Fromental Halévy

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Fromental Halévy
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Photoglyptie de la série Galerie contemporaine d’Étienne Carjat.

Naissance
Paris, Drapeau de la France République française
Décès (à 62 ans)
Nice, Drapeau de l'Empire français Empire français
Activité principale Compositeur
Style romantique
Activités annexes Professeur de musique
Lieux d'activité Conservatoire de Paris
Maîtres Félix Cazot, Lambert, Henri Montan Berton, Étienne Nicolas Méhul, Luigi Cherubini
Enseignement Conservatoire de Paris
Élèves Charles Gounod, Victor Massé, François Bazin, Georges Bizet, qui épouse sa fille Geneviève
Famille Geneviève Halévy (fille)
Ludovic Halévy (neveu)
Récompenses prix de Rome (1819)
Distinctions honorifiques Académie des beaux-arts

Œuvres principales

Fromental Halévy est un compositeur français, né à Paris le et mort de la tuberculose à Nice le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Jacques François Fromental Élie Halévy est issu d'une famille juive : son père, Élie Lévy, est originaire de Fürth, en Bavière. Il est arrivé en France à la suite de l'émancipation des juifs par la Révolution. Moins de vingt ans ont suffi à métamorphoser cet érudit venu d'Allemagne en un citoyen français conscient de ses droits et arborant hautement son judaïsme[1]. Il va en effet militer toute sa vie pour la culture juive et cela aura des répercussions sur son fils Fromental. Élie Lévy épouse en 1798 Julie Mayer, originaire de Malzéville, près de Nancy. En 1807, la famille change de nom pour s’appeler Halévy. Fromental a un frère cadet, Léon, qui sera un proche de Saint-Simon. L'influence de ce dernier, partisan de l'abolition des frontières entre les religions et du brassage des élites, se fera sentir puissamment sur toute la famille Halévy, génération après génération.

Dès l’âge de 7 ans, Fromental entre au Conservatoire de Paris où il devient l’élève de Félix Cazot, Lambert, Henri Montan Berton et Étienne Nicolas Méhul. En 1811, il entre dans la classe de Luigi Cherubini, où il restera cinq ans. Cette rencontre fut un événement capital de la vie artistique de Fromental. Le jeune garçon assimila l'enseignement sévère et exigeant de ce grand maître avec une facilité prodigieuse et devint vite son élève "chéri"[2]. Dès 1814, il donne des cours de solfège au Conservatoire. En 1817, il obtient le premier second prix de Rome, puis le premier grand prix en 1819. Il part à Rome en 1820, séjourne à Naples, puis à Vienne en 1822 où il rend visite à plusieurs reprises à Beethoven qu'il admire, tout en se sentant plus proche de Mozart et de Cherubini.

Rentré à Paris à la fin de 1822, il reprend les cours de solfège qu'il donnait au Conservatoire. En 1827, il y est nommé professeur d’harmonie et d'accompagnement. Parallèlement, il est chef de chant au Théâtre italien, puis à l'Opéra. En 1828, il obtient enfin la commande d'un opéra. Il en composera au total plus de trente. C'est en 1833 qu'il reçoit du docteur Véron, directeur de l'Opéra, la commande d'un grand opéra en cinq actes sur un livret de Scribe, La Juive, créé le 23 février 1835. Dans le même temps, Meyerbeer reçoit commande des Huguenots, toujours sur un livret de Scribe. Leurs arguments montrent des similitudes frappantes. Au cœur de chaque ouvrage figurent des représentants caractéristiques des minorités religieuses israélite ou protestante, qui sont finalement anéantis par le pouvoir de l'Église et (ou) de l'État ; les juifs comme les protestants refusent d'abjurer leur foi et «choisissent le martyre». Ces spectacles impressionnants attirèrent des foules énormes[3]. Si les libéraux accueillent avec chaleur La Juive, il faudra compter avec une opposition résolue des légitimistes qui la considèrent comme une insulte à la religion[4].

Le succès de La Juive amène l'Opéra à lui commander une nouvelle œuvre, ce sera Guido et Ginevra, créé le 5 mars 1838, sorte de transposition de l'histoire de Roméo et Juliette à Florence pendant la peste. Son style a nettement progressé depuis La Juive[5] et l'œuvre est aussi un grand succès. Du coup, le Conservatoire fait de plus en plus appel à lui : après lui avoir confié une classe de fugue et de contrepoint en 1833, il le charge d'une classe de composition en 1840.

Suivent dans les années quarante encore deux grands opéras : La Reine de Chypre et Charles VI. Leur thème commun est celui de la royauté et des menaces auxquelles elle doit faire face. Dans La Reine de Chypre, créé en 1841 sur un livret de Saint-Georges, c'est la famille régnante des Lusignan qui est attaquée par la République de Venise. Richard Wagner aima tellement l'œuvre qu'il en fit une réduction pour piano et chant[6]. Créé en 1843, Charles VI étonne un peu par les libertés prises par les auteurs du livret, Casimir Delavigne et son frère, qui introduisent parmi les personnages centraux la maîtresse de Charles VI, Odette de Champdivers, transformée en une sorte de Jeanne d'Arc, qui va réconcilier le roi et son fils. L'ouvrage comprend un chant contre les Anglais qui jamais ne régneront en France, apprécié du public mais pas du roi, qui vient de conclure une première entente cordiale[7]...

Le cycle des grands opéras se termine dans les années cinquante par deux ouvrages sur le thème de la faute et de son pardon éventuel : Le Juif errant (1852) et La Magicienne (1858). Dieu refuse son pardon au premier, condamné à errer sans fin à travers le monde, mais l'accorde à la seconde, la fée Mélusine, qui mourra chrétiennement.

Généralement, de tous les opéras de Fromental Halévy, seul La Juive se joue encore de nos jours. Mais en 2008, Cecilia Bartoli a pu faire revivre sur scène Clari, opéra créé en 1828 par La Malibran[8].

Fromental épouse le 27 avril 1842 une femme artiste et cultivée, fille de banquier juif et sœur d'Eugénie Foa, Léonie Rodrigues-Henriques, ancienne élève de Frémiet et dotée d'un certain talent pour la sculpture. On avait parlé de l'influence des idées saint-simoniennes sur les Halévy qui les ont poussés vers des mariages mixtes. Cette union serait-elle une exception ? Pas vraiment, car les Rodrigues baignent dans le saint-simonisme. Qu'on en juge : le cousin de Léonie, Olinde Rodrigues, est le disciple préféré et le confident des derniers jours de Saint-Simon ; c'est d'ailleurs lui qui a introduit auprès du maître Léon Halévy. Proches aussi Émile et Isaac Pereire, parents des Rodrigues, Gustave d'Eichthal, marié à une Rodrigues, de même que le grand industriel Ernest Gouin[9]. Fromental a eu deux filles, l'aînée morte en 1864 alors qu'elle est fiancée à son cousin Ludovic Halévy, et Geneviève (1849-1926), qui va épouser en premières noces et à l'instigation de son oncle Hippolyte Rodrigues le grand compositeur Georges Bizet.

Fromental a été un mélodiste très abondant, parfois inspiré, souvent sincère jusqu'à la naïveté. Par contre, il s’est montré peu doué pour la musique de ballet. Il avait également un réel talent d’écrivain : Lettres sur la musique, parues sous le pseudonyme de « Gervasius ».

Parmi les trente-six ouvrages qu’il a écrits pour le théâtre, les plus applaudis sont La Juive, Guido et Ginevra ou la Peste de Florence sur un livret de Scribe (5 mars 1838), La Reine de Chypre sur un livret de Saint-Georges (22 décembre 1841) et Charles VI sur un livret de Casimir et Germain Delavigne (15 mars 1843).

On peut citer, parmi ses opéras-comiques, L’Éclair (1835), Les Mousquetaires de la Reine (1846), Le Val d’Andorre (1848) et La Tempesta (1850). Son œuvre comprend également quelques cantates, diverses pièces de musique vocale, un De profundis pour la cérémonie funèbre du duc de Berry.

Il a été élu en 1836 à l’Académie des beaux-arts en remplacement d'Antoine Reicha. Il en devient le secrétaire perpétuel en 1854. À ce titre, il bénéficie d'un logement de fonction quai Conti, où son frère Léon est déjà installé dans l'appartement de son beau-père, Hippolyte Le Bas, architecte de l'Institut[10]. Il sera par la suite l'objet d'une cour assidue de la part d'Eugène Delacroix, qui a une maison en face de son château de Fromont, de l'autre côté de la Seine, et désire entrer à l'Académie[11]. Après la mort de Fromental, il est demandé au Corps législatif une pension de 5 000 francs, accordée à sa veuve comme récompense nationale.

Comme professeur, il compte des élèves qui deviendront célèbres, dont Charles Gounod, Victor Massé, François Bazin et Georges Bizet, qui épouse sa fille Geneviève en 1869.

On compte également parmi ses élèves Théodore Mozin frère du peintre Charles Mozin

Faisant preuve d’un certain enthousiasme, il disait : « La musique offre ce merveilleux et sublime accouplement de l’art qui crée, qui émeut, et de la science qui régit. Mais l’art seul domine en maître ; la science gouverne et ne règne pas. »

Son neveu Ludovic Halévy a écrit les livrets de nombreux opéras et opérettes, au premier rang desquels Carmen de Georges Bizet, ainsi que 'La Belle Hélène de Jacques Offenbach, auquel il participa.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Opéras[modifier | modifier le code]

Buste à l'Opéra de Paris.
  • L'Artisan (1827)
  • Le Batelier (1827)
  • Clari, en italien (1828)
  • Le Dilettante d'Avignon (1828)
  • Les Souvenirs de Lafleur (1829), à l'occasion du départ en retraite du baryton Martin
  • La Tentation, ballet-opéra (1832)
  • Ludovic, commencé par Hérold (1833)
  • La Juive (1835)

La Juive fait figure de prototype de « grand opéra français », en cinq actes avec ballet, genre que cet opéra – créé en 1835 à Paris – inaugure et qui connaîtra une grande postérité au cours du XIXe siècle. L'opéra est composé sur un livret d'Eugène Scribe. L'action se situe lors du concile de Constance en 1414. Compliquée et dépourvue de logique, elle met en scène la descente aux enfers et la condamnation au bûcher d'un orfèvre juif, Eléazar et de sa fille Rachel, dont on apprendra qu'elle n'est en fait que sa fille adoptive, qui se trouve séduite et abandonnée par un prince chrétien vainqueur des Hussites, Léopold, par ailleurs marié à la princesse Eudoxie, nièce de l'empereur. Le camp catholique est représenté par un puissant ecclésiastique, le cardinal de Brogni qui, plutôt bien intentionné, ne parvient pas à sauver ceux que, pour des motifs parfaitement dérisoires le Concile a condamnés. Les haines sont réciproques, le personnage d’Eléazar véhicule des stéréotypes antisémites et les invraisemblances sont innombrables. La partition est d'une exceptionnelle qualité. Le texte de l’aria du IVe acte, chanté par Eléazar :

« Rachel, quand du Seigneur
la grâce tutélaire
à mes tremblantes mains confia ton berceau,
j’avais à ton bonheur
voué ma vie entière.
et c’est moi qui te livre au bourreau ! »

a été écrit par le ténor Adolphe Nourrit afin que les syllabes, notamment les voyelles, puissent bien correspondre à sa voix.

Cet air a beaucoup marqué les esprits et a eu une postérité littéraire dans la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. « Rachel-quand-du-Seigneur », est le surnom que le narrateur avait donné à une petite prostituée que la tenancière du bordel lui avait vantée comme juive. Quelques tomes de la Recherche plus loin, le narrateur reconnaît cette « Rachel-quand-du-Seigneur » dans la personne de la maîtresse de son ami Robert de Saint-Loup.

Fromental Halévy.
Portrait par Charles-Michel Geoffroy.

Livres[modifier | modifier le code]

  • Souvenirs et Portraits. Études sur les Beaux-Arts, Michel Lévy, 1861.
  • Derniers Souvenirs et Portraits, précédés d'une notice par P. A. Fiorentino, Michel Lévy, 1863 ; texte sur Gallica

Généalogie[modifier | modifier le code]

Élie Halfon Levy puis Halévy( ? - 1826 )
Cantor de la synagogue de la rue des victoires 
x  Julie Mayer (1781-1819) 
│                           
│
├──> Fromental Halévy (1799-1862), compositeur de musique d'opéra
│    x  Léonie Rodrigues-Henriquès (1820-1884), fille d'Alexandre Rodrigues-Henriquès (1765-1834), banquier, et d'Esther Gradis (1780-1859)
│    │
│    ├──> Esther Halévy (1845-1864)
│    │    fiancée à son cousin Ludovic Halévy
│    │ 
│    ├──> Geneviève Halévy (1849-1926)
│         x 1 Georges Bizet
│         x 2 Émile Strauss (1844-1939)
│         │    
│         ├──> 1. Jacques Bizet               
│
├──> Léon Halévy (1802-1883), professeur de littérature, poète, fabuliste, dramaturge
    x 1 Alexandrine Le Bas, fille d'Hippolyte Le Bas (1782-1867), célèbre architecte, et de Colombe Isambert
    x 2 Mademoiselle Paradol
    ├──> 1. Ludovic Halévy (1834-1908)
    │    fiancée à sa cousine Esther Halévy
    │    x Louise Bréguet (1847-1930), fille de Louis Breguet (1803-1883), horloger et physicien français, et de Charlotte Lassieur
    │    │
    │    └──> Élie Halévy (1870-1937)philosophe et historien, docteur honoris causa de l'Université d'Oxford
    │    │
    │    └──> Daniel Halévy (1872-1962), essayiste et historien
    │          x 1898 Marianne Vaudoyer                
    │          └──> Françoise-Hélène Halévy (1900-1993)
    │               x 1901 Louis Joxe (1901-1991), homme politique français
    │               │
    │               └──> Pierre Joxe (° 1934), homme politique français 
    │
    ├──> 1. Valentine Halévy (1846-1893)
    ├──> 2. Lucien-Anatole Prévost-Paradol

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Béatrice Philippe, Élie Halévy, in La famille Halévy, 1760-1960, p. 54
  2. Karl Leich-Galland, Fromental Halévy, in La famille Halévy, 1760-1960, p. 69. Le terme d'élève chéri est d'Adolphe Adam, Derniers souvenirs d'un musicien, p. 247
  3. Karl Leich-Galland, Fromental Halévy, in La famille Halévy, 1760-1960, p. 70
  4. La Gazette de France, 27 février 1835
  5. Karl Leich-Galland, Fromental Halévy, in La famille Halévy, 1760-1960, p. 71
  6. Karl Leich-Galland, Fromental Halévy, in La famille Halévy, 1760-1960, p. 72-73
  7. Karl Leich-Galland, Fromental Halévy, in La famille Halévy, 1760-1960, p. 74
  8. Mezzo. Décembre 2014-janvier 2015. Cecilia Bartoli chante Clari de Halévy à l'Opéra de Zurich
  9. Philippe Champy, Les Blacque-Belair, p. 63 à 66
  10. Jean-Pierre Halévy in La famille Halévy, 1760-1960, p. 27
  11. Philippe Champy, Les Blacque-Belair, p. 136. Il sera finalement élu en 1857.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Volker Dehs, « Jules Verne entre Léo Delibes, Halévy et Victor Massé« , Revue Jules Verne 24, Jules Verne et la musique, 2007, p. 97-102.
  • Michel Faure, « Musique et liberté de croyance et de culte sous la Monarchie de Juillet ou L'émergence des protestants et des juifs sur les scènes lyriques », L'influence de la société sur la musique, Paris, 2008.
  • Henri Loyrette (sous la direction de), La famille Halévy, 1760-1960, Fayard, 1996 (publié à l'occasion de l'exposition du musée d'Orsay), article Fromental Halévy et l'âge d'or de l'opéra français, par Karl Leich-Galland, p. 68-79

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Biographie
  • Relations entre Berlioz et Halevy
  • Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. 2, p. 227-246, article Halévy, secrétaire perpétuel, lundi 14 avril 1862 : texte de l'article sur Gallica
  • Les Archives nationales conservent sous la cote MC/ET/CXVII/1058 un gros dossier « Halévy » contenant des pièces de Jacques-Fromental Halévy sur des conventions et ses comptes avec les éditeurs de musique, entre autres, entre 1852 et 1862, ainsi que des lettres écrites ou reçues par lui et sa femme Léonie Rodrigues-Henriquès ; d’autres lettres restées jusqu’à là inédites concernent celles de la maison du docteur Blanche, domicilié à Passy, à Jacques-Fromental sur l’état de santé de sa femme entre le 2 février et le16 juin 1854. Ce carton contient également des pièces sur la publication de l’ouvrage « Instruction religieuse et morale à l'usage de la jeunesse israélite » d’Élie Halévy, homme de lettres et poète (né en 1760, mort en 1826).