Olivier Messiaen

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Olivier Messiaen
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Olivier Messiaen en 1930

Nom de naissance Olivier Eugène Charles Prosper Messiaen
Naissance
Avignon, Drapeau de la France France
Décès (à 83 ans)
Clichy, Hauts-de-Seine Drapeau de la France France
Activité principale Compositeur, organiste, pédagogue, ornithologue
Style Musique contemporaine
Formation CNSM de Paris
Maîtres Maurice Emmanuel
Marcel Dupré
Charles-Marie Widor
Paul Dukas
Enseignement Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris
Élèves
Ascendants Pierre Messiaen, son père, et Cécile Sauvage, sa mère
Conjoint Yvonne Loriod
Récompenses
Distinctions honorifiques

Œuvres principales

Olivier Eugène Charles Prosper Messiaen [mɛsjɑ̃][1], né le à Avignon et mort le à Clichy (Hauts-de-Seine)[2], est un compositeur, organiste, pianiste français.

Son œuvre trouve ses sources dans une profonde ferveur catholique, un goût prononcé pour le plain-chant médiéval, les rythmes hindous ainsi que grecs. L'Ascension (1933), le Quatuor pour la fin du Temps (1940), les Vingt regards sur l'Enfant-Jésus (1944), la Turangalîla-Symphonie (1946-48), Saint François d'Assise et la Messe de la Pentecôte, entre autres œuvres majeures, ont contribué à faire d'Olivier Messiaen l'un des compositeurs les plus influents de la Musique contemporaine de la seconde moitié du XXe siècle.

Son enseignement au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris a également contribué à sa notoriété internationale, tant la liste de ses élèves est longue et prestigieuse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Olivier Messiaen à l'âge de 5 ans avec sa mère Cécile Sauvage et son frère Alain.
Plaque commémorative du baptême d'Olivier Messiaen en l'église Saint-Didier d'Avignon.

Olivier Eugène Prosper Charles Messiaen est né à Avignon, le , premier enfant de Pierre Messiaen (1883-1957), professeur d'anglais et intellectuel catholique, et de la poétesse Cécile Sauvage (1883-1927). Un second enfant naît de cette union, Alain (1913-1990), qui deviendra poète, à l'instar de sa mère[3]. Olivier Messiaen est profondément influencé par les poèmes de sa mère, notamment un recueil intitulé L'Âme en bourgeon ainsi que par les œuvres de William Shakespeare, que traduit son père et dont les histoires fantastiques, merveilleuses et sombres le fascinent. Il dira même, des pièces du grand dramaturge anglais : « J'aimais plus que toute autre Macbeth (pour les sorcières et le spectre de Banquo), aussi bien que Puck et Ariel. »[4]

Avec l’arrivée de la première Guerre mondiale en 1914, son père est engagé comme soldat, et sa mère emmène les deux jeunes garçons à Grenoble pour vivre avec leur oncle. Le jeune Olivier Messiaen met en scène Shakespeare devant son petit frère, dans des décors faits maison à partir de cellophane peinte à l’aquarelle et collée sur des vitres. À cette époque, il acquiert une foi catholique qui ne le quittera plus. Il composera la plupart de sa musique dans cette région de Grenoble, le Dauphiné.

Il commence ses leçons de piano, après avoir fait l'apprentissage de l'instrument en autodidacte. Il est d’abord intéressé par les compositeurs français récents comme Claude Debussy et Maurice Ravel, dont il découvre très vite les Estampes et Gaspard de la nuit. Il demande comme cadeau de Noël des partitions d’opéras de Mozart, Gluck, Berlioz et Wagner. C'est à cette époque qu’il commence à composer. En 1918, son père revient de la guerre, et la famille déménage pour Nantes. Le jeune Olivier, âgé de dix ans, continue néanmoins à suivre des cours de musique. Son professeur d’harmonie, Jean de Gibon, lui fournit la partition de l’opéra Pelléas et Mélisande de Debussy, qui est pour Messiaen une révélation parmi les plus décisives. L’année suivante, son père obtient un poste d’enseignant au lycée Charlemagne à Paris, et la famille déménage à nouveau.

C’est ainsi qu’Olivier Messiaen entre à l’âge de onze ans au Conservatoire de Paris en 1919 pour étudier le piano et les percussions. Il a notamment comme professeurs Maurice Emmanuel et Marcel Dupré pour l’improvisation et l’orgue, Paul Dukas pour la composition et l’orchestration.

La classe de composition de Paul Dukas au Conservatoire en 1929. Olivier Messiaen est assis à droite.

Il effectue de brillantes études au Conservatoire. En 1924, à l’âge de 15 ans, il obtient un second prix d'harmonie ; en 1926, la même année que Jean Rivier, il obtient un premier prix de fugue et contrepoint ; puis en 1927, celui d'accompagnement au piano. En 1928, après avoir suivi les cours de Maurice Emmanuel, il est lauréat d'un premier prix en histoire de la musique. Maurice Emmanuel lui inculque l'intérêt pour les rythmes grecs anciens, et les modes exotiques. Dans cette prestigieuse institution, il étudie en outre l’orgue avec Marcel Dupré, qui lui transmet l’héritage de la tradition des grands organistes français (Dupré avait étudié l'orgue au Conservatoire avec Alexandre Guilmant qui en 1896 avait succédé à Charles-Marie Widor, ce dernier ayant repris la classe d'orgue en 1890 à la mort de César Franck). Messiaen décroche un premier prix en orgue et improvisation à l’orgue en 1929. Après un an de cours de composition avec Charles-Marie Widor, il suit l'enseignement à l’automne 1927 de Paul Dukas, nouvellement chargé de la classe de composition, avec qui il apprend notamment la maîtrise de l’orchestration. Les études de Messiaen au Conservatoire trouvent leur couronnement avec son obtention, en 1930, du premier prix en composition.

Maturité et célébrité[modifier | modifier le code]

Église de la sainte Trinité (Paris). Messiaen en fut l’organiste titulaire durant 61 ans.

Il devient organiste à l’église de la Trinité à Paris à l’âge de 22 ans (succédant à Charles Quef) et compose de très nombreuses œuvres pour cet instrument sur lequel il improvise pour expérimenter ses idées musicales de composition. Messiaen se passionne également pour le plain-chant, les rythmes de l'Inde, les chants des oiseaux dont il entreprend la notation et le classement méthodique, l'interaction entre valeurs chromatiques et valeurs sonores. Dès 1928, à l'âge de 20 ans, il fait plusieurs séjours dans la maison de ses tantes paternelles, Marthe et Agnès Messiaen, à Fuligny dans le département de l'Aube. C'est là qu'il compose sept de ses premières œuvres au piano. Il écoute les chants d’oiseaux des bois de Fuligny, qu'il mémorise et transcrit dans sa musique. Passionné par les oiseaux, qui ont inspiré toute sa vie et un grand nombre de ses compositions, il deviendra aussi ornithologue.

Il se marie une première fois en 1932 avec Claire Delbos, une violoniste, dont il aura un fils. Elle terminera ses jours dans un hôpital psychiatrique. De 1936 à 1939 il enseigne à l'École normale de musique de Paris et à la Schola Cantorum et à la même époque participe à la fondation du groupe Jeune France avec André Jolivet, Daniel-Lesur et Yves Baudrier.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Messiaen est mobilisé comme simple soldat et en 1940, il est prisonnier en Allemagne (Stalag VIII-A à Görlitz). Il compose durant sa réclusion son Quatuor pour la fin du Temps. La première est donnée dans le camp le par un groupe de musiciens prisonniers, la partie du piano étant jouée par le compositeur. Libéré en mars 1941, il retourne enseigner à Paris où il devient professeur d'harmonie au Conservatoire en 1942. Il y rencontre une jeune élève, Yvonne Loriod, qui devient la première et la principale interprète de ses œuvres pour piano. Après le décès de sa première épouse en 1959, il épouse Yvonne Loriod en 1961. Au Conservatoire de Paris, devant l'hostilité d'un corps enseignant passéiste, Messiaen est d'abord professeur de philosophie de la musique, puis, avec l'évolution des années, sa classe d'analyse musicale de renommée mondiale devient officiellement classe de composition en 1966.

Messiaen voyage, se produit comme pianiste avec Yvonne Loriod, et enseigne dans divers pays : Argentine, Bulgarie, Canada, États-Unis, Finlande, Hongrie, Italie, Japon.

Il compte parmi ses élèves Pierre Boulez, Pierre Henry, Marius Constant, Antoine Duhamel, Jean Prodromides, Gilbert Amy, François-Bernard Mâche, Paul Mefano, Karlheinz Stockhausen, Iannis Xenakis, Michaël Levinas, Tristan Murail, Adrienne Clostre, Gérard Grisey, Kent Nagano, George Benjamin, Alain Louvier, Alain Abbott, Erzsébet Szőnyi, Alain Mabit, Jean-Pierre Leguay, Betsy Jolas, Serge Garant, Gilles Tremblay, Michel Fano, Claude Vivier, Michèle Reverdy, Serge Gut, etc.

Il meurt le à l'Hôpital Beaujon de Clichy. Il est enterré au cimetière de Saint-Théoffrey, à 35 km de Grenoble, entre Laffrey et La Mure (Isère), village dans lequel il possédait une propriété. Sa stèle en forme d'oiseau est facilement reconnaissable.

Le festival Messiaen au pays de la Meije[5] est créé en 1997 et se déroule en juillet dans le village de montagne de La Grave, près de la Meije, qu'il affectionnait. Le 1er octobre 1981, une salle de musique portant son nom a été inaugurée dans l'ancienne chapelle du Couvent des Minimes de Grenoble.

Olivier Messiaen avec Yvonne Loriod en 1982

2008, année du centenaire de sa naissance, fut « l'année Messiaen », célébrée dans le monde entier : 600 concerts (dont 175 en France) ont été donnés dans 27 pays et 147 villes.

Langage musical[modifier | modifier le code]

La fauvette des jardins a donné à Messiaen le matériau et le titre de sa Fauvette des jardins pour piano (1970-72).

Le langage musical d'Olivier Messiaen ne peut vraiment être rattaché à une école particulière — même si Messiaen a fait partie du groupe Jeune France avec André Jolivet, Jean Yves Daniel-Lesur et Yves Baudrier. Parmi les éléments caractéristiques de son langage, on trouve :

« La musique est un perpétuel dialogue entre l'espace et le temps, entre le son et la couleur, dialogue qui aboutit à une unification : le temps est un espace, le son est une couleur, l'espace est un complexe de temps superposés, les complexes de sons existent simultanément comme complexes de couleurs. Le musicien qui pense, voit, entend, parle au moyen de ces notions fondamentales, peut dans une certaine mesure s'approcher de l'au-delà. » (Olivier Messiaen)

Compositions[modifier | modifier le code]

L'année en titre associée à l'âge est celle du début de la composition si elle s'étend sur plusieurs années. Les « > » entre crochets : la première date correspond à l'année de la composition, la seconde à droite du signe « > » renvoie à la date de création.

  • La Dame de Shalott, pour piano [Grenoble, 1917]
  • Deux ballades de Villon, pour voix et piano [Paris, 1921]
  • La Tristesse d'un grand ciel blanc, pour piano [Paris, 1925]
  • Esquisse modale, pour orgue [Paris, 1927]
  • Fugue en ré mineur, pour orchestre [Paris, 1928]
  • Le Banquet eucharistique, pour orchestre (Fuligny, Aube, 1928)
  • Variations écossaises, pour orgue [Paris, 1928]
  • Le Banquet céleste, pour orgue (Fuligny, Aube été 1928)
  • L'Hôte aimable des âmes, pour orgue (Fuligny, Aube, 1928)
  • Prélude, pour orgue [1928 - découvert en 1997]
  • Huit préludes, pour piano (Fuligny, Aube, 1928-1929 > 1er mars 1930
  • Diptyque - Essai sur la vie terrestre et l'Éternité bienheureuse, pour orgue [Paris, 1930]
  • Trois mélodies, pour voix de soprano et piano [Paris, 1930]
  • La Mort du nombre, pour soprano, ténor et violon et piano [Paris, 1929 d'après Yvonne LORIOD mai 1930]
  • Simple chant d'une âme, pour orchestre [Paris, 1930]
  • Les Offrandes oubliées, méditation symphonique (Fuligny, Aube, 1930 > 19 février 1931)
  • Les Offrandes oubliées, réduction pour piano (Fuligny, Aube, 1930)
  • Le Tombeau resplendissant, pour orchestre (Fuligny, Aube, 1931)
  • Apparition de l'église éternelle, pour orgue [Paris, 1932]
  • Hymne (Hymne au Saint Sacrement), pour orchestre [Paris, 1932 > 13 mars 1933]
  • Thème et variations, pour violon et piano [Paris, 1932]
  • Fantaisie burlesque, pour piano [Paris, 1932]
  • L'Ascension, pour orchestre [Paris / Neussargues, mai / juillet 1932 puis Monaco, mai / juillet 1933 > 9 février 1934]
  • L'Ascension, pour orgue [Neussargues, été 1933 puis Paris, 1934]
  • Messe, pour 8 sopranos et 4 violons [Neussargues, Cantal, 1933]
  • Fantaisie, pour violon et piano [Paris, 1933]
  • La Nativité du Seigneur, pour orgue [Grenoble, 1935 > 27 février 1936]
  • Vocalise, pour voix de soprano et piano [Paris, 1935]
  • Pièce pour le tombeau de Paul Dukas, pour piano [Grenoble, 1935]
  • Poèmes pour Mi - 1er & 2e Livre, pour voix de soprano et piano [Petichet, Isère, 1936]
  • Poèmes pour Mi - 1er & 2e Livre, pour grand soprano dramatique et orchestre [1936 > Paris, 4 juin 1937]
  • Fête des belles eaux, pour six Ondes Martenot [Paris, 1937]
  • O sacrum convivium !, pour chœur à 4 voix mixtes a cappella ou soprano et orgue [Paris, 1937]
  • Chants de Terre et de Ciel, pour voix de soprano et piano [Petichet, Isère, 1938]
  • Deux monodies en quarts de ton, pour Ondes Martenot seule [Paris, 1938]
  • Les Corps glorieux, pour orgue [Petichet, Isère, 1939 > avril 1945]
  • Quatuor pour la fin du Temps, pour violon, clarinette en si♭, violoncelle et piano [Görlitz, Silésie, 1940 /1941 > 15 janvier 1941]
  • Chœurs pour une Jeanne d'Arc, pour grand chœur et petit chœur mixte a cappella [Neussargues, Cantal, 1941]
    • Te Deum
    • Impropères
  • Musique de scène pour un Œdipe, pour ondes Martenot seules [Paris, 1942]
  • Rondeau, pour piano [Paris, 1943]
  • Visions de l'Amen, pour deux pianos [Paris, 1943 > 10 mai 1943 ]
  • Trois petites liturgies de la présence divine, pour chœur de voix de femmes, piano, ondes Martenot et orchestre [1943 /1944 >Paris, 21 avril 1945]
  • Vingt Regards sur l'Enfant-Jésus, suite pour piano [1944 > Paris, 26 mars 1945]
  • Chant des déportés, pour chœur mixte et grand orchestre [1945]
  • Harawi, chant d'amour et de mort, pour soprano et piano (1945 > Bruxelles, 27 juin 1946)
  • Turangalîla-Symphonie, pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre [17 juillet 1946 /29 novembre 1948 > 2 décembre 1949]
  • Messe de la Pentecôte, pour orgue [Paris, improvisée de 1948 / 1950]
  • Cinq rechants, pour 12 voix mixtes a cappella : 3 sopranos 3 altos 3 ténors 3 basses (Salabert) [1948 > Paris, 15 juin 1950]
  • Cantéyodjayâ, pour piano [1948 > Paris, 23 février 1954]
  • Quatre études de rythme, pour piano [1949 > Création : 6 novembre 1950, Tunis]
  • Livre d'orgue, pour orgue [1951]
  • Le Merle noir, pour flûte et piano [1952]
  • Réveil des oiseaux, pour piano solo et grand orchestre [X > 11 octobre 1953]
    • Minuit
    • 4h du matin, L'aube, Réveil des oiseaux
    • Chant de la matinée
  • Oiseaux exotiques, pour piano solo et petit orchestre [octobre 1955 /janvier 1956 > 10 mars 1956]
  • Catalogue d'oiseaux, pour piano [octobre 1956 /septembre 1958 > 15 avril 1959]
  • Chronochromie, pour grand orchestre [1959 /1960 - Création le 16 octobre 1960]
  • Verset pour la fête de la dédicace, pour orgue [1960]
  • Sept haïkaï, esquisses japonaises pour piano solo et petit orchestre [1962 > 30 octobre 1963]
  • Monodie, pour orgue [1963]
  • Couleurs de la Cité céleste, pour piano et ensemble à vent et percussions [1963 > 17 octobre 1964]
  • Prélude, pour piano [Paris, 1964]
  • Et exspecto resurrectionem mortuorum, pour orchestre (bois, cuivres et percussions métalliques) [1964 > 20 juin 1965]
  • La Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ, pour chœur mixte, 7 solistes et orchestre [28 juin 1965 / 20 février 1969 > 7 juin 1969]
  • Méditations sur le Mystère de la Sainte Trinité, pour orgue [1965 / 1969 > 29 mars 1972]
  • La Fauvette des jardins, pour piano [Grand Serre, 1970 > 7 novembre 1972]
  • Le Tombeau de Jean-Pierre Guézec, pour cor (1971)
  • Des canyons aux étoiles..., pour piano et orchestre [1971-74 > New York, 20 novembre 1974]
  • Saint François d'Assise (Livret d'Olivier Messiaen, opéra commandé par Rolf Liebermann en 1975 pour l’Opéra de Paris Opéra en 3 actes et 8 tableaux) [1975-83 > Paris, 28 novembre 1983]
  • Le Livre du Saint-Sacrement, pour orgue [1984 > Detroit, 1er juillet 1986]
  • Petites esquisses d'oiseaux, pour piano [1985 > Paris, 26 janvier 1987]
  • Chant dans le style de Mozart, pour clarinette et piano (1986)
  • Un vitrail et des oiseaux, pour piano et orchestre à vent et percussions [1986 > 26 novembre 1988]
  • Éclairs sur l'Au-Delà..., pour grand orchestre [1987-1991, New York, 5 novembre 1992]
  • Un sourire, pour grand orchestre (1989)
  • La Ville d'en haut, pour piano et orchestre (1989). Création américaine Pierre Boulez (New York Philharmonic, 1989). Création européenne Jean-Paul Penin (Orchestre philharmonique de la radio néerlandaise Concertgebouw Amsterdam), 1990.
  • Concert à quatre (œuvre inachevée - terminée par Yvonne Loriod), pour flûte, hautbois, violoncelle, piano et orchestre [1990-91]
  • Pièce pour piano et quatuor à cordes [1991]
  • Quatre inédits, pour ondes Martenot et piano [X, 19XX]
    • Solfège
    • Déchiffrages
    • Déchiffrages
    • Déchiffrages
  • Offrande au Saint-Sacrement, pour orgue (1930)

Discographie partielle[modifier | modifier le code]

Pour une discographie plus détaillée, voir les articles consacrés aux œuvres d'Olivier Messiaen.

Ces trois disques, considérés comme « l'une des plus grandes réalisations de toute l'histoire du disque » (Paul Menier - Télérama), ont obtenu le grand prix du disque de l'Académie Charles-Cros 1973, ainsi qu'un diapason d'or. Olivier Messiaen écrivit à propos de cet enregistrement :

« Louis Thiry est un extraordinaire organiste, virtuose accompli, musicien total, d'une mémoire et d'une adresse sans égales : on peut le classer parmi les héros de la musique ! Il a donné plusieurs exécutions prestigieuses de mes œuvres d'orgue les plus difficiles – notamment de ma Messe de la Pentecôte. Tous ceux qui ont entendu et tous ceux qui entendront Louis Thiry ne peuvent que l'admirer. »

Si ce quatuor est une des partitions les plus accessibles d'Olivier Messiaen, c'est aussi l'une des plus émouvantes. Pour cette œuvre, composée au Stalag VIII-A de Görlitz, le musicien s'est inspiré d'une citation de l'Apocalypse de saint Jean :

« Je vis un ange plein de force, descendant du ciel, revêtu d'une nuée, ayant un arc-en-ciel sur la tête. Son visage était comme le soleil, ses pieds comme des colonnes de feu. Il posa son pied droit sur la mer, son pied gauche sur la terre, et, se tenant debout sur la mer et sur la terre, il leva la main vers le Ciel et jura par Celui qui vit dans les siècles des siècles, disant : « Il n'y aura plus de temps » ; mais au jour de la trompette du septième ange, le mystère de Dieu se consommera[6]. »

L'œuvre a été composée pour le clarinettiste Henri Akoka, le violoniste Jean Le Boulaire et le violoncelliste Étienne Pasquier, détenus avec lui, et créée le , quelques semaines avant la libération du compositeur. Olivier Messiaen disait lui-même ceci à propos de son quatuor :

« Lorsque j'étais prisonnier, l'absence de nourriture me donnait des rêves colorés : je voyais l'arc-en-ciel de l'Ange, et d'étranges tournoiements de couleurs. Mais le choix de « l'Ange qui annonce la fin du Temps » repose sur des raisons beaucoup plus graves. […] Au nom de l’Apocalypse, on a reproché à mon œuvre son calme et son dépouillement. Mes détracteurs oublient que l’Apocalypse ne contient pas que des monstres et des cataclysmes : on y trouve aussi des silences d'adoration et de merveilleuses visions de paix. De plus, je n'ai jamais eu l'intention de faire une Apocalypse : je suis parti d'une figure aimée (celle de « l'Ange qui annonce la fin du Temps ») et j'ai écrit un quatuor pour les instruments (et instrumentistes) que j'avais sous la main, à savoir : un violon, une clarinette, un violoncelle, un piano. […] Dernière remarque. Mon Quatuor comporte huit mouvements. Pourquoi ? Sept est le nombre parfait, la création de six jours sanctifiée par le sabbat divin ; le sept de ce repos se prolonge dans l'éternité et devient le huit de la lumière indéfectible, de l'inaltérable paix. »

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Vingt leçons d’harmonie : dans le style de quelques auteurs importants de « l’histoire harmonique » de la musique depuis Monteverdi jusqu’à Ravel, Paris, Alphonse Leduc, 1939, 53 p.
  • Technique de mon langage musical, Paris, Leduc, 1944, 112 p.
  • Traité de rythme, de couleur et d’ornithologie : 1949-1992, Paris, Leduc, 1994-2002, 7 vol.
  • Conférence de Bruxelles, Paris, Leduc, 1959, 16 p.
  • Conférence de Notre-Dame, Paris, Leduc, 1978, 15 p.
  • Conférence de Kyoto, Paris, Leduc, 1988, 14 p.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres dédiées à Olivier Messiaen[modifier | modifier le code]

  • Michèle Reverdy a composé plusieurs œuvres en hommage à Olivier Messiaen : Météores pour 17 instrumentistes, commandé par le Festival de musique de Besançon pour les 70 ans de Messiaen en 1978 ; Anacoluthes pour 7 instruments, composé pour le centenaire de sa naissance, commande de la BBK pour le L. I. M. (Laboratorio de Interpretacion Musical)
  • Tristan Murail a composé une courte pièce pour piano, Cloches d'adieu, et un sourire... in memoriam Olivier Messiaen (1992)
  • Toru Takemitsu a composé une courte pièce pour piano, Rain Tree Sketch II (1992), dédiée à la mémoire de Messiaen.
  • Didier Wampas, le chanteur du groupe les Wampas, rend un hommage à Olivier Messiaen par un morceau éponyme de son album en solo, Comme dans un garage, accompagné des Bikini Machine, 2013.

La Fondation Olivier Messiaen[modifier | modifier le code]

La Fondation Olivier Messiaen a été créée sous l'égide de la Fondation de France en 1995 par sa veuve[7], Yvonne Loriod. Cette fondation a pour mission[8] de promouvoir l'œuvre d'Olivier Messiaen, de la faire rayonner[9] et d'en défendre l'intégrité.

La Fondation Olivier Messiaen verse également des prix à de jeunes pianistes, dans le cadre du Concours Olivier Messiaen[10].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • En français
    • Philippe Olivier, Messiaen ou la lumière, Paris, Hermann, 2008, 194 p.
    • Pascal Arnault, Messiaen… Les sons impalpables du rêve, Lillebonne : Millénaire III, 1997, 187 p.
    • Yves Balmer,
      • Comment compose Messiaen ? Analyse et critique génétique des Visions de l’Amen d’Olivier Messiaen, mémoire de recherche en analyse au Conservatoire de Paris (CNSMDP), sous la dir. de Michaël Lévinas, 2008, 112 p.
      • Édifier son œuvre : genèse, médiation, diffusion de l’œuvre d’Olivier Messiaen, thèse de doctorat, Université Charles-de-Gaulle Lille 3, 2008, 3 vol.
    • Yves Balmer et Anne-Sylvie Barthel-Calvet, Article bibliographique : compte-rendu de l’ensemble des ouvrages parus pendant l’année du centenaire Messiaen, 2008, 1re partie : 6 ouvrages, Revue de musicologie, 2009, vol. 95, n° 1, p. 239-250.
    • Jean Boivin,
      • La Classe de Messiaen. Historique, reconstitution, impact, thèse de doctorat sous la direction de Jean-Jacques Nattiez, Université de Montréal, 1992, 3 vol.
      • La Classe de Messiaen, Paris : Claude Bourgois, coll. Musique, passé, présent, 1995, 482 p.
    • Anne Bongrain, dir. Messiaen 2008 : Messiaen au Conservatoire : contributions du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris aux célébrations de la naissance d'Olivier Messiaen, Paris : CREC, 2008, 288 p.
    • Siglind Bruhn, Les Visions d’Olivier Messiaen, Paris, L’Harmattan, 2008, 346 p.
    • Antoine Goléa, Rencontres avec Olivier Messiaen, Paris, Juilliard, 1961, 285 p.
    • Serge Gut, Le groupe Jeune France. Yves Baudrier, Daniel Lesur, André Jolivet, Olivier Messiaen. Paris, Honoré Champion, 1977, 158 p.
    • Harry Halbreich,
      • Olivier Messiaen, Paris, Sacem-Fayard, 1980, 532 p.
      • L’Œuvre d’Olivier Messiaen, Paris, Fayard, 2008, 595 p.
    • Dominique Hausfater, La Bibliothèque de Messiaen léguée au Conservatoire, dans Anne Bongrain,op. cit., 2008, p. 89-114.
    • Peter Hill et Nigel Simeone, Olivier Messiaen, traduit de l’anglais par Lucie Kayas, Paris, Fayard, 2008, 592 p.
    • Lucie Kayas, Chronique d’une carrière d’enseignant exceptionnelle, dans Anne Bongrain, op. cit., 2008, p. 9-23.
    • Olivier Latry et Loïc Maillie, L’Œuvre d’orgue d’Olivier Messiaen : œuvres d’avant-guerre, Stuttgart, Carus-Verlag, 2008, 252 p.
    • Catherine Lechner-Reydellet, Messiaen : l’empreinte d’un géant, Paris, Séguier, 2008, 369 p.
    • Marie-Anne Lescourret, Musique et Messianisme, in Galliano Ciliberti (a cura di), La musica ricercata. Studi d'una nuova generazione di musicologi pugliesi, Bari, Florestano Edizioni, 2016, p. 127-140, (ISBN 978-88-99320-20-1).
    • Pierrette Mari, Olivier Messiaen, Paris, Seghers, coll. Musiciens de tous les temps, 1965, 192 p.
    • Brigitte Massin, Olivier Messiaen : une poétique du merveilleux, Aix, Alinéa, 1989, 232 p.
    • Alain Perier, Olivier Messiaen, Paris, Seuil, coll. Microcosme. Solfèges, 1979, 191 p.
    • Michèle Reverdy,
      • L’œuvre pour piano d’Olivier Messiaen, Paris, Leduc, coll. Au-delà des notes 1978, 100 p.
      • L’œuvre pour orchestre d’Olivier Messiaen, Paris, Leduc, 1988, 183 p.
    • Rebecca Rischin, Et Messiaen composa ... : genèse du « Quatuor pour la fin du temps », trad. E. Akoka et G. Marlière, Paris, Ramsay, coll. L’Indicible 2006 (éd. orig. For the end of time : the story of the Messiaen Quartet, 2003), 249 p.
    • Claude Rostand, Olivier Messiaen, Paris, Ventadour, coll. Musiciens d’aujourd’hui, 1957, 47 p.
    • Claude Samuel,
      • Permanences d’Olivier Messiaen : Dialogues et commentaires, Paris, Actes Sud, 1999, 484 p.
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      • Olivier Messiaen : A bibliographical catalogue of Messiaen’s works : first editions and first performances, Tutzing, Hans Schneider, 1998, XIX-249 p.
      • « Bien cher Félix… » : Letters from Olivier Messiaen and Yvonne Loriod to Félix Aprahamian, éd. Nigel Simeone, Cambridge, Mirage Press, 1998, 55 p.
  • Sander Van Maas, The Reinvention of Religious Music : Olivier Messiaen's Breakthrough Toward the Beyond, New York, Fordham University Press, 2009, XI-229 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Louvain-la-Neuve, Peeters, (lire en ligne), p. 103
  2. Biographie d'Olivier Messiaen sur le site de l'Ircam
  3. Parmi les titres de ses nombreuses publications : C’était toi le Démon ! Suppliques, tentation, poèmes et prières, Paris, Les Cahiers des jeunes, 1936 ; L’Âme dévorée, nouvelles suppliques, nouvelles prières…, Paris, Les Cahiers des jeunes, 1937 ; La petite Lampe : poèmes de captivité et autres textes inédits, Paris, Desclée de Brouwer, 1942 (Cahiers des poètes catholiques, 44) ; La Prédelle du donateur : poèmes 1960-1978, Rodez, Subervie, 1978 ; mais aussi Le Cortège d’Euterpe, œuvre constituée de vingt-deux volumes de poésies analytiques, dites « analyses lyriques », sur les œuvres et parfois les interprètes entendus au concert. Le Cortège d’Euterpe est une œuvre constituée de 22 volumes, paraissant entre 1961 et 1986 : (Pour une) Bible en images sonores, Rodez, Subervie, 1983. (Le Cortège d’Euterpe, 20) ; Le Jugement dernier des musiques, Rodez, Subervie, 1986. (Le Cortège d’Euterpe, 22).
    Sur les liens entre Olivier Messiaen et son frère consulter : Yves Balmer, Je suis né croyant... Aux sources du catholicisme d'Olivier Messiaen, 32 pages in Musique, art et religion dans l’entre-deux-guerres, Éd. Symétrie, 2009, 560 p. (ISBN 978-2-914373-50-0)
  4. Claude Samuel, Entretiens avec Olivier Messiaen, Paris, 1986, p. 5
  5. Site du festival
  6. Apocalypse de saint Jean, chap. X, 1-7.
  7. http://www.vouzeron.info/archives/122
  8. http://www.fondationdefrance.org/La-Fondation-de-France/Fonds-et-fondations-sous-egide/Toutes-les-fondations/Olivier-Messiaen
  9. http://www.jstor.org/discover/10.2307/3770556?uid=3739832&uid=2129&uid=2&uid=70&uid=4&uid=3739256&sid=21101631260343
  10. http://www.civp.com/messiaen/messieanfr/reglement2000.html

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Le piano messianique :

Olivier Messiaen et le piano

Pour mesurer l’influence d’Olivier Messiaen pour toute une génération, il suffit d’énumérer la liste de ses élèves au Conservatoire de Paris : Pierre Boulez, Pierre Henry, Maurice Le Roux, Gilbert Amy, Yannis Xenakis, Paul Mefano, Karlheinz Stockhausen… Sa modernité le place dans une trajectoire prise dans l’immobilité de l’Histoire. Ses références sont nombreuses et il a évoqué dans ses nombreux entretiens, les grands compositeurs qui l’ont précédé, en montrant les filiations entre eux et lui, les influences, les admirations. Il était heureux dans l’environnement de Bach et de Mozart (il a laissé un très beau petit livre de présentation des concertos pour piano en 1964, il faisait office de programme lorsque son épouse Yvonne Loriod en donna l’intégrale). Dans Un sourire (pour orchestre), il évoqua explicitement Mozart. Il rendit aussi hommage aux innovations de ses prédécesseurs, pour le piano notamment.

« J’aime beaucoup Rameau et ses pièces pour clavecin, car le clavecin est l’ancêtre du piano. J’aime également Domenico Scarlatti pour la même raison. Ensuite, j’adore Chopin, aussi bien les Ballades que les Préludes et les Etudes, les Scherzos que la Barcarolle, la Berceuse et la Sonate funèbre : j’aime tout Chopin, qui est le plus grand musicien du piano. Il a découvert les traits, les doigtés, les combinaisons les plus extraordinaires. J’aime Chopin en tant que compositeur-pianiste et aussi en tant que coloriste, car, pour moi, c’est un très grand coloriste. Parce qu’il a seulement écrit pour le piano, faut-il le mettre dans une petite boîte ? ».

Les autres noms sont plus rarement cités : Schubert, Liszt, Brahms ; et si Beethoven le passionne, c’est davantage pour son génie de construction que pour son approche pianistique. Au XXème siècle, les références sont Debussy et Ravel, à travers « certaines pages », dont Gaspard de la nuit, « certainement un chef-d’œuvre ». Plus insolite : « Un ouvrage qui a joué un grand rôle dans ma connaissance du piano, que j’admire intensément et qui pour moi représente peut-être le chef-d’œuvre de l’écriture pour piano ; Iberia d’Albeniz, que j’ai découvert vers l’âge de dix-neuf ans ! J’ai souvent joué et rejoué les douze pièces contenues dans ses quatre livres (surtout Almeria, El Polo et Lavapies)… sans atteindre la perfection car elles sont d’une effroyable difficulté : je n’arriverai jamais à les jouer comme Yvonne Loriod ». C’est justement avec Yvonne Loriod, son élève dans la classe d’harmonie au Conservatoire de Paris, en 1942 (elle deviendra son épouse en 1960) qu’Olivier Messiaen a créé les Visions de l’Amen pour deux pianos le 10 mai 1943. C’est Yvonne Loriod qui a joué en création les Vingt Regards sur l’Enfant Jésus, le Catalogue d’Oiseaux et plus tard La Fauvette des Jardins et les Petites Esquisses d’Oiseaux. C’est pour Yvonne Loriod que Messiaen a placé, dans la plupart de ses œuvres, le piano au centre de son dispositif instrumental, sans jamais utiliser le terme spécifique de concerto (il considérait que l’histoire du concerto était achevée…).

Rameau, Chopin, Debussy, Ravel, Albenitz, on notera que ces noms recoupent les choix qu’Olivier Messiaen proposera plus tard à ses élèves de la classe d’analyse ; il y ajoutera Schumann (8ème Novelette), Webern (Variation op .27), Bartok (Suite « En plein air »), Jolivet (Mana) sans oublier Beethoven (dont il dit avoir analysé à sa classe les 32 sonates) et surtout la longue série des concertos pour piano de Mozart, qu’il a toujours considéré comme des sommets de l’histoire de la musique. Au chapitre des œuvres pour piano, il expliqua aussi à ses élèves certaines de ses propres compositions et n’hésita pas non plus à commenter, dès la saison 1950-1951, la 2ème sonate de Pierre Boulez, à l’encre encore fraîche. Mieux encore, à deux reprises (1956-1957 et 1964-1965), l’analyse des œuvres pour le piano fut le seul sujet de l’année.

Rameau, Chopin, Debussy, ce sont pour Messiaen compositeur, des repères pour une filiation plus que des influences clairement perceptibles, et même les Préludes de 1928 dont les titres sont tellement « debussystes » (Les sons impalpables du rêve, Un reflet dans le vent… ), ces préludes au climat apparemment « impressionniste », annoncent déjà nettement l’une des caractéristiques du langage de Messiaen : le son-couleur.

Ainsi dès sa vingtième année, Messiaen, qui a toujours expliqué d’abondance qu’il voit des couleurs, et même des accords de couleurs, en écoutant ou en lisant des partitions, compose une « musique colorée ». Ces couleurs auxquelles il sait, même s’il le déplore, que l’auditeur peut être étranger, Messiaen les décrit avec une extrême précision. Pour La Colombe, premier des huit Préludes, c’est « l’orangé, veiné de violet » ; quant au Chant d’extase dans un paysage triste, il est « gris, mauve, bleu de Prusse, pour le début et la fin ; le milieu est diamanté, argenté ». Dans ces mêmes Préludes, Messiaen met en œuvre ses premières conquêtes rythmiques et comme le note justement Michèle Reverdy dans L’œuvre pour piano d’Olivier Messiaen  : « Ces huit pièces prouvent aussi qu’avec une maturité surprenante, Olivier Messiaen remettait en question le langage traditionnel – qui lui était encore enseigné au Conservatoire ! – et qu’il s’était déjà intéressé aux rythmes hindous – rythmes non rétrogradables d’Instants défunts, diminutions ou augmentations dans La Colombe, valeurs ajoutées (Instants défunts), et mesures irrationnelles (Cloches d’angoisse). » Déjà, dans les huit Préludes, on note l’exploration des registres extrêmes du piano, les mouvements contraires avec croisement des deux mains, des effets de percussion.

Quinze ans séparent les Préludes des Vingt regards sur l’Enfant Jésus, une longue période d’intense activité au cours de laquelle Messiaen compose deux cycles chantés (les Poèmes pour Mi et les Chants de la Terre et du Ciel), la Nativité du Seigneur et les Corps glorieux pour orgue, le célèbre Quatuor pour la fin du Temps, dont la composition et la création (avec Olivier Messiaen jouant sur un piano de fortune) dans un camp de prisonniers furent si souvent relatées ainsi que les Trois petites liturgies de la Présence Divine, dont on imagine mal aujourd’hui le climat d’incompréhension et les insultes qui accompagnèrent la création. Pour deux pianos, les Visions de l’Amen de 1943, déjà citées ; pour piano seul, seulement quelques minutes de musique : la Fantaisie burlesque en 1932, la Pièce pour le Tombeau de Paul Dukas et le petit Rondeau de trois minutes, écrit pour un concours de piano au Conservatoire. Mais Messiaen allait se rattraper avec les Vingt Regards, qui durent plus de deux heures et couvrent soixante-dix-sept pages de partition.

Les Vingt Regards, la quintessence de la pensée et du langage de Messiaen. Lui-même a longuement analysé la symbolique de chaque pièce, l’ensemble comportant quatre thèmes cycliques qui circulent à travers toute l’œuvre : le thème de Dieu, le thème de l’amour mystique, le thème de l’Etoile et de la Croix, le thème d’accords. Et toujours les couleurs : pour le thème d’accords, Messiaen, parle d’un « gris-bleu d’acier traversé de rouge et d’orangé vif, un violet mauve tâché de brun cuir et cerclé de pourpre violacé »… Et tous les raffinements rythmiques qu’autorise l’étude, entre autres éléments, de la métrique grecque et des déci-tâlas de l’Inde. Et, bien sûr, les chants d’oiseaux (le merle noir et la fauvette des jardins dans le Regard du Fils sur le Fils, la grive musicienne, le rossignol, le merle noir, la fauvette des jardins, l’alouette des champs et, précise Messiaen, « un chœur de toutes sortes d’oiseaux ensemble » dans le Regard des hauteurs, etc.).

Olivier Messiaen n’a jamais été un « miniaturiste », il le prouve ici, et le confirmera avec l’imposant monument qu’est la Turangalila-Symphonie, créée aux Etats-Unis sous la direction de Leonard Bernstein, avec Yvonne Loriod pour la grande partie de piano-solo, quatre ans après les Vingt Regards. Le thème central en est l’amour. Les références à l’Inde et à l’Indonésie sont nombreuses, avec par exemple des effets de gamelan géant (grâce au piano, aux percussions et aux Ondes Martenot). C’est l’une des grandes œuvres de Messiaen, l’équivalent de sa « Neuvième Symphonie », une sorte d’ « Hymne à la Joie », divine, celle-là… Dans le domaine des vastes cycles pianistiques, Messiaen n’avait pas fini de surprendre, sinon d’effrayer le monde musical. Quatorze ans plus tard, les treize pièces du Catalogue d’oiseaux (deux heures quarante-cinq minutes de musique). Entre temps, une étrange parenthèse révèle qu’au tournant des années cinquante, Messiaen n’était pas insensible aux recherches très sophistiquées de ses disciples qui, en héritiers prospectifs de l’Ecole de Vienne, s’attachaient à étendre les principes du dodécaphonisme schoenbergien à l’ensemble des paramètres (hauteurs, durées, nuances, attaques, etc.) de la composition musicale.

C’est dans cette perspective qu’ont été analysés deux nouveaux travaux pianistiques, le bref Cantéyodjayà de 1949, et plus encore les Quatre Etudes de rythme de 1950, et plus spécialement la deuxième des Quatre pièces, ce Mode de valeurs et d’intensités qui fit couler tellement d’encre à l’époque, que l’avant-garde rassemblée aux cours d’été de Darmstadt se mit à disséquer, et dont Messiaen tint ensuite à minimiser le rôle : « J’ai été très contrarié de l’importance démesurée que l’on a accordée à une petite œuvre, qui n’a que trois pages et qui s’appelle Mode de valeurs et d’intensités, sous le prétexte qu’elle aurait été à l’origine de l’éclatement sériel dans le domaine des attaques, des durées, des intensités, des timbres, bref, de tous les paramètres musicaux. Cette musique a peut-être été prophétique, historiquement importante, mais, musicalement, c’est trois fois rien… ». Le Merle noir pour flûte et piano, le Réveil des oiseaux pour piano et orchestre et les Oiseaux exotiques pour piano et ensemble instrumental, suivent, de 1951 à 1956, hommages à ces chants d’oiseau de l’Inde, de la Chine, de la Malaisie et des deux Amériques, qu’il avait étudiés. Puis Messiaen décide de rassembler les chants d’oiseaux des provinces de France, œuvre bien connue en France comme à l’étranger.

En 1959, Pierre Boulez présente dans sa saison du « Domaine Musical » le Catalogue d’oiseaux, en création. Messiaen continua par la suite de rassembler des chants d’oiseaux, pour le piano ou pour d’autres instruments, et ce jusqu'à 1985 (Petites esquisses d’oiseaux), deux ans après la création du monumental Saint-François d’Assise à l’Opéra de Paris (1983). Entre temps, il aura écrit Des canyons aux étoiles (1971-1974), gigantesque fresque tellurique en douze tableaux inspirée par un voyage dans l’Utah, aux Etats-Unis, « De la Terre des hommes, une élévation vers le ciel mystique, colorée de toutes les nuances de l’arc-en-ciel et traversée de chants d’oiseaux bariolés ». Le piano solo est encore présent, mais accompagné par treize cordes seulement, couvertes par un amoncellement de percussions évoquant la matière minérale, balayée par le souffle de l’éoliphone et du géophone à sable.

Comment Messiaen jugeait-il lui-même sa musique ? Une citation permet de l’appréhender :

« Vous connaissez le conte d’Hoffmann où Hoffmann, installé devant son clavecin, reçoit la visite d’un vieux monsieur à perruque, tout poudré. Ce monsieur se met au clavecin et improvise du Gluck, du super-Gluck, du Gluck beaucoup plus génial que tout ce que Gluck a jamais écrit. Alors, Hoffmann se jette à ses pieds et lui dit : « Vous êtes le plus grand génie de la musique. Qui êtes-vous ? » et le monsieur lui répond : « Je suis le fantôme du chevalier Gluck ! » C’est à peu près mon histoire. J’aurais voulu écrire des choses merveilleuses ; je n’ai pas pu arriver à les écrire. Je les écrirai après ma mort. » Olivier Messiaen.

Jérôme Bloch, Agrégé de l'Université, Conseiller musique au Ministère de la Culture et de la Communication

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