Château de Bellevue (Meudon)

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Château de Bellevue
Bellevue, Château - 1.jpg

Le château de Bellevue au temps de Mme de Pompadour. Vue depuis la cour.

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Le château de Bellevue était un château construit au milieu du XVIIIe siècle pour Madame de Pompadour à Meudon (Hauts-de-Seine), sur le bord du plateau dominant la Seine. Son état d'apogée a coïncidé avec toute la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il ne faut pas le confondre avec le château de Meudon voisin. De nos jours, il n'en subsiste que de rares vestiges.

Histoire[modifier | modifier le code]

Un château construit pour Mme de Pompadour (1748-1757)[modifier | modifier le code]

Mme de Pompadour, peinte par Boucher, 1759.

En 1748, Louis XV achète un terrain situé sur le plateau de Meudon, entre le château de Meudon et celui de Saint-Cloud. Le directeur général des Bâtiments du Roi, Le Normant de Tournehem, complète la propriété en négociant des achats et des échanges avec des particuliers et des religieux, et le Premier architecte du Roi, Ange-Jacques Gabriel, propose des projets pour y construire une résidence de plaisance qui doit s'appeler Bellevue, en référence au magnifique panorama qui se découvre depuis cette propriété. Ce terme de "Bellevue" préexistait dès le XVIIe siècle, puisqu'il désignait le cabinet de la "Belle Veuë", qui terminait les jardins du château de Meudon, du côté du bastion des Capucins.

Dès l'année suivante, le roi cède le terrain à Madame de Pompadour, qui s'adresse à son architecte préféré, Jean Cailleteau dit « Lassurance » (Lassurance le jeune). Assisté par Jean-Charles Garnier d'Isle pour les jardins, ce dernier édifie très rapidement le château de Bellevue, dont les travaux sont achevés dès 1750. Alors même que la mauvaise qualité du sol exigea de profondes fondations, le chantier fut mené tambour battant : jusqu'à 800 ouvriers y travaillèrent. Louis XV venait lui-même surveiller les travaux, dînait rapidement sur place et s'entretenait avec les hommes de l'art. Le coût total de la création ex-nihilo du domaine de Bellevue s'élèverait à 2.5 millions de livres, somme colossale[1].

En contrebas, au bord de la Seine, Madame de Pompadour acquiert en 1750 un petit pavillon édifié sous la Régence, appelé Brimborion, qui est relié au plateau par la partie du jardin aménagée au nord du château et intégré au domaine.

Le château royal de Louis XV (1757-1774)[modifier | modifier le code]

Portrait de Louis XV

La favorite revend le château au roi Louis XV le 22 juin 1757 pour la somme de 325 000 livres[2]. Ce dernier fait remanier la distribution et le décor intérieur sous la direction d'Ange-Jacques Gabriel. Celui-ci construit en 1767 deux ailes en retour en rez-de-chaussée, absorbées en 1773 dans une extension qui les relie au bâtiment principal. Il y fait travailler Jacques Verberckt, Jules-Antoine Rousseau, Jacques Caffieri, Jean Restout, Chardin et Fragonard. Un moment, il fut même question de donner Bellevue à Mme du Barry, maîtresse de Louis XV[3].

Le domaine de Mesdames, filles de Louis XV (1774-1791)[modifier | modifier le code]

Portrait de Madame Victoire par Adélaïde Labille-Guiard (1788). Madame Victoire représentée devant une statue de l'Amitié au château de Bellevue.

Au décès de Louis XV, en 1774, le château est attribué par Louis XVI et Marie-Antoinette au filles du roi défunt, et tantes du nouveau monarque, Mesdames Adélaïde, Sophie et Victoire. Bien que logeant principalement au château de Versailles, eu égard à leur obligations à la Cour, Mesdames viennent à Bellevue se délasser des rigueurs de l'étiquette. Celles-ci font transformer le décor intérieur par Richard Mique et font agrandir les jardins vers le Sud, en créant un jardin anglais orné de fabriques pittoresques, identiques à celles réalisées au même moment aux hameaux de Chantilly ou de Trianon. Le 2 mars 1783, Mme Sophie mourut, laissant pour occupantes principales du château Madame Adélaïde et Mme Victoire.

Sous la Révolution, Mesdames quittèrent Bellevue le 19 février 1791, à la tombée de la nuit, pour prendre le chemin de l'émigration, en direction de l'Italie, abandonnant ainsi la majeure partie du mobilier.

Le déclin et la destruction du château (1791-1825)[modifier | modifier le code]

Le 5 mai 1794, sur le rapport de Couthon, la Convention nationale "décrète que les maisons et jardins de Saint-Cloud, Bellevue, Mousseaux, le Raincy, Versailles, Bagatelle, Sceaux, l'Isle-Adam et Vanvres ne seront pas vendus et seront entretenus aux frais de la République, pour servir aux jouissances du Peuple, et former des établissement utiles à l'agriculture et aux arts"[4]. Mais on en fit finalement une caserne.

Le château fut vendu à M. Tastu, qui fit abattre le château, sans toucher aux deux ailes qui formaient la cour[5]. On dépeça le parc et les jardins. Sous l'Empire et dans les premières années de la Restauration, l'ensemble était dans un état de dégradation déplorable. Dès l'an XI, la maison dite « des Colonnes » mord ainsi sur le jardin anglais. En 1823, M Guillaume fit l'acquisition de la plus grande partie de l'ancien domaine, et procéda au lotissement de l'ensemble. En 1826, cinquante maisons élégantes s'étaient élevées sur les ruines et les décombres, avec la participation de l'architecte François Guenepin (V. des exemples conservés 62 route des Gardes et, peut-être, 2 rue du Bassin), chacune sur de vastes parcelles, en respectant le plan général du domaine, et transformant les ailes du château pour créer une place qui portera le nom du promoteur. À sa mort, le lotissement n'est pas achevé. Il est traversé vers 1838 par la ligne de chemin de fer où l'explorateur Dumont d'Urville trouvera la mort en 1842. La gare de "Bellevue" est voisine de l'emplacement de l'ancien château. Au fil des années, les vastes parcelles sont subdivisées en lots plus modestes. En 1925, la compagnie Pharos effectue un ultime lotissement entre les avenues du 11 novembre, Eiffel et la rue Bussières.

Les autres destructions au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Des vestiges du château disparaissent encore de 1943 à 1972, à l'exception de la glacière et de la terrasse (48° 49′ 19″ N 2° 13′ 40″ E / 48.82194, 2.2278). Une grande partie du jardin anglais de Mesdames, respecté par Guillaume, notamment l'une des fabriques, la « Tour des Dames de France », subsiste jusque dans les années 1960.

Les éléments subsistants[modifier | modifier le code]

Il ne subsiste que peu de choses du domaine de Bellevue, l’ensemble étant protégé :

Architecture et décor[modifier | modifier le code]

L'aspect extérieur[modifier | modifier le code]

Jeton représentant le château de Bellevue, 1752.
Le château de Bellevue vu depuis l'est. Par Jacques André Portail.

Par sa conception, Bellevue marque une date importante dans l'évolution du château français. Le bâtiment, de plan massé, quasiment carré, est une construction à deux étages, typique des maisons de plaisance qui deviennent alors à la mode et dont on trouvera le développement parfait au Petit Trianon. Elle comprend neuf travées en façade et six sur les côtés. Le décor quasiment identique des quatre façades, simplement couronnées de frontons triangulaires décorés en haut-relief par Guillaume II Coustou, souligne encore le caractère ramassé du bâtiment. Au premier étage, dix-huit consoles placées entre les travées portent des bustes, pour la plupart des portraits d'empereurs romains sélectionnés par Tournehem dans le magasin des marbres de Folichancourt.

De taille relativement modeste, Bellevue fait davantage penser à la maison d'un riche particulier qu'à un château royal. De fait, il a été conçu à l'origine non pas pour le Roi lui-même mais pour la marquise de Pompadour, qui souhaitait y recevoir Louis XV dans l'intimité.

À l'intérieur, on a conservé sur l'axe principal l'enfilade classique vestibule-salon, mais les pièces situées au centre des petits côtés sont orientées selon un axe perpendiculaire. Au rez-de-chaussée, le vestibule et le salon, servant aussi de salle à manger d'apparat, sont dallés de marbre. L'escalier principal est coiffé d'un lanterneau vitré. La diminution du nombre de pièces s'accompagne d'une réduction drastique des espaces réservés au service, rejetés dans les dépendances qui s'ordonnent dans un quadrilatère rejeté au sud du château. Les deux bâtiments bas édifiés de part et d'autre de la cour d'honneur, de plan ovale fermée par une grille, abritent pour celui du nord l'appartement des bains, orné de peintures de François Boucher, la conciergerie, la ménagerie et les poulaillers, et pour celui du sud un théâtre « à la chinoise », le service de la bouche, les écuries pour trente-sept chevaux, les remises et la chapelle du commun.

Le département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France conserve la maquette du château de Bellevue précieusement protégée par une cloche et posée sur le plateau d’un meuble en forme de Guéridon à cinq pieds en bois doré et sculpté. La maquette a été réalisée par P. N. Le Roy en 1777. Présente dans les appartements de Mesdames à Versailles jusqu’en 1792, saisie et confiée au garde-meuble de 1807 à 1815, elle a été achetée en 1827 par la Bibliothèque nationale et attribuée au département. Elle a été présentée en 1875 lors de l’exposition cartographique du Congrès international des sciences géographiques et en 1989, dans « 1789, Le patrimoine libéré »[11]

Les décors intérieurs[modifier | modifier le code]

Au temps de Mme de Pompadour : l'archétype du style rocaille[modifier | modifier le code]

À Bellevue, Madame de Pompadour a fait réaliser des décors intérieurs du plus grand raffinement. Les deux niches du vestibule sont ornées de « la Musique » d'Étienne Maurice Falconet et de « la Poésie » de Lambert-Sigisbert Adam (Adam l'aîné) (les deux œuvres se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre). Le grand salon et le salon de compagnie sont ornés de boiseries de Jacques Verberckt, de dessus-de-porte de Jean-Baptiste Oudry et de trumeaux de Carle Van Loo. L'escalier est peint en trompe-l'œil par Paolo Antonio Brunetti. Au premier étage, la chapelle, située au centre, comporte un tableau d'autel de François Boucher, L'Adoration des bergers (Lyon, musée des Beaux-Arts). L'appartement du roi comprend un cabinet doré réalisé par Verberckt et Boucher.

Le mobilier du château, de style rocaille, commandé par la Marquise de Pompadour intégrera les collections royales lors de la revente du domaine à Louis XV.

Les 4 tableaux de Carle Van Loo pour le "Salon de Compagnie". Getty museum, Los Angeles, États-Unis.

Au temps de Louis XV (1757-1774) : le triplement de la superficie[modifier | modifier le code]

Louis XV va entreprendre à Bellevue de grands travaux, pour son compte. C'est à lui que l'on doit notamment les travaux d'agrandissements et d'embellissement de la toute fin de son règne, en 1773, juste un an avant sa mort. L'ensemble est déjà d'un style fortement néo-classique, que ses filles, Mesdames, développeront encore, en fonction de leurs goûts.

Au temps de Mesdames : un intérieur néo-classique aménagé avec luxe[modifier | modifier le code]

Mesdames Victoire, Adélaïde et Louise de France, propriétaires du château à l'époque de Louis XVI, y commanderont d'importants ensembles mobiliers à la dernière mode néo-classique.

Aujourd'hui, certains meubles d’ébénisterie et de menuiserie de Bellevue sont conservés au Musée du Louvre, au Château de Versailles et au Musée des Arts décoratifs à Paris.

Les jardins[modifier | modifier le code]

Dessiné par Garnier d'Isle, le premier jardin est divisé en deux parties, à l'organisation opposée : l'une, au nord, s'étage au-dessus de la Seine, en s'adaptant ingénieusement, par des allées courbes se croisant en X, à un terrain en très forte pente ; l'autre, au sud, au-delà de la cour, comprend deux séries de bosquets de part et d'autre d'un tapis vert, ce dernier ensemble étant fort plat. L'accès se fait selon un axe transversal est-ouest parallèle au grand côté du château. Mais avec l'installation de Mesdames à Bellevue, le jardin va prendre de l'ampleur, à tel point qu'il triplera de taille : en effet, la partie classique sera doublée en superficie, tandis qu'un hameau sera également développé, à l'imitation du Hameau de la Reine à Versailles.

Les jardins classiques de Mme de Pompadour[modifier | modifier le code]

Ce sont les premiers jardins créés. Ils s'organisaient suivant un axe de symétrie, au sein duquel prenait place le château.

Le développement des jardins et le hameau de Mesdames[modifier | modifier le code]

Une tabatière en or, illustrée de miniatures représentant des vues du château et jardins de Bellevue, est passée en vente à Sotheby's Londres en 2005. Les vues ont été réalisées par Van Blarenberghe, et la tabatière est signée "Ve Georges Beaulieu à Paris". De par sa minutie, elle permet de se rendre compte de l'état d'apogée atteint en 1777, peu après la mort de Louis XV.

Tabatière représentant le château de Bellevue en 1777. Miniatures de Van Blarenberghe.

La création d'un hameau artificiel est dû à Mesdames. Il a d'ailleurs été créé tardivement, peu avant la Révolution et le départ précipité de Mesdames pour l'Italie.

Description de Bellevue par Piganiol, vers 1760[modifier | modifier le code]

Piganiol de la Force donne la description la plus précise connue à ce jour du château de Bellevue, que l'on peut dater vers 1760[12], dans sa Description historique de Paris et ses environs (Tome IX, p. 37 et suivantes). Les auteurs venus après lui aux XVIIIe et XIXe siècles "l'ont pillé sans scrupule ou l'ont copié sans façon"[13].

La retranscription du texte :

"BELLEVUE. De toutes les maisons de plaisance qui, par l'agrément de leur position, ont mérité le nom de Beauséjour, Beauregard, Beauvoir, ou Belvédère, comme disent les Itailens, il n'en est point que l'on puisse comparer au Château de Bellevue, situé près de Meudon, entre la rivière de Seine, et ce qu'on appelle communément la garenne de Sevre, ou le bois des Cotiniers.

[La conception]

Emplacement vierge du futur château de Bellevue. Vers 1740.

Cet élégant édifice est redevable de son existence à une Dame de goût, qui protège les Arts et qui les cultive, Madame la Marquise de Pompadour.

Cette dame, ayant eu un jour occasion de passer par l'endroit qui fait aujourd'hui l'emplacement de ce Château, fut vivement frappée de l'étendue, de la richesse et de la beauté unique du point de vue qui se présentoit à ses yeux. Ce premier aspect peignit d'abord à son imagination tous les agrémens que l'on gouteroit dans une habitation, d'où l'on jouiroit d'une perspective aussi brillante ; mais comment entreprendre de bâtir avec succès sur un sol qui ne présentoit de toutes parts que des difficultés presque insurmontables ?

C'était effectivement un terrein arride, montagneux, absolument ingrat & nullement susceptible d'embellissements. Ces obstacles ne rebutèrent point Madame de Pompadour, & elle ne douta point qu'elle ne réussiroit à contraindre la nature à céder aux efforts de l'art. Elle communique son dessein à deux Architectes de réputation, très-capables de la seconder dans ses vues. C'étoient MM. de l'Assurance & d'Isle ; le premier très renommé dans l'art de bâtir, & le second, connu depuis long-temps par son talent pour la distribution & la décoration des jardins. Madame de Pompadour leur désigna un jour pour se rendre avec elle sur le lieu même où elle vouloit faire bâtir, afin d'y prendre les dernières mesures pour l'exécution de ce qu'elle souhaitoit. Le jour même que cette Dame devoit venir, on lui prépara à la hâte une espèce de trône rustique, formé de cailloutage & de gazon : ce fut delà qu'elle expliqua plus particulièrement ses intentions, & qu'elle exposa son projet sur la position des bâtiments & l'ordonnance des jardins. Les Architectes saisirent parfaitement ses idées ; & comme, pour les remplir, il falloit une plus grande étendue de terrein qu'elle n'avoit imaginé d'abord, on lui proposa d'acheter quelques centaines d'arpens de terre, qui lui furent cédés avec empressement par les Propriétaires, lesquels en furent bien payés.

Le premier piquet pour le remuage des terres fut planté le lendemain de la fête de Saint Pierre, 30 juin 1748, & depuis ce jour on poussa les ouvrages avec tant de vivacité, que le grand bâtiment, les communs, les terrasses & les jardins furent absolument terminés au mois de novembre 1750.

[La situation]

On ne peut disconvenir qu'il n'étoit guères possible de trouver un endroit qui réunît en perspective une aussi grande variété d'objets les plus rians & les plus agréables.

Du côté du Nord, en tirant un peu vers le Levant, on découvre le cours de la Seine, qui vient baigner les murs du Château ; on voit les avenues & les jardins de Meudon, toutes les belles maisons qui bordent la rivière, & dans l'éloignement, la ville de Paris, dont l'immensité se trouve à une distance très-avantageuse pour faire le plus grand effet.

Au Midi, on aperçoit une partie du parc de Meudon, les jardins de Bellevue, surmontés des bois des cotiniers, & toutes ces magnifiques futaies qui s'élèvent en amphithéâtre.

Au Couchant, on voit les beaux jardins de Saint-Cloud, & le Palais de M. le Duc d'Orléans, le pont de Sevre & celui de Saint-Cloud, & la Rivière qui commence à s'élargir & à couler avec plus de majesté.

Mais tous ces magnifiques aspects n'égalent pas le point de vue unique qui détermina Madame de Pompadour à bâtir Bellevue, & à lui donner un nom si justement mérité. Le côté qui regarde le Nord, est d'une richesse & d'une beauté si frappante, qu'on a peine à quitter cette terrasse.

Au pied du Château, la Seine est partagée en deux bras par une assez grande isle qui, du côté de Sevre, est devenue un port où se déposent toutes sortes de marchandises : l'autre partie est couverte de bestiaux ; ce qui rend cette isle très-agréable & très-vivante.

En tout temps, on voit sur les deux bras de la Seine une grande quantité de bateaux, qui remontent la rivière, & vont porter le tribut de la mer & les richesses des plages maritimes dans la Capitale & dans les Provinces voisines. On voit, sur-tout dans la belle saison, une multitude étonnante de petits bateaux qui conduisent un peuple immense aux belles promenades de Saint-Cloud, principalement les jours de Fête.

Sur la rive de la Seine se présente le chemin de Versailles, sans cesse couvert de voitures & de citoyens, que la curiosité, ou leurs affaire attirent au Palais du Prince. Ce concours habituel forme un spectacle toujours intéressant & toujours animé.

Tous ces objets sont terminés par le bois de Boulogne & par des villages ornés de maisons de plaisance & de jardins magnifiques. Par-dessus tous ces objets plus rapprochés, la vue s'étend à une distance immense en face, à droite & à gauche, avec une variété admirable, qui ne laisse rien à désirer.

[La décoration intérieure]

[Le rez-de-chaussée]

La statue de l'Amour, par Jacques Saly. Placée dans la petite galerie de Bellevue.

Les Artistes les plus renommés ont été employés pour la décoration intérieure & extérieure de cet édifice. Le vestibule est orné de deux statues, l'une de M. Falconnet, & l'autre de M. Adam. Elles représentent la Poésie & la Musique ; on donne la préférence à celle de M. Falconnet. Six dessus de porte de M. Oudry, représentant les attributs de la chasse & de la pêche, ornent la salle à manger, & ces mêmes attributs sont exécutés en menuiserie, avec la plus grande délicatesse, par M. Verbek. Ensuite on entre dans un sallon de compagnie, enrichi de six tableaux du célèbre M. Carle Vanloo, dont quatre représentent les Arts, & deux la Tragédie & la Comédie. Ces tableaux sont connus, & ont fait l'ornement du salon de peinture dans le temps.

On traverse en retour une galerie étroite, qui n'a de remarquable qu'une très-jolie figure de marbre, qui représente l'Amour ; elle est de M. Sally. Cette galerie conduit à la pièce destinée d'abord à être une salle de musique, & qui est devenue aujourd'hui la salle à manger des Seigneurs : on y admire deux dessus de porte de M. Pierre.

À gauche est l'appartement du Roi : on y voit trois dessus de porte admirables de M. Vanloo. On passe ensuite dans un joli boudoir, meublé en perse brodée en or. M. Boucher y a peint en dessus de porte deux vues Chinoises, avec les graces qui caractérisent tout ce qui sort du pinceau de ce grand Maître : derriere l'appartement du Roi, & du côté de la Cour, est actuellement l'appartement de Madame de Pompadour : c'étoit ci-devant la salle des Gardes.

[Le premier étage]

L'escalier, qui conduiit aux appartemens du premier étage, a été peint par M. Brunetti, père, quant à l'architecture[14] ; & les figures sont de M. Brunetti, fils : elles représentent Ariane & Bacchus, Zéphire & Flore, Diane & Endimion, Mars & Vénus : toutes ces figures sont encadrées avec art dans des masses d'une architecture noble & brillante. C'est bien dommage que l'obscurité, qui règne dans la partie inférieure, dérobe aux yeux le plaisir de bien voir ces beautés. La partie supérieure est très-bien éclairée & fait un bel effet. Ce qu'on admire le plus dans le premier étage, c'est l'appartement de M. le Dauphin, & son cabinet meublé en Pékin, avec des dessus de porte de MM. Vernet & de Boulogne, & celui de Madame la Dauphine, meublé de même, & orné de dessus de porte de M. Pierre.

Après cette chambre à coucher se trouve une galerie d'une élégance & d'une délicatesse, qui fait honneur au goût de Madame de Pompadour, qui en a imaginé & tracé les desseins elle-même.

Toute la menuiserie forme des guirlandes de fleurs, travaillées avec la plus grande légèreté par M. Verbrek, & peintes pas MM. Dinant & Dutout : ces guirlandes renferment de jolis tableau de M. Boucher. L'ameublement est peint sur étoffe par M. Perrot, & représente, ainsi que les tableaux, tous les attributs de l'agriculture : tous ces morceaux sont précieux, & ont été exécutés avec une précision & des graces uniques. Les autres appartemens sont ornés de tableaux de différens Maîtres ; tous les ameublemesns sont en Pékin de diverses couleurs : par-tout on voit les plus riches tapis de la Savonnerie.

[Le deuxième étage]

Au second-étage, une lanterne ingénieusement imaginée au milieu du bâtiment, a donné lieu à l'Architecte de pratiquer un grand nombre de petits appartemens occupés par les Seigneurs de la suite du Roi.

[Les jardins]

On ne finiroit pas, si on vouloit entrer dans le détail de toutes les beautés qui ornent cette demeure enchantée. Les jardins répondent à l'élégance du Château : on y admire sur-tout la statue du Roi, par M. Pigalle. Plusieurs excellens morceaux de sculpture des Maîtres les plus célèbres, sont distribués avec intelligence dans les bosquets & dans les différentes parties des jardins : des eaux vives & abondantes ornent ces bosquets & ces grottes : ces eaux sont fournies par un réservoir peu distant des murs du jardin. Une imagination délicate, guidée par le goût & par les grâces, en a réglé toute l'ordonnance.

[Louis XV]

Le plan de Bellevue avoit tellement plu au Roi, que ce Prince voulut voir par lui-même le progrès des travaux dans le temps de sa construction. On vit Sa Majesté, au milieu des travailleurs, honorer de ses conseils les personnes préposées pour la direction des travaux ; & pour accélérer, par sa présence, l'avancement des ouvrages, on vit plusieurs fois ce Monarque se faire apporter à manger au milieu de tout ce monde. Dans ces différentes visites, qui occupoient ordinairement jusqu'au soir, le Roi soupoit & couchoit dans un endroit appelé Brinborion : c'est une petite maison charmante, située au bas du parc de Bellevue sur les bords de la Seine.

Dès que les bâtimens de Bellevue furent à leur perfection, le Roi vint y occuper l'appartement qu'on lui avoit préparé : ce Prince y coucha pour la première fois le 24 de novembre 1750, en revenant de Fontainebleau. Dans la suite Sa Majesté y a fait de fréquens voyages ; & cette délicieuse habitation paroissant avoir toujours de nouveaux charmes aux yeux du Monarque, il a engagé Madame la Marquise de Pompadour à la lui céder. Le contrat d'acquisition fut signé le 22 du mois de juin 1757, & ce jour-là même, le Roi vint en prendre possession, & dès-lors le Château de Bellevue est devenu Maison royale avec gouvernement & contrôle.

On a quelque regret de n'y plus voir quelques excellens tableaux de nos plus grands Maîtres ; mais Madame de Pompadour, par gout pour les beaux arts, & par estime pour les Artistes distingués, a prié le Roi de les lui laisser enlever. Ils sont aujourd'hui distribués dans les différentes maisons qui appartiennent à cette Dame."

Sources et Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens internes principaux[modifier | modifier le code]

Personnes liées au château[modifier | modifier le code]

Les propriétaires ou occupants principaux :

Les architectes :

Les sculpteurs :

Autres :

Les peintres :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Grouchy, 1865, p. 23.
  2. Danielle Gallet, Madame de Pompadour ou le pouvoir féminin, Paris, 1985.
  3. AN, O1 1523, cité par Grouchy, 1893, p. 97.
  4. Grouchy, 1865, p. 28.
  5. Grouchy, 1865, p. 28.
  6. « Notice no PA00088116 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  7. « Notice no PA00088166 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  8. « Notice no PA00088167 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. « Notice no PA00088169 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  10. « Notice no PA00088124 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  11. Notice 157 du catalogue1789 Le patrimoine libéré, Paris, 1989, p. 225
  12. Plus précisément, entre 1757, date de la vente de Bellevue à Louis XV (puisqu'il est prévu des appartements pour le Dauphin et la Dauphine) et 1764, date de la mort de Mme de Pompadour (puisqu'il est encore fait mention de son appartement).
  13. Grouchy, 1865, p. 23.
  14. Le musée Carnavalet, à Paris, conserve la fresque en trompe-œil de l'escalier de l'hôtel de Luynes, peinte également par Paolo-Antonio Brunetti.
  15. Cette étude reste l'ouvrage de référence.

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