Château de la Muette (Paris)

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Château de la Muette
Image illustrative de l’article Château de la Muette (Paris)
Le château de la Muette côté parc en 2013.
Architecte Lucien Hesse
Début construction 1921
Fin construction 1922
Propriétaire initial Henri de Rothschild
Propriétaire actuel OCDE
Destination actuelle Siège de l'OCDE
Coordonnées 48° 51′ 41″ nord, 2° 16′ 10″ est
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Commune Paris

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Château de la Muette

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Château de la Muette

Le château de la Muette est un château situé dans le 16e arrondissement de Paris, à proximité du bois de Boulogne au niveau de l'actuelle porte de la Muette, à proximité de l'emplacement où trois châteaux ont existé successivement depuis la Renaissance. Le bâtiment actuel, quatrième château de la Muette, a été édifié par Henri de Rothschild sur les plans de l'architecte Lucien Hesse, au début des années 1920 dans le style du XVIIIe siècle. Il abrite aujourd'hui le siège de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris.

L'origine du nom « Muette » est controversée. Il peut faire référence à la mue des cerfs ou à celle des faucons, ou bien désigner une meute de chiens dans une ancienne orthographe.

Le château de la reine Margot[modifier | modifier le code]

Les rois de France possédaient un rendez-vous de chasse à la Muette depuis le Moyen Âge. À la fin du XVIe siècle, ce rendez-vous de chasse fut transformé par Charles IX en un petit château qu'il offrit à Marguerite de Valois, dite la reine Margot, à l'occasion de son mariage avec le futur Henri IV. En 1606, celle-ci fit don du château au dauphin, futur Louis XIII.

En 1717, le Régent, Philippe d'Orléans, acheta la Muette pour sa fille, Marie-Louise-Élisabeth, duchesse de Berry (1695-1719), en échange du château de Madrid, lui aussi situé dans le bois de Boulogne. Le Régent fit aménager le petit château de chasse et l'agrandit sensiblement.

La duchesse de Berry s'installa au château de la Muette où elle donna des fêtes superbes, recevant notamment le tsar de Russie Pierre le Grand. Accumulant les amants, la fille aînée du Régent passe le printemps et l'été 1717 à la Muette pour y mener à terme une de ses maternités de veuve. À sa mort, en 1719 des suites d'un nouvel accouchement clandestin, le Régent fait racheter le domaine par la Couronne.

Le château de Louis XV[modifier | modifier le code]

Le château de la Muette au XVIIIe siècle.

Entre 1741 et 1745, Louis XV fait entièrement reconstruire le château de la Muette par les célèbres architectes Jacques V Gabriel et Ange-Jacques Gabriel. Ils élèvent un vaste corps de logis, flanqué de deux grands pavillons et de nombreuses dépendances.

En 1749, le directeur général des bâtiments du roi Charles François Paul Le Normant de Tournehem fait appel à Jacques Dumont dit le Romain pour décorer le salon de deux toiles : La Générosité et La Paix.

En 1750, le cabinet de curiosités de la Couronne est installé dans les jardins de la Muette (à l'emplacement actuel de l'intersection de la rue de Passy et de la rue de la Pompe) et placé sous la supervision de l'abbé Nollet, dont les expériences scientifiques attirent un nombreux public.

En 1753, Louis XV, qui séjourne désormais régulièrement à la Muette, décide de faire tracer une longue allée dans le bois de Boulogne pour rejoindre la Seine aux environs de Saint-Cloud afin de pouvoir, depuis la Muette, avoir vue sur le château de Bellevue, appartenant à madame de Pompadour. Le Roi envisage même de reconstruire la Muette dans l'axe de cette nouvelle route, mais la guerre de Sept Ans éclate et le contraint de renoncer à ces dépenses.

En 1764, le dauphin, futur Louis XVI prend possession de la Muette. C'est là que Marie-Antoinette, à son arrivée en France, ira attendre la cérémonie de son mariage. Devenue dauphine, elle y séjournera à plusieurs reprises. Lorsque Louis XVI monte sur le trône en 1774, c'est à la Muette qu'il signe l'édit par lequel il renonce au droit de joyeux avènement.

Le 21 novembre 1783, vers 14 heures, l'aéronaute Pilâtre de Rozier décolle des jardins de la Muette avec son ballon, qui ira se poser à la Butte-aux-Cailles, en passant au -dessus de l'île aux Cygnes, de l'École militaire et du jardin du Luxembourg[1].

Pour faire des économies, un édit de février 1788 met en vente les châteaux de la Muette et de Madrid et autorise les acheteurs à procéder à leur démolition. Aucun acheteur ne se présente. Le château est abandonné et cesse d'être entretenu.

En 1790, à la Révolution, le cabinet de curiosités est démantelé et ses instruments sont transportés à l'Observatoire de Paris. Le domaine est divisé et vendu par lots. Le corps de bâtiment central est démoli en 1793 et tous les éléments de décor intérieur sont récupérés et vendus. Les deux ailes sont transformées en guinguettes, une filature de coton est installée dans les communs. Ces biens font l'objet de transactions successives au cours des années suivantes, le domaine appartenant brièvement à Talleyrand[2].

Le château au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1816, pendant la Restauration, la Muette revient à la Couronne mais, devant l'importance des réparations nécessaires, le château est rayé de la liste civile. L'une des deux ailes, appelée la petite Muette, est donnée en jouissance en 1818 au ministre des Finances Louis-Emmanuel Corvetto.

L'autre aile, ainsi que la quasi-totalité des jardins, est rachetée en 1820 par le facteur de pianos Sébastien Érard qui en demande l'autorisation à Louis XVIII. Il entreprend de restaurer le domaine, surélève le bâtiment de deux étages et fait construire une longue galerie pour y abriter sa riche collection de tableaux. À la mort de Sébastien Érard, en 1831, son neveu Pierre Érard qui hérite des biens de son oncle est contraint par des difficultés financières temporaires de vendre la collection de tableaux et de louer la Muette au docteur Guérin, qui transforme le pavillon en hôpital orthopédique.

Après son mariage, en 1838, Pierre Érard s'installe à la Muette avec ses 3 tantes, sa sœur, son épouse et le compositeur Spontini et commence à reconstituer le domaine.

Des concerts y sont régulièrement donnés à cette époque et encore jusqu'à la fin du siècle en présence des grands compositeurs, tels que Gounod, Rossini, Meyerbeer, Berlioz, Léo Delibes avec des interprètes tels que Listz et Rubinstein [3]

Le château vers 1900

En 1853, il rachète la petite Muette ainsi qu'une partie des jardins. A cette époque, une partie du parc est entamée par le chemin de fer d’Auteuil qui le sépare de la fraction du domaine située à l’est de la ligne (actuellement entre le sud du boulevard Emile-Augier et de la rue de la Pompe). La tranchée de la ligne au bord du château a cependant été recouverte[4].

La veuve de Pierre Érard poursuit des acquisitions de terrains et entreprend divers travaux [3]

En 1870, pendant le siège de Paris, la Muette sert de quartier général au vice-amiral Fleuriot de Langle et, sous la Commune, aux généraux Clinchant, Douay et Ladmiraut alors que les bâtiments sont en travaux. Le château n'est cependant pas gravement endommagé. A la mort de Madame Érard la propriété passe à sa nièce et fille adoptive Marie Schaeffer qui épouse le Comte de Franqueville. La comtesse de Franqueville restaure le château à partir de 1889 selon les plans originaux, en faisant reconstruire le corps de bâtiment central et en supprimant les deux étages ajoutés par Sébastien Érard. L'ensemble se situait entre le numéro 17 de l’actuelle rue du Conseiller-Collignon et le boulevard Émile-Augier.

Les propriétaires du château de La Muette au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Entre 1912 et 1919, la famille de Franqueville entreprend de lotir le parc. A cet emplacement, les rues d'Andigné, Maspero, de Franqueville et du Conseiller-Collignon sont ouvertes en 1923 sur la partie sud du parc. Deux vastes parcelles de sa partie nord sont par ailleurs cédées à Henri de Rothschild, qui y fait construire entre 1921 et 1922 par l'architecte Lucien Hesse un grand château dans le style du XVIIIe siècle situé 250 mètres au nord-ouest de l'ancien château démoli à la mort du comte de Franqueville en 1919 et dont les derniers vestiges disparaissent en 1926.

En 1940, sous l'Occupation allemande, la Muette devient le quartier général du commandement de la marine allemande puis en 1945, à la Libération, le commandement de la marine américaine.

En 1948, les héritiers d'Henri de Rothschild vendent le domaine à l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) qui installe son siège dans le château. Aujourd'hui, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui a succédé à l'OECE, a son siège au château et ses bureaux de travail dans les bâtiments environnants.

"André Pascal", nom de la rue sur laquelle donne la cour d'honneur du château, est l'un des pseudonymes sous lequel Henri de Rothschild publiait ses œuvres littéraires.

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L'ancien parc[modifier | modifier le code]

Le parc de la Muette s’étendait à l’est jusqu’à la rue de la Pompe, comprenant une dépendance au-delà même de cette rue, au nord à l’emplacement de la rue de la Tour du croisement avec la rue de la Pompe vers le boulevard de Lannes et se prolongeait par une très longue dépendance la Faisanderie ou Petit parc large d’environ 200 mètres à l’ouest des actuelles rues Mignard, Spontini et Pergolèse, anciennement rue du Petit-Parc, jusqu’à la porte Maillot. L’ensemble était clôturé par un mur interrompu uniquement à l’extrémité de la rue de Passy pour permettre aux habitants du village de gagner le bois de Boulogne par la chaussée de la Muette. Après une première mise en vente infructueuse en 1788, le parc autour du château est vendu avec celui-ci en 2 lots séparés en 1793. Le terrain de l'ancienne faisanderie vendue distinctement comme bien national est acquise pour un quart par M. Béhague, pour les trois-quarts par le Comte de Saint-Simon cédée à un de ses associés et rachetée en 1818 par Casimir Périer futur ministre de Louis-Philippe. En 1825, la rue du Petit-Parc est aménagée sur le chemin longeant le mur de la faisanderie en limite ouest du lotissement planifié à cette dans la plaine de Passy. Le terrain qui était encore longé par un mur en 1830, cependant traversé par des voies au niveau de la porte Dauphine et de la porte de la Muette, est vendu par lots au cours des deux décennies suivantes.

Le parc autour du château d'environ 12 hectares acheté par Sébastien Erard est légèrement agrandi par l’achat en 1852 d’une maison avec jardin au 22 chaussée de la Muette et de diverses petites parcelles au cours du siècle. Le domaine subit une première amputation en 1852 par la voie ferrée de la ligne d’Auteuil. En 1894, un échange de terrains avec la ville de Paris lors de la cession du jardin fleuriste municipal de la Muette permet d'aménagement du quartier résidentiel entre la rue Octave-Feuillet et le boulevard Jules-Sandeau[5]. En 1894, le terrain à l'emplacement compris actuellement entre la rue de Franqueville et la rue Octave-Feuillet est vendu par le Comte de Franqueville ce qui réduit le parc à 8 hectares. Le reste est vendu par les héritiers de 1912 à 1919, au sud pour un lotissement résidentiel, au nord à Henri de Rothschild.

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Héraldique[modifier | modifier le code]

Le château de la Muette figure dans les armes du 16e arrondissement de Paris :

Blason Blasonnement :
«  Coupé : au 1er, de gueules, au château de la Muette d’argent, ajouré du champ, accompagné en chef d’une fleur de lis d’or accostée de deux croisettes du même, parti d’argent, à trois chevaux galopant de sable, bridés et sellés d’or ; au 2e, d’azur, à trois arbres arrachés d’or[6]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Comte de Franqueville, Le château de la Muette, Hachette, Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « C'était le… 21 novembre 1983 », in Le Figaro, mercredi 21 novembre 2012, p. 15.
  2. Le château de la Muette, p. 195.
  3. a et b Le château de la Muette, p. 211.
  4. Le château de la Muette, p. 207.
  5. Le château de la Muette, p. 200 et suivantes.
  6. http://www.mairie16.paris.fr/mairie16/jsp/site/Portal.jsp?page_id=62 : « Histoire des armoiries du 16e », site officiel de la mairie de 16e arrondissement » (consulté le 3 juillet 2016)

Lien externe[modifier | modifier le code]

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