Présidence de Woodrow Wilson

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Présidence de Woodrow Wilson

28e président des États-Unis

Description de cette image, également commentée ci-après
Le président Woodrow Wilson. Huile sur toile de William Orpen, vers 1918-1922.
Type
Type Président des États-Unis
Résidence officielle Maison-Blanche, Washington
Élection
Système électoral Grands-électeurs
Mode de scrutin Suffrage universel indirect
Élection 1912
1916
Début du mandat
Fin du mandat
Durée 8 ans
Présidence
Nom Woodrow Wilson
Date de naissance
Date de décès (à 67 ans)
Appartenance politique Parti démocrate

La présidence de Woodrow Wilson débuta le 4 mars 1913, date de l'investiture de Woodrow Wilson en tant que 28e président des États-Unis, et prit fin le 4 mars 1921. Membre du Parti démocrate, Wilson entra en fonction après avoir remporté l'élection présidentielle de 1912 face à trois autres candidats, avec une large majorité au sein du collège électoral et 42 % du vote populaire. Réélu en 1916 face au républicain Charles Evans Hughes, mais avec une marge plus réduite, il est le premier président originaire d'un État du Sud depuis l'élection de Zachary Taylor en 1848, et le deuxième démocrate à accéder à la présidence depuis 1860.

Figure phare du mouvement progressiste, Wilson fit adopter au cours de son premier mandat de nombreuses réformes dont l'ampleur resta inégalée jusqu'à l'avènement du New Deal dans les années 1930. Arrivé au pouvoir un mois seulement après la ratification du seizième amendement de la Constitution, Wilson soutint activement l'adoption du Revenue Act of 1913 qui réintroduisait un impôt sur le revenu tout en permettant d'abaisser de manière conséquente les droits de douane. Le Congrès vota à la même période d'autres lois à caractère progressiste comme le Federal Reserve Act, le Federal Trade Commission Act of 1914, le Clayton Antitrust Act et le Federal Farm Loan Act. Wilson obtint également le passage de la loi Adamson qui instaurait la journée de travail de 8 heures pour les employés des chemins de fer afin d'éviter une grève et une potentielle crise économique. L'administration Wilson encouragea par ailleurs la ségrégation dans les agences de la fonction publique. Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, Wilson maintint son pays dans la neutralité mais intervint plus ou moins directement dans la guerre civile qui faisait rage au Mexique.

Le second mandat de Wilson fut marqué par l'engagement des États-Unis dans le premier conflit mondial. En avril 1917, l'Allemagne ayant décidé de reprendre la guerre sous-marine à outrance, Wilson demanda au Congrès la permission d'entrer en guerre afin d'obtenir « la paix dans le monde pour l'établissement de la démocratie ». La conscription fut instaurée, permettant un arrivage quotidien de 10 000 soldats fraîchement entraînés sur le sol français à l'été 1918. Sur le plan intérieur, Wilson augmenta les impôts sur le revenu, créa le Conseil des industries de guerres, encouragea la coopération syndicale, réglementa l'agriculture et la production alimentaire (loi Lever) et nationalisa le réseau des chemins de fer. Furent également votées la loi sur l'espionnage de 1917 et la loi sur la sédition de 1918 qui réprimèrent les opposants à la conscription. Le procureur général Alexander Mitchell Palmer intensifia par la suite la répression contre les radicaux de gauche et les anarchistes lors de la première « peur rouge » (1919-1920).

Sur le plan des relations internationales, Wilson mena une politique étrangère interventionniste et moraliste, qualifiée aujourd'hui d'« idéalisme wilsonien » et dont l'objectif était de promouvoir la démocratie à l'échelle mondiale. Au début de l'année 1918, il promulgua ses quatorze points pour la paix et la reconstruction de l'Europe, et en 1919, il se rendit à Paris à la suite de l'armistice avec l'Allemagne pour participer aux négociations de paix, débouchant sur la signature du traité de Versailles. Wilson fit alors campagne à travers les États-Unis afin de plaider en faveur de la ratification du traité, qui prévoyait notamment l'entrée des États-Unis à la Société des Nations, mais il fut paralysé par une attaque cérébrale en octobre 1919 et le traité fut rejeté par le Sénat.

En dépit de sérieux doutes sur sa santé et ses capacités mentales, Wilson acheva normalement son second mandat et chercha vainement à se représenter. L'élection présidentielle de 1920 se solda par la victoire du républicain Warren G. Harding face au candidat démocrate James M. Cox, et Harding succéda à Wilson en mars 1921. Les historiens et les politologues considèrent généralement Wilson comme un président supérieur à la moyenne et comme un précurseur du libéralisme américain contemporain. Cependant, ses préjugés racistes ont aussi fait l'objet de critiques.

Élection présidentielle de 1912[modifier | modifier le code]

Dès son élection au poste de gouverneur du New Jersey en 1910, Wilson fut pressenti pour être candidat à l'élection présidentielle de 1912. Ses heurts fréquents avec les « boss » locaux du Parti démocrate renforcèrent sa réputation auprès du mouvement progressiste en plein essor[1]. Avant la convention nationale démocrate de 1912, Wilson s'était particulièrement efforcé d'obtenir le soutien de William Jennings Bryan, qui avait été candidat à la présidence à trois reprises sous la bannière du Parti démocrate, et dont les partisans étaient majoritaires au sein du parti depuis l'élection présidentielle de 1896[2]. Le président de la Chambre des représentants, Champ Clark, du Missouri, était largement considéré comme le favori dans la course à la nomination, alors que le chef de la majorité à la Chambre Oscar Underwood, de l'Alabama, était également perçu comme un concurrent sérieux. La candidature de Clark était soutenu par une partie des troupes de Bryan tandis qu'Underwood chercha plutôt à séduire les Bourbon Democrats, plus conservateurs et qui étaient nombreux dans le Sud[3]. Lors de la convention, le dixième tour de scrutin vit Clark arriver en tête avec une majorité des délégués, la « machine » new-yorkaise de Tammany Hall s'étant ralliée à sa candidature. Cependant, son score était insuffisant car un candidat devait remporter les deux tiers des délégués pour être choisi et le vote continua[4]. De son côté, Wilson rassembla de nombreux délégués en promettant la vice-présidence au gouverneur de l'Indiana Thomas R. Marshall, et plusieurs délégations sudistes lâchèrent Underwood au profit de Wilson, un compatriote. Wilson remporta finalement la majorité des deux tiers requis au 46e tour de scrutin. Comme prévu, Marshall fut désigné pour briguer la vice-présidence[5].

Dans le cadre de cette élection, les deux principaux adversaires de Wilson étaient le président sortant William Howard Taft, candidat du Parti républicain, et l'ancien président Theodore Roosevelt, originaire du même parti que Taft mais qui avait décidé de faire campagne sous l'étiquette du Parti progressiste. Un quatrième candidat, le socialiste Eugene V. Debs, fit également un score important le jour du vote. Roosevelt avait rompu avec son ancien parti lors de la convention nationale républicaine de 1912, où Taft avait décroché la nomination de justesse. La scission du parti républicain offrait aux démocrates une chance inespérée d'accéder à la présidence pour la première fois depuis l'élection de 1892[6]. Roosevelt émergea rapidement comme le principal adversaire de Wilson. Les deux hommes firent en grande partie campagne l'un contre l'autre même si leur programme respectif était relativement similaire ; tous deux étaient notamment partisans d'un gouvernement central fort et interventionniste[7]. Le jour de l'élection, Wilson remporta 435 voix au sein du collège électoral (sur 531) et 41,8 % du vote populaire, Roosevelt obtenant pour sa part la majorité des votes de grands électeurs restants et 27,4 % du vote populaire, soit l'une des plus fortes performances d'un tiers parti à une élection présidentielle. Taft n'arriva qu'en troisième position avec 23,2 % du vote populaire et seulement 8 votes de grands électeurs, suivi par Debs avec 6 % des suffrages. Lors des élections législatives qui se déroulèrent à la même période, les démocrates conservèrent leur majorité à la Chambre des représentants et devinrent majoritaires au Sénat. La victoire de Wilson fit de lui le premier sudiste à remporter une élection présidentielle depuis la guerre de Sécession[8].

Composition du gouvernement[modifier | modifier le code]

Après son élection, Wilson choisit William Jennings Bryan comme secrétaire d'État, et celui-ci conseilla le président-élu sur la sélection des autres membres du cabinet[9]. William Gibbs McAdoo, un soutien de la première heure qui épousa la fille de Wilson en 1914, devint secrétaire du Trésor, tandis que James Clark McReynolds, qui avait mené avec succès des poursuites judiciaires contre des trusts, fut nommé procureur général. Sur le conseil d'Underwood, Wilson désigna Albert S. Burleson, membre du Congrès du Texas, en tant que ministre des Postes[10]. Bryan démissionna en 1915 en raison de son opposition à la politique de fermeté conduite par Wilson vis-à-vis de l'Allemagne à la suite du naufrage du Lusitania[11]. Wilson remplaça Bryan par Robert Lansing et commença à partir de ce moment à superviser lui-même la politique étrangère de son administration[12]. Newton D. Baker, un démocrate progressiste, entra en fonction comme secrétaire à la Guerre en 1916 et resta à ce poste tout au long de la Première Guerre mondiale[13]. Après la fin du conflit, le cabinet fut partiellement remanié : Carter Glass succéda à McAdoo en tant que secrétaire du Trésor et Alexander Mitchell Palmer devint procureur général[14].

Le chef de cabinet de Wilson, faisant office de secrétaire, fut Joseph Patrick Tumulty de 1913 à 1921. Tumulty servit d'intermédiaire avec la presse, et sa vivacité d'esprit contrastait avec l'attitude souvent froide du président[15]. La première épouse de Wilson, Ellen Axson Wilson, mourut le 6 août 1914[16]. Wilson se maria en secondes noces avec Edith Bolling Galt en 1915[17], et cette dernière prit entièrement en charge la gestion de l'agenda du président, diminuant l'influence de Tumulty. Le conseiller le plus important en matière de politique étrangère était le « colonel » Edward M. House, qui fut aussi le confident de Wilson jusqu'à leur rupture au début de l'année 1919, en raison des maladresses commises par House lors de la conférence de paix de Paris en l'absence de Wilson[18]. Quant au vice-président Thomas R. Marshall, il ne joua pas un rôle très important au sein de l'administration[19].

Woodrow Wilson et son cabinet en 1918.
Cabinet Wilson
Fonction Nom Dates
Président Woodrow Wilson 1913-1921
Vice-président Thomas R. Marshall 1913-1921
Secrétaire d'État William J. Bryan 1913-1915
Robert Lansing 1915-1920
Bainbridge Colby 1920-1921
Secrétaire du Trésor William G. McAdoo 1913-1918
Carter Glass 1918-1920
David F. Houston 1920-1921
Secrétaire à la Guerre Lindley M. Garrison 1913-1916
Newton D. Baker 1916-1921
Procureur général James C. McReynolds 1913-1914
Thomas W. Gregory 1914-1919
Alexander M. Palmer 1919-1921
Postmaster General Albert S. Burleson 1913-1921
Secrétaire à la Marine Josephus Daniels 1913-1921
Secrétaire à l'Intérieur Franklin K. Lane 1913-1920
John B. Payne 1920-1921
Secrétaire à l'Agriculture David F. Houston 1913-1920
Edwin T. Meredith 1920-1921
Secrétaire au Commerce William C. Redfield 1913-1919
Joshua W. Alexander 1919-1921
Secrétaire au Travail William B. Wilson 1913-1921

Nominations judiciaires[modifier | modifier le code]

Wilson nomma trois juges à la Cour suprême des États-Unis. En 1914, il nomma James Clark McReynolds et ce dernier servit à la Cour jusqu'en 1941, siégeant du côté des conservateurs[20]. Deux ans plus tard, il désigna Louis Brandeis, ce qui déclencha une vive polémique au Sénat car Brandeis était un progressiste et le premier juif nommé à la Cour suprême. Wilson parvint finalement à convaincre les démocrates du Sénat de voter pour Brandeis et celui-ci servit à la Cour jusqu'en 1939[21]. Une autre vacance se produisit en 1916 avec la retraite de Charles Evans Hughes ; Wilson nomma à sa place John Hessin Clarke, un avocat progressiste de l'Ohio. Clarke ne siégea que peu de temps à la Cour et démissionna en 1922[22]. En plus de la Cour suprême, Arthur nomma vingt juges à des cours de circuit et cinquante-deux autres à des courts de districts.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Programme New Freedom[modifier | modifier le code]

Le président Wilson délivrant son premier discours sur l'état de l'Union, un événement qui ne s'était plus reproduit depuis 1801[23].

Avec le soutien du Congrès à majorité démocrate, Wilson mit en œuvre dès le début de son mandat un ambitieux programme de politique intérieure, ce qu'aucun président n'avait jamais fait avant lui[24]. À sa prise de fonction, Wilson définit quatre grandes priorités : la conservation des ressources naturelles, la réforme du système bancaire, la réduction des droits de douane et l'égalité d'accès aux matières premières, grâce notamment à la lutte contre les trusts[25]. Même si les affaires étrangères occupèrent une place de plus en plus importante dans le travail de son administration à partir de 1915, les deux premières années du mandat de Wilson furent essentiellement axées sur la politique intérieure, et ce dernier parvint à faire adopter une grande partie de son programme intitulé New Freedom (« Nouvelle liberté »)[26].

Droits de douane et fiscalité[modifier | modifier le code]

Les démocrates considéraient depuis longtemps que le maintien de droits de douane élevés revenait à taxer injustement les consommateurs, et Wilson fit de la réduction de ces tarifs une priorité[27]. Il déclara que l'existence de tarifs élevés « nous prive de la part qui nous revient dans le commerce mondial, viole les principes d'une imposition juste et fait du gouvernement un instrument facile entre les mains des intérêts privés »[28]. Alors que la plupart des démocrates étaient favorables à une baisse des droits de douane, beaucoup de républicains estimaient que le maintien de taxes élevées sur les biens importés étaient utiles pour protéger les travailleurs des industries manufacturières et des usines nationales contre la concurrence étrangère[27]. Peu avant l'investiture de Wilson, le seizième amendement de la Constitution avait été soumis à l'approbation du Congrès en 1909 au cours d’un débat sur la législation tarifaire et ratifié par le nombre d’États requis[29]. Après l'entrée en vigueur du seizième amendement, les dirigeants démocrates acceptèrent d'inclure dans leur projet de loi concernant la réduction des droits de douane une disposition relative à l'impôt sur le revenu, en partie pour compenser la perte financière ainsi engendrée et pour faire en sorte que les recettes du gouvernement fédéral reposent principalement sur les hauts revenus assujettis à l'impôt[30].

Fin mai 1913, le chef de la majorité à la Chambre, Oscar Underwood, avait fait adopter une loi qui réduisait le taux tarifaire moyen de 10 %[31]. Cette loi représentait la plus importante baisse du tarif douanier depuis la guerre de Sécession : elle prévoyait ainsi une réduction drastique des taux applicables aux matières premières, aux produits de première nécessité et aux produits fabriqués nationalement par les trusts, tout en maintenant des taux élevés pour les biens de luxe[32]. Le projet de loi instaurait également un impôt sur les revenus personnels supérieurs à 4 000 $[31]. L'adoption de la loi Underwood par le Sénat s'avéra cependant plus difficile qu'à la Chambre. En effet, certains démocrates du Sud et de l'Ouest étaient soucieux de protéger les industries de la laine et du sucre et la majorité démocrate était de surcroît plus réduite qu'à la Chambre des représentants[27]. Cherchant à mobiliser ses troupes en soutien du projet de loi, Wilson s'entretint longuement avec les sénateurs démocrates et s'adressa directement à la population par l'intermédiaire de la presse. Après plusieurs semaines d'audiences et de débats, Wilson et le secrétaire d'État Bryan étaient parvenus à convaincre les sénateurs démocrates de soutenir le projet de loi, et celui-ci fut adopté par 44 voix contre 37. Un seul démocrate vota contre, alors que chez les républicains, le leader progressiste Robert M. La Follette fut le seul à voter en faveur du projet de loi. Le Revenue Act of 1913 (aussi appelé le « tarif Underwood ») fut signé par le président Wilson le 3 octobre 1913[31].

Le Revenue Act ramena le taux tarifaire moyen sur les importations d'environ 40 % à environ 26 %[33]. Par ailleurs, l'impôt fédéral sur le revenu fut rétabli pour la première fois depuis 1872 (le gouvernement fédéral avait également adopté un impôt sur le revenu dans les années 1890, mais cet impôt avait été supprimé par la Cour suprême avant son entrée en vigueur). Il se présentait sous la forme d'un prélèvement de 1 % sur les revenus supérieurs à 3 000 dollars, avec un taux maximum de 6 % sur les personnes gagnant plus de 500 000 dollars par an. Environ 3 % de la population était assujettie à l'impôt sur le revenu. La loi créait également un impôt sur les sociétés à hauteur de 1 % des bénéfices nets. Cette taxe remplaçait un impôt antérieur qui ne s’appliquait qu’aux revenus nets supérieurs à 5 000 dollars[34]. L'impôt sur le revenu fut reconnu conforme à la Constitution par la Cour suprême dans les arrêts Brushaber c. Union Pacific Railroad Co. et Stanton c. Baltic Mining Co.[35].

Obligée d'accroître ses recettes pour pourvoir à l'augmentation des dépenses militaires, l'administration Wilson élabora en 1916 une nouvelle loi fiscale. Wilson et et ses alliés du Congrès, comme le représentant Claude Kitchin, refusèrent d'augmenter les droits de douane et plaidèrent au contraire pour une augmentation des taxes sur les hauts revenus[36]. De concert avec les républicains progressistes, les démocrates du Congrès firent adopter le Revenue Act of 1916 qui rétablissait l'impôt fédéral sur les successions, créait un impôt sur la production de munitions, relevait le taux maximum de l’impôt sur le revenu à 15 % et augmentait l'impôt sur les entreprises à 2 %[37]. La même année, Wilson promulgua une loi donnant naissance à la « Commission du tarif », chargée de fournir une expertise sur le niveau des tarifs douaniers[38]. Dans les années 1920, les républicains augmentèrent à nouveau les droits de douane et diminuèrent l'impôt sur le revenu ; toutefois, les politiques mises en place sous la présidence de Wilson eurent un effet durable sur la nature des recettes de l'État, lesquelles provinrent dorénavant majoritairement de l'imposition et non plus des droits de douane[39].

Création d'une banque centrale[modifier | modifier le code]

Lois antitrust[modifier | modifier le code]

Réglementation du travail[modifier | modifier le code]

Agriculture[modifier | modifier le code]

Philippines et Puerto Rico[modifier | modifier le code]

Immigration[modifier | modifier le code]

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Idéalisme[modifier | modifier le code]

Carte des grandes puissances et de certaines nations mineures en 1914.

La politique étrangère de Wilson reposait sur une approche idéaliste de l'internationalisme libéral qui contrastait nettement avec le nationalisme conservateur et réaliste de Taft, de Roosevelt et de McKinley. Depuis 1900, les démocrates, selon l'historien Arthur S. Link, « avaient systématiquement condamné le recours au militarisme, à l’impérialisme et à l’interventionnisme en politique étrangère. Au lieu de cela, ils préconisaient une implication dans les affaires du monde selon des principes libéraux et internationalistes. La nomination par Wilson de William Jennings Bryan en tant que secrétaire d'État marqua un nouveau départ, car Bryan était depuis longtemps le principal opposant à l'impérialisme et au militarisme, et un pionnier du mouvement mondial pour la paix »[40].

Bryan prit l’initiative de demander à 40 pays possédant une ambassade à Washington de signer des traités d’arbitrage bilatéraux. En vertu de ces traités, tout contentieux de quelque nature que ce soit avec les États-Unis donnerait lieu à une période de réflexion d'un an avant d'être soumis à une commission internationale pour arbitrage. Trente pays acceptèrent de signer mais la proposition de Bryan fut rejetée par le Mexique et la Colombie (qui avaient des griefs à l'encontre de Washington) ainsi que par le Japon, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Empire ottoman. En outre, certains diplomates européens ratifièrent les traités mais sans leur accorder la moindre importance[41].

L'historien George C. Herring affirme que l'idéalisme de Wilson était sincère, mais qu'il souffrait d'un certain nombre d'angles morts :

« Les aspirations sincères et profondes de Wilson à la construction d'un monde meilleur souffraient d'un certain aveuglement culturel. Il manquait d'expérience en diplomatie et, par là, d'une conscience de ses limites. Il n'avait pas beaucoup voyagé en dehors des États-Unis et sa connaissance des autres peuples et des autres cultures se limitait à la Grande-Bretagne, qu'il admirait grandement. Il avait du mal à comprendre, particulièrement au début de son mandat, que des efforts bien intentionnés visant à diffuser les valeurs américaines puissent être considérés au mieux comme une ingérence, au pire comme une contrainte. Sa vision était encore obscurcie par le terrible fardeau du racisme, courant chez les élites de sa génération, qui limitait sa capacité à comprendre et à respecter des personnes de couleurs différentes. Surtout, il était aveuglé par sa foi dans la bonté et ce qu'il croyait être la destinée de l'Amérique[42]. »

Amérique latine[modifier | modifier le code]

Wilson chercha à se rapprocher des pays d'Amérique latine en plaidant pour la création d'une organisation panaméricaine chargée d'arbitrer les différends internationaux. Il négocia un traité avec la Colombie dans lequel le gouvernement américain s'engageait à verser une indemnité aux Colombiens pour la sécession du Panama, à laquelle les États-Unis avaient fortement contribué, mais cet accord fut rejeté par le Sénat[43]. En dépit de cet échec, Wilson continua d'intervenir fréquemment dans les affaires latino-américaines. En 1913, il déclara notamment : « je vais apprendre aux républiques sud-américaines à élire des hommes de valeur »[44]. En 1916, il envoya des troupes en République dominicaine, alors sous protectorat américain depuis la présidence de Theodore Roosevelt mais qui était en proie à une instabilité politique. L'occupation se prolongea jusqu'en 1924. En 1915, les États-Unis intervinrent en Haïti où le gouvernement haïtien venait d'être renversé par une rébellion et occupèrent l'île jusqu'en 1919[45]. L'objectif principal de ces interventions était de favoriser l'émergence de régimes démocratiques mais rien de tel ne se produisit[46]. Wilson ordonna dans le même temps des interventions militaires à Cuba, au Panama et au Honduras. Par ailleurs, le traité Bryan-Chamorro de 1914 transforma le Nicaragua en protectorat des États-Unis, et des soldats américains stationnèrent dans ce pays tout au long de la présidence de Wilson[45].

L'année 1914 vit aussi l'entrée en service du canal de Panama, qui permettait aux navires circulant dans l'océan Atlantique de rejoindre rapidement l'océan Pacifique et inversement[47]. L'existence de ce passage ouvrait des possibilités nouvelles aux navires de commerce ainsi qu'aux marines de guerre qui avaient dorénavant la possibilité de transférer rapidement des vaisseaux d'un océan à l'autre. En 1916, l'administration Wilson déboursa 25 millions de dollars pour l'acquisition des îles Vierges qui appartenaient jusqu'alors au Danemark[46].

Révolution mexicaine[modifier | modifier le code]

Wilson entra en fonction trois ans après le déclenchement de la révolution mexicaine, qui avait débuté en 1911 lorsque les libéraux avaient renversé la dictature militaire de Porfirio Díaz. Peu avant l'investiture de Wilson, les conservateurs avaient repris le pouvoir à la suite d'un coup d'État dirigé par Victoriano Huerta[48]. Wilson rejeta la légitimité de Huerta et de son « gouvernement de bouchers » et il demanda aux autorités mexicaines d'organiser des élections démocratiques. La posture inédite de Wilson signifiait que le régime de Huerta n'avait aucune reconnaissance à attendre de la part des États-Unis et que ses perspectives de mettre en place un gouvernement stable étaient condamnées par avance[49]. Après l'arrestation de marins américains qui avaient débarqué accidentellement dans une zone réglementée près de la ville portuaire de Tampico, au nord du pays, Wilson dépêcha la flotte américaine pour occuper la ville mexicaine de Veracruz. Devant l'indignation provoquée par ce coup de force, Wilson décida de ne pas pousser plus loin l'intervention militaire mais cela fut suffisant pour convaincre Huerta de fuir le pays[50]. Un groupe de révolutionnaires dirigé par Venustiano Carranza s'empara alors de la majeure partie du Mexique et Wilson reconnut le régime établi par Carranza en octobre 1915[51].

Colonne de soldats américains en marche au sud de Columbus, dans l'État du Nouveau-Mexique, en 1916.

Carranza était cependant contesté au Mexique par divers opposants, parmi lesquels Pancho Villa que Wilson avait jadis décrit comme « une sorte de Robin des Bois »[51]. Au début de l'année 1916, Pancho Villa effectua un raid dans une ville américaine du Nouveau-Mexique, tuant ou blessant plusieurs dizaines d'Américains, ce qui suscita une émotion considérable à travers le pays. Wilson chargea le général John J. Pershing de traverser la frontière avec 4 000 soldats et de capturer Villa. En avril, les forces de Pershing étaient parvenues à battre et à disperser les bandes de Villa, mais ce dernier restait insaisissable et Pershing se lança à sa poursuite à travers le Mexique. Carranza se retourna alors contre les Américains et désapprouva l'expédition punitive menée contre Villa. Un affrontement avec la foule à Parral le 12 avril fit deux morts et six blessés chez les Américains et plusieurs centaines de victimes mexicaines. D'autres incidents firent craindre une déclaration de guerre vers la fin du mois de juin lorsque Wilson exigea la libération immédiate des soldats américains capturés. Après la libération de ceux-ci, la tension retomba et des négociations bilatérales furent engagées pour désamorcer les antagonismes. Désireux de se retirer rapidement du Mexique à cause de l'engagement des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, Wilson ordonna à Pershing de repasser la frontière, et les derniers soldats américains quittèrent le territoire mexicain en février 1917. Selon l'historien Arthur S. Link, la bonne gestion de l'intervention américaine au Mexique par Carranza permit au pays de poursuivre sa transformation politique sans subir de pression de la part des États-Unis[52],[53]. Le conflit procura également à l'armée américaine une certaine expérience du combat et fit de Pershing un héros national[54].

Échéances électorales[modifier | modifier le code]

Héritage[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cooper 2009, p. 140 et 141.
  2. Cooper 2009, p. 141 et 142.
  3. Cooper 2009, p. 149 et 150.
  4. Cooper 2009, p. 155 et 156.
  5. Cooper 2009, p. 157 et 158.
  6. Cooper 2009, p. 154 et 155.
  7. Cooper 2009, p. 166 et 167 ;174 et 175.
  8. Cooper 2009, p. 1573 et 174.
  9. Cooper 2009, p. 185.
  10. Cooper 2009, p. 190 à 192.
  11. Cooper 2009, p. 290 à 292.
  12. Cooper 2009, p. 294 et 295.
  13. Cooper 2009, p. 311 et 312.
  14. Cooper 2009, p. 459.
  15. Heckscher 1991, p. 277.
  16. Heckscher 1991, p. 333 à 335.
  17. Heckscher 1991, p. 350 et 356.
  18. (en) Arthur Walworth, « Considerations on Woodrow Wilson and Edward M. House », Presidential Studies Quarterly, vol. 24, no 1,‎ , p. 79 à 86 (ISSN 0360-4918).
  19. (en) « Thomas R. Marshall, 28th Vice President (1913-1921) », sur senate.gov, Sénat des États-Unis (consulté le 2 juin 2019).
  20. Cooper 2009, p. 273.
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  22. Cooper 2009, p. 340 et 586.
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  25. Cooper 2009, p. 186 et 187.
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  34. Weisman 2002, p. 230 à 232 ; 278 à 282.
  35. Weisman 2002, p. 283.
  36. Weisman 2002, p. 302 à 305.
  37. Weisman 2002, p. 306 à 308.
  38. Cooper 1990, p. 214 et 215.
  39. (en) Lewis L. Gould, Grand Old Party: A History of the Republicans, Random House, (ISBN 978-0-375-50741-0), p. 175 et 176.
  40. (en) William A. Link et Arthur S. Link, American Epoch: A History of the United States Since 1900. Vol. 1. War, Reform, and Society, 1900-1945, New York, McGraw-Hill, , p. 127.
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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