Émeutes de 1967 à Détroit

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Émeutes de 1967 à Détroit
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Intersection de West Grand Blvd. et 12th Street à Détroit (2008).

Informations
Date du au
Localisation Détroit (Michigan, États-Unis)
Caractéristiques
Types de manifestations Émeutes, pillages,
Répression
Blessés 1 189
Morts 43

Les émeutes de 1967 à Détroit, également connues sous le nom d'émeute de la 12e rue (12th Street riot) et rébellion de 1967 à Détroit (1967 Detroit rebellion), réfèrent à des émeutes qui débutent aux petites heures le matin du dimanche 23 juillet 1967 à Détroit au Michigan et qui durent cinq jours. L'évènement déclencheur est un raid de la police dans un bar clandestin au nord de l'angle de la 12th Street et Virginia Park Avenue. Les forces policières de la ville étant complètement submergées par les pillages, les incendies et les tirs d'armes à feu, le gouverneur du Michigan George W. Romney dépêche à Détroit l'Army National Guard du Michigan, alors que le président américain Lyndon B. Johnson y envoie les 82e et 101e divisions aéroportées. Deux jours plus tard, la ville retrouve son calme.

C'est l'une des émeutes les plus meurtrières et les plus destructrices de l'histoire des États-Unis, uniquement surpassées par les Draft Riots de 1863 à New York[1] et les émeutes de 1992 à Los Angeles. Les chercheurs calculent en effet qu'elles sont la cause de 43 morts, de 467 blessés, d'environ 7 200 arrestations et de la destruction d'environ 2 000 édifices. Elles ont été abondamment couvertes dans les médias, entre autres parce que la ville est jugée à l'époque comme exemplaire dans la façon dont les communautés blanches et noires s'entendent.

« Avant l'émeute des ghettos de 1967, la population noire de Détroit montrait le plus haut taux de propriétés résidentielles de toutes les populations noires du pays. Son taux de chômage était d'à peine 3,4 pourcent. Ce n'est pas le désespoir qui a provoqué l'émeute, mais elle marque le début du déclin de Détroit qui l'a mené à son désespérant état actuel. La population actuelle de Détroit est seulement la moitié de ce qu'elle était et ses membres les plus productifs se sont enfuis[trad 1],[2]. »

— Thomas Sowell, économiste américain (2010)

Historique[modifier | modifier le code]

En juillet 1967, la police reçoit des plaintes à propos de pillages, d'incendies et de tirs d'armes à feu, qui auraient lieu un peu partout à Détroit : à l'ouest de Woodward Avenue jusqu'au voisinage de la 12th Street (aujourd'hui Rosa Parks Boulevard), sur Grand River Avenue et jusqu'au sud éloigné de Michigan Avenue et Trumbull, près du Tiger Stadium. La zone entourant l'est du Grand Boulevard, qui court d'est en ouest, puis du nord au sud jusqu'au parc Belle Isle, est aussi touchée par cette vague de crimes. Du dimanche 23 juillet au mardi 27 juillet, toute la ville est le siège de crimes plus ou moins violents.

En réponse, la ville émet un avis de couvre-feu[3], interdit la vente d'alcool[4] et d'armes à feu. Les sociétés et les commerçants réduisent aussi leurs heures d'affaires, de façon volontaire, conscientes de l'agitation qui s'est emparée de plusieurs parties de la ville[4]. Des territoires adjacents imposent aussi un couvre-feu. Plusieurs blancs participent aux émeutes et aux vols, ce qui interdit de catégoriser ces évènements comme des émeutes raciales[5].

Dimanche 23 juillet[modifier | modifier le code]

À h 45 du dimanche 23 juillet 1967, des policiers de Détroit font un raid dans l'édifice du United Community League for Civic Action, au 9125 de la 12th Street, où l'on sert des boissons alcoolisées sans permis et en-dehors des heures autorisées par la loi[6],[7]. Les policiers croient qu'ils arrêteront quelques personnes, mais ils trouvent 82 Afro-américains célébrant le retour de GI qui ont combattu pendant la guerre du Viêt Nam. Ils décident d'arrêter tout le monde. Pendant qu'ils organisent le transport, une foule de curieux se masse sur la rue[8]. Plus tard, dans un mémoire, Walter Scott III, un portier dont le père dirige le bar clandestin, se déclare coupable d'avoir mobilisé la foule et lancé une bouteille en direction d'un policier, déclenchant ainsi une émeute[9].

Les policiers partis, la foule commence à piller un magasin de vêtements à proximité. Peu après, tout le voisinage est le théâtre d'un pillage massif. La police d'État du Michigan, les shérifs du comté de Wayne et la Garde nationale du Michigan sont alertés, mais les crimes se déroulant un dimanche, le commissaire de police Ray Girardin peine à assembler une force suffisante. Entretemps, des témoins rapportent avoir observé une « atmosphère carnavalesque »[trad 2] sur la 12th Street. Les policiers, en nombre insuffisant et croyant que l'émeute cesserait bientôt, ne font qu'observer la foule. Elle attend à h pour commencer à arrêter des gens. À l'est de la ville, sur Chene Street, des rapports indiquent que la foule est composée de plusieurs ethnies[10]. Un pasteur du Grace Episcopal Church sur la 12th Street rapporte avoir observé de la « gaieté à lancer des choses ainsi qu'à sortir des choses des édifices »[trad 3],[11]. La police fait des rafles sur la 12th Street, qui sont peu efficaces parce que beaucoup de gens se trouvent dans la rue. Le premier incendie d'importance commence au milieu de l'après-midi dans une épicerie à l'angle de la 12th Street et d'Atkinson[12]. La foule nuit au travail des sapeurs pompiers et bientôt, la fumée envahit le ciel.

Les médias locaux refusent dans un premier temps de parler des troubles dans le but d'éviter une escalade de violence, mais l'émeute s'étend bientôt à d'autres parties de la ville : des épiceries et des magasins étant le théâtre de pillages. Dans l'après-midi, la nouvelle se répand et des gens présents au spectacle musical de Motown au Fox Theatre ainsi qu'à une partie de baseball des Tigers de Détroit sont invités à éviter certaines parties de la ville. Après la partie, Willie Horton, joueur des Tigers de Détroit, un citoyen de Détroit qui a été élevé près de la 12th Street, se rend dans une partie agitée en conservant son uniforme et demande avec vivacité aux gens sur place de rentrer chez eux, en vain[13].

Lundi 24 juillet[modifier | modifier le code]

La police d'État du Michigan et les shérifs du comté de Wayne sont dépêchés à Détroit pour soutenir la police de Détroit, qui est submergée. Les émeutiers continuant à ravager la ville, la police procède à de nombreuses arrestations ; les personnes arrêtées sont conduites à des prisons de fortune. Les prisonniers ne sont pas menés devant la Recorder's Court (en)[note 1], elles ne reçoivent donc pas leur acte d'accusation. Quelques prisonniers donnent un faux nom, les employés sont donc obligés de prendre les empreintes digitales dans le but d'identifier avec certitude les personnes arrêtées. La police de Windsor au Canada (à proximité de Détroit) est appelée en renfort pour vérifier les empreintes digitales[14].

Dans le but d'accélérer le processus administratif et de faciliter le travail ultérieur, la police commence à photographier les pilleurs, le policier qui a procédé à l'arrestation et les biens volés. Plus de 80 % des personnes arrêtées sont noires. Environ 12 % sont des femmes. Les gardes nationaux du Michigan ne sont pas autorisés à arrêter les personnes, ce travail incombe donc aux policiers d'État et de Détroit. Les policiers arrêtent sans distinction les suspects, les criminels et toute autre personne à proximité[14].

Le gouverneur du Michigan, George Romney, et le président américain, Lyndon B. Johnson, ne s'entendent pas sur la légalité d'envoyer l'armée américaine (de juridiction fédérale). Johnson explique qu'il enverra des troupes lorsque Romney déclarera l'« état d'insurrection »[trad 4], tel qu'exigé par l'Insurrection Act (en).

Selon l'historien américain Sidney Fine, dans son Violence in the Model City, des questions d'ordre politique compliquent les décisions, ce qui est courant lors de crises. George Romney envisageait de poser sa candidature auprès du Parti républicain pour être nommé candidat présidentiel en 1968 ; le président Johnson, un démocrate, refusait d'envoyer les troupes selon les directives de Romney[15]. Par ailleurs, le maire de Détroit, Jerome Cavanagh (en), est en conflit ouvert avec Romney. Cavanagh, un jeune Irlandais catholique du parti démocrate[16], qui maintient des relations harmonieuses avec les chefs afro-américains, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la ville[17], est donc réticent à demander de l'aide à Romney[18].

Le 24 juillet, des snipers forcent quarante hommes de la Garde nationale à s'abriter à l'intérieur du Henry Ford Hospital[19]. L'hôpital est cependant resté ouvert tout au long des émeutes, traitant des blessés.

La violence prend de l'ampleur tout au long de la journée : plus de 480 incendies sont déclarés, 230 incidents sont rapportés à l'heure et 1 800 personnes sont arrêtées le lundi. Le pillage et les incendies volontaires sont courants. Les entreprises détenues par les Noirs ne sont pas épargnées. L'un des premiers magasins pillé est une pharmacie détenue par des noirs, connue pour vendre des prescriptions à crédit. Le magasin de vêtements le mieux connu de la population noire, détenue par des femmes noires, a été incendié, ainsi que l'un des restaurants les plus connus de la population noire. Après les émeutes, un commerçant noir déclare : « vous alliez être pillé, peu importe votre couleur »[trad 5],[20]. Les sapeurs-pompiers du Detroit Fire Department qui tentent d'éteindre les flammes sont la cible de tirs d'émeutiers. Pendant les émeutes, environ 2 500 fusils et 38 pistolets ont été volés dans les magasins.

Cette même journée, le premier représentant afro-américain au Congrès américain, John Conyers, qui s'oppose au déploiement de troupes fédérales, tente de calmer la violence en se rendant sur la 12th Street avec un haut-parleur, demandant aux gens de retourner chez eux. Il aurait crié : « Restez calme, nous sommes avec vous ! »[trad 6],[21]. À ce moment, il est évident que les forces de l'ordre ne suffisent pas à ramener l'ordre à Détroit.


Mardi 25 juillet[modifier | modifier le code]

24 juillet 1967. Le président américain Lyndon B. Johnson (assis, à l'avant) discute sur la façon de réagir aux émeutes avec (de gauche à droite) W. Marvin Watson, le directeur du FBI J. Edgar Hoover, le secrétaire d'État Robert McNamara, le général Harold Keith Johnson (en), Joe Califano et le secrétaire à la Défense Stanley Rogers Resor (en).

Peu avant minuit du lundi 24 juillet, le président Johnson ordonne le déploiement des troupes fédérales en accord avec l'Insurrection Act (en) (de 1807), qui autorise le président à recourir aux forces armées pour combattre une insurrection, dans n'importe quel État américain, contre le gouvernement[22]. Quelque 8 000 membres de l'Army National Guard du Michigan et 360 policiers de l'État du Michigan sont déployés dans le but de mettre un terme aux troubles[23]. Quelque temps plus tard, ils sont rejoints par les 82e et 101e divisions aéroportées, qui comptent environ 5 000 hommes en tout[24],[25].

Malgré la présence d'unités supplémentaires, le chaos se poursuit. Les policiers sont débordés et fatigués. Plus tard, il sera établi que des policiers ont abusé des Noirs et des Blancs emprisonnés[26].

Sur les plus de 7 000 personnes arrêtées, seulement 26 personnes sont arrêtées en tant que snipers. Les policiers ayant agi trop rapidement de crainte de subir un tir, aucun des snipers ne sera condamné. Les policiers profitent du droit de rechercher des armes a feu sans mandat pour scruter plusieurs maisons et plusieurs véhicules automobiles. La violation du couvre-feu amène souvent les policiers à faire preuve de brutalité. Des policiers au 10th Precinct du Detroit Police Department abusent régulièrement des prisonniers : les mug shots permettront de démontrer que plusieurs blessures ont été causées après l'incarcération des personnes arrêtées. Les femmes sont déshabillées et subissent des fouilles à nu pendant que des policiers prennent des clichés. Des propriétaires blancs de New York qui inspectent leurs immeubles sont arrêtés après une plainte contre un sniper et sont battus si sévèrement que « leurs testicules sont encore noires et bleues deux semaines après l'incident »[trad 7],[27].

Mercredi 26 et jeudi 27 juillet[modifier | modifier le code]

Selon le maire Cavanagh, la Garde nationale du Michigan « est très désorganisée et manque d'entraînement »[trad 8],[28]. Néanmoins, les troupes fédérales forment un groupe ethniquement intégré parce que les soldats ont combattu au Viêt Nam.

Des véhicules blindés[29] et des mitrailleuses lourdes[30],[31] sont déployés dans le but de réduire les troubles. Des films et des photos d'époque montrent une ville en feu, ainsi que des combats dans les rues[32]. Le jeudi 27 juillet, l'ordre est suffisamment rétabli dans la ville pour que les membres de la Garde nationale déployés dans les zones troublées reçoivent l'ordre de réduire leur armement, ainsi que de ranger leur baïonnette. Le retrait des troupes commence le vendredi 28 juillet et se poursuit jusqu'au dimanche 29 juillet[25].

Environ 10 000 personnes auraient participé aux émeutes, alors que 100 000 personnes auraient observé les troubles. Lorsque le calme est revenu, les autorités déclarent 43 personnes mortes (33 Noirs et 10 Blancs). Plus de 7 200 personnes ont été arrêtées, la plupart des Noirs[28]. Le maire Jerome Cavanagh (en) exprime son désarroi en voyant les destructions : « Aujourd'hui, nous sommes debout parmi les cendres de nos espoirs. Nous avons espéré contre tout espoir que nous avions fait assez pour prévenir une émeute. C'était insuffisant. »[trad 9],[28]

La situation de Détroit n'est pas unique ; en effet, des émeutes ont éclaté ailleurs au pays[32]. Les troubles de Détroit servent de catalyseurs à d'autres émeutes au Michigan. De petites émeutes sont déclarées dans les villes de Highland Park, et River Rouge, alors que des forces policières conséquentes sont envoyées à Southgate à la suite d'une alerte à la bombe[33].

Pertes[modifier | modifier le code]

Les cinq jours d'émeutes ont provoqué les pertes suivantes :

  • 43 personnes sont mortes, dont 33 Afro-américains et 10 Blancs. 24 ont été abattus par des policiers et des membres de la Garde nationale ; 6 ont été tués par des commerçants ou des gardes de sécurité ; 1 a été électrocuté en marchant sur un câble à haute tension et 2 sont mort asphyxiés pendant un incendie[34]. Parmi les Blancs, on compte un policier tué par un collègue lors d'une intervention, un sapeur-pompier est mort en marchant sur un câble à haute tension, un autre a été abattu par un homme armé et un membre de la Garde nationale est mort lors d'un accrochage avec des pillards[35].
  • 1 189 personnes ont été blessés : 407 civils, 289 suspects, 214 policiers du Detroit Police Department, 134 sapeurs-pompiers, 55 membres de la Garde nationale du Michigan, 67 membres de la police d'État du Michigan, 15 shérifs de comté de Wayne et 8 soldats fédéraux.
  • 7 231 personnes ont été arrêtées : 6 528 adultes et 703 enfants et adolescents (le plus âgé avait 82 ans, le plus jeune avait 4 ans). La moitié des personnes arrêtées (251 Blancs et 678 Noirs) n'ont aucun antécédent judiciaire. De toutes les personnes arrêtées, 64 % sont accusées de pillage et 14 % sont accusées d'avoir violé le couvre-feu[36].
  • 2 509 magasins ont été dévalisés ou incendiés et 412 édifices ont été incendiés ou partiellement détruits au point de devoir les démolir. Les pertes s'élèvent au moins à 40 millions US$[37].

Conditions sociales[modifier | modifier le code]

Des banlieusards de Détroit ont placé cette pancarte en 1942 : « We want white tenants in our white community » (« Nous désirons des locataires blancs dans notre communauté blanche »). Le ségrégationnisme résidentiel s'est longtemps poursuivi par la suite. La majorité des Blancs a en effet rejeté les mesures de discrimination positive d'accès au logement (en) dans les années précédant les émeutes[38].

Beaucoup d'Américains jugent Détroit comme un modèle de relations ethniques au début des années 1960. À la suite de l'élection du maire Jerome Cavanagh (en) en 1961, le nouveau commissaire de la police de Détroit, George Clifton Edwards Jr., commence à réformer les pratiques de la police de la ville, réputée pour sa brutalité. Les syndicats des travailleurs, menés par le président de l'United Auto Workers Walter Reuther, planifient de remodeler massivement les quartiers pauvres du centre-ville[39],[40]. Dans son éditorial du 25 juillet 1967, The New York Times écrit que Détroit « a plus d'atouts en main que toute autre ville importante du Nord [des États-Unis] »[trad 10],[41],[42].

Au début du XXe siècle, lorsque les Noirs ont massivement déménagé à Détroit lors de la grande migration afro-américaine, la ville n'a pu répondre à la demande de logements. Les Noirs ont subi de la discrimination, tant pour les logements que pour les emplois. Ils étaient en compétition pour les emplois les moins rémunérés avec les Blancs qui avaient émigré du Sud rural américain et avec les Blancs qui provenaient du Sud et de l'Est européens.

Quelques pratiques de ségrégations ethniques, inspirées en partie des pratiques religieuses euro-américaine (ou blanche), subsistent jusqu'au milieu du XXe siècle même si d'autres discriminations sociales perdent de la vigueur. Des lois du gouvernement fédéral américain : The National Housing Act of 1934 (qui favorise le redlining[43]), The Housing Act of 1937 (qui exige la création de logements sociaux pour les plus démunis à l'époque du New Deal, mais ces logements sont regroupés dans certains quartiers[44]), The GI Bill de 1944 (prévu pour les soldats qui reviennent du front européen, cette loi facilite l'acquisition de maisons grâce à un faible taux d'intérêt ; des promoteurs immobiliers font donc construire des milliers de maisons, surtout dans les quartiers à prédominance euro-américaine ; de crainte de voir une diminution de la valeur du parc immobilier à proximité, plusieurs promoteurs refusent de vendre ces maisons aux soldats noirs[45]) maintiennent une ségrégation résidentielle (en) jusque dans les années 1960[46]. Par exemple, en 1956, le maire de Dearborn dans le Michigan]se vante au journal Montgomery Advertiser que « Les Nègres n'entrent pas ici... Ces personnes sont si anti-métissées, beaucoup plus que vous en Alabama. »[trad 11],[47].

Rendus dans les années 1960, les Noirs ont progressé dans la hiérarchie des syndicats et des sociétés. La ville de Détroit peut compter sur une classe moyenne noire à la fois importante et prospère. Les travailleurs noirs reçoivent un salaire supérieur grâce aux emplois dans l'industrie automobile. La ville compte deux congressmen (sur les quatre qui se trouvent au Congrès des États-Unis), trois juges noirs, deux membres noirs sur le Conseil éducatif de la ville (Detroit Board of Education), 40 % de membres noirs à la Commission du logement et douze représentants noirs à la législature d'État du Michigan[48]. Le seul membre noir du conseil de ville de Détroit, Nicholas Hood, loue l'administration de Cavanagh pour son écoute des inquiétudes exprimées par les citoyens du centre-ville. Quelques semaines avant les émeutes, le maire Cavanagh a déclaré que les citoyens n'ont pas besoin « de jeter une brique pour communiquer avec l'hôtel de ville »[trad 12],[49].

Détroit reçoit des millions de dollars du gouvernement fédéral grâce au programme Grande société de Johnson et l'investit presqu'exclusivement dans le centre-ville, où la pauvreté et les troubles sont plus importants. The Washington Post affirme que les écoles du centre-ville de Détroit subissent « les réformes scolaires les plus avant-gardistes de tout le pays »[trad 13],[50]. En 1965, , l'American Institute of Architects décerne un prix à Détroit pour le nouveau développement urbain[51]. Au début du XXe siècle, les nouveaux immigrants se sont établis en général dans les régions selon leur appartenance ethnique. L'anthropologue Paul Wrobel indique que les quartiers ethniques sont courants à Détroit[52].

En mai 1967, le gouvernement fédéral classe les logements pour noirs de Détroit à une position supérieure comparativement aux villes de Philadelphie, New York, Chicago et Cleveland. Néanmoins, les Noirs sont toujours traités différemment. En 1964, Rosa Parks, qui a déménagé à Détroit à la fin des années 1950, déclare : « Je ne perçois pas une grande différence ici [comparativement à l'Alabama]... la ségrégation résidentielle est toute aussi grande et semble plus visible dans les grandes villes. »[trad 14],[38]

L'Office of Law Enforcement Assistance du DoJ désigne Détroit comme un « modèle pour les relations de la police avec la communauté »[trad 15],[53]. Les magazines Fortune, Newsweek, The Christian Science Monitor, Look, Harper’s, U.S. News & World Report et The Wall Street Journal publient des articles élogieux sur la ville. Le maire Cavanagh est si prisé au niveau national qu'il est élu président de la Conférence des maires des États-Unis (en) (pour la période 1966-1967) et la National League of Cities (en)[54]. Il a été réélu au poste de maire en 1965, malgré une tentative ratée d'obtenir une nomination au Sénat des États-Unis en tant que démocrate[55].

Selon l'historien Sidney Fine, plusieurs citoyens afro-américains sont insatisfaits des conditions sociales à Détroit avant les émeutes et croient que le progrès est trop lent. Après les émeutes, la Commission Kerner rapporte que son sondage des Noirs de Détroit démontre qu'ils n'étaient pas « heureux » des conditions à Détroit avant les émeutes. Fine identifie plusieurs domaines de discrimination : sécurité, logement, emplois, ségrégation spatiale dans la ville, maltraitance par les commerçants, manque d'aires récréatives, éducation publique de mauvaise qualité, accès déficient aux services médicaux et guerre contre la pauvreté[56].

Sécurité[modifier | modifier le code]

Avant les émeutes, George Edwards et Ray Girardin, sous les ordres du maire Jerome Cavanagh (responsable du Detroit Police Department), travaillent à réformer la police de Détroit. Edwards essaie de recruter et de faire la promotion des Noirs, mais il refuse de former un conseil de discipline composé de civils, une demande de la communauté afro-américaine. Dans ses tentatives de discipliner les policiers accusés de brutalité, il se met à dos le service de police au complet. De plus, plusieurs Blancs croient que ses politiques sont « trop molles contre le crime »[trad 16],[57]. Le département de la Commission on Civil Rights (en) chargé des relations avec la communauté du Michigan mène une enquête sur la police de Détroit en 1965. Dans son rapport publié en 1968, la commission affirme que le « système policier »[trad 17] est coupable de racisme. Elle blâme ce système qui aide à l'embauche de « bigots »[trad 18] et qui fait augmenter la bigoterie par son système de valeurs. Un sondage mené par la commission Kerner permet d'établir que, avant les émeutes, 45 % des policiers qui travaillent dans les quartiers noirs sont « extrêmement anti-Negro »[trad 19] et qu'un autre 34 % sont « partiaux »[trad 20],[58].

En 1967, les Blancs comptent pour 93 % des forces policières, alors que la population compte 30 % d'Afro-américains[59],[60]. Plusieurs épisodes de brutalité policière ont semé l'inquiétude parmi les Afro-américaine. Ils n'apprécient pas les policiers qui s'adressent à eux d'une façon infantile, appelant les hommes « garçons »[trad 21] et les femmes « chérie »[trad 22] et « bébé »[trad 23]. Les policiers fouillent les jeunes hommes qui marchent sur la rue en groupe ; les femmes seules se plaignent d'être comparées aux prostituées parce qu'elles marchent seules sur la rue[61]. Le premier maire noir de Détroit, Coleman Young (en), écrit à propos des Afro-américains de Détroit : « Ne pas les protéger, mais les discipliner ; ne pas apporter soutien, mais sévir. »[trad 24],[62].

Les Afro-américains se plaignent que la police traitent avec plus de zèle les plaintes des Blancs. Ils croient que la police profite des crimes dans les quartiers noirs et la presse accuse la police de maintenir des liens avec le crime organisé, ce qui réduit la confiance de la population noire. Selon Sidney Fine, la prostitution constitue le principal vice dans les ghettos. La communauté noire croit que la police ne contrôle pas suffisamment la clientèle blanche qui choisit les prostituées noires[63]. Dans les semaines précédents les émeutes, la police a commencé à agir près de la 12th Street, mais le 1er juillet, une femme noire a été tuée et des rumeurs prétendent que des policiers l'ont abattue. La police de Détroit a répliqué qu'elle a été tué par des souteneurs[64].

Les citoyens afro-américains croient que la police mène des raids contre les bars clandestins en se fondant seulement sur l'appartenance ethnique. Depuis les années 1920, ces bars font partie de la culture afro-américaine de Detroit. Même s'ils ont commencé à l'époque de la Prohibition, ils ont poursuivi leurs activités parce que plusieurs bars, restaurants et autres endroits récréatifs de Détroit font montre de discrimination contre les Noirs[65].

Emplois[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, la ville perd près de 150 000 emplois au profit des banlieues. Dans les années 1960, Détroit perd en moyenne 10 000 citoyens par an. Sa population décroît de 179 000 entre 1950 et 1960, puis de 156 000 dans la décennie suivante[66], ce qui influe sur l'activité commerciale et les services de la ville. Cette décroissance est due à plusieurs facteurs : changements technologiques, automatisation accrue, consolidation dans l'industrie automobile, politiques de taxation, besoins différents pour la production manufacturière et construction d'autoroutes (qui augmentent donc la mobilité des travailleurs). Les grandes sociétés qui ont fourni l'armée américaine, Automobiles Packard, Hudson Motor Car Company et Studebaker, et de plus petites sociétés ferment leurs portes faute de demande. Dans les années 1950, la taux de chômage dépasse 10 %. Entre 1946 et 1956, GM, Ford et Chrysler investissent massivement dans de nouvelles usines, toutes construites dans les banlieues de Détroit. Les citoyens les plus fortunés quittent la ville pour aller travailler dans les banlieues. Beaucoup de citoyens de la classe moyenne s'établissent aussi dans de nouvelles maisons, comme partout ailleurs aux États-Unis.

Au moment des émeutes, le taux de chômage des citoyens noirs est du double de la population blanche de Détroit. Dans les années 1950, le taux de chômage des Noirs atteint 15,9 %, alors que celui des Blancs ne dépasse pas 6 %. C'est l'une des conséquences du traitement syndical qui accorde en priorité des emplois aux plus anciens salariés. Ford exceptée, qui embauche un nombre significatif de Noirs pour ses usines, les deux autres fabricants n'embauchent aucun Noir avant la pénurie de main-d’œuvre pendant la Seconde Guerre mondiale. Ayant moins d'ancienneté, les Noirs ont été licenciés avant les Blancs lors des réductions de personnels après la guerre. De plus, les employeurs confient régulièrement aux Noirs « les emplois le plus ardus, les plus dangereux et les plus malsains »[trad 25],[67]. Quand l'industrie vit un regain au début des années 1960, seules Chrysler et la division Cadillac de GM fabriquent des automobiles à Détroit. Les Noirs qu'elles embauchent occupent « les pires emplois, qui sont les plus dangereux : la fonderie et la carrosserie »[trad 26],[68],[69].

Une classe de Noirs prospère et éduquée travaille dans les professions traditionnelles : services sociaux, religion, médecine et soins infirmiers. Plusieurs Noirs qui ne travaillent pas en usines sont surtout serveurs, porteurs ou concierges. Plusieurs femmes noires sont cantonnées aux emplois domestiques[70]. Quelques secteurs économiques sont connus pour leurs pratiques discriminatoires, même pour des emplois exigeant peu d'éducation[71].

Logements et quartiers[modifier | modifier le code]

Le Black Bottom, un des quartiers historiques de la communauté noire, a été remplacé par le parc Lafayette à la suite d'un renouvellement urbain. Cette perte conduit à des tensions ethniques, parce qu'elle cause la dislocation de réseaux communautaires ainsi que la destruction de logements[72].

Beaucoup de citoyens de Détroit possèdent une résidence, le coût du logement est élevée. Plusieurs projets de renouvellements urbains, lancés après la Seconde Guerre mondiale, ont pour but de d'améliorer les logements des quartiers les plus pauvres, mais remodèlent sensiblement ces quartiers et leur composition ethnique[73],[74]. Détroit met en chantier plusieurs projets qui touchent en particulier les quartiers occupés par les Noirs parce qu'ils habitent dans les plus vieilles maisons de la ville. Des années 1920 aux années 1950, par choix personnel ou financièrement démunis, les Noirs emménagent dans les quartiers de Black Bottom et Paradise Valley[75].

Détroit a été régulièrement citée comme ville modèle pour le renouvellement urbain. Les buts de la ville sont de « stopper l'exode des sociétés du centre-ville, transformer les taudis en de meilleures résidences et élargir l'assiette fiscale de la ville »[trad 27],[76].

Soutenue par plusieurs lois fédérales, dont la Loi sur le logement de 1949, qui visent à améliorer le logement à travers les États-Unis, la cité obtient des fonds pour développer le Detroit Medical Center (en) (un complexe médical qui se targue de maintenir 2 000 lits et d'employer plus de 3 000 médecines en 2017[77]), le parc Lafayette, le Project One du district d'affaires au centre-ville et le Chrysler Freeway (une autoroute longue de plus de 600 km[78] formée le plus souvent de six voies[79]), en achetant des terrains et en éliminant les taudis. Lorsqu'elle adopte des règlements pour ces projets, la ville réserve des sommes. Le but de tous ces projets est de remodeler physiquement la ville, sans se préoccuper des conséquences sociales[76]. Au fur et à mesure que les plus vieux quartiers sont remodelés, les populations ethniques les plus démunies déménagent au nord du Black Bottom le long du Grand Boulevard, ce mouvement atteignant ultimement les environs de la 12th Street. À partir des années 1950, la communauté juive a quitté ces quartiers, remplacée par des Noirs (un exemple de white flight)[80]. Même si les citoyens juifs ont quitté pour les banlieues, ils conservent souvent leur propriétés et font encore affaire dans ces quartiers. Donc, plusieurs Noirs près de la 12th Street louent de propriétaires qui vivent en banlieues et achètent dans les magasins de propriétaires inconnus. Le nombre de crimes augmente dans les quartiers à proximité de la 12th Street[81].

En 1967, la densité de population à proximité de la 12th Street atteint le double de la moyenne de Détroit[82]. Après les émeutes, un sondage du Detroit Free Press démontre que la mauvaise qualité des logements vient tout de suite après la brutalité policière comme justification aux émeutes[83].


Éducation[modifier | modifier le code]

La clientèle de la Northern High School sur Woodward Avenue est à 98 % noire en 1966.

Dans les années 1960, le sous-financement des écoles publiques de Détroit est la conséquence d'une réduction de la population active tout comme de l'augmentation du nombre d'étudiants. De 1962 à 1966, Le nombre d'élèves passe en effet de 284 000 à 295 000[84]. En même temps, les familles de la classe moyenne quitte le ville et le nombre d'élèves de familles démunies, les plus souvent noires, augmente proportionnellement. En 1966-1967, Le financement moyen par élève est de 193 US$ à Détroit, alors qu'il est de 225 US$ dans les banlieues. De plus, il en coûte plus cher d'éduquer des élèves venant de milieux défavorisés. Le Detroit Board of Education estime qu'il en coûte du double d'éduquer « correctement un enfant du ghetto comparativement à un enfant de la banlieue »[trad 28],[85]. Selon une loi du Michigan, le nombre maximal d'élèves par classe ne doit pas dépasser 35, mais dans le Détroit métropolitain, des classes peuvent atteindre 40 élèves par enseignant. Pour égaler le rapport enseignant/élèves observé ailleurs au Michigan, Détroit aurait dû embaucher 1 650 enseignants supplémentaires pour l'année scolaire 1966-1967[85].

En 1959, le Detroit Board of Education met en vigueur un règlement qui interdit la discrimination dans n'importe quelle activité scolaire et n'importe quelle décision administrative. De 1962 à 1966, les organismes de défense des droits des Noirs poursuivent leurs activités pour améliorer la qualité de l'éducation des étudiants noirs. Les problèmes soulevés sont la taille des classes, limites physiques des écoles et la façon dont les enseignants blancs traitent les étudiants noirs. le Citizens Advisory Committee on Equal Educational Opportunities (chargé de l'accès à l'éducation pour tous) rapporte un motif discriminatoire dans l'affectation des enseignants et des directeurs d'école à Détroit. Il observe aussi de « graves discriminations » dans l'emploi et la formation des futurs enseignants. Le Detroit Board of Education accepte les recommandations de l'organisme, mais doit composer avec une opposition croissante de la communauté. Le NAACP demande une discrimination positive dans le dossier de l'embauche de personnel scolaire et une réduction de la ségrégation par le biais d'une politique dite des écoles ouvertes (open schools). Précurseur de l'opposition des groupes de défense des droits des Noirs et des Noirs nationalistes, un groupe communautaire souhaite un changement dans les manuels et l'enseignement en classe plutôt que l'intégration. Le meneur de cette projet, le révérend Albert Cleage, exige des enseignants noirs qui enseignent à des étudiants noirs l'histoire des Noirs, ce qui tranche avec la formule courante où tous les étudiants sont soumis aux mêmes évaluations[86].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le personnel de rédaction du quotidien Detroit Free Press a reçu un prix Pulitzer pour sa couverture des événements.

Les événements ont été soulignés dans au moins trois chansons. La plus connue est Black Day in July, écrite et interprétée par Gordon Lightfoot sur son album Did She Mention My Name?. La chanson a été reprise par la suite par The Tragically Hip.

Le roman Middlesex (en) de Jeffrey Eugenides raconte de manière détaillée l'histoire, avec des commentaires de l'auteur. La nouvelle them (en) de Joyce Carol Oates se termine sur l'émeute.

L'émeute est également abordée dans le film Across the Universe.

Le film Detroit de Kathryn Bigelow retrace de façon romancée les événements[87].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Citations originales[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Before the ghetto riot of 1967, Detroit's black population had the highest rate of home-ownership of any black urban population in the country, and their unemployment rate was just 3.4 percent. It was not despair that fueled the riot. It was the riot which marked the beginning of the decline of Detroit to its current state of despair. Detroit's population today is only half of what it once was, and its most productive people have been the ones who fled »
  2. (en) « carnival atmosphere »
  3. (en) « gleefulness in throwing stuff and getting stuff out of buildings »
  4. (en) « state of insurrection »
  5. (en) « you were going to get looted no matter what color you were »
  6. (en) « Stay cool, we're with you! »
  7. (en) « their testicles were still black and blue two weeks after the incident »
  8. (en) « highly disorganized and not very well trained »
  9. (en) « Today we stand amidst the ashes of our hopes. We hoped against hope that what we had been doing was enough to prevent a riot. It was not enough. »
  10. (en) « more going for it than any other major city in the North »
  11. (en) « Negroes can't get in here...These people are so anti-colored, much more than you in Alabama. »
  12. (en) « need to throw a brick to communicate with City Hall »
  13. (en) « the country's leading and most forceful reforms in education »
  14. (en) « I don't feel a great deal of difference here [from Alabama]...Housing segregation is just as bad, and it seems more noticeable in the larger cities. »
  15. (en) « model for police-community relations »
  16. (en) « too soft on crime »
  17. (en) « police system »
  18. (en) « bigots »
  19. (en) « extremely anti-Negro »
  20. (en) « prejudiced »
  21. (en) « boys »
  22. (en) « honey »
  23. (en) « baby »
  24. (en) « Not to protect them, but to discipline them; not to comfort them, but to contain them. »
  25. (en) « most arduous, dangerous and unhealthy jobs »
  26. (en) « the worst and most dangerous jobs: the foundry and the body shop »
  27. (en) « arrest the exodus of business from the central city, to convert slum property to better housing, and to enlarge the city's tax base »
  28. (en) « ghetto child properly as to educate a suburban child »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Recorder's Court est une cour d'État qui ne se prononce que sur les infractions à la conduite automobile et sur les arrêtés pour l'État du Michigan, ainsi que sur les crimes commis exclusivement sur le territoire de la ville de Détroit.

Références[modifier | modifier le code]

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    « Along 12th Street itself, crowded apartment houses created a density of more than 21,000 persons per square mile, almost double the city average. »

    .
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Sidney Fine, Violence in the Model City: The Cavanagh Administration, Race Relations, and the Detroit Riot of 1967, University of Michigan Press,
  • (en) Ted McClelland, Nothin' but Blue Skies: The Heyday, Hard Times, and Hopes of America's Industrial Heartland, New York, Bloomsbury Press,

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]