans la préparation du programme législatif de la Grande société en 1964 et fut, la même année, le principal architecte de la campagne présidentielle de Johnson. À la suite de la démission de Jenkins en octobre 1964, Moyers devint le chef de cabinet officieux de la Maison-Blanche jusqu'en 1966 et remplit également les fonctions d'attaché de presse de juillet 1965 à février 1967[12]. Johnson surnommait ses assistants « les hommes à la triple menace »[13] en raison de leur loyauté et de leur éclectisme.

Vice-président[modifier | modifier le code]

Le vice-président est élu en même temps que le président des États-Unis sur le « ticket présidentiel ». Il n'est pas membre à proprement parler du cabinet mais a le droit de siéger à ces réunions. Il est également président du Sénat. Si le président change de vice-président en cours de mandature, celui-ci est confirmé par un vote du sénat comme les autres membres de l'administration.

Rang Fonction Titulaire Parti Mandat
1 Seal of the Vice President of the United States.svg
Vice-président
vacant / / -
Hubert Humphrey Hubert Humphrey, half-length portrait, facing front.tif Démocrate -
(4 ans)

Membres du cabinet[modifier | modifier le code]

Les membres du cabinet sont nommés par le président puis présentés au Sénat des États-Unis pour avis et consentement (advice and consent, termes utilisés dans la Constitution, procédure par laquelle le Sénat approuve et confirme cette nomination ou la rejette, par un vote à la majorité simple). Si la nomination est approuvée, le nouveau membre du cabinet prête serment, reçoit le titre de secrétaire. Les secrétaires appartiennent à la ligne de succession présidentielle des États-Unis par ordre protocolaire.

Les membres occupant les fonctions par intérim ne sont pas soumis à la procédure de confirmation et ne prêtent pas serment.

Rang Fonction Titulaire Parti Mandat
2 Seal of the United States Department of State.svg
Secrétaire d'État
Dean Rusk Dean Rusk.jpg Démocrate -
(7 ans, 11 mois et 30 jours)
3 Seal of the United States Department of the Treasury.svg
Secrétaire du Trésor
C. Douglas Dillon Photo officielle de C. Douglas Dillon.jpg Républicain -
(4 ans et 3 mois)
Henry H. Fowler HFowler2.jpg Démocrate -
(3 ans, 8 mois et 19 jours)
Joseph W. Barr Joseph W Barr.jpg Démocrate -
(30 jours)
4 United States Department of Defense Seal.svg
Secrétaire à la Défense
Robert McNamara Robert McNamara official portrait.jpg Démocrate -
(7 ans, 1 mois et 8 jours)
Clark Clifford Clark Clifford photo portrait.jpg Démocrate -
(10 mois et 22 jours)
5 Seal of the United States Department of Justice.svg
Procureur général
(Attorney General)
Robert F. Kennedy Robert F. Kennedy 1964.jpeg Démocrate -
(3 ans, 7 mois et 13 jours)
Nicholas Katzenbach Portrait officiel de Nicholas Katzenbach.jpg Démocrate -
(2 ans et 28 jours)
Ramsey Clark Portrait officiel de Clark Ramsey.jpg Démocrate -
(2 ans, 1 mois et 23 jours)
6 Seal of the United States Department of the Interior.svg
Secrétaire à l'Intérieur
Stewart Lee Udall Stewart L Udall - 1960s.gif Démocrate -
(8 ans)
7 Seal of the United States Department of Agriculture.svg
Secrétaire à l'Agriculture
Orville Freeman Orville L. Freeman, Secretary of Agriculture (1961-1969).jpg Démocrate -
(8 ans et 1 jour)
8 Seal of the United States Department of Commerce.svg
Secrétaire au Commerce
Luther H. Hodges Luther Hartwell Hodges.jpg Démocrate -
(3 ans, 11 mois et 25 jours)
John T. Connor JohnThomasConnor.jpg Démocrate -
(2 ans et 13 jours)
Alexander Trowbridge AlexanderBuelTrowbridge.jpg Démocrate -
(8 mois et 16 jours)
C. R. Smith CyrusRowlettSmith.jpg Démocrate -
(10 mois et 13 jours)
9 Seal of the United States Department of Labor.svg
Secrétaire au Travail
W. Willard Wirtz W. Willard Wirtz.jpg Démocrate -
(6 ans, 3 mois et 26 jours)
10 Seal of the United States Department of Health, Education, and Welfare.png
Secrétaire à la Santé,
à l'Éducation et aux Services sociaux
Anthony J. Celebrezze Celebrez.jpg Démocrate -
(3 ans et 17 jours)
John W. Gardner John W. Gardner, U.S. Secretary of Health, Education, and Welfare.jpg Républicain -
(2 ans, 6 mois et 12 jours)
Wilbur J. Cohen Wilburportrait.jpg Démocrate -
(8 mois et 4 jours)
11 Seal of the United States Department of Housing and Urban Development.svg
Secrétaire au Logement
et au Développement urbain
Robert C. Weaver Robert C. Weaver official portrait.jpg Démocrate -
(2 ans et 11 mois)
Robert Coldwell Wood Robert C. Wood, the second Secretary of the U.S. Department of Housing and Urban Development.jpg Démocrate -
(13 jours)
12 Seal of the United States Department of Transportation.svg
Secrétaire aux Transports
Alan Stephenson Boyd Alan S Boyd, 1978.jpg Démocrate -
(2 ans et 4 jours)

Postes de gouvernement ayant rang au cabinet[modifier | modifier le code]

Cinq postes officiels ont rang au cabinet, ce qui signifie qu'ils sont autorisés à assister aux réunions du cabinet, mais ne sont pas des ministres (Secretary) responsables d'un ministère (Department) et ils n’entrent pas dans la ligne de succession présidentielle. Deux postes supplémentaires seront créés dans les décennies suivantes (Administrateur de l'Agence de protection de l'environnement et Administrateur de la Small Business Administration), ce qui nous donne les 7 postes de l'administration ayant rang au cabinet que nous connaissons aujourd'hui.

Rang Fonction Titulaire Parti Mandat
13 Chef de cabinet de la Maison-Blanche W. Marvin Watson Portrait officiel de W. Marvin Watson.jpg Démocrate -
(4 ans, 5 mois et 4 jours)
14 Directeur du Bureau de la gestion et du budget Kermit Gordon (en) Portrait de Kermit Gordon.jpg Démocrate -
(2 ans, 5 mois et 4 jours)
Charles Schultze (en) Portrait de Charles Schultze.jpg Démocrate -
(2 ans, 7 mois et 27 jours)
Charles Zwick (en) Portrait de Charles Zwick.jpg Démocrate -
(11 mois et 23 jours)
15 Représentant au commerce William M. Roth Portrait de William M. Roth.jpg Démocrate -
(2 ans et 17 jours)
16 Ambassadeur américain aux Nations unies Arthur Goldberg Arthur goldberg.jpg Démocrate -
(2 ans, 10 mois et 27 jours)
George W. Ball GeorgeWildmanBall.jpg Démocrate -
(2 mois et 30 jours)
James Russell Wiggins (en) JamesWiggins.jpg Démocrate -
(3 mois et 13 jours)
17 Président du Council of Economic Advisers Walter Heller Walter Heller 1962.jpg Démocrate -
(3 ans, 9 mois et 17 jours)
Gardner Ackley (en) Portrait de Gardner Ackley.jpg Démocrate -
(3 ans, 2 mois et 30 jours)
Arthur Okun Démocrate -
(11 mois et 5 jours)

Nominations judiciaires[modifier | modifier le code]

Johnson fit deux nominations à la Cour suprême pendant son mandat. Anticipant les contestations judiciaires à son programme législatif, Johnson pensait qu'il serait avantageux d'avoir à la Cour suprême un confident qui serait en mesure de lui fournir des informations privilégiées, et il désigna en conséquence Abe Fortas, un avocat de renom et un de ses amis proches, pour remplir ce rôle. Il prépara cette opportunité en convainquant le juge Goldberg de devenir ambassadeur des États-Unis aux Nations unies[14]. Une seconde vacance se produisit en 1967 avec le départ à la retraite de Tom Clark. Johnson nomma alors pour lui succéder l'avocat général Thurgood Marshall, faisant de lui le premier Afro-Américain de l'histoire du pays à entrer à la Cour suprême[15]. En 1968, Johnson choisit Fortas pour remplacer le juge en chef sortant Earl Warren et nomma Homer Thornberry en tant que juge assesseur à la place de Fortas. La nomination de Fortas fut cependant rejetée par des sénateurs opposés à ses idées progressistes et qui voyaient d'un mauvais œil sa proximité avec le président[16].

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

En dépit de ses talents politiques et de sa longue carrière en tant que chef de la majorité au Sénat, Johnson avait été relativement mis à la marge au cours de la précédente administration. Devenu président, il était déterminé à faire passer les réformes intérieures laissées inachevées par Kennedy et dont la plupart étaient restées bloquées dans les divers comités du Congrès[17],[18]. Au printemps 1964, il commença à utiliser le terme de « Grande société » pour désigner son programme de politique intérieure. L'expression avait été inventé par Richard N. Goodwin et provenait d'une observation qu'avait faite Eric F. Goldman à propos du titre du livre de Walter Lippmann The Good Society, qui selon lui captait le mieux l'esprit du programme présidentiel de Johnson. La Grande société de Johnson comprenait un ensemble de mesures visant à favoriser le développement urbain, améliorer les transports, assurer une meilleure protection de l'environnement, intensifier la lutte contre la pauvreté, réformer le système de santé et l'éducation et lutter contre la criminalité[19].

Fiscalité[modifier | modifier le code]

Finances fédérales et PIB sous la présidence de Johnson[note 1]
Année Revenu Dépenses Surplus/
Déficit
PIB Dette en %
du PIB[note 2]
1963 106,6 111,3 -4,8 619,3 41,0
1964 112,6 118,5 -5,9 662,9 38,7
1965 116,8 118,2 -1,4 710,7 36,7
1966 130,8 134,5 -3,7 781,9 33,7
1967 148,8 157,5 -8,6 838,2 31,8
1968 153,0 178,1 -25,2 899,3 32,2
1969 186,9 183,6 3,2 982,3 28,3
Sources [20] [21] [22]

Au début de l'année 1963, Kennedy avait soumis au Congrès un projet de loi important de baisse d'impôts. En dépit de nombreuses résistances, ce projet de loi fut adopté par la Chambre des représentants au mois de septembre. Le sénateur de Virginie Harry F. Byrd espérait que le texte serait rapidement approuvé par le Sénat, mais il insista néanmoins pour que le Comité des finances procédât à une « délibération complète et prudente »[23]. Une fois Johnson arrivé au pouvoir, celui-ci accepta de réduire le budget fédéral à moins de 100 milliards de dollars et Byrd abandonna son opposition, ce qui permit l'adoption du Revenue Act of 1964. Ratifiée le 26 février 1964, cette loi réduisait d'environ 20 % les taux d'imposition sur le revenu des particuliers, diminuait légèrement les prélèvements sur les sociétés et introduisait une déduction forfaitaire minimale. L'entrée en vigueur de cette mesure facilita l'application du programme sur les droits civiques[24].

En 1968, Johnson signa la loi sur le contrôle des revenus et des dépenses. Fruit de plusieurs mois de négociations, le texte fut ratifié à contrecœur par le président afin de couvrir le coût de plus en plus élevé de la guerre du Viêt Nam. La loi combinait à la fois une hausse des impôts et une réduction des dépenses[25].

Droits civiques[modifier | modifier le code]

Civil Rights Act de 1964[modifier | modifier le code]

Rencontre du président Johnson avec les principaux meneurs du mouvement des droits civiques dans le Bureau ovale, en janvier 1964. De gauche à droite : Martin Luther King, Johnson, Whitney Young et James L. Farmer.

Bien qu'étant lui-même un pur produit de la société du Sud et un protégé du sénateur Richard Russell, un ségrégationniste, Johnson était depuis longtemps sympathique au mouvement des droits civiques et il estimait que le moment était venu de faire voter la première loi sur les droits civiques depuis la période de la Reconstruction[26]. Le président Kennedy avait présenté une loi similaire au Congrès en juin 1963 mais il s'était heurté à une forte opposition[27],[28]. Le projet de loi de Kennedy avait déjà été approuvé par la commission judiciaire de la Chambre des représentants mais il n'était pas encore parvenu à franchir la commission sur le règlement de la Chambre et le Sénat[29]. L'historien Robert Caro remarque que le projet de loi sur les droits civiques initié par Kennedy était bloqué par les manœuvres dilatoires des sénateurs et des représentants du Sud qui, en utilisant certaines procédures du Congrès pour empêcher la loi d'être soumise au vote, avaient jusque là empêché les précédentes tentatives de réforme des droits civiques d'aboutir sous les précédentes administrations[30].

Depuis qu'il était devenu président de la commission du règlement de la Chambre en 1954, le représentant de Virginie Howard W. Smith, opposé à l'intégration raciale, avait profité de sa position pour empêcher diverses tentatives de législation sur les droits civiques d'être votées à la Chambre. Johnson devait par conséquent trouver un moyen de contourner Smith s'il voulait mener à bien son projet de réforme. Dans un premier temps, il défia publiquement le Congrès en déclarant au début de son discours sur l'état de l'Union, le 8 janvier 1964 : « faites en sorte que cette session du Congrès soit connue comme la session qui a plus fait pour les droits civils que les cent dernières sessions réunies ». Le président travailla ensuite à obtenir un soutien des représentants pour une motion de décharge qui devait être présentée à la Chambre et lui et ses collaborateurs s'employèrent à convaincre les républicains et les démocrates de soutenir la motion[31],[32]. Craignant d'être court-circuitée, la commission sur le règlement approuva le projet de loi qui fut débattu en séance plénière et adopté le 10 février 1964 par 290 voix contre 110[33]. Avant la mise au vote, Smith avait proposé un amendement visant à ajouter à la loi une protection contre la discrimination fondée sur le sexe afin d'empêcher son adoption. Cependant, la manœuvre se retourna contre lui lorsque la Chambre vota à nouveau en faveur du projet de loi. Au total, 152 démocrates et 136 républicains avaient voté pour alors que la principale opposition venait des 88 démocrates représentants des États qui avaient fait sécession pendant la guerre civile[34].

Johnson convainquit Mike Mansfield, chef de la majorité au Sénat, de soumettre directement l'examen du projet de loi au Sénat en court-circuitant la commission judiciaire et son président ségrégationniste, James Eastland[35]. Le projet de loi de finances ayant déjà été adopté et le blocage du projet de loi en commission n'étant plus une option, les sénateurs opposés aux droits civiques n'eurent d'autre choix que de recourir à l'obstruction parlementaire. Afin de surmonter cette opposition, Johnson et ses partisans devaient impérativement être soutenus par au moins une vingtaine de républicains, qui devenaient de moins en moins disposés à le faire du fait que leur parti était sur le point de nommer un candidat à la présidence qui était opposé au projet de loi[36]. Mansfield et le sénateur Hubert Humphrey coordonnèrent leurs efforts pour faire adopter le projet de loi au Sénat et l'une de leurs principales tâches fut de convaincre le chef de la minorité sénatoriale Everett Dirksen et plusieurs conservateurs du Midwest de les appuyer[31],[37]. Johnson et Dirksen parvinrent finalement à un compromis dans lequel les pouvoirs de mise en application de la commission de l'égalité des chances en matière d'emploi étaient affaiblis mais où les groupes de lutte en faveur des droits civiques continuaient à soutenir le projet de loi parce qu'il signifiait la « fin de la ségrégation de jure »[38]. Après plusieurs mois de débats, le Sénat décida de clôturer définitivement le vote par 71 voix contre 29, atteignant de justesse le seuil des 67 voix nécessaires pour mettre fin à l'obstruction. Bien que l'opposition provenait majoritairement des démocrates du Sud, le candidat républicain à l'élection présidentielle de 1964, Barry Goldwater, et cinq autres sénateurs républicains votèrent contre le projet de loi. Le 19 juin, le Sénat approuva le projet de loi par 73 voix contre 27 et l'envoya au président pour ratification[39].

Le 2 juillet 1964, le président Johnson signa le Civil Rights Act de 1964. La légende raconte qu'en posant son stylo, Johnson déclara à l'un de ses assistants : « nous avons perdu le Sud pour une génération », anticipant une réaction hostile des Blancs du Sud contre le Parti démocrate[40]. La loi interdisait désormais la ségrégation raciale dans les lieux publics ainsi que la discrimination à l'emploi fondée sur le sexe ou la race et renforçait les pouvoirs d'intervention du gouvernement fédéral en matière de discrimination sexiste ou raciale à l'embauche[41]. Le biographe Randall B. Woods note que Johnson mit efficacement à profit les valeurs judéo-chrétiennes pour obtenir un soutien à la loi sur les droits civiques et affaiblir l'obstruction menée par ses opposants :

« LBJ enveloppa l'Amérique blanche dans un habit de droiture morale. Comment des individus qui s'identifiaient avec ferveur, continuellement et massivement, à un Dieu juste et miséricordieux, pouvaient-ils continuer à tolérer la discrimination raciale, la violence policière et la ségrégation ? Où, dans l'éthique judéo-chrétienne, était-il justifié de tuer des jeunes filles dans une église de l'Alabama, de refuser une éducation égale aux enfants noirs, d'interdire aux pères et aux mères de se battre pour des emplois qui nourriraient et habilleraient leur famille ? Jim Crow était-il la réponse de l'Amérique au « communisme sans Dieu » ?[42] »

Voting Rights Act[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, après la fin de la Reconstruction, la plupart des États du Sud avaient instauré des lois visant à écarter le plus possible les citoyens noirs de la politique sans pour autant violer le quinzième amendement de la Constitution. Malgré l'entrée en vigueur du Civil Rights Act de 1964 et la ratification du 24e amendement en janvier de la même année, qui prohibait la mise en place de taxes de scrutin, de nombreux États continuaient de priver les Afro-Américains de leurs droits par des stratagèmes tels que les « primaires blanches » ou les tests d'alphabétisation[43],[44]. Peu après l'élection présidentielle de 1964, Johnson demanda au procureur général Nicholas Katzenbach de rédiger « la loi la plus féroce et la plus dure que vous puissiez imaginer ». À ce stade, le président estimait cependant qu'il n'était pas urgent de légiférer ; ses conseillers l'avaient mis en garde sur les conséquences politiques qu'engendrerait une démarche visant à promouvoir un projet de loi sur le droit de vote des Noirs si tôt après le vote de la loi sur les droits civiques par le Congrès. Johnson craignait en outre qu'un tel projet ne mît en danger les autres réformes de la « Grande société » en lui aliénant les démocrates du Sud[45].

Le président Lyndon B. Johnson, Martin Luther King et Rosa Parks lors de la signature du Voting Rights Act le 6 août 1965.

Peu après l'élection de 1964, certaines associations de lutte pour les droits civiques, comme la Southern Christian Leadership Conference ou le Student Nonviolent Coordinating Committee, commencèrent à réclamer une intervention fédérale pour garantir les droits de vote des minorités raciales[44]. De nombreuses marches et manifestations en faveur des droits de vote furent organisées en Alabama mais elles furent brutalement réprimées par la police et des centaines d'Afro-Américains furent emprisonnés. Le 7 mars eurent lieu les marches de Selma à Montgomery au cours desquelles les habitants de la ville de Selma se dirigèrent vers la capitale de l'Alabama, Montgomery, pour souligner l'importance des enjeux liés à la question des droits de vote et présenter leurs doléances au gouverneur de l'Alabama, George Wallace. Lors de la première marche, les manifestants furent arrêtés par des policiers à cheval sur le pont Edmund Pettus près de Selma. Les forces de l'ordre lancèrent des gaz lacrymogènes dans la foule et de nombreux manifestants furent piétinés. Les images de cet événement, connu sous le nom de Bloody Sunday (« dimanche rouge »), furent retransmises à la télévision et suscitèrent une vague d'indignation à travers le pays[46].

Face à une pression politique de plus en plus forte, Johnson décida de soumettre immédiatement une loi sur les droits de vote au Congrès et il s'adressa au peuple américain dans un discours tenu lors d'une session conjointe des deux chambres du Congrès. Le discours de Johnson, rédigé par Richard N. Goodwin, était, d'après le correspondant du magazine Time, « si surprenant et si émouvant qu'il est peu probable que ceux qui l'ont vu ou entendu l'oublieront jamais »[46]. Le président commença son discours de la manière suivante :

« Je viens vous parler ce soir de la dignité de l'homme et du destin de la démocratie. J'exhorte les membres des deux partis, les Américains de toutes les religions, de toutes les couleurs et de toutes les régions du pays, à se joindre à moi pour cette cause […]. Il est rare que le cœur secret de l'Amérique elle-même soit dévoilé. Nous avons rarement été confrontés à un défi, non pas à notre croissance ou à notre prospérité, ni même à notre bien-être ou à notre sécurité, mais plutôt aux valeurs, aux buts et à la signification de notre nation bien-aimée. La question de l'égalité des droits pour les Noirs américains est un problème de cette nature. Et même si nous devions vaincre chacun de nos ennemis, doubler notre richesse et conquérir les étoiles, mais être encore inégaux sur ce sujet, alors nous aurions échoué en tant que peuple et en tant que nation. Pour un pays comme pour une personne, « qu'est-ce qu'un homme a à gagner à conquérir le monde, s'il y perd sa propre âme ? »[46],[47] »

Le Voting Rights Act fut présenté au Congrès le 17 mars 1965. Le Sénat adopta le projet de loi deux mois et demi plus tard par 77 voix contre 19 et ce vote fut confirmé en juillet par la Chambre des représentants par 333 voix contre 85. Cette loi historique, que Johnson ratifia le 6 août 1965, interdisait la discrimination lors du vote, permettant ainsi à des millions d'Afro-Américains du Sud de voter pour la première fois. Conformément à la loi, l'Alabama, la Caroline du Sud, la Caroline du Nord, la Géorgie, la Louisiane, le Mississippi et la Virginie furent soumis à une procédure d'inspection en 1965, suivi en 1975 par le Texas qui abritait alors la majorité de la population afro-américaine[48]. Les résultats furent éloquents : de 1968 à 1980, le nombre d'élus noirs du Sud à l'échelle étatique et à l'échelle fédérale avait presque doublé. La loi améliora également grandement les conditions d'accès des Noirs à la fonction publique : alors que les fonctionnaires noirs n'étaient que quelques centaines en 1965, ils étaient 6 000 en 1989[47]. De manière tout aussi impressionnante, le taux d'électeurs afro-américains inscrits sur les listes électorales dans le Mississippi passa de 6,7 % en 1964 à 59,8 % en 1967[49].

À la fin du mois de mars 1965, à la suite du meurtre de la militante des droits civiques Viola Liuzzo, Johnson annonça à la télévision l'arrestation de quatre membres du Ku Klux Klan impliqués dans cet assassinat. Le président profita de l'occasion pour dénoncer vigoureusement le Klan comme « une société de bigots à capuchon » et les inciter à « revenir à une société décente avant qu'il ne soit trop tard ». Il fit également conduire une enquête fédérale sur les activités du Klan, et lorsque les hommes accusés du meurtre de Liuzzo furent acquittés par un jury entièrement blanc, Johnson ordonna au département de la Justice d'utiliser les dispositions du Civil Rights Act pour intenter un nouveau procès. En définitive, trois des accusés furent reconnus coupables du meurtre de Liuzzo et condamnés à une peine de 10 ans de prison[50]. Par ce verdict, Johnson fut en 90 ans le premier président, depuis Ulysses S. Grant, à traduire en justice des membres du Klan[51].

Johnson s'exprima également au sujet de l'injustice raciale et des disparités économiques entre les Noirs et les Blancs lors d'un discours délivré le 4 juin 1965 à l'université Howard. Intitulé « Pour honorer ces droits », ce discours contenait certains des mots les plus progressistes sur la race jamais prononcés par un président américain[52]. Johnson déclara notamment que « la liberté », ce droit de partager pleinement et de façon égale dans la société américaine, « ne suffit pas », et il ajouta : « il ne suffit pas d'ouvrir les portes de l'opportunité ; encore faut-il que l'ensemble de nos citoyens puissent les franchir ». Il annonça ensuite ce qu'il considérait comme la prochaine étape de la bataille pour les droits civiques : « nous ne cherchons pas simplement la liberté mais l'opportunité ; nous ne cherchons pas simplement l'équité juridique mais aussi la capacité humaine, non pas simplement l'égalité comme un droit ou comme une théorie mais l'égalité en tant que fait et en tant qu'aboutissement »[53].

Civil Rights Act de 1968[modifier | modifier le code]

Johnson s'attendait à perdre des sièges aux élections de mi-mandat de 1966 et il fit d'un projet de loi sur la discrimination au logement sa dernière échéance législative majeure du 89e congrès[54]. En avril 1966, Johnson soumit au Congrès un projet de loi qui devait empêcher les propriétaires de refuser d'héberger des individus sur les critères de la race. Cette initiative suscita immédiatement l'hostilité de nombreux habitants du Nord qui avaient pourtant accueilli favorablement les deux projets de loi précédents sur les droits civiques[55]. Une première version du projet de loi fut adoptée par la Chambre des représentants avant d'échouer au Sénat, marquant la première grande défaite législative de Johnson[56]. La loi prit cependant une nouvelle impulsion après l'assassinat de Martin Luther King le 4 avril 1968 et les émeutes qui secouèrent le pays à la suite de la mort de King[57]. Le 5 avril, Johnson écrivit à la Chambre des représentants pour demander instamment l'adoption du Civil Rights Act de 1968[58]. Sous l'attention accrue du directeur législatif Joseph Califano et du président de la Chambre des représentants John McCormack, le projet fut approuvé à une large majorité par la Chambre le 10 avril[57],[59]. Le Fair Housing Act, qui était une composante de ce projet de loi, interdisait la discrimination en matière de logement et permit à de nombreux Afro-Américains de déménager en banlieue[60].

Guerre contre la pauvreté[modifier | modifier le code]

Dans son discours sur l'état de l'Union de 1964, Johnson annonça que « cette administration, à partir d'aujourd'hui, ici et maintenant, déclare une guerre inconditionnelle à la pauvreté en Amérique »[61]. En avril de la même année, il promulgua l’Economic Opportunity Act of 1964 qui créait le Bureau des opportunités économiques (OEO). Le rôle de cette agence était de superviser le travail des agences locales communautaires qui venaient en aide aux personnes vivant dans la pauvreté[62]. La loi donnait également naissance à un programme de formation professionnelle, le Job Corps, et à AmeriCorps VISTA, une variante fédérale des Corps de la Paix[63]. À travers ce texte, Johnson était convaincu que le gouvernement serait en capacité de mieux aider les pauvres en leur offrant des opportunités économiques[64]. Johnson sut obtenir un soutien suffisant de la part des démocrates conservateurs pour faire adopter le projet de loi, qu'il ratifia le 20 août 1964[65]. Sous la direction de Sargent Shriver, l'OEO mit en œuvre des programmes comme Head Start ou le Neighborhood Legal Services[66]. Johnson encouragea également le Congrès à rendre permanents les programmes pilotes de bons alimentaires initiés par le président Kennedy en 1961. Après de nombreux marchandages politiques, le Congrès adopta le Food Stamp Act of 1964, qui allouait un budget de 75 millions de dollars à 350 000 personnes dans 40 comtés et trois villes. Le président salua la distribution des bons alimentaires comme « un pas réaliste et responsable vers l'utilisation plus optimale et plus sage de notre abondance agricole »[67].

En août 1965, Johnson signa le Housing and Urban Development Act of 1965. Cette loi, qu'il qualifia de « plus importante rupture » en matière de politique fédérale du logement depuis les années 1920, accrut considérablement le financement des programmes fédéraux existants consacrés au logement et ajouta de nouveaux programmes de subvention au loyer pour les personnes âgées et les handicapés. À cet ensemble s'ajoutaient des subventions pour la réhabilitation de logements aux propriétaires pauvres, des dispositions permettant aux anciens combattants de payer un acompte très bas pour l'obtention de crédits, l'autorisation pour les familles éligibles au logement social d'être placées dans des logements privés vides (des subventions étant accordées aux propriétaires) ainsi que des subventions similaires aux localités pour la construction d'égouts, d'un réseau de distribution d'eau, de centres communautaires dans les zones à faible revenu et pour l'embellissement urbain. Quatre semaines plus tard, le 9 septembre, Johnson promulgua la loi donnant naissance au Département du Logement et du Développement urbain des États-Unis[68],[69].

Johnson franchit une nouvelle étape dans la guerre contre la pauvreté lorsqu'il présenta au Congrès, en janvier 1966, le « programme des villes de démonstration ». Pour être admissible, une ville devait montrer sa détermination à « stopper la dégradation et la décadence et faire un effort considérable pour le développement de la ville toute entière ». Johnson demanda un investissement de 400 millions de dollars par an, pour un total de 2,4 milliards de dollars. À la fin de l'année 1966, le Congrès adopta une version du programme au coût nettement moindre (900 millions de dollars) que Johnson baptisa plus tard le « programme des villes modèles ». Le changement de nom eut peu d'effet sur l'impact de la loi, et 22 ans plus tard, le New York Times écrivit que le programme s'était globalement soldé par un échec[70].

Éducation[modifier | modifier le code]

Johnson, qui avait lui-même échappé à la pauvreté en allant à l'école publique au Texas, était intimement convaincu que l'éducation était un remède contre l'ignorance et la pauvreté[71]. Dans les années 1960, le budget consacré à l'éducation rencontrait des difficultés liées à l'arrivée de la nouvelle génération des baby boomers, mais le Congrès refusa à plusieurs reprises d'augmenter le financement fédéral alloué aux écoles publiques[72]. Johnson fit de l'éducation la priorité absolue de son programme de la Grande société et mit l'accent sur l'aide aux enfants pauvres. Les élections législatives de 1964 ayant vu la victoire d'un grand nombre d'hommes politiques progressistes, Johnson présenta au Congrès un projet de loi sur l'éducation élémentaire et secondaire (ESEA). Ce texte prévoyait de multiplier par deux les dépenses fédérales en matière d'éducation, qui passeraient ainsi de 4 à 8 milliards de dollars[73]. Le projet de loi fut voté à la Chambre des représentants par 263 voix contre 153 le 26 mars 1965 avant d'être adopté au Sénat par 73 voix contre 8, sans avoir eu recours à l'arbitrage du comité de conférence[74]. Dans la pratique, l'ESEA mettait en place une aide pour tous les arrondissements scolaires publics ; les secteurs accueillant de grandes proportions d'étudiants issus de familles pauvres recevaient davantage d'argent[75]. La part du gouvernement fédéral dans les dépenses relatives à l'éducation passa ainsi de 3 % en 1958 à 10 % en 1965, et continua de croître dans les années suivantes[76]. La loi contribua également à accélérer le processus de déségrégation puisque la part des élèves afro-américains fréquentant des écoles intégrées atteignit 32 % en 1968 contre seulement 2 % en 1964[77].

Le second projet de Johnson en faveur de l'éducation fut la loi sur l'enseignement supérieur de 1965, qui créait une aide financière pour les étudiants à faible revenu, notamment des bourses, des contrats en alternance et des prêts du gouvernement. Le taux d'obtention de diplômes en études supérieures explosa littéralement après le passage de la loi : en effet, le nombre de diplômes universitaires tripla entre 1964 et 2013[78]. En outre, Johnson ratifia en 1965 un troisième projet de loi qui donnait naissance au programme Head Start[79].

Réforme de la santé[modifier | modifier le code]

Le président Johnson officialisant la mise en vigueur de Medicare en présence d'Harry S. Truman et de sa femme Bess le 30 juillet 1965. À l'arrière-plan, Lady Bird Johnson et le vice-président Hubert Humphrey.

En 1945, le président de l'époque Harry S. Truman, dont les idées influençaient fortement celles de Johnson, avait proposé d'instaurer un système nationale d'assurance maladie[80]. Depuis 1957, certains démocrates plaidaient pour une prise en charge par le gouvernement des frais de visite à l'hôpital pour les personnes âgées, qui avaient vu leurs dépenses de santé augmenter avec l'avènement de nouveaux produits tels que les antibiotiques. Cependant, l'Association médicale américaine (AMA) et les partisans d'une politique fiscale conservatrice s'opposaient à toute ingérence fédérale en matière d'assurance maladie[81]. Johnson soutint l'adoption de la loi King-Anderson qui établissait une couverture maladie pour les personnes âgées sous la gestion de l'administration de la sécurité sociale et financée par l'impôt sur les salaires[82]. Willbur Mills, le président du comité des voies et moyens de la Chambre des représentants, s'était longtemps opposé à une telle réforme, mais beaucoup d'hommes politiques proches de l'AMA avaient été défaits à l'élection de 1964 ce qui montrait que la population était favorable à une politique de santé publique[83]. Mills suggéra que Medicare fût organisé comme un gâteau en trois tranches, avec un aspect portant sur la sécurité sociale, l'autre sur un programme d'assurance à la demande permettant des visites à domicile du médecin et enfin le dernier sur un programme d'aide médicale pour les pauvres, baptisé Medicaid[84]. Le projet de loi fut adopté à la Chambre par 313 voix contre 115 et une version plus libérale de la loi fut approuvée par le Sénat le 9 juillet 1965. Après une session de comité dominée par Mills, les deux chambres du Congrès adoptèrent des versions similaires de la loi et cette dernière fut ratifiée par Johnson le 30 juillet[85]. La cérémonie de ratification eut lieu dans la bibliothèque présidentielle Harry S. Truman à Independence, dans le Missouri, et Johnson remit à l'ancien président Truman et à sa femme Bess les deux premières cartes Medicare[86].

Transports[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1960, divers militants du droit des consommateurs et des experts en sécurité commencèrent à expliquer au Congrès et à la population américaine qu'il fallait rendre les routes moins dangereuses et les véhicules plus sûrs. Selon eux, le gouvernement fédéral, et plus encore les constructeurs automobiles, avec leur technologie et leur savoir-faire, étaient en mesure d'apporter une solution à ce problème. La publication en 1965 du livre Unsafe At Any Speed de Ralph Nader accéléra la prise de conscience, et au début de l'année suivante, le Congrès tint une série d'auditions très médiatisées sur la sécurité routière. Deux projets de loi furent approuvés (le National Traffic and Motor Vehicle Safety Act et le Highway Safety Act) et ratifiés par le président le 9 septembre 1966, rendant désormais le gouvernement fédéral responsable de l'établissement et de l'application des normes en matière de sécurité routière et automobile[87].

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Guerre froide[modifier | modifier le code]

Johnson et le chef du gouvernement soviétique Alexis Kossyguine à Glassboro, le 23 juin 1967.

Johnson entra en fonction en pleine guerre froide, à un moment où les relations entre les États-Unis et ses alliés d'une part, et l'Union soviétique et ses alliés d'autre part, étaient très tendues. Johnson n'avait pas l'enthousiasme de Kennedy pour la politique étrangère et les réformes qu'il souhaitait conduire en matière de politique intérieure passaient avant son implication dans les relations internationales[88]. Bien que favorable au principe de l'endiguement, Johnson prôna une politique de non-confrontation avec l'URSS qui constitua un préalable à la période de détente initiée dans les années 1970[89],[90]. L'URSS chercha également à entretenir des rapports moins conflictuels avec les États-Unis du milieu à la fin des années 1960, une attitude motivée en partie par la rupture sino-soviétique. Johnson tenta d'apaiser les tensions avec la Chine en assouplissant les restrictions sur le commerce, mais le déclenchement de la révolution culturelle chinoise mit fin aux espoirs d'un rapprochement plus étroit entre les deux pays[91].

Johnson entendait par dessus tout éviter une guerre nucléaire et il chercha dans ce but à réduire les tensions en Europe[92]. L'administration Johnson poursuivit les négociations sur le contrôle des armements avec l'Union soviétique avec la signature du traité de l'espace et jeta les bases des futures négociations sur la limitation des armements stratégiques[89]. Johnson eut une entrevue amicale avec le chef du gouvernement soviétique Alexis Kossyguine à Glassboro en 1967, et en juillet 1968, les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'URSS ratifièrent le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires dans lequel chacun des signataires s'engageait à ne pas aider au développement ou à l'acquisition de l'arme nucléaire par d'autres pays. L'organisation d'une conférence sur le désarmement nucléaire entre les deux « Grands » fut toutefois compromise par la répression brutale du printemps de Prague par les forces soviétiques en août 1968[93].

Guerre du Viêt Nam[modifier | modifier le code]

Résolution du golfe du Tonkin[modifier | modifier le code]

En août 1964, la rumeur circula dans l'armée américaine que deux destroyers de l’US Navy avaient été attaqués à la torpille par les Nord-Vietnamiens à 64 km au large des côtes du Viêt Nam, dans le golfe du Tonkin. Cependant, les informations communiquées par la marine et les divers rapports menés sur l'attaque étaient contradictoires. Bien que Johnson voulait à tout prix éviter d'aborder le sujet du Viêt Nam dans le cadre de la campagne présidentielle de 1964, il se sentit obligé de répondre à cette agression supposée des Vietnamiens et il demanda et obtint du Congrès la résolution du golfe du Tonkin le 7 août. Johnson, déterminé à renforcer son image sur le terrain de la politique étrangère, souhaitait également se prémunir des critiques dont Truman avait fait l'objet pendant la guerre de Corée en agissant militairement sans accord préalable du Congrès. Cette riposte à la prétendue agression vietnamienne était en outre un moyen commode de répondre aux accusations de faiblesse lancées contre le président par les partisans du candidat républicain Barry Goldwater, favorables à la guerre. À travers cette résolution, le Congrès donna son accord à l'utilisation de la force militaire afin de repousser de futures attaques et d'aider les pays membres de l'OTASE en cas de besoin. Plus tard, au cours de la campagne, Johnson réaffirma que le principal objectif des États-Unis restait la préservation de l'indépendance du Sud-Viêt Nam via un appui matériel et la présence de conseillers militaires, et qu'une doctrine offensive des troupes déployées dans la zone n'était pas à l'ordre du jour[94]. À la fin de l'année 1964, 23 000 soldats américains étaient présents au Sud-Viêt Nam[95].

1965-1966[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Rolling Thunder.
Le secrétaire à la Défense Robert McNamara et le général William Westmoreland au Viêt Nam, en 1965.

Après lecture d'un rapport de Bundy qui recommandait une intervention immédiate des États-Unis pour éviter la défaite, Johnson ordonna en février 1965 une campagne de bombardement systématique sur les positions nord-vietnamiennes. Cette opération qui s'étala sur huit semaines devint connue sous le nom d'opération Rolling Thunder. Johnson ne voulait pas avoir à traiter avec l'opinion publique et les instructions qu'il fit parvenir en ce sens à son administration étaient très claires : aucune information ne devait circuler sur l'accroissement de l'effort de guerre américain. Le président pensait en effet qu'il serait plus à même d'inverser le cours de sa politique au Viêt Nam en limitant la diffusion de certaines informations auprès du public et même vis-à-vis du Congrès[96]. Au mois de mars, Bundy commença à se montrer partisan de l'emploi des forces terrestres, soutenant que les opérations aériennes menées par les États-Unis se suffiraient pas à arrêter l'offensive de Hanoï contre le Sud. Johnson approuva une augmentation des effectifs militaires stationnés au Viêt Nam et surtout un passage vers des missions d'ordre défensif à des missions d'ordre offensif. Il continua toutefois d'insister sur le fait que ces modifications ne devaient pas être présentés comme un changement dans la politique américaine au Viêt Nam. Plusieurs membres de l'administration, y compris McNamara, les généraux William Westmoreland et Earle Wheeler, William Bundy et l'ambassadeur Maxwell Taylor, se montrèrent également favorables à une augmentation du niveau des troupes et le nombre de militaires américains déployés au Viêt Nam fut porté à 82 000 à la mi-juin 1965[97].

L'ambassadeur Taylor ayant révélé l'inefficacité des bombardements contre le Nord-Viêt Nam[98], le général Westmoreland conseilla au président de porter l'effectif des troupes terrestres à 175 000 hommes. Après consultation de ses principaux assistants, Johnson, par souci de discrétion, annonça lors d'une conférence de presse une augmentation des forces sur place à 125 000 hommes, déclarant par ailleurs que des troupes supplémentaires pourraient être envoyées en renfort sur demande. Afin d'atténuer les conséquences de cette information, Johnson annonça en même temps la nomination d'Abe Fortas à la Cour suprême et celle de John Chancellor comme directeur de La Voix de l'Amérique. Johnson se décrivit lui-même à cette époque comme tiraillé entre deux options désagréables : envoyer des Américains mourir au Viêt Nam ou céder face aux communistes. L'envoi de troupes supplémentaires risquait de le faire passer pour un interventionniste mais il pensait qu'un manque de réaction lui serait aussi vivement reproché[99], et en octobre 1965, plus de 200 000 soldats se trouvaient déployés au Viêt Nam[100].

Johnson décorant un soldat américain lors d'une visite au Viêt Nam en 1966.

Au début de l'année 1966, Robert Kennedy critiqua sévèrement les bombardements ordonnés par Johnson, estimant que les États-Unis étaient en train de se diriger « sur une route à partir de laquelle il n'y a pas de point de retour, une route qui mène à la catastrophe pour l'humanité toute entière »[101]. Peu de temps après, le comité des affaires étrangères du Sénat, présidé par le sénateur J. William Fulbright, réalisa des audiences télévisées qui examinaient la politique américaine au Viêt Nam[102]. L'impatience des parlementaires à l'encontre du président et les doutes exprimés sur sa stratégie militaire continuaient de croître à Capitol Hill. En juin, Richard Russell, président du comité des forces armées du Sénat, dans une phrase qui reflétait l'état d'esprit du pays, déclara à propos de la guerre qu'il était temps « de s'en sortir ou d'en sortir tout court »[103].

À l'automne 1966, de nombreuses sources concordantes rapportèrent que des progrès avaient été faits contre la logistique et les infrastructures nord-vietnamiennes et Johnson fut pressé de toute part d'entamer des négociations de paix avec Hanoï. Le fossé avec le régime du Nord-Viêt Nam était toutefois trop grand, chacun des deux belligérants demandant un arrêt des bombardements et un retrait unilatéral des forces armées. Averell Harriman fut nommé « ambassadeur de la paix » auprès du président pour promouvoir les négociations. Westmoreland et McNamara recommandèrent un programme concerté en matière de pacification et Johnson plaça formellement cette responsabilité sous contrôle militaire en octobre[104]. De son côté, Johnson devenait de plus en plus soucieux de justifier les pertes militaires et, en dépit de l'impopularité de la cause, exprima la nécessité d'obtenir une victoire décisive dans les plus brefs délais[105]. Néanmoins, il devint clair à la fin de l'année que les efforts de pacification, à l'instar des opérations aériennes, étaient inopérants. En 1967, Johnson accepta à la demande de McNamara d'envoyer 70 000 soldats supplémentaires par rapport aux 400 000 déjà engagés. Il ordonna également d'intensifier les bombardements aériens, cette fois-ci sur le conseil de la CIA[106]. Cette dernière directive fut appliquée alors que des discussions secrètes étaient encore en cours à Saïgon, Hanoï et Varsovie. Les bombardements mirent fin aux discussions mais les intentions nord-vietnamiennes n'étaient de toute façon pas considérées comme sincères par leurs interlocuteurs américains[107].

1967-1969[modifier | modifier le code]

Lyndon Johnson discutant avec son secrétaire à la Défense Robert McNamara en 1967.

En mars 1967, lors d’un discours au Sénat, Robert Kennedy réaffirma publiquement son opposition à la guerre. Selon l’historien Robert Dallek, cette voix discordante et la probable candidature de Kennedy à l’élection présidentielle de 1968 empêchèrent Johnson, aigri et empêtré dans le bourbier vietnamien, de donner un caractère plus réaliste à sa politique au Viêt Nam[108]. Au mois de mai, McNamara proposa à Johnson une voie de sortie, où l’administration américaine expliquerait que ses objectifs politiques, c’est-à-dire l’autodétermination de la république du Viêt Nam, étaient en train de se concrétiser et que les élections qui devaient s’y tenir au mois de septembre permettraient la formation d’un gouvernement de coalition. Les États-Unis pouvaient raisonnablement s’attendre à ce que le Sud-Viêt Nam assume la responsabilité du résultat des élections, mais Johnson était rendu réticent par des rapports optimistes quoique d’une fiabilité discutable qui donnaient tort aux évaluations négatives sur le conflit et laissaient entrevoir une amélioration de la situation. La CIA signalait par ailleurs des pénuries alimentaires importantes à Hanoï, l’instabilité du réseau électrique et la baisse des effectifs militaires déployés sur la zone de conflit[109].

Vers le milieu de l’année 1967, près de 70 000 Américains avaient été tués ou blessés au Viêt Nam et la guerre était fréquemment décrite dans les médias et ailleurs comme étant dans une « impasse »[110]. En juillet, Johnson demanda à McNamara, Wheeler et d’autres fonctionnaires de rencontrer Westmoreland afin de parvenir à un accord sur la conduite ultérieure des opérations. Westmoreland sollicita à nouveau 80 000 à 200 000 soldats supplémentaires en plus des 470 000 déjà présents au Viêt Nam[111]. Johnson accepta d’envoyer 55 000 soldats en renfort ce qui porta le total des forces américaines sur place à 525 000 hommes[112]. Au mois d’août, Johnson, soutenu par les chefs d’état-major interarmées, décida d’intensifier la campagne aérienne, les seules cibles exemptées étant Hanoï, Haïphong et une zone tampon avec la Chine. Plus tard dans le mois, McNamara confia à un sous-comité du Sénat qu’une intensification des opérations aériennes n’amènerait pas pour autant Hanoï à la table des négociations. Les membres du comité d’état-major interarmées furent stupéfaits et menacèrent de démissionner massivement. A la suite de cet incident, McNamara fut convoqué à la Maison-Blanche et fut vertement réprimandé par le président pendant trois heures ; cependant, Johnson avait reçu des rapports de la CIA qui confirmaient au moins en partie l’analyse de son secrétaire à la Défense. Dans l’intervalle, une élection organisée au Sud-Viêt Nam avait amené au pouvoir un gouvernement constitutionnel et permettait d’envisager l’ouverture prochaine de pourparlers de paix[113].

Le président Johnson en réunion avec les « sages », un groupe d'experts de la politique étrangère, au sujet de la situation militaire au Viêt Nam en novembre 1967.

Confronté à une impasse militaire et à la désapprobation généralisée du conflit, Johnson convoqua un groupe d’experts chevronnés en matière de politique étrangère, officieusement connus sous le nom de « sages », afin d’avoir une vision renouvelée et approfondie de la situation au Viêt Nam. Ce comité réunissait Dean Acheson, le général Omar Bradley, George Ball, McGeorge Bundy, Arthur Dean, Douglas Dillon, Abe Fortas, Averell Harriman, Henry Cabot Lodge, Robert Murphy et Maxwell Taylor[114]. Tous s’opposèrent unanimement à un retrait du Viêt Nam et encouragèrent Johnson à « maintenir le cap »[115]. Peu après, le 17 novembre, lors d’une allocution télévisée, le président affirma au peuple américain : « nous infligeons des pertes bien plus grandes que celles que nous essuyons […] Nous faisons des progrès ». Moins de deux semaines après cette déclaration, Robert McNamara démissionna de son poste de secrétaire à la Défense. Il avait déjà commencé en privé à exprimer régulièrement ses doutes sur la stratégie adoptée par Johnson, ce qui avait mis en colère le président. Son nom vint grossir la liste des principaux assistants de Johnson ayant démissionné au cours du conflit, avec Bill Moyers, McGeorge Bundy et George Ball[101],[116].

Walt Whitman Rostow montrant au président Johnson une maquette du secteur de Khe Sanh en février 1968.

Le 30 janvier 1968, les Viêt-Cong et les Nord-Vietnamiens déclenchèrent l’offensive du Têt contre les cinq plus grandes villes du Viêt Nam. Bien que cette offensive eût échoué militairement, elle se solda par une victoire médiatique et retourna définitivement l’opinion publique américaine contre la guerre. De façon symbolique, le présentateur de CBS News Walter Cronkite, élu « personne la plus digne de confiance » de la nation en février, déclara à l’antenne que le conflit était dans une impasse et que de nouveaux efforts militaires ne serviraient à rien. La réaction de Johnson fut sans appel : « si j’ai perdu Cronkite, j’ai perdu l’Amérique »[117]. La guerre du Viêt Nam était en effet devenu très impopulaire, 26 % de la population américaine approuvant la gestion du conflit par Johnson contre 63 % la désapprouvant. Johnson décida malgré tout d’envoyer un contingent supplémentaire de 22 000 soldats au Viêt Nam, alors même que le comité d’état-major interarmées lui conseillait d’en envoyer dix fois ce nombre[118].

En mars 1968, Johnson était secrètement désespéré de parvenir à sortir les États-Unis de cette guerre. Clark Clifford, le nouveau secrétaire à la Défense, estima que la guerre était « perdante » et proposa d’en sortir « en limitant les dégâts »[119]. Johnson ordonna dans un premier temps de limiter les opérations aériennes, ce qui fit que 90 % de la population nord-vietnamienne et 75 % du territoire du Nord-Viêt Nam furent désormais épargnés par les bombardements. Le 25 mars, après avoir été briefés par des fonctionnaires du département d’État, du Pentagone et de la CIA, les « Sages » se réunirent une fois de plus avec le président[115]. Ils lui déconseillèrent à ce stade toute nouvelle augmentation des effectifs et se montrèrent favorable à la recherche d’une paix négociée par l’administration américaine. D’abord rendu furieux à l’annonce de ces conclusions, Johnson dut cependant rapidement convenir que leur évaluation de la situation était exacte[120].

Le 31 mars, Johnson annonça vouloir mettre un terme aux bombardements au Nord-Viêt Nam et déclara dans le même temps qu’il ne serait pas candidat à sa réélection[121]. En avril, il parvint à ouvrir les pourparlers de paix et, après de longues discussions sur le choix du site, les deux belligérants s’entendirent pour Paris où les négociations débutèrent en mai. Les pourparlers n’ayant pas abouti, il fut décidé de recourir à des discussions privées à Paris, mais il apparut deux mois plus tard que ces tractations ne s’étaient pas révélées plus productives[122]. En août, Harriman, Vance, Clifford et Bundy conseillèrent au président d’arrêter les bombardements pour inciter Hanoï à s’engager sérieusement dans les discussions autour de la paix, mais Johnson refusa[123]. Au mois d’octobre, alors que les deux partis semblaient être sur le point de parvenir à un accord en vue d’un arrêt des bombardements, Richard Nixon, le candidat républicain à l’élection présidentielle, informa les Sud-Vietnamiens qu’il était prêt à leur proposer des conditions plus avantageuses afin de faire traîner en longueur les négociations et reporter la résolution du problème à plus tard[124]. Durant la période de transition présidentielle, l’objectif principal de Johnson au sujet du Viêt Nam était de parvenir à convaincre Saïgon de se joindre aux pourparlers de paix à Paris, ce que les dirigeants sud-vietnamiens ne consentirent à faire qu’après y avoir été vivement encouragés par Nixon. Les débats se réduisirent alors essentiellement à des questions de procédure jusqu’à l’investiture de Nixon à la Maison-Blanche, le 20 janvier 1969[125].

Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

La politique de Johnson au Moyen-Orient reposait sur les « trois piliers » qu'étaient Israël, l'Arabie Saoudite et l'Iran. Au milieu des années 1960, le développement du programme nucléaire israélien contribua à accroître les tensions entre Israël et les pays arabes voisins, en particulier l'Égypte. À la même période, l'Organisation de libération de la Palestine lança des attaques terroristes contre Israël depuis ses bases en Cisjordanie et sur le plateau du Golan. L'administration Johnson voulut se poser en médiateur dans ce conflit, mais elle fit savoir par l'intermédiaire de Fortas et d'autres administrateurs qu'elle ne s'opposerait pas à une action militaire israélienne. Le 5 juin 1967, Israël lança une attaque contre l'Égypte, la Syrie et la Jordanie connue sous le nom de « guerre des Six-Jours ». Israël occupa rapidement Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la péninsule du Sinaï. Le 8 juin, l'armée israélienne s'en prit par erreur à l'USS Liberty, un navire américain ; les causes de cette attaque restent sujettes à controverse, mais les États-Unis acceptèrent le paiement d'une indemnité et des excuses officielles d'Israël. Alors que les forces israéliennes se rapprochaient de Damas, la capitale syrienne, l'URSS menaça d'entrer en guerre si Tel-Aviv n'acceptait pas immédiatement un cessez-le-feu. Pressé par Johnson, le gouvernement israélien finit par donner son accord et la guerre prit fin le 11 juin 1967. Quelques mois plus tard, les États-Unis et la Grande-Bretagne soutinrent la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU qui prévoyait le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés au cours du conflit[126].

Amérique latine[modifier | modifier le code]

Sous l'égide du sous-secrétaire d'État Thomas C. Mann, les États-Unis s'impliquèrent fortement dans l'Alliance pour le progrès de Kennedy qui fournissait une aide économique à l'Amérique latine. À l'instar de Kennedy, Johnson chercha à isoler Cuba qui était sous la domination de Fidel Castro. En 1965, la guerre civile dominicaine éclata entre le gouvernement du président Donald Reid Cabral et les partisans de l'ancien président Juan Bosch. Johnson déploya plus de 20 000 marines en République dominicaine afin d'évacuer les ressortissants américains et rétablir l'ordre. Les États-Unis aidèrent également à l'établissement d'un accord qui prévoyait la tenue de nouvelles élections. L'utilisation de la force par Johnson pour mettre fin à la guerre civile fut vivement contestée en Amérique latine et l'importance de la région pour l'administration diminua lorsque la politique étrangère de Johnson fut de plus en plus dominée par la guerre du Viêt Nam[127].

Grande-Bretagne et Europe de l'Ouest[modifier | modifier le code]

Le président Johnson et le Premier ministre britannique Harold Wilson à la Maison-Blanche, en juillet 1966.

Le Premier ministre britannique Harold Wilson (1964-1970) croyait en une « relation spéciale » étroite avec les États-Unis et souhaitait mettre en évidence ses rapports avec la Maison-Blanche pour renforcer son propre prestige en tant qu'homme d'État. Cependant, le président Johnson détestait Wilson et ignora toute forme de relation spéciale durant son mandat. Le Viêt Nam, en particulier, était un point de tension récurrent entre les deux pays[128]. Johnson sollicita l'appui des Britanniques afin de maintenir intact le prestige des États-Unis dans cette guerre, mais Wilson refusa d'intervenir militairement et se contenta d'apporter verbalement un soutien timide à Johnson. La politique de Wilson mécontenta fortement l'aile gauche du Parti travailliste[129]. Wilson et Johnson avaient également des avis opposés sur la relative faiblesse de l'économie britannique et de son déclin sur la scène internationale. Pour l'historien Jonathan Colman, cette forte divergence de point de vue a contribué à faire de cette « relation spéciale » la plus décevante du XXe siècle[130].

À mesure que les économies de l'Europe de l'Ouest se rétablissaient, les dirigeants européens cherchaient de plus en plus à établir un partenariat d'égal à égal avec les États-Unis. Cette tendance, combinée avec la politique de conciliation de Johnson envers l'Union soviétique et l'escalade américaine dans la guerre du Viêt Nam, conduisit à des fractures au sein de l'OTAN. Lorsque Johnson demanda l'envoi de renforts même symboliques au Sud-Viêt Nam aux autres dirigeants des pays membres de l'OTAN, ces derniers refusèrent, arguant qu'ils n'avaient aucun intérêt stratégique dans cette région. L'Allemagne de l'Ouest et surtout la France continuèrent à mener une politique étrangère indépendante, et en 1966, le président français Charles de Gaulle décida de retirer la France du commandement intégré de l'OTAN. Le départ de la France et les réductions du budget de la défense pratiquées en Allemagne de l'Ouest et en Grande-Bretagne affaiblirent considérablement l'organisation mais celle-ci continua toutefois à perdurer ; Johnson s'abstint de critiquer de Gaulle et il refusa, contre l'avis de certains de ses conseillers, de diminuer les effectifs des troupes américaines déployées sur le continent européen[131].

Déplacements internationaux[modifier | modifier le code]

Johnson fit onze voyages internationaux dans vingt pays au cours de sa présidence[132] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Toutes les données, à l'exception du pourcentage de la dette, sont exprimées en milliards de dollars. Le PIB est calculé selon l'année civile. Le montant des revenus, des dépenses, du déficit et de la dette est calculé selon l'année fiscale, qui se terminait le 30 juin avant 1976.
  2. Représente la dette nationale détenue par le public en pourcentage du PIB.

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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