Dégoût

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Mimiques de dégoût. Illustration du livre L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux de Charles Darwin (1872).

Le dégoût ou dégout est un sentiment élémentaire (comme la honte, joie, peur, surprise, tristesse...) éprouvé par une personne confrontée à ce dont elle n'a pas le goût[1] et/ou qu'elle rejette instinctivement ou culturellement avec une certaine violence.

Ce phénomène a des racines à la fois biologiques et culturelles (Fischer le considère comme « bio-culturel »[2], avec une forte composante émotionnelle[3].

Utilisation[modifier | modifier le code]

La notion est particulièrement utilisée dans le domaine de l'alimentation pour désigner des nourritures que le mangeur ne saurait ingérer du fait de raisons socioculturelles ou biologique. Néanmoins elle peut s'appliquer à toute chose, événement ou objet qu'une personne peut ne pas apprécier du tout:

  • odeur (la mémoire olfactive joue un rôle majeur dans certaines formes de dégout) ;
  • aliments (phobie alimentaire du fait de l'apparence, de l'odeur ou d'un souvenir associé à l'aliment , etc. en situation de grossesse ou dans le cas de certaines maladies[4],[5]). des phénomènes naturels de « néophobie alimentaire » sont observés chez les animaux et chez l'enfant[6] ;
  • image ou vision ; pour des raisons esthétiques ou de bon goût (du fait de ses couleurs, de formes utilisées, des personnages ou de leur position , etc.)[7],[8] ;
  • personne (du fait de sa saleté, ou des propos qu'il tient ou parce qu'elle est malade ou très agée[9]) ;
  • situation interpersonnelle (inceste par exemple[10] ou certaines formes de psychoses conduisant au dégoût de l'autre[11]) ;
  • situation où une personne se voit imposer de faire quelques chose contre son gré[12]etc.
  • situation évoquant le sentiment de souillure ou une souillure réelle (sang menstruel par exemple[13]).

Analyses philosophiques et sociologique[modifier | modifier le code]

Les philosophes et écrivains ont été nombreux à s'intéressent depuis longtemps au jugement de goût, qui a des relations avec les notions de bien, de bon et de mal[14],[15]

Une étude sociologique suggère que les femmes ont des scores bien plus élevés que les hommes sur l'échelle de sensibilité au dégoût[16].

L'Ethnologue Christiane Vollaire montre (notamment dans un livre publié en 2011) que dans certains métiers (médecine notamment) et dans certaine situations (face à la maladie par exemple), il existe un véritable « tabou du dégoût » [17]

Un autre thème d'étude est l'impact de l'image d'une entreprise sur son succès commercial ou les réactions de certains consommateurs (« La colère, le dégoût et le mépris conduisent-ils à des formes similaires de résistance du consommateur par rapport à la marque? » s'interrogent par exemple Perrin-Martinenq S et R Hussant-Zébian[18]

Neurologie[modifier | modifier le code]

Tout comme le plaisir correspond à l'activation de certains centres du cerveau, le dégout semble avoir des correspondances neuronales.

Et de même que dans le cas de facies exprimant le plaisir, l'angoisse ou le rire, la vision d'une expression de dégoût sur un visage active facilement chez celui qui la voit une empathie via l'activation des systèmes de neurones miroirs[19].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Talon-Hugon, C. (2002). Goût et dégoût (Doctoral dissertation).
  2. Fischler, C. (1989). Le dégoût: un phénomène bio-culturel. Cahiers de nutrition et de diététique, (5), 381-384.
  3. Merdji, M. (2002) L'imaginaire du dégoût: une approche anthropologique de l'univers émotionnel de l'alimentation ; Thèse de Doctorat de l'Université Paris 9 (résumé)
  4. Naudeau, J. (1789). Observations sur une maladie nerveuse accompagnee d'un degout extraordinaire pour les aliments. J Med Chir Pharmacol, 79, 197-200.
  5. Pezeril, C. (2011). Le dégoût dans les campagnes de lutte contre le sida. Ethnologie française, 41(1), 79-88.
  6. Hanse, L. (1994). La néophobie alimentaire chez l'enfant ; Thèse de Doctorat de l'université Paris 10 (résumé)
  7. Michaud, Y. (1999). Critères esthétiques et jugement de goût. Chambon.
  8. Talon-Hugon, C. (2003). Goût et dégoût: L'Art peut-il tout montrer?: les limites affectives de l'esthétisable. J. Chambon.
  9. Marché-Paillé, A. (2011). Le dégoût dans le travail d'assistance aux soins personnels, s'en défendre mais pas trop. Travailler, (2), 35-54.
  10. Faucher, L. (2007). Les émotions morales à la lumière de la psychologie évolutionniste; le dégoût et l’évitement de l’inceste. C. CLAVIEN et al, 108-141.
  11. Devallet, J., & Scherrer, P. (1939). Un cas de psychose de dégoût conjugal avec réaction infanticide. Ann. Med. Psy., 97ème année, Tome II, (1), 80-88.
  12. Schmitt, M. P. (2006). École et dégout littéraire. Lidil. Revue de linguistique et de didactique des langues, (33), 161-170.
  13. Mardon, A. (2011). Honte et dégoût dans la fabrication du féminin. Ethnologie française, 41(1), 33-40.
  14. Guillermit, L., & Kant, I. (1986). L'élucidation critique du jugement de goût selon Kant: suivie d'une traduction nouvelle de la première partie de la Critique du jugement (Critique de la faculté de juger esthétique). CNRS.
  15. Barrère J.B (1972) L'Idée de gout de Pascal a Valéry ; Paris: Klincksieck 1972. 308 S. 8° (Vol. 1). Klincksieck.
  16. (en) Jonathan Haidt, Clark McCauley, Paul Rozin, « Individual differences in sensitivity to disgust: A scale sampling seven domains of disgust elicitors », Personality and Individual Differences, vol. 16, no 5,‎ , p. 701–713 (DOI 10.1016/0191-8869(94)90212-7)
  17. Vollaire, C. (2011). Le tabou du dégoût. Ethnologie française, 41(1), 89-97.
  18. Perrin-Martinenq, D., & Hussant-Zébian, R. (2008, November). La colère, le dégoût et le mépris conduisent-ils à des formes similaires de résistance du consommateur par rapport à la marque? . In 1er Colloque international Consommation et résistance (s) des consommateurs (Vol. 28).
  19. RIZZOLATTI, G. (2006, December). Les systèmes de neurones miroirs. In Conférence à l'Académie des sciences, Paris (Vol. 12)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Berger, A. E. (1991). A vue de nez. Fragment d’une esthétique du dégoût. Europe, 69, 111-19.
  • Bourdieu, P. (1979). Le dégoût du “facile”. Bourdieu, Pierre, La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 566.
  • Hennion, A. (2006). Affaires de goût. Se rendre sensible aux choses. In Sensibiliser. La sociologie dans le vif du monde. Actes du colloque du CRESAL, Saint-Étienne, 20-22 octobre 2004 (pp. 161-174).
  • Richet, C. (1884). Les causes du dégoût. L’homme et l’intelligence. Fragments de physiologie et de psychologie, 41-84.