Château de Chanteloup (Indre-et-Loire)

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Château de Chanteloup
Image illustrative de l'article Château de Chanteloup (Indre-et-Loire)
Façade au nord
Période ou style Classique
Type château
Début construction 1760
Propriétaire initial Étienne François de Choiseul
Destination initiale Maison de plaisance
Protection  Inscrit MH (1937, 1994)
Logo monument historique Classé MH (1996)
Coordonnées 47° 23′ 28″ nord, 0° 58′ 13″ est[1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Touraine
Région Centre
Département Indre-et-Loire
Commune Amboise

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Chanteloup

Le château de Chanteloup se situait en Touraine, à proximité d'Amboise.

Célèbre pour avoir appartenu au duc de Choiseul qui s'y retira pendant sa disgrâce, il a été entièrement détruit au XIXe siècle.

Il n'en reste qu'une spectaculaire et célèbre fabrique de jardin : « La Pagode ».

Après plusieurs protections successives (première inscription en 1937), le domaine fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [2]. Ce classement comprenant le pavillon ouest, le pavillon est et leurs grilles, la maison du jardinier, le pavillon du concierge et la pagode. Sont inscrits au titre des Monuments historiques la sucrerie, la terrasse et le jardin.

Le château[modifier | modifier le code]

Le château fut élevé en 1715 par Jean d’Aubigny et Robert de Cotte, pour le compte de la Princesse des Ursins, et principalement décoré par Henri de Favanne, mais il fut considérablement étendu et transformé à partir de 1760 pour Étienne François de Choiseul (1719-1785), qui joua, à la cour de Louis XV, le rôle de principal ministre d'État entre 1758 et 1770.

Disgracié en 1770 pour avoir déplu à Madame du Barry, il se retire à Chanteloup jusqu'à la mort du Roi en 1774 et y reçoit des visiteurs venus de toute l'Europe, tenant une véritable cour et donnant de fastueuses réceptions.

Grâce à lui Chanteloup devient une magnifique résidence de campagne, entourée de beaux jardins, qu'on n'hésite pas à comparer à Versailles.

Les travaux, effectués sous la direction de l'architecte du duc de Choiseul, Louis-Denis Le Camus, commencent en 1760 et se terminent avec la construction de la Pagode.

Le Camus construit deux longues ailes ornées de colonnades et terminées l'une par une chapelle et l'autre par un « pavillon des Bains ». Il procède également à des aménagements intérieurs, dessine de nouveaux parterres et édifie de vastes communs.

« On entretenait un petit orchestre au château. Choiseul "avait six musiciens", précise Cheverny, "outre un jeune homme qui touchait supérieurement du clavecin ; soit lui, soit la duchesse jouaient aussi d'un piano-forte organisé[3]. Une pièce après le salon était destinée pour la musique, et tous les jours, de midi à une heure, on y exécutait en symphonie[4] ce qu'il y avait de mieux et de plus nouveau". Le duc engagea aussi un compositeur réputé, [l'organiste Claude] Balbâtre qui, selon [Jean-Jacques] Barthélemy, donnait à la duchesse des leçons de clavecin et se produisait lui-même en concert au piano-forte ou au clavecin devant la compagnie assemblée.[5] »

Le 3 décembre 1774, c'est encore l'architecte Le Camus qui signa sur place un marché, pour la construction du château de Leugny à Azay-sur-Cher (Indre-et-Loire).

Après la mort de Choiseul en 1785, les créances, entre autres du menuisier tourangeau Thomas Bodin à qui le fleuriste du château avait commandé des caisses pour les orangers, et de Jacques-Joseph Duquesne, ingénieur au château depuis 1779, qui mentionne l'intervention d'un plombier ayant fourni des bronzes pour la letterie et le Rocher et les ouvriers qui mirent en place le nouveau bosquet vert, furent enregistrées au bailliage d'Amboise.

Sa veuve cède le domaine au duc de Penthièvre, beau-père de la princesse de Lamballe.

En 1792, il devient bien national, puis l'administration du District d'Amboise le met sous séquestre et fait faire un inventaire de tout ce qui contient le château et les communs dont ses archives (Archives départementales d'Indre-et-Loire). Les ministres de l'Intérieur et des Finances réclament alors pour Paris notamment des tapisseries des Gobelins.

En 1794, il est saisi et vidé de son mobilier, partiellement transféré au Musée des beaux-arts de Tours, qui conserve depuis maints dessins et tableaux dont des Boucher peints pour Madame de Pompadour, une commode laquée de Demoulin, un grand bureau plat marqueté à cartonnier attribué à Simon Oeben.

Il est vendu aux enchères en 1802 à Jean-Antoine Chaptal (1756-1832), chimiste et ministre de l’Intérieur de Napoléon Ier.

Un "meuble" (mobilier) de salon composé de deux bergères et six chaises en bois sculpté et doré (avec tissu original brodé) estampillés vers 1745 par l'ébéniste Nicolas Q. Foliot, portant la marque des châteaux de Chanteloup et de Sceaux, ayant appartenu au duc de Penthièvre et décrit en 1794 au château, est conservé dans la collection Rothschild de Waddesdon Manor, Bucks, Grande-Bretagne (reprod. par Pierre Verlet dans Les meubles français du XVIIIe siècle P.U.F., 1982).

Chaptal cultive des betteraves dans le parc pour produire du sucre mais, à la suite de la faillite de son fils Jean Baptiste Marie, "vicomte Chaptal de Chanteloup", il charge son homme d'affaires et fondé de pouvoir Baudrand de vendre terres et bâtiments de 1823 à 1829. N'ayant pas trouvé preneur, le château est finalement vendu à un démolisseur appartenant à la sinistre Bande noire, association de liquidateurs de grands domaines fonciers qu'ils dépècent pour en vendre les matériaux, et sous les directives du banquier Enfantin, principal créancier du fils Chaptal.

La demeure est ainsi entièrement détruite à l'exception de la Pagode, acquise le 13 mars 1823 par le duc Louis-Philippe d'Orléans, avec 228 hectares de forêt (l'acte notarié parisien daté du 18 mars décrit sommairement l'édifice et la pièce d'eau); il n'en reste aujourd'hui que le pavillon dit du Concierge et deux pavillons de l'avant-cour encadrant la grille, visibles sur le tableau reproduit ci-contre.

La mairie d'Amboise conserve un grand plan aquarellé encadré intitulé Environs de Chanteloup, où figure au centre le domaine.

La Pagode[modifier | modifier le code]

La Pagode

La Pagode de Chanteloup s'élève à la lisière de la forêt d'Amboise, au bord d'une vaste pièce d'eau demi-circulaire qui se prolongeait au sud par un grand canal aujourd'hui engazonné et formant un boulingrin.

Située au sud du château au sommet d'une colline, elle formait le point de rencontre de huit longues avenues tracées dans la forêt d'Amboise.

Véritable temple dédié à l'Amitié, elle fut construite entre 1775 et 1778 par Le Camus à la demande du duc de Choiseul, comme un tribut élevé à la fidélité de ceux qui, bravant le Roi, venaient le visiter à Chanteloup durant sa disgrâce.

Au premier étage, Choiseul aurait fait graver les noms de ses visiteurs sur des tables de marbre blanc, ensuite retournées face contre le mur aux dires du colonel Thornton, touriste anglais en 1802, et de l'architecte Fontaine, chargé en 1823 par le duc Louis-Philippe d'Orléans d'examiner la pagode foudroyée ; en 1935, le résultat d'une éventuelle remise en place de ces tables fut jugé aléatoire par René-Edouard André, propriétaire du domaine.

Cette construction, et l'aménagement d'un grand « miroir d'eau » en demi-lune terminé par un grand canal dans laquelle elle se reflète, achevèrent la transformation des jardins de Chanteloup ; elle fut destinée à des fêtes nocturnes.

Devant l'absence de sources et les difficultés de recueillir des eaux de ruissellement, Choiseul fit venir de Valenciennes l'ingénieur hydraulique Pierre-Joseph Laurent, créateur des canaux, qui, afin d'amener les eaux de l'étang des Jumeaux, traça un canal à travers la forêt sur treize kilomètres, qui fut détruit à la Révolution de 1789 pour récupérer le plomb du réseau des canalisations...

Les pierres « dures, dorées, d'une magnifique patine » utilisées pour édifier la Pagode proviendraient de l'un des châteaux de Louise Marie Adélaïde de Bourbon, fille du duc de Penthièvre et femme du duc Louis Philippe d'Orléans (Philippe Égalité), la Bourdaisière, à Montlouis, détruit en partie à la suite d'un caprice de Choiseul (ce château a été reconstruit sous la Terreur par Armand Joseph Dubernad).

Haute de 44 mètres, la Pagode comporte six étages, en retrait les uns sur les autres (principe de la longue-vue), qui reposent sur un péristyle circulaire de seize colonnes et seize piliers.

La silhouette générale évoque ces « chinoiseries » de fantaisie en vogue au XVIIIe siècle, comme celle des Jardins botaniques royaux de Kew (Kew Gardens), près de Londres, édifiée par William Chambers pour la princesse de Galles - lourde construction cylindrique en briques reposant sur un énorme soubassement - d'où le nom de « Pagode », mais la colonnade, les quatre balcons de ferronnerie et toute la décoration sont de pur style Louis XVI.

L'audace de l'architecte, qui a construit chaque étage « en coupole » est d'avoir coupé chacune d'elles, supportant les étages, par l'escalier intérieur de 149 marches qui monte jusqu'au sommet.

Il semble que sa structure ne doive rien au hasard : elle a été construite au point de convergence de sept allées forestières longues de trois lieues chacune, elle compte sept étages, l'escalier d'entrée à sept marches, elle est surmontée d'un globe doré symbolisant le soleil et la pièce d'eau à ses pieds a la forme d'une demi-lune.

Sans qu'on puisse l'affirmer, il faut peut-être y voir un symbolisme maçonnique, très en vogue à l'époque[6] .

Pagode de Chanteloup et le pavillon du Concierge

La Pagode a été restaurée en 1908-1910 sous la direction de l'architecte et ingénieur René Édouard André, fils du célèbre botaniste, architecte et paysagiste Édouard André (1840-1911) auteur de L'art des Jardins, traité général de la composition des parcs et jardins (Paris, Masson, 1879), et appartient à ses descendants.

Les "anciens jardins de Chanteloup : parties comprenant des parties architecturées (...) le site en terrasse de la pagode (..), le pavillon dit du Concierge ; une partie du parc boisé entourant l'ancien grand canal" ont été inscrits à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques les 30 mai et 11 juillet 1994[2].

Le pavillon du Concierge, construit à l’entrée de l’esplanade de la Pagode, abrite aujourd'hui une exposition de reproductions de plans, tableaux qui permettent de se faire une idée de la splendeur passée du domaine.

Éléments du décor sculpté identifiés subsistant en Touraine :

  • deux grands vases en marbre de forme dite "Médicis", godronnés, sur l'esplanade - côté ville - du pont Wilson à Tours ;
  • une paire de sphinges encadrent l'allée d'honneur du château de Chenonceau ;
  • deux hautes colonnes de pierre à fût cannelé dans le parc du château de Valmer à Chançay.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  2. a et b Notice no PA00097507, base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. « Le piano-forte organisé est un instrument de salon hybride tenant du piano et de l'orgue, qui a connu un certain succès dans les dernières décennies du XVIIIe siècle. »
  4. En symphonie : en ensemble instrumental.
  5. De Saint-Aulaire, « Lettres à Madame du Deffant », 10 octobre 1772, in : Correspondance complète de Marie de Vichy, marquise du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélémy, ..., Paris, 1877. Cité par Claude Petitfrère, dans : « De Versailles à Chanteloup, la disgrâce de Choiseul (1770-1785) », Bulletin de la Société archéologique de Touraine, LXI, 2015, p. 193-205 (p. 202-203).
  6. La France mystérieuse, Sélection du Reader's Digest, 2001, p. 154

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René-Edouard André, Document inédits sur l'histoire du château et des jardins de Chanteloup, texte de sa communication à la Société de l'Histoire de l'Art Français, bulletin, 1er fascicule (Librairie Armand Colin, 1935, p. 21-39, ill. de photographies et de plans, dont celui gravé par Le Rouge en 1775, et un plan colorié inédit)
  • « La pagode de Chanteloup, Amboise », in Caroline Holmes, Folies et fantaisies architecturales d'Europe (photographies de Nic Barlow, introduction de Tim Knox, traduit de l'anglais par Odile Menegaux), Citadelles & Mazenod, Paris, 2008, p. 124-125 (ISBN 978-2-85088-261-6)
  • Farid Abdelouahab (dir.) (préf. Jack Lang), Regards objectifs : Mieusement et Lesueur photographes à Blois, Paris, Somogy, , 183 p. (ISBN 2-85056-436-2), p. 127
    Photographie de Séraphin-Médéric Mieusement de la pagode de Chanteloup en 1865.
  • Chanteloup, un moment de grâce autour du duc de Choiseul catalogue de l'exposition au Musée des Beaux-Arts de Tours, 7/04/-8/07/2007 (éditions Somogy).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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