Présidence de Jimmy Carter

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Présidence de Jimmy Carter

39e président des États-Unis

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Portrait officiel de Jimmy Carter par Herbert E. Abrams
Type
Type Président des États-Unis
Résidence officielle Maison-Blanche, Washington
Élection
Système électoral Grands-électeurs
Mode de scrutin Suffrage universel indirect
Élection 1976
Début du mandat
Fin du mandat
Durée 4 ans
Présidence
Nom Jimmy Carter
Date de naissance (93 ans)
Appartenance politique Parti démocrate
Divers
Site web [1]

La présidence de Jimmy Carter, en tant que 39e président des États-Unis, dure de 1977 à 1981. Cette administration se propose de créer un gouvernement « compétent et compatissant » mais rencontre de grandes difficultés dans la réalisation de ses objectifs en raison d'une crise économique due à la stagflation et à la hausse du prix de l'énergie. Carter réussit au terme de son mandat à obtenir une substantielle baisse du chômage ainsi qu'une réduction partielle du déficit, mais il échoue en revanche à maîtriser la récession économique qui se poursuit après lui. Il fonde par ailleurs deux nouveaux départements fédéraux — Éducation et Énergie —, tout en établissant une politique énergétique à l'échelle nationale et en introduisant plusieurs réformes dans le domaine de la fonction publique et de la sécurité sociale.

Sur le plan des relations internationales, le président américain met les droits de l'homme au cœur de sa politique étrangère et initie les accords de Camp David, les traités Torrijos-Carter et la deuxième étape des négociations sur la limitation des armements stratégiques (SALT II). Ses efforts en faveur de la rétrocession de la zone américaine du canal de Panama au Panama lui valent de nombreuses critiques, car cette décision est vue comme un signe de faiblesse du président en situation conflictuelle. Sa dernière année au pouvoir est marquée par plusieurs crises majeures, en particulier le dénouement de la prise d'otages de l'ambassade américaine en Iran et l'échec de la tentative de libération des otages lors de l'opération Eagle Claw, d'importantes pénuries de carburant aux États-Unis et l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques.

Administration[modifier | modifier le code]

Investiture[modifier | modifier le code]

Le président Jimmy Carter et son épouse Rosalynn Carter remontant Pennsylvania Avenue le jour de l'investiture.

Dans son discours d'investiture, Jimmy Carter déclare : « nous avons appris que plus n'est pas forcément synonyme de mieux, que notre grande nation a su reconnaître ses limites et que nous ne pouvons apporter de solution satisfaisante à toutes nos questions ni à tous nos problèmes »[1]. Carter a fait campagne sur la promesse d'éliminer les travers de la « présidence impériale », promesse qu'il met en pratique le jour de son investiture en remontant à pied Pennsylvania Avenue, du Capitole jusqu'à la Maison-Blanche, au mépris de tous les protocoles de sécurité. Ses premières actions en tant que président vont également dans ce sens puisqu'il réduit d'un tiers l'effectif de son cabinet et met en vente le yacht présidentiel, l'USS Sequoia[2].

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Sous la présidence de Carter, le département de la Santé, de l'Éducation et des Services sociaux des États-Unis est scindé en un département de l'Éducation et un département de la Santé et des Services sociaux[3]. Le président fait également passer par la voie législative une importante réforme de la fonction publique, la première depuis près d'un siècle[4].

Le premier jour de sa présidence, le 20 janvier 1977, conformément à sa promesse, Carter accorde l'amnistie générale aux citoyens s'étant soustraits à l'autorité militaire lors de la guerre du Viêt Nam. Cette décision est critiquée par les politiciens des deux bords, la droite déplorant qu'aucune peine ne soit prévue pour les graciés et la gauche pointant le fait que la formulation d'un pardon reconnaissait de facto l'admission d'un crime[5].

Le programme Head Start est également élargi, avec 43 000 familles et enfants supplémentaires[6], tandis que la part des dépenses consacrées à l'éducation est multipliée par deux[7]. En 1978, les Child Nutrition Amendments introduisent une mesure classique du revenu national pour l'admissibilité aux programmes, basée elle-même sur la mesure des revenus prescrits pour une réduction du prix sur les repas scolaires. Cette loi renforce en outre le précédent texte sur l'éducation nutritionnelle contenu dans le programme WIC en demandant une hausse des moyens alloués à cette dernière à l'ensemble des adhérents au programme[8]. Le Fair Debt Collection Practices Act (FCDPA ou loi pour un recouvrement équitable des créances) est adoptée pour mettre fin aux « pratiques injustes et abusives dans le recouvrement de dette »[9]. Est aussi voté en 1977 le Housing and Community Development Act : celui-ci prévoit notamment le lancement du programme Urban Development Action Grant afin de venir en aide financièrement aux villes les plus démunies[10], ainsi que des prestations plus étendues pour les handicapés et les personnes âgées et les bases du Community Reinvestment Act de 1978[11], qui vise à empêcher les banques de refuser des prêts ou des crédits aux communautés les plus pauvres[12]. Carter fait voter la même année le Surface Mining Control and Reclamation Act, avec l'intention de permettre à l'industrie houillère d'exploiter les réserves de charbon sans endommager les autres ressources naturelles[13], tandis que le Federal Mine Safety and Health Act tend à assurer une meilleure protection des mineurs à leur lieu de travail[14].

Jimmy Carter et le vice-président Walter Mondale devant l'hélicoptère présidentiel Marine One, en janvier 1979.

Les programmes de l'OSHA (Occupational Safety and Health Administration) et les programmes en faveur des femmes sont renforcés, alors qu'un « sens commun des priorités » amène le gouvernement à se concentrer sur des problèmes sanitaires majeurs[15]. Adoptée en 1978, le Pregnant Discrimination Act (loi contre la discrimination de la grossesse) interdit aux entreprises et aux organisations de discriminer les employées enceintes et offre à ces dernières une protection dans les établissements de santé et des soins médicaux adaptés[16]. À la même période, le National Consumer Cooperative Bank Act autorise à procéder à des levées de fonds qui sont ensuite redistribués à des taux d'intérêt très faibles aux jeunes coopératives[17]. La couverture du salaire minimum est étendu aux travailleurs agricoles, et, à la suite des Age Discrimination in Employment Act Amendments de 1978, la limite d'âge fixée pour l'obtention de la protection contre la discrimination liée à l'âge dans les emplois non-fédéraux et le secteur privé passe de 65 à 70 ans[18]. À cet ensemble de décisions s'ajoutent en outre la suppression de l'achat obligatoire des tickets d'alimentation, la proposition du Low Income Home Energy Assistance Program destiné à aider les familles dans le règlement de leur facture de chauffage[19] et l'adoption de la toute première loi fédérale relative à l'emploi pour la jeunesse[20].

Toujours sous Carter, l'administration américaine promulgue le Airline Deregulation Act, qui abolit l'Office de l'aviation civile (Civil Aeronautics Board) et instaure une déréglementation dans les transports par camion, les transports ferroviaires, les communications et le secteur financier[21]. Parmi les présidents qui ont effectué un seul mandat complet de quatre ans, Carter est le seul qui n’a pas eu à proposer de candidats à la Cour Suprême[22]. Il est le premier président à aborder le sujet des droits accordés aux personnes lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres[23]. Il s'oppose ainsi à l'initiative Briggs, une proposition de loi californienne visant à empêcher les personnes gays et les partisans des droits pour les homosexuels d'enseigner dans les écoles publiques[24], et c'est sous son mandat qu'est organisée la première rencontre entre la Maison-Blanche et les chefs de file du mouvement pro-gay[25].

Politique budgétaire[modifier | modifier le code]

Bien qu'il ait appelé à une réforme du système fiscal lors de sa campagne présidentielle, Carter n'y apporte que des changements mineurs une fois entré en fonctions[26]. Il procède à une importante réduction du taux d'imposition sur les plus-values, qui passe de 98 % à 28 %[27]. Le budget fédéral accumule un déficit d'environ 280 milliards de dollars durant la présidence de Carter, passant d'environ 630 milliards début 1977 à près de 910 milliards à la fin de l'année 1980. Toutefois, en raison d'une croissance économique supérieure à l'augmentation de la dette nominale, le ratio dette/PIB du gouvernement américain, établi à 36,2 % au début du mandat de Jimmy Carter, diminue progressivement jusqu'à atteindre 33,3 % à la fin de l'année 1980[28].

Relations avec le Congrès[modifier | modifier le code]

Après avoir mené une campagne efficace sur son image d'« étranger » de Washington et sur ses critiques à l'encontre du pouvoir en place, Carter conserve cette ligne de conduite en tant que président des États-Unis[29]. Le positionnement qu'il adopte contre les institutions et son refus de jouer selon les règles de Washington contribuent néanmoins aux mauvaises relations entretenues par son administration avec les démocrates du Congrès. Sa réticence à accorder des faveurs politiques achève d'agacer le Capitole, qui vient affecter les ambitions législatives du président Carter durant toute la durée de son mandat[30].

Jimmy Carter travaillant à son bureau, en février 1977.

Pendant les 100 premiers jours de sa présidence, Carter adresse une lettre au Congrès dans laquelle il propose l'abandon de différents projets hydrauliques. Parmi les opposants à cette suggestion de Carter se trouve le sénateur Russell Long, un démocrate influent du Comité des finances du Sénat. Le projet de Carter est rejeté, laissant au président un grand sentiment d'amertume[31]. Un profond désaccord s'installe alors entre le Congrès et la Maison-Blanche. Carter note que les opposants les plus acharnés à sa politique proviennent de l'aile libérale du parti démocrate, opposition qu'il attribue à l'ambition de Ted Kennedy de le remplacer au poste de président[32].

Quelques mois après le début de son mandat, pensant pouvoir compter sur le soutien de 74 membres du Congrès, Carter publie une « liste noire » de 19 projets qu'il considère comme relatifs à la politique d'« assiette au beurre ». Il précise qu'il mettra son veto à n'importe quelle législation contenant un projet de cette liste[33]. Cette dernière est très mal accueillie par la direction du parti démocrate. Le président estime qu'un projet de loi sur les fleuves et les ports relève de la dépense inutile, mais Tip O'Neill, le président de la Chambre des représentants, pense qu'il est imprudent pour Carter d'interférer sur des questions relevant traditionnellement de la compétence du Congrès. Contraint par la suite d'accepter une loi incluant la plupart des projets portés précédemment sur la « liste noire », la position du président sort affaiblie de cette confrontation[34].

Le Congrès refuse ultérieurement d'adopter les dispositions majeures de son projet de loi sur la protection des consommateurs et des mesures portant sur la réforme du travail. En retour, Carter met son veto à un ensemble de textes législatifs concernant le secteur des travaux publics, le qualifiant d'« inflationnaire » dans ce qu'il juge n'être qu'une dépense futile. Devinant néanmoins le faible soutien de l'opinion publique à l'action législative du président, les leaders du Congrès profitent de la situation pour réduire son plan fiscal à une succession de dépenses en faveur d'intérêts particuliers. Ceci amène Carter à comparer les comités fiscaux du Congrès à des « loups affamés »[35].

Santé[modifier | modifier le code]

En avril 1976, Carter propose une réforme des soins de santé incluant certains éléments-clés du projet de loi pour la couverture maladie universelle, soutenu par le sénateur démocrate Ted Kennedy[36]. Trois ans plus tard, en juin 1979, il propose une réforme plus limitée de l'assurance maladie — un mandat d'employeur pour fournir une assurance privée pour maladies graves, une couverture sans partage des coûts pour les femmes enceintes et les nourrissons, une extension du Medicaid au niveau fédéral avec élargissement aux familles les plus pauvres sans enfants mineurs à leur charge, ainsi que l'adjonction au Medicare d'une couverture « catastrophe ». En novembre 1979, le sénateur Russell Long, à la tête de la majorité conservatrice et bipartisane de son Comité des finances du Sénat, défend le recours au mandat d'employeur pour la mise en place d'une couverture « catastrophe » seulement et pour l'adjonction de cette dernière au Medicare[37] ; il abandonne toutefois ses efforts en 1980 en raison des contraintes budgétaires[38].

Carter initie en avril 1977 un projet de contrôle obligatoire des coûts hospitaliers, qui reste longtemps en suspens avant d'être rejeté par la Chambre en 1979[39]. Des progrès sont réalisés dans le domaine de la santé au travail avec la nomination du docteur Eula Bingham au poste de directrice de l'OSHA. Forte de son expérience de physiologiste spécialiste des cancérigènes, Bingham procède à une augmentation et une simplification des normes médicales et redirige les fonds alloués à son administration aux groupes industriels en difficulté ; elle impose par ailleurs une règlementation très stricte sur les taux d'exposition aux particules, plomb et benzène des employés au travail, permettant ainsi aux travailleurs de mieux connaître les risques liés à l'exercice de leur profession. Ces mesures sont appliquées dans un contexte de forte opposition, non seulement celle des Républicains, mais également d'une partie de l'administration Carter — notamment le membre du Council of Economic Advisers Charles Schultze et son supérieur direct, le secrétaire au Travail Ray Marshall. Les réformes entamées par Bingham, pour leur plus grande part, ne seront finalement jamais mises en œuvre ou seront purement et simplement annulées[40].

Deuxième choc pétrolier[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Deuxième choc pétrolier.
Le président Carter quittant la centrale nucléaire de Three Mile Island, le 1er avril 1979.

En 1973, sous la présidence de Richard Nixon, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) réduit les quantités de pétrole disponibles sur le marché mondial, d'une part en raison de la déflation du dollar consécutive à la décision de Nixon de mettre fin à l'étalon-or, et d'autre part en réponse au trafic d'armes orchestré par les États-Unis avec Israël pendant la guerre du Kippour. Cet événement conduit au premier choc pétrolier de 1973 et à la hausse brutale du prix du pétrole, stimulant l'inflation et mettant un frein à la croissance économique. Sitôt la décision de l'OPEP connue, le gouvernement américain met en place un contrôle des prix sur l'essence et le pétrole, ce qui a pour effet d'entraîner des pénuries de carburant et de longues files d'attente devant les stations-services[41],[42]. La situation est finalement apaisée avec la levée des contrôles sur l'essence, mais il faut attendre l'administration de Ronald Reagan pour que les contrôles sur les prix du pétrole soient définitivement supprimés[42]. Carter déclare au peuple américain que le choc pétrolier est « une menace actuelle et réelle pour notre nation » et « l'équivalent moral d'une guerre », ajoutant dans son discours que les réserves mondiales de pétrole ne permettront probablement plus de répondre à la demande des États-Unis dans les six à huit prochaines années[43].

En 1977, Carter obtient des démocrates du Congrès la création du département de l'Énergie des États-Unis, avec une priorité donnée à la réduction de la consommation, au développement de nouvelles ressources et à la recherche[44]. Le président instaure un contrôle des prix sur le pétrole et le gaz naturel, installe des panneaux solaires sur le toit de la Maison-Blanche et un poêle à bois dans ses appartements[45] ; il demande par ailleurs, en 1979, que les illumations de Noël au sein de la Maison-Blanche soient éteintes, en hommage aux otages de l'ambassade américaine en Iran mais aussi par souci d'économie[46]. Sur l'ensemble du pays, les thermostats équipant les bâtiments gouvernementaux et commerciaux sont contrôlés pour éviter qu'ils ne soient réglés au-dessus de 18 °C en hiver et en dessous de 26 °C en été, et ce durant toute l'année 1980[47].

En réaction à la crise, Carter ratifie le National Energy Act (NEA) et le Public Utility Regulatory Policies Act (PURPA), dans le but d'encourager les économies d'énergie et le développement des ressources nationales — notamment dans le secteur des énergies renouvelables[48]. Le président s'oppose toutefois à un programme de commercialisation des photovoltaïques envisagé par le département de la Défense[49]. Entre 1979 et 1980, il entame un processus de dérégulation de l'industrie pétrolière en éliminant les allocations gouvernementales. Dans son discours du « malaise », il demande au Congrès d'instaurer une « taxe sur les bénéfices exceptionnels », sortie justifiée par l'attitude de son administration qui voit dans cette dérégulation un moyen pour les compagnies pétrolières d'augmenter leurs recettes de façon « indigne »[50]. Adoptée en avril 1980, la taxe ne produit que des résultats médiocres et est finalement supprimée en 1988[51].

Une « crise de confiance » : le discours du « malaise »[modifier | modifier le code]

Lorsque survient le deuxième choc pétrolier, Carter se prépare à délivrer son cinquième discours sur l'énergie depuis son investiture. Sa cote de popularité est alors encore plus faible que celle de Richard Nixon au moment du scandale du Watergate et il doit, selon les mots de Gordon Stewart, « faire un discours destiné à faire taire les foules et à relancer sa présidence ». En juillet 1979, il se retire à Camp David et y reçoit de nombreux responsables politiques qui le renseignent sur la situation du pays : « environ 130 VIP, du gouverneur Bill Clinton à Walter Cronkite, ont fait l'aller-retour à Camp David pour le conseiller sur ce qu'il devait dire à la nation. […] Pendant dix jours, un pays déjà muet de rage se retrouvait avec un chef qui ne disait rien »[52].

Le 15 juillet 1979, Carter s'adresse à la nation entière dans un discours télévisé au cours duquel il parle de la crise de confiance dont souffrirait le peuple américain. Ces propos restent connus sous le nom de discours du « malaise », bien qu'il n'ait jamais utilisé le mot « malaise » dans son texte[53] :

« Je souhaite maintenant vous parler d'une menace fondamentale qui pèse sur la démocratie de notre pays… Je ne fais pas référence à l’influence exercée par l’Amérique, une nation actuellement en paix avec le reste du monde, et dont la puissance économique et militaire est inégalée…

Cette menace est à peine perceptible par des moyens ordinaires. Il s'agit d'une crise de confiance. Il s'agit d'une crise qui frappe la volonté de notre nation en son sein même, en son âme et en son esprit. Nous percevons cette crise à cause du doute croissant que l'on porte sur la signification de nos propres vies et de la perte d'un objectif unique pour notre nation[53]. »

Bien qu'il ait été par la suite fortement critiqué par de nombreux historiens, le discours est très bien accueilli par la population américaine et la cote de popularité du président augmente de 11 points dans les sondages. Un grand nombre de personnes écrivent à Carter pour lui faire part de leur soutien et se déclarent prêtes à faire des efforts dans leur vie quotidienne[54]. Cette approbation initiale du public est toutefois bientôt victime d'un effet boomerang qui amène de nombreux Américains à s'interroger sur la capacité du président à sortir le pays de la crise[55]. Colleen Shogan affirme ainsi que « la réaction d'abord favorable au discours s'explique davantage par le caractère unique et inhabituel de cette déclaration que par une approbation sincère de son contenu »[56]. L'attitude de Carter lors du discours du « malaise » fait l'objet de débats. Certains lui reprochent de s'en être remis de manière excessive au peuple américain et de ne pas avoir vraiment annoncé de mesures concrètes pour venir à bout de la crise pétrolière, tandis que d'autres pensent que Carter a voulu rejeter la responsabilité de la mauvaise situation économique du pays sur ses concitoyens sans chercher à exposer une solution sur le long-terme[57]. Le journaliste Kevin Mattson contredit ces analyses en remarquant que « dans son discours, Carter a pris sa part de responsabilité en admettant ses propres erreurs. « En tant que président, je réalise que, plus que jamais, j'ai besoin de votre aide » explique-t-il d'ailleurs avec un certain sens de l'humilité »[58].

Jimmy Carter en compagnie d'Hamilton Jordan dans le Bureau ovale, en août 1977.

La défaite de Carter aux élections présidentielles de 1980 a pu inciter un certain nombre d'hommes politiques à adapter leur discours sur la politique énergétique, ces derniers constatant que la façon du président de s'adresser aux Américains sur le sujet n'était pas la bonne[59]. Trois jours après son discours, Carter exige la démission de tous les responsables de son gouvernement, mais en fin de compte n'en accepte que cinq — notamment celle du secrétaire d'État à l'Énergie James Schlesinger et celle du secrétaire à la Santé, à l'éducation et aux services sociaux Joseph Califano. Alors qu'il avait déclaré lors de sa campagne qu'il n'aurait jamais recours à un chef de cabinet, Carter nomme à ce poste son ancien assistant, Hamilton Jordan. Celui-ci décide de faire circuler chez ses collègues un serment de loyauté déguisé sous forme de « questionnaire », ce qui suscite de nombreuses critiques au sein de l'administration[60].

« Nous ferions bien de nous remémorer la complexité et l'humilité que Carter a essayé d'introduire dans la rhétorique politique… Il n'était pas disposé à se plier à la volonté des gens… Ce qu'il a réellement déclaré dans son discours était quelque chose de profond. Il a averti les Américains que le mode de vie du pays était à l'origine du choc pétrolier de 1979 — pénurie de carburant combinée à une hausse des prix. Le président souligne : « nous sommes trop nombreux aujourd'hui à tendre vers le nombrilisme et la consommation. L'identité humaine n'est plus déterminée par ce que l'on fait, mais par ce que l'on possède ». Selon lui, non seulement le consumérisme donne aux gens une image trompeuse du bonheur, mais il les empêche également de changer leurs habitudes face au défi que représente la crise énergétique. Malgré [quelques échecs], Carter offre ainsi une occasion de discuter de l'avenir du pays et de son besoin de se confronter à l'un des plus grands enjeux de son histoire : résoudre la crise énergétique d'une manière respectueuse de nos limites et de notre grandeur. »

— Kevin Mattson, « Past and Present: 'Malaise' and the Energy Crisis », sur U.S. News & World Report, 13 août 2008[61].

Situation économique[modifier | modifier le code]

L'histoire économique de la présidence de Jimmy Carter peut se diviser grossièrement en deux parties égales. Les deux premières années de son mandat sont une période de continuel redressement de la sévère récession économique subie par les États-Unis de 1973 à 1975, qui laisse l'investissement fixe à son niveau le plus bas depuis la récession de 1970 et un taux de chômage à 9 %[62]. Les deux dernières années sont quant à elles marquées par une inflation à deux chiffres, couplée à des taux d'intérêts extrêmement élevés[63], des pénuries de carburant et une croissance économique ralentie[64]. L'économie du pays progresse à une moyenne de 3,4 % (en accord avec la moyenne historique)[65] et sous Carter, plus d'emplois sont créés par mois dans le secteur privé que sous n'importe quelle autre administration depuis 1950, l'administration Clinton exceptée[66].

L'économie des États-Unis, qui a bénéficié d'une hausse de 5 % en 1976, continue d'augmenter dans des proportions similaires au cours des deux années suivantes[65]. Le chômage chute de 7,5 % en janvier 1977 à 5,6 % en mai 1979[67], avec environ 9 millions d'emplois créés dans cet intervalle[68] et un revenu médian des ménages en progression de 5 % entre 1976 et 1978[69]. L'investissement fixe dans le secteur privé (machineries et construction) augmente de 30 % de 1976 à 1979, croissance identique à celle connue dans la vente et la construction de logements en 1978, tandis que la production industrielle ainsi que la fabrication et la vente de moteurs de voiture frisent les 15 %. À l'exception des nouvelles mises en chantier, toujours établies un peu en dessous de leur pic de 1972, chacun de ces secteurs de référence atteint des records de croissance en 1978 ou en 1979[62].

La politique monétaire laxiste du président de la Réserve fédérale, G. William Miller, conduit à une hausse de l'inflation que vient considérablement aggraver le choc pétrolier de 1979.

Le deuxième choc pétrolier de 1979 met cependant un terme à cette période de prospérité : l'inflation et les taux d'intérêts bondissent tandis que la croissance économique, la création d'emploi et la confiance des consommateurs diminuent rapidement[63]. La politique monétaire laxiste adoptée par le président de la Réserve fédérale américaine, G. William Miller, a déjà contribué à une situation de forte inflation[70], passant de 5,8 % en 1976 à 7,6 % en 1978[71], mais la décision de l'OPEP de multiplier soudainement le prix du pétrole par deux[72] conduit à une inflation à deux chiffres qui atteint 11,3 % en 1979 et 13,5 % en 1980[71]. La pénurie de carburant durant les vacances d'été de 1979 aggrave le problème de manière considérable, à tel point qu'elle devient plus tard un symbole de la crise chez les Américains[63]. L'augmentation des prix pratiquée par la firme pétrolière Amerada Hess, largement au-dessus du seuil fixé par la Maison-Blanche, incite le gouvernement fédéral à entamer des poursuites judiciaires contre la compagnie[73].

À l'instar de Nixon, Carter demande au Congrès d'imposer un contrôle des prix sur l'énergie, la médecine et les frais de consommation, mais l'opposition du Capitole empêche d'en obtenir l'application[74]. Le 1er juillet 1979, Carter a recours au Energy Policy and Conservation Act — voté par le Congrès en 1975 sous la présidence de Gerald Ford — afin de déréguler les prix sur le pétrole domestique et ainsi encourager à la fois la production de pétrole et les économies de carburant[75]. Les importations de pétrole aux États-Unis, qui avaient atteint un record de 2,4 milliards de barils en 1977 (soit 50 % des réserves du pays) diminuent de moitié entre 1979 et 1983[62].

En août 1979 a lieu un important remaniement du cabinet au cours duquel Carter demande la démission d'un certain nombre de ses collaborateurs. Le président en profite pour nommer Paul Volcker au poste de président de la Réserve fédérale en remplacement de Miller devenu secrétaire du Trésor[76]. Tout au long de son mandat, Volcker conduit une politique monétaire rigoureuse destinée à réduire l'inflation[77], objectif que lui et Carter parviennent finalement à atteindre après avoir traversé une phase économique difficile marquée par un ralentissement de l'économie et une hausse du chômage. Il faut attendre l'année 1982 pour retrouver une inflation à un chiffre à l'occasion d'une deuxième récession encore plus sévère que la première, et en 1983, Volcker est réintégré dans ses fonctions par le président Ronald Reagan[78].

Sous la direction de Volcker, la Réserve fédérale passe le taux d'escompte de 10 % en août 1979 à 12 % deux mois après[79]. Le taux directeur dépasse même le taux des fonds fédéraux américains en atteignant 20 % au mois de mars 1980. Estimant que l'inflation est arrivée à un « stade critique », Jimmy Carter lance par ordre exécutif l'application d'un plan d'austérité ; taux d'inflation et taux d'intérêt à court terme atteignent les 18 % en février et mars 1980[80]. Les investissements dans le revenu fixe (obligations détenues par la bourse de Wall Street et pensions de retraite) acquièrent bientôt une valeur moindre en termes de valeur réelle, et le 14 mars 1980, le président Carter annonce l'instauration d'un contrôle sur le crédit, une première depuis la Seconde Guerre mondiale[81].

Cette politique, combinée avec des taux d'intérêt records, aboutit à une forte récession économique au printemps 1980[82]. La baisse soudaine du PIB au cours du deuxième trimestre provoque une augmentation du taux de chômage, qui passe de 6 % à 7,5 % au mois de mai, tandis que la production dans les secteurs de l'automobile et du logement s'effondrent de presque 20 % pour atteindre leur niveau le plus bas depuis la récession de 1975[62]. Les contrôles sur le crédit sont supprimés par Carter en mai 1980[83] et le taux directeur chute à 11 % fin juillet[84] alors que la courbe de l'inflation s'inverse et repasse sous les 13 % pour le restant de l'année[85]. La sévère récession économique qui a lieu alors que Carter mène campagne en faveur de sa réélection contribue néanmoins à sa défaite inattendue face au candidat républicain Ronald Reagan lors des élections présidentielles de 1980[74].

Durant la deuxième partie de l'année 1980, les faibles taux d'intérêt et l'assouplissement des contrôles sur le crédit marquent une période de redressement économique. Bien que certains domaines particulièrement touchés par la récession aient de grandes difficultés à se rétablir, à l'exemple de la construction automobile et du logement[62], le PIB et l'emploi retrouvent leur niveau d'avant la crise dès le premier trimestre de 1981[65],[68] et l'indice S&P 500 (qui était resté aux alentours de 100 depuis 1976) grimpe jusqu'à 140 au cours des derniers mois de 1980[86]. Afin de contrebalancer la reprise de la croissance, la Fed décide en revanche de fixer des taux d'intérêt très élevés[87] et, en décembre 1980, le taux directeur s'établit à 21,5 %, le plus haut taux jamais atteint durant l'histoire des États-Unis tout président confondu[88]. L'administration Carter demeure fiscalement conservatrice durant les deux périodes de croissance et de récession économiques, mettant son veto à de nombreux projets liés à une hausse des dépenses tout en appliquant la dérégulation dans le secteur énergétique et le domaine des transports. Elle réduit également le taux maximal d'impôt sur les plus-values[21]. Sous le mandat de Carter, la dette publique américaine en reste approximativement au déficit de 70 milliards de dollars atteint en 1976 mais avec un ratio dette/PIB moins important (4 % à 2,5 % pendant l'année fiscale 1980-1981)[62].

Politique environnementale[modifier | modifier le code]

Qualifié de président « écologiste »[89], Carter introduit durant son mandat de nombreuses réformes en faveur de la protection de l'environnement[90]. Le 11 décembre 1980, il ratifie le Comprehensive Environmental Response, Compensation, and Liability Act of 1980 (CERCLA), communément désigné sous le nom de Superfund, une loi fédérale relative à la décontamination des sites pollués par des substances chimiques[91]. Le président fait également installer 32 panneaux solaires sur le toit de la Maison-Blanche, le 20 juin 1979[89], afin de promouvoir l'utilisation de l'énergie solaire[92].

Le 2 décembre 1980, il intègre dans la législation le Alaska National Interest Lands Conservation Act prévoyant la création ou la remise en état de plusieurs parcs nationaux et l'élargissement du champ d'action du United States Forest Service et de l'United States Fish and Wildlife Service à un certain nombre de territoires ; ce sont finalement 421 000 km2 de terres d'Alaska qui sont transformés en réserves naturelles, parmi lesquels près de la moitié se voient décerner le statut de contrées sauvages[93].

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Corée du Sud[modifier | modifier le code]

Tout juste entré en fonctions, l'une des premières décisions de Carter est de planifier le retrait de toutes les armes nucléaires présentes sur le sol de la Corée du Sud et la réduction du nombre de soldats américains déployés dans ce pays[94]. Si certains militaires se contentent d'exprimer leur mécontentement lors de conversations privées ou par leur déposition avant les comités du Congrès, le major-général John K. Singlaub, chef d'état-major des forces américaines en Corée, critique publiquement la position du président au sujet de la baisse des effectifs. Considérant que les opinions personnelles du général sont « incompatibles avec la politique de sécurité nationale annoncée », Carter le relève de son commandement le 21 mars 1977[95]. Le président juge possible de rapatrier l'ensemble des troupes américaines de Corée d'ici à 1982 — à l'exception de 14 000 membres de l'U.S. Air Force et logisticiens —, mais après avoir procédé à une réduction de seulement 3 600 hommes, la pression du Capitole et l'hostilité du haut commandement le contraignent à renoncer à son projet en 1978[96].

Occupation du Timor oriental par les Indonésiens[modifier | modifier le code]

L'administration Carter poursuit et augmente dans des proportions considérables la vente d'armes au gouvernement indonésien du président Suharto lors de l'occupation du Timor oriental. Lors d'une interview, le secrétaire adjoint de Carter Richard Holbrooke explicite le positionnement des États-Unis sur cette question : « l'Indonésie […] est la cinquième nation la plus grande du monde, membre modéré du Mouvement des pays non-alignés, important producteur de pétrole — qui joue d'ailleurs un rôle tout aussi modéré au sein de l'OPEP — et qui occupe une position stratégique à cheval sur les voies maritimes entre le Pacifique et l'océan Indien »[97]. Le régime de Suharto envahit le Timor oriental en 1975 en guise de protestation contre les Nations unies. À ce moment, les ventes annuelles d'armes américaines à l'Indonésie, entamées peu avant le déclenchement du conflit, engendrent un bénéfice de 11 millions de dollars durant les deux dernières années de la présidence de Gerald Ford. Les armes équipant les forces indonésiennes au temps de l'invasion du Timor sont d'origine américaine à « près de 90 % », selon les déclarations du conseiller juridique adjoint du département d'État George H. Aldrich durant la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants en 1977[98].

En 1977, l'occupation du Timor par les troupes indonésiennes achève d'épuiser les stocks fournis par Ford, si bien que dès l'année suivante, l'administration américaine revend pour 112 millions de dollars de matériel militaire au régime de Suharto. Sous le mandat de Carter, les ventes d'armes au gouvernement indonésien culminent aux alentours de 60 millions de dollars chaque année, soit plus du double des ventes annuelles réalisées par son prédécesseur[98]. Les ventes d'armes aux Indonésiens par les États-Unis se poursuivent sous les présidences de Ronald Reagan, George Bush et Bill Clinton avant de s'arrêter définitivement à la suite du référendum de 1999 qui déclare officiellement l'indépendance du Timor oriental[99]. D'après les estimations faites par les Nations unies, entre 84 000 et 183 000 Est-Timorais ont trouvé la mort lors de l'occupation, estimations qui créditent également l'armée indonésienne de 70 % des 18 600 assassinats commis durant la guerre[100]. En 2007, dans une interview accordée à la journaliste Amy Goodman, Jimmy Carter reconnaît à propos de l'attitude de son administration vis-à-vis du Timor oriental : « vous savez, je n'étais pas aussi bien informé que j'aurais dû l'être à propos de ce qui se passait au Timor oriental. J'étais davantage préoccupé par d'autres parties du monde à cette époque »[101].

Conflit israélo-arabe : les accords de Camp David[modifier | modifier le code]

Le secrétaire d'État de Carter, Cyrus Vance, et le conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzeziński prêtent une grande attention au déroulement du conflit israélo-arabe. Les relations diplomatiques entre Israël et l'Égypte s'améliorent significativement après la guerre du Kippour et l'administration Carter a senti que le temps était venu d'apporter une solution compréhensive au conflit. Au milieu de l'année 1978, alors que le traité de désengagement israélo-égyptien arrive bientôt à son terme, Carter prend la situation très au sérieux et envoie sur place un ambassadeur. Ce dernier fait à plusieurs reprises l'aller-retour entre Le Caire et Tel Aviv à la recherche d'une solution qui permettrait de réduire le différend entre les deux pays. Une rencontre est finalement organisée avec les ministres égyptien et israélien des Affaires étrangères au château de Leeds, en Angleterre, afin de discuter des possibilités de paix, mais elle échoue à aboutir sur un accord[102].

Anouar el-Sadate, Jimmy Carter et Menahem Begin en discussion à Camp David, le 6 septembre 1978.

Cette situation débouche la même année sur les accords de Camp David, l'une des plus grandes réussites de la présidence de Carter. Ces accords font suite à de précédentes négociations menées au Moyen-Orient avec le concours du roi Hassan II du Maroc, en qualité d'intermédiaire entre les intérêts arabes et Israël, et du président roumain Nicolae Ceaușescu qui joue le rôle d'entremetteur entre Israël et l'organisation de libération de la Palestine (OLP). Une fois ces préliminaires achevés, le président égyptien Anouar el-Sadate sollicite l'assistance de Carter, qui décide d'inviter Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin à Camp David afin de poursuivre les négociations. Les deux dirigeants arrivent aux États-Unis le 8 août 1978. Très vite, Carter se pose en médiateur dans la querelle opposant Sadate à Begin et s'entretient séparément avec chacun d'entre eux jusqu'à ce qu'un terrain d'entente soit trouvé. Un mois s'est presque écoulé depuis le début des négociations sans qu'aucun accord concret n'est pu être obtenu. Pour sortir de cette impasse, Carter décide d'emmener ses hôtes à Gettysburg, en Pennsylvanie, où s'est déroulé l'un des plus sanglants affrontements de la guerre de Sécession. Le président leur fait visiter le champ de bataille et, tout en leur expliquant le déroulement des faits, souligne combien la paix est un élément nécessaire à la prospérité des peuples. La démarche est un succès : de retour à Camp David, Sadate et Begin conviennent ensemble qu'un accord doit être signé[103].

Le 12 septembre 1978, le président Carter suggère de diviser les clauses du traité de paix en deux accords-cadres. Le premier traite des territoires palestiniens occupés, à savoir la Cisjordanie et la bande de Gaza, en proposant tout d'abord l'élection d'une autorité indépendante afin de garantir une autonomie totale aux habitants de ces régions. Ce gouvernement serait élu par les Palestiniens et s'occuperait uniquement des affaires municipales avec, dans une deuxième étape, l'autonomie administrative de la population palestinienne. Le statut de la Palestine pourrait alors être renégocié cinq ans après la mise en place de ces deux mesures. L'accord-cadre no 1 déclenche cependant la fureur des Palestiniens et des Jordaniens qui n'acceptent pas que Sadate et Begin aient décidé ainsi de leur avenir commun sans avoir pris la peine de consulter la population ou les autres dirigeants. Voué à l'échec dès le principe, les propositions contenues dans cette première étape du traité ne seront jamais appliquées[104].

Le second accord-cadre aborde quant à lui la question du Sinaï. Il se décompose en deux points : en premier lieu la négociation d'un traité de paix entre les deux belligérants pour une période de six mois, avec la reconnaissance de la souveraineté égyptienne sur le Sinaï et le retrait d'Israël de cette région ; en second lieu, conséquemment à la signature du traité, la mise en place de relations diplomatiques, politiques, économiques et culturelles entre l'Égypte et Israël[104]. Carter admet cependant qu'« il reste toujours de grandes difficultés et de nombreuses questions difficiles à régler »[105]. À l'origine des accords de paix se trouve l'intention du président américain de voir des relations normales s'établir enfin entre les deux États[106]. Les accords de Camp David sont signés par les trois dirigeants à Washington lors d'une cérémonie officielle, le 17 septembre 1978 ; un mois plus tard, le 12 octobre, Sadate et Begin reçoivent le prix Nobel de la Paix[107].

Jimmy Carter saluant le président égyptien Anouar el-Sadate à la Maison-Blanche peu après l'entrée en vigueur des accords de Camp David, le 8 avril 1980.
Menahem Begin, Jimmy Carter et Anouar el-Sadate lors de la signature des accords de Camp David, en 1978.

Cette première avancée dans la réconciliation israélo-égyptienne est toutefois accueillie avec beaucoup d'hostilité dans le monde arabe. Au mois de novembre, un sommet de la Ligue arabe réuni en urgence à Damas condamne les clauses du projet de traité, tandis que la presse fait une charge violente contre Sadate en l'accusant d'avoir pris ses distances avec la Ligue et trahi ses compatriotes. Des discussions concernant le futur traité ont lieu dans les deux pays. Israël insiste pour que l'accord se substitue à tous les autres traités signés par l'Égypte, y compris ceux conclus avec la Ligue et les autres pays arabes. Le gouvernement israélien demande en outre à avoir accès au pétrole découvert dans la région du Sinaï. Carter intervient sur ce dernier point en informant ses alliés que si, pour une raison ou pour une autre les Égyptiens en viennent à stopper leurs approvisionnements, les États-Unis se tiennent prêts à fournir toutes les quantités de pétrole nécessaires à Israël pour une durée de quinze ans[106].

Comme pour le premier accord-cadre, le gouvernement israélien accepte les termes du second accord qui est également approuvé par le Parlement à une large majorité. À l'inverse, le gouvernement égyptien tergiverse, en manifestant notamment son désaccord quant à l'annulation de tous les traités précédents et en regrettant que la question du Sinaï n'est pas été reliée à celle de la Palestine. Finalement, le , l'Égypte et Israël signent les accords de paix à Washington[104]. Dans ce processus, le rôle de Carter a été essentiel. L'analyste Aaron David Miller, qui a interviewé de nombreux hommes politiques pour son livre The Much Too Promised Land paru en 2008, remarque la chose suivante : « de tous ceux à qui j'ai pu adresser la parole — Américains, Égyptiens ou Israéliens —, presque tous disaient la même chose : sans Carter, pas de traité de paix »[108].

Création du Rapid Deployment Force[modifier | modifier le code]

Quelques jours avant la prise d'otage de l'ambassade américaine à Téhéran par une groupe de militants islamistes révolutionnaires, Jimmy Carter annonce la création du Rapid Deployment Force ou RDF. Le concept de cette formation militaire est de mettre en œuvre une force de frappe mobile composée d'éléments de l'US Army, de l'US Navy, de l'US Air Force et du corps des Marines, capable d'intervenir en toute indépendance sans avoir à recourir à des bases avancées où à l'accord de pays amicaux. Bien que théoriquement destiné à servir sur tous les fronts, le RDF porte une attention particulière à la situation au Moyen-Orient. Cette décision est entérinée au début de l'année 1980 par le discours de Carter sur l'état de l'Union, où le président déclare que toute tentative de prendre le contrôle de la région du Golfe Persique par une puissance étrangère sera considérée comme une atteinte aux intérêts vitaux des États-Unis et devra être stoppée par tous les moyens nécessaires, y compris le recours à la force[109].

Droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Carter prend initialement ses distances avec la politique d'endiguement longtemps menée à l'encontre de l'Union soviétique et décide de faire des droits de l'homme un axe primordial de sa politique étrangère. Ce choix marque une rupture dans la ligne de conduite tenue par plusieurs de ses prédécesseurs, dans laquelle les crimes humanitaires étaient souvent négligés lorsqu'ils étaient commis par un gouvernement allié — ou supposé comme tel — aux États-Unis[110].

Le président nomme l'activiste des droits civiques Patricia M. Derian au poste de coordinateur pour les Droits de l'homme et les Affaires humanitaires ; en août 1977, la fonction est élevée à celle de secrétaire d'État assistant des États-Unis. Derian met en place le Country Reports on Human Rights Practices, publié chaque année depuis 1977, dont les conclusions se révèlent un facteur important dans la politique américaine d'assistance militaire, mettant notamment fin à l'appui apporté par les États-Unis à cinq pays d'Amérique du Sud pour le reste de la présidence de Carter[111]. L'administration Carter rompt également avec le soutien historique fourni par les États-Unis au régime somoziste installé au Nicaragua et aide le nouveau gouvernement formé par le Front sandiniste de libération nationale, qui a pris le pouvoir après la chute de Somoza. Carter continue cependant à soutenir le gouvernement du Salvador malgré les supplications de l'archevêque Óscar Romero ; ce dernier est assassiné quelque temps plus tard pour avoir critiqué les violations des droits humains commises au Salvador[112]. D'une manière générale, le respect des droits de l'homme dans les États latino-américains, qui s'est brusquement détérioré au cours de la décennie précédente, s'améliore significativement après ces initiatives ; le journaliste Jacobo Timerman, torturé durant la « guerre sale » en Argentine, considère que les prises de position du président Carter relèvent d'une tendance positive et déclare qu'elles ont non seulement sauvées des vies, mais ont également « accru la conscience démocratique aux États-Unis »[113].

Une grande partie de l'administration s'oppose toutefois aux initiatives de Carter, et la politique des droits de l'homme menée de manière plus affirmative par ce dernier lors de sa présidence est entachée par la discorde qui s'installe rapidement parmi ses collaborateurs, avec d'un côté Derian et le directeur de la planification politique du département d'État Anthony Lake, pour qui les considérations portant sur le droit humain améliorent grandement l'efficacité de la diplomatie américaine à l'étranger, et de l'autre le conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzeziński qui tient à traiter en priorité les questions relatives à la Guerre froide. Ces divergences de point de vue atteignent leur paroxysme en 1979, lors de la chute du régime de la Kampuchéa démocratique dirigé par le dictateur Pol Pot, coupable de génocide, à la suite de l'invasion du Cambodge par le Viêt Nam : Brzeziński obtient que l'administration refuse de reconnaître le nouveau gouvernement cambodgien en raison de ses attaches avec l'URSS[114]. Carter est par ailleurs critiqué par l'écrivain et militante féministe Andrea Dworkin pour avoir ignoré le problème du droit des femmes en Arabie saoudite[115].

Jimmy Carter reçoit le président de la Zambie Kenneth Kaunda à la Maison-Blanche, le 17 mai 1978.

Carter convainc le Congrès d'abroger l'amendement Byrd, réinstaurant des sanctions à l'égard de la Rhodésie (devenue plus tard Zimbabwe-Rhodésie, actuel Zimbabwe), puis, après l'élection de l'évêque Abel Muzorewa en tant que Premier ministre, proteste contre le traitement infligé à Robert Mugabe et à Joshua Nkomo qui se voient interdits de participer aux élections. Sous la pression des États-Unis et du Royaume-Uni, de nouvelles élections sont organisées à l'issue desquelles Robert Mugabe devient Premier ministre du Zimbabwe ; les sanctions mises en place par Carter sont levées peu après et les relations diplomatiques rétablies. L'attention particulière prêtée par le président américain sur le processus de transition entre Rhodésie et Zimbabwe reflète son intention d'empêcher des gains soviétiques dans cette région et de réaliser des progrès dans le domaine de l'égalité raciale[116]. Sa politique au Zimbabwe bénéficie directement à la coopération étroite qu'il mène avec les dirigeants africains, à l'exemple de Kenneth Kaunda, le président de la Zambie[117].

Afghanistan[modifier | modifier le code]

Article connexe : Programme afghan.

Le 27 avril 1978, les communistes dirigés par Nour Mohammad Taraki prennent le pouvoir en Afghanistan. Le nouveau régime — divisé entre le groupe extrémiste Khalq de Taraki et le Parcham, plus modéré — signe un traité d'entente avec l'Union soviétique en décembre de la même année. Les efforts de Taraki pour améliorer l'éducation séculaire et la politique de redistribution des terres s'accompagnent d'exécutions de masse (dont sont victimes de nombreux dirigeants religieux conservateurs) et d'une oppression politique sans précédent dans l'histoire du pays, ce qui conduit à la révolte des rebelles moudjahidines. Ayant dû faire face à un soulèvement général en avril 1979, Taraki est finalement destitué de ses fonctions par son rival Hafizullah Amin au mois de septembre. Membre du Khalq, ce dernier est considéré comme un « psychopathe brutal » par les commentateurs étrangers, et la violence exercée par les communistes afghans alarme jusqu'aux Soviétiques qui soupçonnent Amin de travailler pour le compte de la CIA (l'agence de renseignement américaine), bien que cela ne soit pas le cas. Dans le courant du mois de décembre, le gouvernement d'Amin perd le contrôle de la plus grande partie du pays, décidant l'URSS à envahir l'Afghanistan, exécuter Amin et à le remplacer à la présidence par le leader du Parcham Babrak Karmal[118],[119],[120].

Composition de l'administration[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]