Adélaïde de France (1732-1800)
| Titulature |
Fille de France Duchesse de Louvois |
|---|---|
| Dynastie | Maison de Bourbon |
| Nom de naissance | Marie-Adélaïde de France |
| Surnom |
Madame Quatrième Madame Adélaïde Madame Torche |
| Naissance |
Château de Versailles (France) |
| Décès |
(à 67 ans) Trieste (Saint-Empire) |
| Sépulture | Nécropole de Saint-Denis |
| Père | Louis XV |
| Mère | Marie Leszczynska |
| Conjoint | Aucun |
| Enfants | Aucun |
| Religion | Catholicisme |
Signature
Marie-Adélaïde de France, dite Madame Quatrième puis Madame Adélaïde, née le à Versailles et morte le à Trieste, est une princesse française membre de la maison de Bourbon[1]. Elle est l'une des huit filles qu'eurent le roi de France Louis XV et son épouse Marie Leszczyńska, et fut l'une des quatre enfants à leur survivre sur les dix qu'eut le couple royal. Réputée d'un caractère vif, elle représente, aux côtés de ses deux sœurs Mesdames Victoire et Sophie, la principale opposition face à la jeune reine Marie-Antoinette d'Autriche[2]. Elle s'exile en Italie avec sa sœur cadette Victoire aux prémices de la Révolution française.
Biographie
[modifier | modifier le code]Enfance
[modifier | modifier le code]

Marie-Adélaïde est née le au château de Versailles[3]. La jeune enfant est baptisée le dans la chapelle royale de Versailles[4]. Son parrain est le comte de Charolais et sa marraine la sulfureuse Mademoiselle de Charolais. Ces derniers sont tous deux les petits-enfants du Grand Condé. Elle est nommé d'après sa grand-mère paternelle, Marie-Adélaïde de Savoie. En raison de sa place au sein de la famille royale, elle sera surnommée « Madame Quatrième » puis à la mort de sa sœur Marie-Louise l'an d'après, elle est surnommée « Madame Troisième »[5].
La jeune fille est par la suite essentiellement surnommée « Madame Adélaïde », puis à partir de 1752 simplement par « Madame ». Son éducation se fait uniquement à la cour et non à l'abbaye de Fontevraud comme ses sœurs cadettes. En effet, par mesure d'économie et pour tenter de freiner les dépenses de l'État, le cardinal de Fleury, principal ministre de Louis XV, met en place diverses mesures pour arriver à ses fins. L'éducation des princesses est alors revue. Adélaïde est donc élevée aux côtés de ses sœurs jumelles aînées, Mesdames Élisabeth et Henriette.
Les princesses sont élevées avec leur frère, le dauphin Louis, dans l'aile du Midi. Elles vont aussi prendre les eaux à Plombières-les-Bains, dans le duché de Lorraine sur lequel règne leur grand-père Stanislas Leszczynski, le père de Marie Leszczynska, qu'elles peuvent ainsi visiter.
Personnalité
[modifier | modifier le code]Adélaïde reçoit les hommages de plusieurs bons partis, dont ceux de son cousin Louis-François de Bourbon-Conti ou encore ceux de son beau-frère Xavier de Saxe, prince de Pologne et Saxe. Elle choisit malgré tout de garder le célibat. Aimant les travaux domestiques, elle est surnommée « Torchon » ou encore « Madame Torchon » par son père, dont elle est l'enfant préférée.
Elle est dotée d'un caractère vif et s'impose ainsi comme en chef de famille auprès de ses sœurs, à l'exception de la benjamine, Madame Louise, alors la plus indépendante des filles du roi.
Position politique
[modifier | modifier le code]
S'intéressant aux sujets politiques sans avoir le pouvoir d'agir, Adélaïde ne cesse d'affirmer et de faire connaître ses opinions à la cour. Son soutien ardent auprès de la Compagnie de Jésus lui vaut de gagner l'hostilité du Parlement de Paris. Elle lutte également contre la grande influence de Madame de Pompadour, bourgeoise et épouse de banquier, devenue favorite de son père. La jeune femme est titrée marquise et entend jouer un rôle sur les décisions royales. Cette dernière est ainsi surnommée « Maman Putain » par l'ensemble des enfants du couple royal.
La mort de la marquise, le , au château de Versailles (habituellement privilège royal) ne calme pas la princesse qui désormais doit lutter avec ses sœurs Victoire et Sophie contre la nouvelle favorite royale : la sulfureuse Madame du Barry. À cette fin, les trois sœurs tentent de concilier l'épouse de leur neveu, Marie-Antoinette d'Autriche, jeune dauphine perdue à la cour. Mais l'influence qu'elles gagnent sur cette dernière est limitée par la surveillance exercée par sa mère Marie-Thérèse d'Autriche et par Florimond de Mercy-Argenteau, étant alors ambassadeur d'Autriche.
Cette lutte d'influence sur la jeune archiduchesse tourne en défaveur d'Adélaïde et de ses sœurs, qui finissent par ne plus que la désigner par son origine : « l'Autrichienne ». Cela suivra la future reine jusqu'à la mort.
L'hécatombe royale
[modifier | modifier le code]La famille royale n'est guère épargnée par les deuils qui se succèdent en son sein, notamment au cours des années 1760. Mis à part l'aînée, Madame Élisabeth, qui épouse son cousin l'infant Philippe de Bourbon à douze ans, aucune des filles du roi ne s'est mariée . Cette dernière quitte la cour de France pour celle de Parme. Celles qui avaient quitté le château de Versailles pour l'abbaye de Fontevraud sont revenues y vivre, à l'exception de Madame Louise, qui devient carmélite et prend le nom de Thérèse de Saint-Augustin en 1770. Sa sœur plus âgée Madame Henriette, succombe à la petite vérole le , alors âgée de vingt-cinq ans.
Cette disparition fait d'Adélaïde, désormais la sœur la plus âgée vivant à la cour la nouvelle « Madame ». Le , Xavier de France, second fils du dauphin Louis, meurt d'une coqueluche. Le , Marie-Zéphyrine de France, fille aînée du dauphin, décède d'une péritonite aiguë à l'âge de cinq ans. Ensuite, c'est Madame Élisabeth, jumelle de d'Henriette, qui succombe à son tour de la petite vérole lors d'un séjour à la cour, le . Le , Louis de France, fils du dauphin, meurt d'une tuberculose osseuse. Le , Louis de France, fils aîné de Louis XV et frère d'Adélaïde, dauphin de France, meurt de la tuberculose à l'âge de trente-six ans.
Le , Stanislas Leszczynski, père de la reine de France, meurt après une agonie douloureuse et longue, brûlé gravement après avoir voulu raviver son foyer. Le , Marie-Josèphe de Saxe, veuve du dauphin qu'elle a veillé durant sa maladie, contracte à son tour le même mal et y succombe, inconsolable. Le , Marie Leszczynska, reine de France, profondément affectée par la mort de son père, survenue deux ans plus tôt, décède à son tour, à Versailles. Le , Louis XV, est emporté par la variole. Devenu mal-aimé en France, et plus encore craignant la contagion, le roi est pleuré et veillé uniquement par ses filles vivant encore à la cour, ce qui fait moquer leur amour filial.
Règne de Louis XVI
[modifier | modifier le code]
À la mort de son frère et de sa belle-sœur, Madame Adélaïde devient la dépositaire de leurs papiers et d'une instruction à l'égard du futur roi, son neveu Louis-Auguste. Le document est ouvert deux jours après la mort de Louis XV, le , lors d'un conseil de famille en présence du nouveau souverain, Louis XVI. Il désigne alors trois principaux ministres possibles : le comte de Maurepas, le duc d'Aiguillon ou le comte d'Arnouville. Ayant perdu son influence à la cour, reprise en main par la nouvelle reine, Madame Adélaïde fait figure de ligne des mécontentements de la politique royale et des tentatives de réformes visant à sauver la monarchie.
Davantage que son neveu, c'est la reine Marie-Antoinette qui cristallise son mépris, du fait de son comportement insouciant de ses premières années en tant que souveraine. Après les décès de Mesdames Sophie et Louise, Adélaïde et Victoire sont les dernières enfants de Louis XV en vie. Très proches l'une de l'autre, les deux sœurs se réfugient dans la religion, au point de passer pour les bigotes, et dans la musique. La nouvelle expulsion des jésuites les consterne au plus au haut point. Le roi Louis XVI, souhaitant s'affranchir de leur influence à la cour, leur offre le château de Bellevue, près de Meudon, afin de les tenir à l'écart du pouvoir et de la cour.
Révolution française et exil
[modifier | modifier le code]Lorsque la Révolution française éclate, les deux sœurs se trouvent aux côtés du roi. À la suite des journées des 5 et 6 octobre 1789, elle s'installe avec sa sœur au château de Bellevue[3].
Le , elle et sa sœur décident de quitter le pays pour rejoindre Rome[3].
Dans une période où l'émigration, encore tolérée, ne fait que renforcer la défiance des révolutionnaires à l'égard de la monarchie, ce départ est assez mal perçu. Le roi leur facilite la procuration des passeports. Elles sont néanmoins arrêtées à Arnay-le-Duc, le temps de décider de la conduite à tenir. Elles ne reprennent la route qu'après que le comte de Mirabeau ait défendu leur cause devant l'Assemblée , raillant les députés « qui [ont] passé quatre heures entières à délibérer sur le départ de deux dames qui aiment mieux entendre la messe à Rome qu'à Paris [6]». Elles parviennent au duché de Savoie dont leur nièce, Clotilde de France, est l'épouse du prince de Piémont. Elles arrivent finalement à Rome, le [7].
En 1796, elles gagnent Naples. Pour fuir l'avancée des troupes françaises, elles gagnent Corfou puis Trieste[3].
Ce dernier[Qui ?] les reçoit au palais de Carolis. Elle y apprennent alors l'échec de la fuite de Varennes, la prise des Tuileries, l'abolition de la monarchie, l'exécution de leur neveu, celle de son épouse et celle de leur nièce. Elles sont horrifiées par les récents événements qui se sont déroulés en France. La montée au pouvoir de Napoléon Bonaparte n'est pas pour les rassurer. Les succès militaires du général les contraignent à quitter Rome pour la cour de Naples, où règnent Ferdinand Ier et Marie-Caroline d'Autriche, la sœur de « l'Autrichienne » que Mesdames ont tant conspuée, et qui de ce fait ne les apprécie guère. Elles y demeurent peu, obligées de fuir à nouveau en 1798, à l'avancée des troupes françaises. Mesdames atteignent d'abord la ville de Corfou puis finalement celle de Trieste, sur une contrée relevant alors de la couronne autrichienne. Elles y demeureront enfin.
C'est ici que, le , Madame Victoire décède des suites d'un cancer du sein. Madame Adélaïde, épuisée elle aussi par de longs voyages à un âge avancé, se retrouve seule avec la marquise de Roquefeuil, qui a renoncé à sa fortune et à sa position pour les suivre en exil. La princesse meurt le . Quinze ans plus tard, la monarchie restaurée, Louis XVIII fait transférer leurs dépouilles en la basilique de Saint-Denis.
Littérature
[modifier | modifier le code]- Les Princesses vagabondes : roman de Frédéric Lenormand.
- Mesdames de France : roman de Bruno Cortequisse.
Musique
[modifier | modifier le code]- Le violon de Madame Adélaïde, Calliope, 2017.
- À Madame: divertissement pour Adélaïde, Aparté, 2017.
Filmographie
[modifier | modifier le code]- Dans la série Marie-Antoinette (2022) de Deborah Davis, son rôle est interprété par Crystal Shepherd-Cross.
- Dans le film Jeanne du Barry (2023) de Maïwenn, son rôle est interprété par India Hair[8].
Ascendance
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Adélaïde de France (1732-1800) », sur FranceArchives (consulté le )
- ↑ Alexandre Maral, « 11. L’Autrichienne », Tempus, , p. 259–281 (lire en ligne, consulté le )
- Jean de Viguerie, Histoire et dictionnaire du temps des Lumières: 1715 - 1789, Laffont, coll. « Bouquins », (ISBN 978-2-221-04810-8), p. 692-693
- ↑ Archives départementales des Yvelines en ligne, registre des baptêmes 1737 de Versailles, paroisse Notre-Dame, vue 27/76
- ↑ Après la mort de sa sœur Marie-Louise en 1733.
- ↑ « La Revue contemporaine, volumes 82 », sur www.books.google.fr (consulté le ), p. 403-407
- ↑ « Marie Adélaïde de France, dite Madame Adélaïde », sur Bibliothèque diplomatique numérique (consulté le )
- ↑ « Festival de Cannes : la Chinonaise India Hair sous les projecteurs », lanouvellerepublique.fr, 26 mai 2023.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Chronique de la Révolution, éditions Larousse, 1989.
- Adélaïde de France: fille de Louis XV, Éditions Balzac, 1994.
- Guillaume Garcia-Moreau, "Entre tradition et Lumières, les choix de Mesdames Tantes", Antologia di Belli Arte, 2009.
- (en) Melissa Hyde et Jennifer Milam, « Matronage and the Direction of Sisterhood: Portraits of Madame Adélaïde », dans Melissa Hyde, Jennifer Milam, Women, Art and the Politics of Identity in Eighteenth-Century Europe, London, Routledge, (ISBN 9781315233666).
- (en) Melissa Hyde et Jennifer Milam, « Under the Sign of Minerva: Adélaïde Labille-Guiard's Portrait of Madame Adélaïde », dans Melissa Hyde, Jennifer Milam, Women, Art and the Politics of Identity in Eighteenth-Century Europe, London, Routledge, (ISBN 9781315233666).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]
- Archives conservées par :
- archives départementales des Yvelines (A 1477-1503)
- archives départementales des Yvelines (5Q 296)
- archives départementales des Yvelines (E 677-705)
- archives départementales des Yvelines (5Q 194)
- archives départementales des Yvelines (4Q 17-20)
- archives départementales des Yvelines (1Q 522)
- archives départementales des Yvelines (1L 407)
- archives départementales des Yvelines (J 3558)
- archives départementales des Yvelines (A/SUP 37)
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à la musique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :