Joseph Mallord William Turner

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Joseph Mallord William Turner, plus connu sous le nom de William Turner ou de ses initiales J. M. W. Turner[Note 1], est un peintre, aquarelliste et graveur britannique. Initialement de la veine romantique anglaise, son œuvre est marquée par une recherche novatrice audacieuse qui fait considérer celui que l'on surnomme le « peintre de la lumière » comme un précurseur de l'impressionnisme, avec son contemporain John Constable.

Renommé pour ses huiles, Turner est également un des plus grands maîtres anglais de paysages à l'aquarelle. Il y gagnera le surnom de « peintre de la lumière »[2]. La plus grande partie des œuvres de Turner est conservée à la Tate Britain[3].

Il est né entre la fin avril et le début du mois de mai 1775 dans le quartier de Covent Garden à Londres, puis baptisé le [Note 2] et mort le à Cheyne Walk dans le quartier de Chelsea, toujours dans la capitale britannique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et famille[modifier | modifier le code]

Turner serait né le , la date précise reste inconnue. Lui-même revendique cette date qui est le jour de la fête de saint Georges et l'anniversaire supposé de William Shakespeare, mais cette affirmation n'a jamais pu être vérifiée[Note 2]. Son testament indique aussi le souhait qu'à cette date un dîner commémoratif soit donné à la Royal Academy[4]. La première date dont les historiens sont sûrs est donc son baptême le à l'église Saint-Paul dans le quartier de Covent Garden à Londres[5],[6]. Il est né au 21 Maiden Lane à Covent Garden[6] et ses trois prénoms sont ceux de son oncle maternel[5].

William Turner est le fils d'un barbier-perruquier[7], William Gay Turner, qui a sa boutique près de l'église Saint-Paul[5]. Sa mère, Mary Marshall, est issue d'une famille de bouchers[5]. Neurasthénique[7], elle perd progressivement la raison et entre en 1799 au St Luke's Hospital for Lunatics, puis au Bethlem Royal Hospital l'année suivante[8]. Elle y meurt en 1804[8]. L'une des raisons de sa folie est probablement le décès de la jeune sœur de William, Mary Ann, née en septembre 1778 et morte en août 1783 avant ses cinq ans[9]. Si les relations avec sa mère sont difficiles[4], il semble que malgré ce contexte, l'enfance de Turner est décrite comme « chaleureuse »[5].

Débuts[modifier | modifier le code]

Drawing of St John's Church, Margate, vers 1786.

Parce qu'on lui suppose une santé fragile dans la famille à la suite du décès de sa sœur Mary Anne, et parce que la maladie de sa mère s'aggrave[5],[4], le jeune Turner est envoyé à ses dix ans en 1785 chez un de ses oncles maternels à Brentford, petite ville sur les rives de la Tamise, dans le Middlesex, à l'ouest de Londres[8]. Il y va à l'école[6]. C'est probablement à Brentford que son intérêt pour le dessin et la peinture s'éveille[5]. L'exercice artistique connu le plus ancien de Turner est de cette époque ; il s'agit d'une série de coloriages simples de gravures issues du livre Picturesque View of the Antiquities of England and Wales d'Henry Boswell[10].

L'année suivante, en 1786, il suit son oncle et est envoyé à Margate, dans le Kent, à l'estuaire de la Tamise[11],[12]. Il y est également scolarisé[6]. À partir de cette époque, il commence à produire des dessins que son père expose à la vitrine de son commerce[8],[11] et vend pour quelques shillings[7]. C'est aussi à partir de ce moment qu'il signe ses œuvres[6]. À Margate, il produit une série de dessins de la ville et de la zone environnante préfigurant son travail plus tardif. En 1789, Turner habite de nouveau chez son oncle, lequel a pris sa retraite à Sunningwell, à l'époque dans le Berkshire[8]. Un carnet de croquis de cette période ainsi qu'une aquarelle d'Oxford attestent de sa poursuite artistique. L'utilisation de croquis au crayon sur place, comme le fondement préliminaire de peintures achevées plus tard, constitue la base de la manière de travailler que Turner conservera toute sa carrière[10].

Grâce au soutien de son père, il a l'occasion de travailler à Covent Garden comme coloriste d'estampes chez le graveur John Raphael Smith et l'éditeur Colnaghi (en)[11]. Son père est étonnamment[Note 3] fier des facultés artistiques de son fils[7]. Il se vante même à l'artiste Thomas Stothard que son « […] fils, monsieur, va être un peintre »[13]. Cependant, ses centres d'intérêts se fixent sur l'architecture puis le paysage[11].

À presque quatorze ans, il obtient son premier emploi de dessinateur chez l'architecte Thomas Hardwick[14]. Il y réalise notamment des aquarelles de la reconstruction de l'église Saint-Marie de Wanstead[4]. Marquant un vif intérêt pour l'architecture, il prend également des cours de perspective et de topographie auprès du dessinateur en architecture Thomas Malton le Jeune[14],[7], son « véritable maître » selon lui[14],[6]. Il se passionne alors pour le « paysage topographique » qui est en vogue en Grande-Bretagne[14] et il en fait le cœur de sa technique[15].

Entrée à la Royal Academy[modifier | modifier le code]

Incité par l'artiste John Francis Rigaud, il entre le — âgé de quatorze ans seulement — à l'école de la Royal Academy après un essai[7] et une épreuve technique[15]. Ce parcours est classique pour les artistes de son temps[4], même s'il se démarque par la suite par la précocité de l'ascension de l'artiste. La Royal Academy offre un enseignement gratuit et de haute qualité[16]. Il y côtoie Joshua Reynolds, premier président de la Royal Academy, et son influence, au moins théorique, est telle qu'il en fera mention dans son testament[17].

Turner réside alors avec sa famille, qui occupe un logement au 26 Maiden Lane[6], à Covent Garden, à quelques numéros de sa maison natale.

Il est autorisé à présenter des aquarelles à l'exposition d'été de la Royal Academy — notamment Le Palais de l'archevêque à Lambeth — alors qu'il n'y est élève que depuis un an[17].

C'est à cette période, au cours de premiers voyages hors de Londres comme chez l'ami de son père John Narraway[6] à Bristol en 1791, puis à Bath et à Malmesbury[6], qu'il réalise l'importance de dessiner des croquis préliminaires avant de poursuivre ses œuvres en studio[8]. Il développe ainsi l'habitude de prendre des idées à l'extérieur en été pour travailler en studio en hiver[8]. En 1792, Turner rend de nouveau à la famille Narraway et dans le Sud du pays de Galles[6].

En 1792, il rencontre l'architecte John Soane et W. F. Wells, deux hommes qui resteront proches de l'artiste[6].

En 1793, Turner reçoit le prix de la Greater Silver Palette par la Royal Academy[6]. Il profite de l'été pour visiter Hereford et Tintern[6] et de l'automne pour visiter le Kent et le Sussex[6].

En 1794, il visite les Midlands et le Nord du pays de Galles[6]. La même année, il fait la rencontre de l'artiste Thomas Girtin[8].

En 1795, il visite le Sud du pays de Galles et l'île de Wight[6]. Il reçoit la même année une commission de John Landseer et de Richard Colt Hoare[6].

D'un style alors plutôt rigoureux, il expose en 1796 sa première peinture à l'huile, Pêcheurs en mer, à la Royal Academy. Cette peinture de marine d'une scène nocturne au large des Needles de l'île de Wight est à la fois réaliste par l'effet de Lune et de ses reflets sur la mer et romantique par son atmosphère. Elle marque également par son fort contraste. Selon le conservateur Andrew Wilton, ce tableau est « un résumé de tout ce qui avait été dit à propos de la mer par les artistes du XVIIIe siècle »[18] et montre une forte influence d'artistes tels que Horace Vernet, Philippe-Jacques de Loutherbourg, Peter Monamy ou encore Francis Swaine. L'huile sur toile est saluée par les critiques contemporaines et installe la réputation de Turner, à la fois comme un peintre à l'huile et peintre de marine.

C'est aussi à partir de cette année, 1796, qu'il expose chaque année à la Royal Academy[19], jusqu'à la fin de sa vie, à de très rares exceptions près. En tout, 260 aquarelles et peintures seront exposés par Turner à cet événement[20]. Toujours en 1796, il se rend à Brighton[6].

En 1797, il visite le Nord de l'Angleterre, le Lake District et Harewood dans le Yorkshire pour travailler pour Edward Lascelles[6].

En 1798, il visite le Kent avec le révérend Robert Nixon et Stephen Peter Rigaud, puis le pays de Galles[6]. Toujours en 1798, il décide de tout faire pour intégrer la Royal Academy comme membre[21]. Si son talent est déjà reconnu, sa jeunesse est un frein[21]. Il doit alors faire une véritable campagne pour obtenir les faveurs des membres de l'institution[21],[20].

Abbaye de Tintern, 1794.

En 1799, il est recommandé au diplomate Thomas Bruce comme son dessinateur en Grèce, mais Turner n'accepte pas les conditions et l'Italien Giovanni Battista Lusieri est pris à la place[6]. En août et septembre, il travaille pour l'écrivain William Thomas Beckford qui lui achète plusieurs œuvres topographiques de son abbaye de Fonthill[6],[8], puis en octobre, il visite de nouveau le Nord du pays de Galles, puis le village de Knockholt[6]. En novembre de la même année[6], il est finalement élu membre associé en 1799[21], à 24 ans[20]. Au-delà du prestige, c'est l'opportunité pour lui de donner ses lettres de noblesses à la peinture de paysage, alors un courant mineur, à l'inverse de la tradition de la peinture d'histoire[19],[20].

Au fil du temps, il rencontre ses premiers mécènes comme Thomas Monro — médecin au Bethlem Royal Hospital, il s'occupera de la mère de Turner[8] — et Richard Colt Hoare[4] et à la fin du siècle, il dispose d'une clientèle abondante et établie[21].

Un appui important pour son travail vient de Walter Fawkes, de Farnley Hall près d'Otley dans le Yorkshire, dont il devient un ami proche. Turner visite Otley en 1797, à 22 ans, alors qu'il est chargé de peindre des aquarelles de la région. Il est tellement attiré par Otley et la région environnante qu'il y reviendra régulièrement tout au long de sa carrière. La toile de fond de Hannibal traversant les Alpes est réputée comme ayant été inspirée par une tempête sur le Chevin à Otley, alors qu'il se trouve à Farnley Hall.

Les années 1790 ayant été marquées par l'influence du travail sur le paysage de Richard Wilson, lui-même inspiré par Claude Gellée[19]. Le tableau Château de Dolbadarn, Nord du pays de Galles — utilisé pour son diplôme — ou encore Paysage avec le père de Psyché sacrifiant à Apollon en reprennent des caractéristiques[19].

Vers la notoriété[modifier | modifier le code]

À partir de 1799-1800, il partage un studio avec le peintre John Thomas Serres[8].

En 1800, George Dance le Jeune dessine le portrait de Turner[6].

La même année, Turner expose La Cinquième Plaie d'Égypte à la Royal Academy. Il s'agit d'une œuvre entre la peinture d'histoire et la peinture de paysage. Le premier propriétaire du tableau est l'ancien client William Thomas Beckford et la somme déboursée — 150 guinées — participe à établir la renommée de Turner[22]. La Cinquième Plaie d'Égypte marque des influences du peintre français Nicolas Poussin[8].

Le duc de Bridgewater Francis Egerton commissionne en 1800[6] à Turner Bateaux hollandais dans la tempête comme pendant à Bateaux sur une mer tempétueuse de Willem van de Velde le Jeune[8]. En Angleterre, Turner est souvent l'hôte de George Wyndham, 3e comte d'Egremont, à Petworth House dans le Sussex, ce qui donne naissance à une série de peintures.

En 1801, il visite le Nord de l'Écosse, le Lake District et Chester[6].

La consécration[modifier | modifier le code]

Ses tableaux, paysages et marines d'Angleterre, permettent à Turner d'avoir obtenu rapidement une grande réputation et donc cette consécration. En février 1802[6], Turner obtient le titre d'académicien royal[8] et son talent lui apporte une reconnaissance et un confort[8]. De juillet à octobre 1802, après la paix d'Amiens, il est financé pour visiter la France, la Savoie et la Suisse[6]. À Paris, il visite le musée du Louvre[8] et étudie de nombreuses toiles de maîtres dont Claude Gellée et Nicolas Poussin[19].

The Victory Returning from Trafalgar, in Three Positions, vers 1806.

En 1803, l'influent critique et peintre amateur George Beaumont défend une peinture académique et donc devient l'un des critiques les plus véhéments du style de Turner[8].

À partir d'avril 1804, il ouvre sa propre galerie, au coin de Harley Street et de Queen Anne Street[8]. Il y place un judas lui permettant d'observer les réactions du public devant ses œuvres[23]. Quelques jours avant l'ouverture, sa mère meurt à l'asile[8].

L'année suivante, il séjourne à la Syon Park House Estate d'Isleworth, en grande banlieue de Londres, et visite par bateau la Tamise, esquissant des aquarelles et huiles de la nature environnante[8]. En décembre, il travaille sur une esquisse du HMS Victory quand il revient dans le Medway après la bataille de Trafalgar[8]. Cette dernière oppose la flotte franco-espagnole sous les ordres du vice-amiral Pierre Charles Silvestre de Villeneuve, à la flotte britannique commandée par le vice admiral Horatio Nelson. Nelson y trouve la mort, mais la tactique qu'il a mise en œuvre vaut aux Britanniques une victoire totale malgré leur infériorité numérique et, avec les deux tiers des navires franco-espagnols détruits, Napoléon Ier doit renoncer à tout espoir de conquête du Royaume-Uni. Il s'agit donc d'un des tournants des guerres napoléoniennes qui conforte également la suprématie britannique sur les mers. L'artiste traitera de cette bataille dans plusieurs œuvres restées célèbres.

En 1806, il se rend à Knockholt dans le Kent[8] et travaille sur un recueil d'estampes, Liber Studiorum, duquel les premières planches sont publiées en 1807[12]. Impliqué dans l'institution de la Royal Academy[20], de 1807 à 1828, il y enseigne la perspective[19] et présente plusieurs conférences par an[16]. Il recherche notamment à transmettre son goût pour les peintures de paysage aux élèves[20].

Turner achète un terrain à Twickenham en 1807 et y fait construire la Sandycombe Lodge à partir de 1812[8]. Entre temps, en 1810, il déménage dans une maison qu'il fait construire au 47 Queen Anne Street[24]. Maison, studio et galerie, il y habite jusqu'en 1846[24]. Vers les dernières années, la maison — désormais détruite[24] — est remarquée pour être dans un état particulièrement vétuste[24].

En 1808, Turner peint dans le parc Cassiobury (en) à Watford puis à Spithead pour le retour de la flotte ayant participé à la bataille de Copenhague[8]. La même année, il est élu professeur de perspective à la Royal Academy[8].

En 1809, il visite Petworth, le château de Cockermouth (en), Oxford, ainsi que le château de Lowther (en) et le château de Whitehaven[8]. À partir de 1810 jusqu'en 1827, il se rend chaque année à Farnley Hall[8].

En 1819, il intègre le conseil d'administration de l'institution[12]. La même année, il visite l'Italie, il étudie des œuvres de Titien, Raphaël ou encore Canaletto[19]. La ville italienne de Venise, où il séjourne à trois reprises (en 1819, 1829 et 1840), lui est une importante source d'inspiration. Ses expositions se transforment en performance où il n'est pas rare de le voir peindre et reprendre ses tableaux alors même qu'ils sont exposés, le tout devant un public médusé[25].

Entre 1822 et 1824, Turner peint La Bataille de Trafalgar dont le format est inhabituellement grand[26]. Ce tableau, commande de George IV pour le Painted Hall du Greenwich Hospital (en), a pour thème la bataille de Trafalgar et mêle plusieurs moments du combat[26] comme la levée du célèbre signal par pavillons England expects that every man will do his duty d'Horatio Nelson depuis son navire amiral, le HMS Victory, la casse d'un des mâts du navire britannique — allusion probable à la mort de Nelson[26] —, L'Achille français en feu ou encore Le Redoutable qui coule. La toile s'inspire du tableau Lord Howe lors de la bataille du 13 prairial an II peint par Philippe-Jacques de Loutherbourg en 1795. À l'époque, la peinture suscite des critiques « pour son approche non chronologique de la victoire de Nelson » et « ses puissantes allusions au prix humain [de ce] triomphe britannique »[26].

La nuit du , Turner est témoin de l'Incendie du Parlement à Londres où le Palais de Westminster, le palais utilisé comme siège du Parlement du Royaume-Uni, est en grande partie détruit par un incendie[27]. Entre horreur et fascination pour cette catastrophe, des milliers de spectateurs assistent à la scène, ainsi que des peintres comme Turner ou Constable[27]. Turner, lui, loue un bateau pour réaliser une série d'aquarelles dont il tirera deux tableaux[28], notamment L'Incendie de la Chambre des Lords et des Communes, le 16 octobre 1834.

En 1838, Turner réalise sa peinture la plus célèbre[29] : Le Dernier Voyage du Téméraire[30]. Le tableau, exposé pour la première fois à la Royal Academy en 1839[30], dépeint l'un des derniers navires de ligne de deuxième rang qui a joué un rôle capital dans la bataille de Trafalgar, le HMS Temeraire, tracté par un remorqueur à vapeur muni de roues à aubes vers Rotherhithe pour y être détruit. Ici, Turner peint la fin d'une ère, celle de ce navire de ligne vétéran des guerres napoléoniennes. Cette œuvre, avec d'autres, témoigne de la fascination de Turner pour le monde moderne et la révolution industrielle tout en montrant son talent pour la mise en scène, puisqu'il n'assiste pas lui-même au remorquage du Temeraire[30]. La peinture de Turner, qui pourrait également représenter le déclin de la marine britannique[31], est saluée par la critique et reçoit les honneurs de John Ruskin et William Makepeace Thackeray[32]. C'est aussi l'une des œuvres préférées du peintre : il la prête une fois puis refuse de le faire à nouveau et refuse de la vendre pour, à sa mort, la léguer à la nation britannique[33].

Turner peint en 1840 l'un de ses tableaux les plus engagés : Le Négrier, lequel traite du sort des esclaves et la façon dont ils étaient traités à cette époque[34]. Le thème de l'œuvre s'inspire du massacre du Zong et est un pendant artistique possible à l'autre peinture Fusées et signaux bleus[35].

En 1842, Turner réalise Paix - Funérailles en mer dont le sujet est « l'enterrement » en mer d'un de ses amis, l'artiste David Wilkie[36],[37]. Le tableau contraste avec sa palette de noirs saturés avec son pendant, Guerre. L'Exilé et l'Arapède[37]. Les deux œuvres sont à l'époque critiquées pour leur manque de finition[37].

Pluie, Vapeur et Vitesse est peint en 1844 et montre une autre image du progrès et de l'industrie moderne. La toile représente en effet une locomotive passant sur le pont de chemin de fer enjambant la Tamise, à Maidenhead. Turner est à l'époque l'un des rares artistes à s'intéresser au train[36].

En 1845, il devient président de la Royal Academy mais son enthousiasme est freiné par la charge qui accompagne cette nouvelle fonction[16].

En 1846, il se retire de la vie publique, vivant à Cheyne Walk sous le pseudonyme de « Mr Booth », du nom de sa compagne Sophia Caroline Booth. Il expose une dernière fois à la Royal Academy en 1850, un an avant sa mort.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Turner dans son atelier, vers 1815-1830.

Turner est resté un londonien dans l'âme et il conserve l'accent cockney toute sa vie malgré son ascension professionnelle[8]. Il est décrit comme un rustre[21] ou avare[3] et, avec l'âge, Turner devient de plus en plus excentrique et taciturne. Il est aussi un grand buveur[23] et un amateur de chats[23].

Il a peu d'amis et de proches, à l'exception de son père qui, travaillant pour son fils comme assistant, habite avec lui jusqu'à sa mort en 1829. Son décès affecte beaucoup Turner qui est, dès lors, sujet à des accès de dépression.

Il ne se marie jamais mais a une relation avec une veuve d'un musicien, Sarah Danby, plus âgée que lui. Il est soupçonné d'être le père de ses deux filles, Evelina et Georgiana, nées en 1801 et 1811[8], même si des recherches plus récentes indiqueraient qu'elles sont les filles de son père, et donc ses demi-sœurs[8]. Plus tard, à partir de 1833, il a une relation avec Sophia Caroline Booth, après la mort de son second mari, vivant pendant environ dix-huit ans en tant que « M. Booth » dans sa maison à Chelsea.

Turner voyage beaucoup tout au long de sa carrière, d'abord en Angleterre et en Écosse, puis en 1802, en France[19], en Belgique[19], en Suisse[19], aux Pays-Bas[19], dans l'Empire d'Autriche (Prague et Vienne[12]) et en Italie[19]. Cette vie de voyage le démarque de peintre comme John Constable, plus sédentaire[19].

Comme beaucoup de ses contemporains, Turner est un amateur de tabac à priser. En 1838, le roi de France Louis-Philippe Ier lui offre par exemple une boîte de tabac à priser en or[38].

Mort et testament[modifier | modifier le code]

Turner peignant sur ses tableaux exposés à la Royal Academy, en public.

Le , Turner meurt au domicile de sa compagne Sophia Caroline Booth à Cheyne Walk, dans le quartier de Chelsea. Ses derniers mots auraient été « Le soleil est Dieu »[23]. Un masque mortuaire est réalisé[3] et une cérémonie religieuse a lieu à la cathédrale Saint-Paul de Londres le 30 décembre[12].

Dans son testament, Turner lègue tous ses tableaux achevés à la National Gallery, future Tate Britain[3] et sa production est particulièrement importante[3]. Le musée a pour charge de les exposer en créant des salles[3]. À sa demande, il est enterré dans la crypte de la cathédrale Saint-Paul de Londres où il repose aux côtés du peintre Joshua Reynolds[17]. Une statue de marbre du sculpteur Patrick MacDowell y sera érigée en 1862[8], la même année de la publication de la première biographie de l'artiste par George Walter Thornbury (en)[8].

Il souhaite aussi qu'une grande partie de sa fortune soit utilisée pour la construction d'un hospice pour les peintres âgés[3]. Une somme est aussi prévue pour un monument[8]. Il donne une rente annuelle à sa gouvernante et une autre pour la création d'une chaire d'enseignement de l'art paysager à la Royal Academy[3]. Ses biens sont partagés entre les membres de sa famille[3]. Sa générosité tranche ainsi avec sa personnalité supposée d'avare[3].

L'architecte Philip Hardwick, fils de son tuteur Thomas Hardwick, est chargé des arrangements funéraires. Il y a plusieurs exécuteurs testamentaires dont John Ruskin[3] qu'il avait rencontré en 1840[12]. Ce dernier est à l'origine d'un travail de recensement, de classement et de sauvegarde qui fait beaucoup à la postérité de l'artiste[3].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Influences et rapprochements[modifier | modifier le code]

Il subit l'influence d'artistes tels que Willem van de Velde le Jeune, Albert Cuyp, John Robert Cozens, Richard Wilson, Claude Gellée (« Claude le Lorrain ») ou encore Nicolas Poussin. Il est remarqué par un amateur d'art de l'époque qui lui permet de rencontrer divers artistes comme Thomas Girtin avec qui il se lie d'amitié. Il travaille d'abord la gravure avant l'aquarelle puis la peinture.

À partir de 1802, l'envie de voyager l'emmène sur le continent européen, principalement en France et en Suisse, d'où il rapporte, évidemment, des aquarelles mais aussi le goût pour certains artistes, comme le Lorrain et ses représentations de la mythologie. Turner peint ainsi des fresques antiques comme Didon construisant Carthage en 1815. Il s'inspire aussi du Liber Veritatis du Lorrain en ce qui concerne son ouvrage, Liber Studiorum, établissant ainsi une classification des différents types de paysages : Marine, Montagne, Pastorale, Historique, Architecturale et Pastorale épique[39].

Sa technique, ses répercussions[modifier | modifier le code]

Son passage d'une représentation plus réaliste à des œuvres plus lumineuses, à la limite de l'imaginaire (Tempête de neige en mer), se fait après un voyage en Italie en 1819 (Campo Santo de Venise). Turner montre le pouvoir suggestif de la couleur, ainsi, son attirance pour la représentation des atmosphères le place comme un précurseur de l'impressionnisme[40] jusqu'à devenir « le peintre des incendies » ; d'autres préfèrent pousser plus loin encore leur analyse en voyant dans l'absence de support descriptif dans les œuvres de Turner, les prémices de l'abstraction lyrique.

Il n'hésite pas à tester des combinaisons étranges d'aquarelle et d'huile ainsi que de nouveaux produits dans ses toiles[23]. Parfois, il utilise même des matériaux inhabituels comme le jus de tabac et la bière vieillie, avec pour conséquence la nécessité des restaurations régulières de ses œuvres[23].

Prix des œuvres et signature de l'artiste[modifier | modifier le code]

Portrait de Turner par Edward Bird.

Turner fixe les prix de ses œuvres lui-même[41]. Il poursuit néanmoins le fonctionnement en place à la Royal Academy qui fixe le prix en fonction de la taille de la toile[41]. Ainsi vers 1800, une œuvre type, de 91 × 122 cm, vaut 200 guinées[41]. La renommée de Turner évoluant, le prix de ses œuvres s'adapte mais il conserve certaines malgré des prix très élevés à l'exemple de Lever de soleil dans la brume (vers 1844) ou du Dernier Voyage du Téméraire (1838)[41]. Du vivant de l'artiste, ce sont les toiles Pas de Calais et Bateaux de pêcheurs avec des négociants qui sont les mieux vendus avec 1 260 livres en 1851, soit 6 000 euros[41]. L'inflation importante du prix des œuvres de Turner est aujourd'hui liée au fait que l'essentiel d'entre elles sont invendables, puisque propriétés de l'État britannique[41].

Turner a peu l'habitude de signer ses œuvres[42]. Selon la période, les signatures « W Turner », « W m Turner » ou même « William Turner » se retrouvent[42]. Après son élection à la Royal Academy, il signe « JMW Turner » avec généralement la mention « RA » ajoutée, de même que « PP » lorsqu'il devient professeur de perspective[42]. Les signatures se font beaucoup plus rares à partir de 1840, probablement parce que le style de l'artiste est tellement reconnaissable qu'il peut s'en dispenser[42]. Certaines œuvres comme Dogana et Madonna della Salute, Venise (1843) comportent ses initiales en trompe-l'œil[42]. Par facétie, il signe aussi par un vol d'oiseaux ou un canard, son deuxième prénom Mallord ressemblant au mot mallard qui désigne le canard colvert en anglais[42]. Son père est également suspecté d'avoir signé beaucoup d'œuvres de son fils.

Sélection d'œuvres notables[modifier | modifier le code]

Fort Vimieux, 1831.

Peintre prolifique[23], Turner est un artiste qui a produit plus de 550 peintures à l'huile, 2 000 peintures aquarelles et 30 000 œuvres sur papier[réf. souhaitée]. La Tate Britain (ex-Tate Gallery) de Londres a produit le catalogue le plus complet de Turner[réf. souhaitée].

Postérité[modifier | modifier le code]

Prix Turner[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prix Turner.

Le prix Turner (en anglais : Turner Prize) est une récompense annuelle décernée à un artiste contemporain — généralement britannique — de moins de cinquante ans. Il est organisé par la Tate Britain, à Londres, depuis 1984. Sa dotation est de 40 000 livres sterling.

Télévision, théâtre et cinéma[modifier | modifier le code]

Leo McKern joue le rôle de Turner dans le téléfilm The Sun is God (1974), réalisé par Michael Darlow (en)[61].

Turner est aussi le sujet de la pièce de théâtre Le Peintre (2011) de Rebecca Lenkiewicz[62].

Le cinéaste britannique Mike Leigh a réalisé le film Mr. Turner (2014) retraçant les dernières années de l'artiste[63]. Pour le rôle de Turner, l'acteur Timothy Spall a reçu le prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 2014[63].

Expositions récentes[modifier | modifier le code]

Au Royaume-Uni
  • 2014 : Late Turner : la peinture libérée, exposition sur les quinze dernières années de sa vie, Londres, Tate Britain[64].
En France

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Turner était connu par son prénom, William, au cours de sa vie. Cependant, il est maintenant généralement désigné par ses initiales au Royaume-Uni, afin d'éviter toute confusion avec un autre artiste du nom de William Turner (1789-1862).
  2. a et b Turner serait né entre la fin avril et le début du mois de mai 1775 mais sa date de naissance exacte est inconnue. La date du 23 avril est la date où Turner affirmait lui-même être né. La première date vérifiable est donc son baptême le 14 mai. Avec le taux de mortalité infantile élevé, les parents baptisaient généralement leurs enfants peu après la naissance.
  3. Le choix d'une carrière artistique, notamment dans une famille d'employés et d'artisans depuis plusieurs générations, est toujours plus compliquée et peu d'artistes peuvent s'enorgueillir du soutien de leur famille. Il soutiendra par la suite directement son fils en préparant ses toiles et ses couleurs.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c .Meslay 2004, p. 151
  2. (en) « Joseph Mallord William Turner (1775 - 1851) », sur National Gallery, London (consulté le 13 octobre 2016)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Sausset et Faucon 2004, p. 106
  4. a, b, c, d, e et f Sausset et Faucon 2004, p. 9
  5. a, b, c, d, e, f et g Meslay 2004, p. 14
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Blue plaque de l'English Heritage située au 40 Sandycombe Road, à Twickenham.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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