Bal de l'Opéra

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La loge au bal de l'Opéra en 1840 par Gavarni[1].
Annonce du bal de l'Opéra donné par Philippe Musard pour la Mi-Carême 1836.
Défilé grotesque de la célèbre société festive et carnavalesque des Flambards au bal de l'Opéra donné pour la Mi-Carême 1868, vu par Daumier[2].

Le Bal de l'Opéra est le plus fameux de tous les bals du Carnaval de Paris et un de ses principaux événements avec la Promenade de Masques[3] et les grands cortèges centraux de la Promenade du Bœuf Gras, de la Fête des Blanchisseuses et de la descente de la Courtille[4].

Histoire du Bal de l'Opéra[modifier | modifier le code]

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le bal de l'Opéra, caricature de Cham 1850[5].
La sortie du bal masqué de l'Opéra en 1860[6].

Créé par une ordonnance royale en date du 31 décembre 1715, sa première édition a lieu le 2 janvier 1716. Il se déroule durant la période du Carnaval à raison de deux bals par semaine s'ouvrant à minuit. Au début c'est donc un bal masqué. Marie-Antoinette y serait venue incognito avec son beau-frère le comte d'Artois.

Marie Louise Élisabeth d'Orléans, duchesse de Berry, la fille aînée du Régent, contribue à la vogue des bals de Carnaval à l'Opéra. Officiellement encore en deuil de la mort du Roi-Soleil, Mme de Berry paraît cependant au bal de l'Opéra le 4 janvier 1716. Masquée, débordante de sensualité dans une magnifique robe à panier qui valorise sa beauté plantureuse et ses chairs éclatantes, la jeune veuve danse et se divertit sans vergogne, défiant les mœurs austères de la Cour[7]. La Gazette de la Régence rapporte l'affront que Mme de Berry reçoit au bal de Carnaval en janvier 1717 : « Un officier ivre qui ne la connaissoit pas sous le masque, en l'abordant lui dit qu'elle avait une belle paire de tétons et demanda s'ils étoient à vendre ; la princesse sur cela lui dit : - Me connois-tu bien, masque ? - Oui, je te connois. - Et qui suis-je ? - La plus grande putain de Paris. » L'impudent parvient à s'éclipser sans être inquiété[8]. Avide de plaisirs et de représentations, la scandaleuse fille du Régent assiste chaque année aux bals de Carnaval, au mépris de toute morale. Le dimanche 19 février 1719, elle reste au bal de l'Opéra jusqu'à quatre heures du matin et s'y rend à nouveau le mardi gras (21 février)[9].

Le bal de l'Opéra devient ensuite un bal déguisé. Un plancher est posé sur les fauteuils pour disposer d'une surface suffisante.

XIXe – XXe siècles[modifier | modifier le code]

Échos des bals masqués de l'Opéra en 1863, dansants au son de la musique festive de danses de Paris au XIXe siècle[10].
Le bal de l'Opéra vu par Édouard Manet en 1873[11].
Billet d'entrée au bal de l'Opéra[12].

Au début du XIXe siècle, la police de Paris considère le montant de la recette du bal de l'Opéra comme un indice significatif de l'état de santé du Carnaval de Paris.

Ce bal se tient successivement à l'opéra de la rue de Richelieu (jusqu'en 1820), à la salle Louvois (1820-1821), à l'Opéra Le Peletier (de 1821 à 1873) et à l'Opéra Garnier (de 1875 à 1903).

En 1835, Philippe Musard, dit « Napoléon Musard le roi du quadrille » relance le bal de l'Opéra avec un orchestre de 90 musiciens et des airs à la mode ou excentriques.

Selon certains, c'est là que vers 1840 Philippe Musard lance le cancan ou coincoin, danse jugée « lascive » par les autorités (elle se pratique à une époque où les femmes portent des culottes fendues).

En 1854, Isaac Strauss est nommé chef d'orchestre des bals de l'Opéra en remplacement de Philippe Musard[13].

Le bal de l'Opéra est illustré par des dessins de Cham, Daumier, Gustave Doré et Gavarni qui croquent les déguisements des participants et les événements survenant dans le cadre de la fête.

Le Bal de l'Opéra existe toujours en 1927[14].

Il disparaît finalement dans les années 1920. Le plancher amovible qui servait aux danseurs ayant atteint un état de grande décrépitude et devenant inutilisable, voire dangereux. L'administration de l'Opéra ne souhaita pas le remplacer.

Annonce du Bal de l'Opéra en 1895[modifier | modifier le code]

Le Gaulois écrit le 20 janvier 1895[15] :

« Les portes de l'Opéra ouvriront samedi prochain 26 janvier, à dix heures et demie précises, pour le premier bal.

À une heure du matin, le « Bucentaure », magnifiquement décoré, fera son entrée dans la salle, ayant à son bord douze des plus jolies femmes de Paris et les joueurs de mandoline vénitiens. C'est du « Bucentaure » que sera donné le signal de la bataille de fleurs.

Rappelons à ce propos que l'usage des confetti est absolument défendu cette année à l'Opéra. »

Le Bal de l'Opéra en 1897[modifier | modifier le code]

Le journal La Patrie écrit le 2 mars 1897[16] :

« L'Opéra avait repris, la nuit dernière, son animation carnavalesque des meilleurs jours.

Le grand veglione[17] avait attiré une foule d'élégants masques de toute couleur et de toute forme qui a fait assaut de gaieté jusqu'à cinq heures du matin.

Impossible de dire désormais que le Carnaval se meurt. Le Carnaval revit plus vigoureux que jamais.

La résurrection du Bœuf-Gras n'est pas étrangère à ce regain de folie qui va mettre aujourd'hui nos boulevards sens dessus dessous.

Le Carnaval est redevenu la grande fête populaire d'antan ; plus même, car jamais la foule ne fut si compacte que l'an dernier et ne l'aura été que cette année. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Illustration de : Les Français peints par eux-mêmes, Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle. Louis Curmer éditeur, Paris, 1840, tome 2.
  2. Honore Daumier, La Mi-Carême – Au bal de l'Opéra – Vivent les Flambards ! Le personnage en tête, couronné de plumes et portant une massue parodie la tenue traditionnelle des sacrificateurs escortant le Bœuf Gras parisien.
  3. La Promenade de Masques consiste en ce que les masques, c'est-à-dire les personnes déguisées, se retrouvent en grand nombre avec les curieux et admirateurs venus les voir, en un endroit donné à un moment donné, par exemple la rue Saint-Antoine ou les Grands Boulevards.
  4. Ce dernier cortège apparu en 1822 disparaîtra vers 1860.
  5. Bibliothèque pour rire, Le bal Musard, par Louis Huart, avec 60 vignettes de Cham, Paris 1850.
  6. Gravure extraite de La Semaine illustrée, 24 février 1860, page 312.
  7. E. de Barthélémy (ed.), Gazette de la Régence. Janvier 1715-1719, Paris, 1887, p.68. Mettant en valeur sa grâce opulente, l’ample robe volante dont la duchesse de Berry lance la mode l’aide aussi à cacher son ventre proéminent. Trois semaines plus tard, en son palais du Luxembourg, gardant la chambre sous prétexte d’un gros rhume, la princesse accouche d'une fille, inspirant la verve des chansonniers satiriques qui font d’elle une Messaline incestueuse.
  8. L’officier pris de vin devine-t-il que les seins généreux de la princesse témoignent du début d’une nouvelle grossesse ? Au 9 juillet 1719, la Gazette de la Régence note : « Mme la duchesse de Berry ne sort pas de la Muette, où elle est incommodée, devenant si puissante qu'il est à craindre qu'elle ne fournisse pas une longue carrière ici-bas. ». L'accouchement imminent de la princesse, suscite en effet de légitimes inquiétudes. Fin juillet, la rumeur court « que la duchesse de Berry étoit à l'extrémité : elle se délivroit d'un enfant ». E. de Barthélémy (ed.), Gazette de la Régence. Janvier 1715-1719, Paris, 1887, pp.134-135, 192 et 196.
  9. Enceinte jusqu’aux dents, la « féconde Berry » défie les regards scrutateurs du public et défaite de toute honte, s’entête à mener le bal. Les rumeurs attribuent sa nouvelle grossesse aux œuvres du Régent. S'abandonnant à tous les plaisirs de la boisson et de la chair malgré son état, l’imprudente manque de mourir en couches au Palais du Luxembourg. Délivrée le 2 avril d’une fille mort-née, elle ne se rétablit pas de son accouchement très laborieux. Morte le 21 juillet, l’autopsie la révèle à nouveau enceinte.
  10. Paru dans La Chanson. Journal hebdomadaire de critique littéraire et musicale, Revue des Théâtres, Concerts et Cafés-Concerts, numéro 8, 15 janvier 1863, page 5. Le Strauss dont il s'agit ici est Isaac Strauss de Paris, alors plus célèbre dans la capitale française que les Strauss de Vienne.
  11. Huile sur toile, 59 × 72,5 cm, National Gallery (Londres).
  12. Reproduit dans Vieux papiers, vieilles images, cartons d'un collectionneur..., par John Grand-Carteret, A. Le Vasseur éditeur, Paris 1896, page 89.
  13. La Presse musicale, 7 décembre 1854, page 1.
  14. Voir un jeton d'entrée au bal masqué de l'Opéra donné pour le jeudi de la Mi-Carême 24 mars 1927.
  15. Rubrique Courrier des spectacles, Le Gaulois, 20 janvier 1895, page 3, 4e colonne. Voir l'article reproduit sur la base Commons.
  16. Le même article ajoute, plus loin : « La foule qui s'est répandue hier sur le parcours du cortège du bœuf gras se montait à six cent mille personnes. »
  17. « Veglione », substantif augmentatif de l'italien « veglia », veillée, désignant une fête masquée de nuit.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Joannis Deberne, Danser en société, éditions Bonneton, 1999 (ISBN 2-86253-229-0)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Le Matin, 23 mars 1927.

Lien externe[modifier | modifier le code]