Marches de Selma à Montgomery

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Marches de Selma à Montgomery
Type Marche pour les droits civiques
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Organisateur Amelia Boynton Robinson, Samuel W. Boynton, Martin Luther King Jr., James Bevel et Hosea Williams
Date 7, 9 et 25 mars 1965
Revendications Droits de vote
Bilan
Morts James Reeb, Viola Liuzzo

Les Marches de Selma à Montgomery désignent trois marches de protestation, menées en Alabama en 1965 (les 7, 9 et 25 mars), qui ont marqué la lutte des droits civiques des Afro-Américains aux États-Unis. Elles furent le point culminant du mouvement pour le droit de vote, lancé par Amelia Boynton Robinson et son mari Samuel W. Boynton, à Selma dans l'Alabama.

Histoire[modifier | modifier le code]

Des policiers de l'Alabama attendent les manifestants au pont Edmund Pettus.

Malgré le Civil Rights Act de 1964, l'inscription sur les listes électorales était rendue très difficiles (voire impossibles) pour les électeurs afro-américains dans de nombreux États du sud, dont l'Alabama du fait de l'opposition des autorités comme celle du gouverneur George Wallace[1],[2] et d'associations racistes comme le Ku Klux Klan.

Le 26 février 1965, dans le cadre d'une manifestation pacifique contre les obstacles mis à l'inscription sur les listes électorales à Marion (Alabama), le militant Jimmie Lee Jackson est abattu par un policier[3]. En réponse à cet événement, il est décidé de lancer une marche entre Selma et Montgomery[4].

Amelia Boynton Robinson[5] (dont la famille était en pointe sur la question du droit de vote depuis les années 1950)[6], qui fut avec son mari à l'initiative de la marche, a par la suite reçu le soutien de nombreux représentants du mouvement afro-américain des droits civiques à Selma, y compris Martin Luther King Jr., James Bevel et Hosea Williams[7].

Première marche[modifier | modifier le code]

Le Bloody Sunday[8] (« dimanche sanglant ») s'est produit le lors de la première de ces marches, menée par Hosea Williams et John Lewis[9],[10], en l'absence de Martin Luther King Jr.. 600 manifestants pour les droits civiques quittent Selma pour tenter de rejoindre Montgomery, la capitale de l'État, afin de présenter leurs doléances au moyen d'une marche pacifique. Ils sont arrêtés au bout de quelques kilomètres au pont Edmund Pettus par la police locale, sous les ordres du shérif Jim Clark (sheriff) (en)[11],[12],[13] et une foule hostile qui les repoussent violemment à coup de matraques et de gaz lacrymogène. Près de 84 blessés ont été dénombrés[14].

Les images d'Amelia Boynton Robinson, tombée sous les coups des policiers, et inanimée sur le pont Edmund Pettus, feront le tour du monde à la suite de leur publication par la presse nationale[15],[5],[16],[17].

Deuxième marche[modifier | modifier le code]

La deuxième marche[18] a eu lieu le mardi 9 mars 1965, en présence cette fois de Martin Luther King[19]. Elle a été qualifiée de « turnaround Tuesday », car le cortège a fait demi-tour en arrivant sur le pont Edmund-Pettus.

À la suite de la seconde marche, trois pasteurs unitariens blancs, qui avaient répondu à l'appel de Martin Luther King, furent attaqués en pleine rue à Selma par des membres du Ku Klux Klan[20],[21],[22]. Le pasteur James Reeb[23], originaire de Boston, est le plus sévèrement blessé des trois, et décédera deux jours plus tard de ses blessures à l'hôpital de Birmingham[24].

Troisième marche[modifier | modifier le code]

Seule la dernière marche[25] est arrivée avec succès à Montgomery. 3 200 marcheurs partent de Selma le dimanche 21 mars[26],[27],[28], parcourant 20 km par jour et dormant dans les champs. Au moment où ils atteignent le capitole de Montgomery, le jeudi 25 mars, les marcheurs sont 25 000. Martin Luther King prononce alors le discours « How Long, Not Long (en) » (Combien de Temps, Peu de Temps)[29],[30].

Dans la nuit, Viola Liuzzo, militante blanche des droits civiques, est assassinée par le Ku Klux Klan[31],[32] alors qu'elle ramenait des marcheurs dans sa voiture. Elle avait assisté le 18 mars à une manifestation dans son université et avait appelé son mari pour lui dire qu'elle irait à Selma, car « c'est le combat de tout le monde ».

Conclusion[modifier | modifier le code]

Moins de cinq mois plus tard, le président Lyndon B. Johnson signe le Voting Rights Act de 1965 interdisant les discriminations raciales dans l'exercice du droit de vote[33].

Postérité[modifier | modifier le code]

Panneau signalétique des marches de Selma à Montgomery.

L'itinéraire est désormais matérialisé en tant que Selma to Montgomery National Historic Trail, et suit la U.S. Route 80 entre Selma et Montgomery[34],[35].

Le film américain Selma (2014), réalisé par Ava DuVernay, a pour objet les marches de Selma à Montgomery[36],[37],[38].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en-US) « ACLU Archives: Selma-to-Montgomery Marches », sur ACLU of Alabama, (consulté le 16 janvier 2020)
  2. (en-US) History com Editors, « George Wallace inaugurated as Alabama governor », sur HISTORY (consulté le 16 janvier 2020)
  3. (en-US) « Selma to Montgomery March », sur The Martin Luther King, Jr., Research and Education Institute, (consulté le 16 janvier 2020)
  4. (en-US) « Jimmie Lee Jackson: The Murder that Sparked the Selma to Montgomery Marches of 1965 | National Underground Railroad Freedom Center », sur freedomcenter.org (consulté le 16 janvier 2020)
  5. a et b (en-US) « Amelia Boynton », sur Biography (consulté le 16 janvier 2020)
  6. (en-US) « THE BOYNTON FAMILY », sur selmacenter (consulté le 16 janvier 2020)
  7. (en) « Selma March | History, Date, Purpose, Importance, & Facts », sur Encyclopedia Britannica (consulté le 16 janvier 2020)
  8. (en-US) « Selma to Montgomery March », sur Encyclopedia of Alabama (consulté le 16 janvier 2020)
  9. (en-US) « Eyewitness », sur www.archives.gov (consulté le 16 janvier 2020)
  10. (en-US) A. B. C. News, « Hosea Williams and John Lewis Confront Troopers on Bloody Sunday, 1965 from A Look Back at Selma's Bloody Sunday », sur ABC News (consulté le 16 janvier 2020)
  11. (en-US) « James G. "Jim" Clark Jr. », sur Encyclopedia of Alabama (consulté le 16 janvier 2020)
  12. (en-US) « Sheriff died believing he was right », sur The Montgomery Advertiser (consulté le 16 janvier 2020)
  13. (en-US) Margalit Fox, « Jim Clark, Sheriff Who Enforced Segregation, Dies at 84 », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 16 janvier 2020)
  14. (en-US) « Jim Clark, 84; sheriff stunned the U.S. with violent response to Selma march », sur Los Angeles Times, (consulté le 16 janvier 2020)
  15. (en) Sheila Jackson Hardy et P. Stephen Hardy, Extraordinary People of the Civil Rights Movement, Paw Prints, (ISBN 9781439523575).
  16. (en-US) Margalit Fox, « Amelia Boynton Robinson, a Pivotal Figure at the Selma March, Dies at 104 », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 16 janvier 2020)
  17. (en-US) Matt Schudel, « Amelia Boynton Robinson, activist beaten on Selma bridge, dies at 104 », The Washington Post,‎ (lire en ligne)
  18. (en-US) « Selma-to-Montgomery, Alabama, Civil Rights Marches | Encyclopedia.com », sur www.encyclopedia.com (consulté le 16 janvier 2020)
  19. « De Montgoméry à Selma, avec Martin Luther King, 1965 », sur alternatives-non-violentes.org (consulté le 16 janvier 2020)
  20. (en-US) « Here are 5 facts about the Selma march you may not know », sur NBC News (consulté le 16 janvier 2020)
  21. (en) « The Racist History Behind The Iconic Selma Bridge », sur NPR.org (consulté le 16 janvier 2020)
  22. (en) Christopher Klein, « Remembering Selma’s “Bloody Sunday” », sur HISTORY (consulté le 16 janvier 2020)
  23. (en-US) « Reeb, James », sur The Martin Luther King, Jr., Research and Education Institute, (consulté le 16 janvier 2020)
  24. (en-US) « James Reeb of Casper, Martyr to Civil Rights | WyoHistory.org », sur www.wyohistory.org (consulté le 16 janvier 2020)
  25. (en-US) « Selma to Montgomery March », sur HISTORY (consulté le 16 janvier 2020)
  26. « 21 mars 1965 : Début de la troisième et dernière marche de Selma », sur Revue Des Deux Mondes, (consulté le 16 janvier 2020)
  27. « Selma-Montgomery, la marche pour une citoyenneté à part entière », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le 16 janvier 2020)
  28. Camille Lestienne, « Sur la route de Selma à Montgomery, une page de l'histoire américaine se tourne », sur Le Figaro.fr, (consulté le 16 janvier 2020)
  29. (en-US) « How Long, Not Long - Our God Is Marching On - Martin Luther King Speeches », sur www.mlkonline.net (consulté le 16 janvier 2020)
  30. (en-US) « Our God is Marching On! », sur The Martin Luther King, Jr., Research and Education Institute, (consulté le 16 janvier 2020)
  31. (en-US) Donna Britt, « A white mother went to Alabama to fight for civil rights. The Klan killed her for it. », The Washington Post,‎ (lire en ligne)
  32. (en-US) « The Murder of Viola Liuzzo: A Turning Point in Ku Klux Klan History », sur www.roosevelt.nl, (consulté le 16 janvier 2020)
  33. « 7 mars 1965: la marche de Selma à Montgomery », sur Franceinfo, (consulté le 16 janvier 2020)
  34. (en-US) « Alabama: Selma to Montgomery National Historic Trail (U.S. National Park Service) », sur www.nps.gov (consulté le 16 janvier 2020)
  35. (en-US) « Selma to Montgomery National Historic Trail », sur US Civil Rights Trail (consulté le 16 janvier 2020)
  36. Selma (lire en ligne)
  37. (en-GB) Alex Suskind, « How Ava DuVernay struck a chord with Selma », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 16 janvier 2020)
  38. (en-US) Steve Schapiro, « The Long Road », The New Yorker,‎ (ISSN 0028-792X, lire en ligne, consulté le 16 janvier 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]