Gabelle du sel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Bail des gabelles (1687).

La gabelle est une taxe royale sur le sel ayant existé en France au Moyen Âge et à l'époque moderne. C'était alors l'une des aides ou taxe indirecte. Les gabelous se chargeaient de la récolte de la gabelle.

Le substantif féminin[1],[2],[3],[4] gabelle a été emprunté[1],[2] — peut-être par l'intermédiaire du provençal[4] gabela[4] — à l'italien[1],[2] gabella[1],[2] qui aurait été lui-même emprunté à l'arabe[2] qabāla[2],[5] . Le mot désignait à l'origine un impôt indirect, prélevé notamment sur des articles de la production industrielle ou agricole en France durant le Moyen Âge et l'Ancien Régime (gabelle des vins, des draps, du blé)[6]. À partir de 1350, le terme est réservé au sel[7].

Principe[modifier | modifier le code]

Le principe général est le suivant : le sel fait l'objet d'un monopole royal. Il est entreposé dans des greniers à sel, où la population l'achète taxé et en toute petite quantité. La gabelle représente, à l'époque moderne, environ 6 % des revenus royaux.

Le sel fut longtemps le seul moyen de conserver les aliments et était donc un élément stratégique. Avec le sel, on fabriquait des salaisons et l'on séchait poissons et viandes douces. Il était également un composant nutritif indispensable pour le bétail. Enfin, il fut sous l'Ancien Régime utilisé comme monnaie d'échange et il possédait même une fonction de salaire, dont on retrouve le sens étymologique dans salarium en latin qui signifiait « ration de sel » puis, par extension, la pratique du traitement, du salaire à l'époque romaine.

Histoire en France[modifier | modifier le code]

Cette redevance existait à l'époque romaine. Il ne semble n'être apparu dans le royaume de France que sous les capétiens. On trouve une première mention sous le règne de Louis IX, en 1246, dans les privilèges et coutumes qu'il donne à Aigues-Mortes : Sed neque Gabellæ Salis, seu alterius mercimonii possint ibi fieri contra homines villæ.. Philippe VI de Valois confirme ce privilège de non imposition du sel à Aigues-Mortes dans des lettres de février 1350. On peut en déduire que cet impôt était alors connu. Charles d'Anjou, frère de Louis IX avait établi une gabelle sur le sel dans ses domaines d'outre-Rhône, en terre d'Empire[8], mais Charles d'Anjou n'a fait que reprendre des dispositions adoptées par les comtes de Provence de la maison de Barcelone qui s'étaient attribués le monopole le l'achat et de la vente du sel[9],[10]. Le roi de France, avant l'établissement de la gabelle du sel, possédait le salin de Carcassonne et avait acheté le salin bien plus important de Peccais près d'Aigues-Mortes[11].

Sous Philippe le Bel le sel se vendait librement à Paris. Il en est de même sous Louis le Hutin comme le montre une ordonnance datée du 25 septembre 1315 dans laquelle il se plaint que des particuliers en faisaient des amas considérables pour faire monter son prix. Il commet alors des personnes qui doivent visiter les lieux où il y a du sel caché et les autorise à le mettre en vente au juste prix. Herbert S. Foxwell suppose que cette possibilité de s'enrichir par la vente du sel a donné au roi l'idée de faire la vente du sel à son profit car dans son ordonnance du 25 février 1318, Philippe V le Long déclare que cette imposition de gabelle « moult déplaisant au peuple » ne serait pas perpétuelle. Du Cange écrit dans son article Gabella salis qu'une ordonnance de Philippe le Long de 1331 il est écrit que pour subvenir aux frais de la guerre, il établit dans tout le royaume des greniers à sel dont les juges sont nommés souverains-commissaires, conducteurs et exécuteurs des greniers et gabelles.

L'ordonnance de Philippe VI de Valois du 15 février 1345 est presque mot pour mot la même que celle de 1318 et peut être considérée comme un renouvellement. Les guerres continuelles soutenues par Philippe VI l'ont amené à augmenter cette imposition. C'est ce qu'il exprime dans l'ordonnnce du [12]. Cette ordonnance prévoir un premier établissement de greniers et une ébauche d'administration financière spéciale aux gabelles et aux greniers. Cet impôt ne change alors rien à la liberté de commerce du sel. Ce que confirme le règlement pour la police générale du royaume fait par Jean II le Bon le 30 janvier 1350 dans lequel le sel est soumis aux mêmes lois que les autres denrées. Pour soutenir la guerre contre les Anglais, le roi fait réunir les États de Languedoïl et coutumiers en 1355. Une ordonnance du 28 décembre 1355 arrête que, pour soutenir les frais de l'armée, il est imposé dans tout le pays coutumier, sur le sel, une gabelle levée suivant certaines instructions dressées à ce sujet. En mars 1356, le roi rend une ordonnance indiquant qu'après avoir réuni les États de Languedoïl, du pays coutumier et deçà de la rivière de Dordogne pour avoir conseil sur le fait des guerres et des mises nécessaires, la majorité des personnes des trois États avaient acceptées une imposition de 8 deniers pour livre et la gabelle du sel, mais si ces aides étaient insuffisantes et désagréables au peuple, les États avaient décidé de se réunir en mars 1356. Ayant constaté que ces aides n'étaient pas suffisantes et la gabelle n'était pas agréable, ils ont accepté d'accorder une aide au roi mais en supprimant la gabelle. Cependant, pendant l'emprisonnement du roi à Londres, les États se sont réunis à Compiègne en mai 1358 et ont voté une seconde augmentation du prix du sel. Il est alors décidé que des greniers doivent être établis dans les bonnes villes du royaume, que le roi achète le sel aux marchands et les grenetiers le revendent pour le compte du roi un cinquième de plus. Les lettres patentes de Charles V le Sage, alors régent du royaume, du 9 août 1359 confirment l'établissement de ces greniers à sel et la levée de la gabelle du sel. L'ordonnance d'octobre 1359 fixe le prix du sel. Les États des sénéchaussées de Beaucaire et de Nîmes ont accordé au roi un droit de gabelle qui devait finir en avril 1363, mais le 20 avril, le roi a pris une ordonnance pour continuer à percevoir cette gabelle. Le droit de gabelle n'est payé qu'une seule fois, on est ensuite libre de vendre le sel. Ceux qui avaient payé la gabelle recevaient une quittance pour prouver qu'ils avaient payé la gabelle. Face aux plaintes exprimées par les États tenus à Compiègne en 1366 ou 1367, le roi rend une déclaration le 19 juillet 1367 réduisant de moitié la gabelle. La gabelle est établie en Languedoc en 1367 mais pas en Dauphiné. Pour réprimer les fraudes qui en résultaient, Charles V donne des lettres patentes le 15 mai 1367 imposant la gabelle au sel qui sort du Dauphiné. Bien que la gabelle du sel n'a été prévue que pour un temps, elle a continué à être prélevée.

Au XIVe siècle les plaintes commencent, elles ne cesseront plus. « En ce mois de mars 1343, dit le continuateur de Nangis, notre roy Philippe mit sur le sel une exaction dite gabelle, d’où il acquit la male grâce du peuple ». À la même époque (1342), sont créés les Greniers à sel, tribunaux chargés de juger toutes les contraventions relatives à la gabelle et dont les appels, plus tard, durent être portés devant la cour des aides. En 1343, par ordonnance du roi, le sel devient un monopole d'État. Taxe modeste d'abord, de 2 deniers par minot ; sous Charles V, elle est déjà de 8 sous et l’impôt, malgré de solennelles promesses, devient permanent.

L'histoire de la gabelle jusqu'en 1661 a été divisée en trois étapes par Eugène-Pierre Beaulieu :

  • de 1342 à 1547 : le sel est soumis à une taxe, variant dans le temps et les provinces, mais son commerce est libre, au moins en principe. La vente en gros est monopolisée par le roi. Les vendeurs au détail, ou regrattiers, doivent le lui acheter. Après la mort de Charles V, l'organisation qu'il a réussi à mettre dans les revenus de la couronne va disparaître, entre 1383 et 1435. Charles VII a remis en place l'organisation de la gabelle, de la taille et des aides.
  • par les lettres patentes du 4 janvier 1547, l'État se réserve le monopole de la vente du sel dans des greniers, mais n'exerce pas lui-même la vente, il s'en dessaisit au rpfit de marchands adjudicataires qui la prenne à bail après enchères. Les baux sont consentis pour dix ans pour au moins un grenier et au plus trois. Outre-Seine et Bourgogne. Rien n'est modifié dans le Midi. Pour l'ouest et le sud-ouest, François Ier et Henri II vont y introduire progressivement la gabelle au prix de révoltes réprimées durement, comme à Bordeaux. Dès 1559, les marchands adjudicataires vont tenter de se réunir. Cela aboutit en 1578 avec la ferme générale des droits de gabelle.
  • vers 1598 s'ouvre la troisième période, Sully va opérer la réunion des droits de gabelle et de « fournissement des greniers » qui est un monopole. Ils sont affermés dans les pays de gabelles. La ferme générale des grandes gabelles est cédée par le bail du 3 décembre 1598 à la compagnie dont Claude Josse est le prête-nom.

La gabelle est abolie par l'Assemblée nationale constituante le [13], c'est Prieur de la Marne qui présente le rapport de suppression. Mais l’impôt sur le sel réapparut néanmoins en 1806, sous Napoléon Ier. Supprimé à nouveau sous la Seconde République, il ne fut supprimé définitivement que par la loi de finances de 1945[14].

Recouvrement[modifier | modifier le code]

Comme pour beaucoup de taxes et impôts royaux, la gabelle est souvent « affermée », c'est-à-dire confiée à des intermédiaires (les fermiers) qui avancent son produit au roi, à charge pour eux de recouvrer les sommes dues par la population.

En 1653, six fermes subsistaient : celles des gabelles de France, celle des gabelles de Languedoc et Lyonnais, celles des gabelles de Dauphiné, Provence et douane de Valence, celle des gabelles de Lorraine, celles des trente-cinq sols de Brouage et celles des crues d'Ingrande.

En 1667, les fermes du sud du royaume sont réorganisées et divisées en deux fermes : celles des gabelles de Lyonnais, Dauphiné et Provence et celles des gabelles de Languedoc, Roussillon et Cerdagne. En 1668, la ferme des gabelles de France est unie aux cinq Grosses fermes, aux aides et aux entrées, l'ensemble formant les Fermes unies.

En 1682, la ferme des gabelles de Lyonnais, Dauphiné et Provence est rattachée aux Fermes unies. En 1685, la ferme des gabelles de Languedoc, Roussillon et Cerdagne leur est, à son tour, rattachée.

Affermé depuis 1678, Colbert confie le recouvrement de l'impôt sur le sel à une compagnie de traitants : La Ferme ou Gabelle, souvent aussi intitulée Ferme du Roi. Il crée un seul et unique établissement financier en remplaçant les greniers à sel. Dans chaque province des fermiers généraux, dirigeant les gabelous (employés contrôleurs), administrent leur circonscription. La Ferme paie au Roi une somme fixe et se rembourse ensuite sur les sujets comme bon lui semble, même si la rémunération du fermier est en principe réglementée[15]. Pour tirer le maximum de profit, la ferme multiplie les visites domiciliaires et utilise tous les moyens pour parvenir à ses fins. Dans les pays de « grande gabelle », le contribuable n'est pas libre d'acheter la quantité de sel qui lui convient : la Ferme fixe ce qui doit lui être acheté.

Cette quantité minimale s'appelle le « Sel de devoir pour le pot et la salière ». Les officiers et les établissements charitables jouissent du droit de « franc salé » et achètent le sel sans taxe. Ils peuvent même recevoir la valeur en argent du sel qu'ils ne veulent pas utiliser.

Au début du XVIIIe siècle, on compte 253 greniers dans l'ensemble des régions de grande gabelle dont 110 le long de la Loire. En 1774, la gabelle représente près du tiers des revenus de la Ferme générale[7].

Pays de gabelle[modifier | modifier le code]

Carte des gabelles en 1789

La perception de la gabelle n'est pas uniforme. L'ordonnance du mois de , sur le fait des gabelles, entérina la division du royaume en six ensembles obéissant à des règles différentes : les pays de grande gabelle, de petite gabelle, de salines, rédimés, de quart-bouillon et de franc-salé.

Dans les pays de grande gabelle[16],[17],[18], on devait acheter obligatoirement une quantité fixe annuelle de sel, ce qui transforme la gabelle en un véritable impôt direct. Il s'agissait des douze généralités[19] suivantes[20] : Paris (Île-de-France[16]) ; Amiens et Soissons (Picardie[16]) ; Châlons (Champagne[16]) ; Dijon (Bourgogne) ; Orléans (Orléanais[16]) ; Moulins (Bourbonnais[16]) ; Bourges (Berry[16]) ; Tours (Anjou[16], Maine[16] et Touraine[16]) ; Caen (Basse-Normandie, à l'exception des pays de quart-bouillon), Alençon (Moyenne-Normandie et Perche) et Rouen (Haute-Normandie).

Dans les pays de petite gabelle[16], la vente du sel était assurée par des greniers à sel, mais la consommation y était généralement libre. Il s'agissait des généralités suivantes : Lyon (Beaujolais, Forez et Lyonnais) ; Grenoble (Dauphiné[16]) ; Rouergue ; Aix (Provence[16]), Montpellier et Toulouse (Languedoc[16], Vivarais et Gévaudan) ; Perpignan (Roussillon[16]). Mâconnais, Bugey, Bresse, pays de Dombes et une petite partie de l'Auvergne.

Les pays de salines étaient les généralités de Nancy (Lorraine), Besançon (Franche-Comté), Metz (Trois-Évêchés). Réthelois, duché de Bar, une partie de l'Alsace et du Clermontois.

Dans le pays de quart-bouillon[16],[21], le sel était récolté en faisant bouillir une saumure obtenue grâce au lessivage de sable imprégné de sel de mer. Les salines versaient le quart de leur fabrication aux greniers du roi. Il comprend, à l'époque moderne, le bailliage de Cotentin, les vicomtés de Domfront et de Vire, cinq sergenteries de la vicomté de Bayeux (Isigny, Cerisy, Saint-Clair, Thorigny et Veys) ainsi que, enclavées dans le pays d'Auge, les quatre paroisses de Bonneville-sur-Touques, Saint-Pierre-de-Touques, Saint-Thomas-de-Touques et Trouville (auj. Trouville-sur-Mer).

Les pays rédimés[16],[22] avaient, par un versement forfaitaires sous Henri II pour 1 750 000 livres de l'époque, acheté une exemption à perpétuité : Poitou, Limousin, Auvergne en partie, Saintonge, Angoumois, Périgord, Quercy, Bordelais, Guyenne, des pays de Foix, de Bigorre et de Comminges.

Les pays exempts[16], ou pays de franc-salé[23], qui sont les provinces qui ne la subissaient pas avant leur rattachement à la couronne[7], étaient les pays exemptés de tout droit de gabelle. Il s'agissait de la Bretagne[16], du Boulonnais[16], du Calaisis, de l'Artois[16], de la Flandre[16], du Hainaut[16], du Cambrésis, la principauté de Sedan et de Raucourt, du pays de Gex, du territoire d'Arles, du Nébouzan, du Béarn[16], de la Soule, de la Basse-Navarre, du Labourd, de l'île de Ré, de l'île d'Oléron, d'une partie de l'Aunis et d'une partie du Poitou.

Necker, dans son ouvrage sur les finances de la France de 1784 tome 2, note aussi les Francs-salés : c'est le nom que l'on donne aux distributions de sel de la part du roi aux personnes qui occupent de grandes places ou charges distinguées dans la magistrature : distribution gratuite ou à un prix inférieur au cours.

Exemple[modifier | modifier le code]

La Croixille, actuellement dans le département de la Mayenne, paroisse du Maine, province de grande gabelle, est limitrophe de la Bretagne, province de franc salé. L'énorme disproportion entre le prix du sel dans les deux provinces entraînait, sur la frontière constituée par la rivière de la Vilaine, une contrebande et une guérilla perpétuelle entre les gabelous et les faux-sauniers et ce, malgré les rigueurs de la loi. Lorsque la Bretagne fut rattachée au royaume de France, ce fut sous la condition que ses privilèges, droits et coutumes seraient inchangés. L'impôt sur le sel ne lui a donc pas été appliqué. C'est ainsi que, quand le sel valait 11 à 13 sols la livre à La Croixille, il ne valait, dans la paroisse limitrophe qu'un sol. En d'autres termes, le sel se payait, à La Croixille, 55 à 60 livres le minot (environ 50 kg) alors que sur l'autre rive de la Vilaine, en Bretagne, pays franc, il ne valait que 2 à 3 livres.

Cet impôt instaure une séparation radicale entre la Bretagne et l'Anjou et le Maine et amène une contrebande effrénée à chaque frontière de pays franc et de pays de grande gabelle. C'est la création, selon Françoise de Person, d'« un pays en marge, celui où la fraude est reine ».

Contrebande[modifier | modifier le code]

Elle figure parmi les taxes les plus impopulaires et a engendré une contrebande spécifique, celle des « faux-sauniers » ou « faux-saulniers ». Un des faux-sauniers les plus connus par le nombre de ses arrestations (ainsi que les autres membres de sa famille) est Jean Chouan.

Le faux-saunier était un contrebandier qui allait acheter, par exemple en Bretagne, sur l'autre rive de la Vilaine, du sel qu'il revendait dans le Maine, après l'avoir fait passer en fraude sans payer la gabelle. Il encourait la condamnation aux galères s'il travaillait sans armes, la peine de mort s'il avait des armes. Entre 1730 et 1743, 585 faux-sauniers furent déportés en Nouvelle-France pour aider au peuplement de la colonie[24].

De même, au fil de la Loire, la grande route du sel depuis les marais de l'Atlantique jusqu'au cœur de la France amène une contrebande effrénée sur terre comme sur eau.

Sous Louis XVI, la situation n'avait pas changé. En Bretagne, la livre de sel coûtait au plus un liard et demi (3/8 sous) quand dans le Maine « pays de gabelle », elle se payait 12 à 13 sous ; d'où la fréquence de la contrebande ou « faux-saunage ». Les gabeleurs, en bas-mainiot « les gabeleux », étaient les commis de la ferme. Ils étaient notamment chargés de recouvrer la gabelle.

Les chemins de la contrebande pouvaient mener à la misère, la prison, voire les galères. Faux-saunier, à l'imitation d'une population en quête de sa survie, Jean Chouan est le représentant d'un combat contre un régime fiscal inique. À l'époque, le trafic de sel faisait l'objet d'une intense contrebande aux frontières intérieures. On estimait qu'il y avait près de la moitié de la population riveraine des marches de Bretagne qui vivait plus ou moins de ce faux-saunage, soit comme transporteur, soit comme receleur, soit comme revendeur.

La législation contre les fraudes est sévère : les peines vont du fouet et la flétrissure aux galères, à la déportation et à la peine de mort. La dureté des punitions semble avoir été sans effet sur la contrebande[7].

Soulèvements populaires[modifier | modifier le code]

Elle est également à l'origine de soulèvements populaires. Le plus important d'entre eux est probablement celui de 1542 à 1548, à la suite de la tentative d'unification par François Ier des régimes de la gabelle : le Bordelais, l'Angoumois et la Saintonge se révoltent. Des notables et le gouverneur général de Guyenne sont massacrés. Le connétable Anne de Montmorency rétablit l'ordre dans le sang, mais Henri II doit fléchir et laisser les provinces revenir à leur statut antérieur. Elles seront ensuite qualifiées de « rédimées ».

En 1639, la tentative de suppression du « quart-bouillon » provoqua la révolte des Nus-Pieds en Normandie.

Instaurée en 1661 en Roussillon par Louis XIV, la gabelle est à l'origine de la révolte des Angelets (1667-1675).

En 1675, pendant la révolte des Bonnets rouges survenue en Bretagne et déclenchée par des mesures fiscales sur le papier timbré, le tabac et la vaisselle d'étain, la simple évocation de la gabelle peut mettre le feu aux poudres comme fin juillet 1675 au cours du pardon de Saint-Urlo.

À l'inverse, la suppression de la gabelle, le , fut l'une des causes, selon Abel Hugo, de la chouannerie car elle réduisit à la misère plus de 2 000 familles qui ne vivaient que du commerce frauduleux du sel[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Gabelle », dans le Dictionnaire de l'Académie française, sur Centre national de ressources textuelles et lexicales (consulté le 6 mars 2016).
  2. a b c d e et f Définitions lexicographiques et étymologiques de « gabelle » (sens A) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales (consulté le 6 mars 2016).
  3. Entrée « gabelle » [html] dans Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, t. 2 : D – H (monographie, dictionnaire), Paris, Hachette, , 1136 p., in-4o (notice BnF no FRBNF30824717, lire en ligne), p. 1809 [fac-similé (page consultée le 6 mars 2016)].
  4. a b et c Entrée « gabelle » [html], sur Dictionnaires de français (en ligne), Larousse (consulté le 6 mars 2016).
  5. D'autres étymologies ont aussi été données :
    * Gilles Ménage, dans Les origines de la langue française], répertorie les différentes origines possibles du mot ;
    * Guichard le fait dériver du mot hébreu gab qui désigne une redevance,
    * Charles du Fresne, sieur du Cange, le rapproche du mot gablum, du saxon gabel qui signifie tribut
    * Eugène-Pierre Beaulieu rapproche le mot gabelle du latin gabella ayant donné par contraction gablium, gaulum, puis gablagium, gablaigium, gabalum, gabulum, gavelum, gavulum, hagabulum qui ont le sens général de « redevance ».
  6. Définition, TLFI, Le Trésor de la Langue Française informatisé (1971-1994).
  7. a b c et d Jean-Joël Brégeon, « Gabelle, faux-sauniers et gabelous », Nouvelle Revue d'Histoire, n° 75 de novembre-décembre 2014, p. 47-49.
  8. Jacques de Romefort, L'ancêtre de la gabelle : le monopole du sel de Charles d'Anjou, dans Revue historique de droit français et étranger, 1954, p. 263-269
  9. Jacques de Romefort, Aux origines provençales de la gabelle. Le monopole du sel à Tarascon en 1150, dans Provence historique, 1956, numéro spécial, p. 59-63 (lire en ligne)
  10. Alain Venturini, « Le sel de Camargue au Moyen Âge », dans sous la direction de Jean-Claude Hocquet, Jean-Luc Sarrazin, Le sel de la baie, Presses universitaires de Rennes (collection Histoire), Rennes, 2006, p. 365-392, (ISBN 978-2-75350276-5) (lire en ligne)
  11. Edmond Meynial, Études sur la gabelle du sel avant le XVIIe siècle en France, dans Tijdschrift voor Rechtsgeschiedenis. Revue d'Histoire du Droit, 1922, volume 3, no 2, p. 119 –162
  12. Frédéric Pommier et Flora Bernard, « 20 mars 1342 : Instauration de la gabelle », sur France inter, (consulté le 16 mars 2018).
  13. Françoise Deshairs et Véronique Faucher, Briançon, ville forte du Dauphiné, livre + CD-ROM, La Maison d'à-côté et Fortimédia, (ISBN 2-930384-15-8), 2006, sur le CD-ROM.
  14. Jean Chazelas, La suppression de la gabelle du sel en 1945 - Le rôle du sel dans l'histoire : travaux préparés sous la direction de Michel Mollat du Jourdin (Presses universitaires de France, 1968), p. 263-65.
  15. Jean Kappel, « Les fermiers généraux », Nouvelle Revue d'Histoire, n° 75 de novembre-décembre 2014, p. 51-53.
  16. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w et x Entrée « gabelle » [html], sur Encyclopédie (en ligne), Larousse (consulté le 6 mars 2016).
  17. Jean-Maurice Berton, « gabelle », dans Jean-François Sirinelli (dir.), Dictionnaire de l'histoire de France (monographie, dictionnaire), Paris, Larousse, [2e éd.] (1re éd. ), 1176 p. (ISBN 2-03-582634-9 et 978-2-03-582634-3, OCLC 421619234, notice BnF no FRBNF40925123, lire en ligne), p. 379 [fac-similé (page consultée le 6 mars 2016)].
  18. Bernard Barbiche, Les institutions de la monarchie française à l'époque moderne (XVIe – XVIIIe siècle) (monographie), Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige / Manuels », , XI-430 p. (ISBN 2-13-060678-4 et 978-2-13-060678-9, OCLC 812531194, notice BnF no FRBNF42746327, présentation en ligne) [lire en ligne (page consultée le 7 mars 2016)].
  19. José-Ramón Cubero, Une Révolte antifiscale au XVIIe siècle : Audijos soulève la Gascogne (1664-1675), Imago, , p. 22 [aperçu (page consultée le 6 mars 2016)].
  20. Gabriel Dubois, La saga capétienne : d'Hugues Capet à Louis XVI, Tempora, coll. « histoire et société », [lire en ligne (page consultée le 6 mars 2016)].
  21. Entrée « quart-bouillon » [html], sur Dictionnaires de français (en ligne), Larousse (consulté le 6 mars 2016).
  22. Entrée « rédimé » [html], sur Dictionnaires de français (en ligne), Larousse (consulté le 6 mars 2016).
  23. Définitions lexicographiques et étymologiques de « franc-salé » (sens → pays de franc-salé) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales (consulté le 6 mars 2016).
  24. [1].
  25. Abel Hugo, France militaire tome 2, page 1.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ordonnance de Louis XIV de mai 1680 sur le fait des gabelles, chez les libraires associés, Paris, 1748 (lire en ligne)
  • Encyclopédie méthodique - Finances, chez Panckouke, Paris, 1785, tome 2, p. 300-351 (lire en ligne)
  • Jules Le Fizelier, La Gabelle dans le Maine et l'Anjou (1515-1789), 1859 [lire en ligne].
  • Louis Roubet, Le faux-saunage, dans les Mémoires de la société des antiquaires du centre, année 1867, en tiré à part à Bourges : chez E. Pigelet, 1868, 13 p. [lire en ligne].
  • Alfred Spont, « La gabelle du sel en Languedoc au XVe siècle », dans Annales du Midi, 1891, 3e année, no 12, p. 427-481 (lire en ligne)
  • Eugene-Pierre Beaulieu, Les gabelles sous Louis XIV, Berger-Levrault, Paris, 1903 ; 232p. (compte-rendu par Ph. Sagnac, dans Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 1903, tome 5, no 7, p. 493-495)
  • Stéphane-Claude Gigon, La Révolte de la gabelle en Guyenne, 1548-1549, Paris, H. Champion, 1906.
  • Jean-Marie Vallez, « Circonscriptions et régimes de l'impôt sur le sel de Normandie », dans Annales de Normandie, 1982, volume II, hors-série, p. 549-565 (lire en ligne)
  • Jean-Claude Hocquet, Le sel et le pouvoir - De l'an mil à la Révolution française, Albin Michel, 1985 (ISBN 2-226-02200-7).
  • Sous la direction de Jean-Claude Hocquet, Le Roi, le Marchand et le Sel (actes de la table ronde L'impôt du sel en Europe XIIIe-XVIIIe siècle, Arc-en-Senans, 23-26 août 1986, Presses de l'université de Lille, Lille, 1987 (ISBN 2-85939-313-7) (aperçu)
  • Bernard Briais, Contrebandiers du sel : La vie du faux saunier au temps de la gabelle, Paris : Éditions Aubier Montaigne, 1984, 287 p. (ISBN 2-7007-0363-4).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]